‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 121 sur 150 · UX-ARTS · texte numérisé non relu

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cher; Vénus descendant dans l’Ue de Calypso et Télémaque jouant avec l'Amour, par Natoire; un Abbé a la toilette d’une femme galante , par Lancrel ; Alexandre cédant sa maîtresse Campsaque à ApeUes , p.u Bestout ; une Cuisinière revenant de la boucherie , par Chardin. Oudry produisait, en 17-M, un Trictrac sur une table, des Instruments de musique. Tête bizarre de cerf pris par le roi, le 5 juillet dernier. Le baron de Saint-Julien, dans s es Lettres sur la peinture à un amateur (1750), cite une Psyché, une Léda,

1 Enlèvement d Europe, une Pastorale, deux Solitudes, tableaux de Pierre, auquel il attribue un pinceau aisé, coulant et voluptueux. Carie Vanloo, mort d’apoplexie, le 15 juillet 1765, légua au salon de cette année les Arts suppliants s'adressant au destin pour obtenir In conservation de Mme de Pompadour (J). Toutes les expositions du temps de Louis XIV abondent (m allégories aussi fades, en sujets grecs ou i ornants, sans valeur, sans intérêt, eu dehors de nos mœurs, de nos idées, du mouvement de notre civilisation, leds sont: les- Plaisirs d’Anacréon, par Bestout le fils; Jupiter et Jituou, sur le mont Ida, endormis par Morphèc, peinture de la Grenée (2); le 7 riomphe de Bacchus, par Tara val ; l'Empereur Sé* vire reproche à Carucalla, son fils, d’avoir voulu l’assassiner dans les défilés d’ Écosse, et lui dit : « Si tu désires ma mort, ordonne à Papinien de me la donner avec cette epee (3) ; Tcrmosiris, prêtre d'Apollon, rencontre Télémaque , auquel il enseigne l’art d'être heureux dans l’esclavage (4) ; Omnia vincit amor , groupe du sculpteur Caffieri (5); Deux jeunes Grecques faisant serment de ne jamais aimer , par Vieil (6); Cybèle ayant découvert qu'Alys , le grand prêtre de scs autels, lui faisait infidélité pour la nymphe Sangarède, suscite contre elle Alecton ; cette furie secoue son flambeau et ses serpents sur la tête d’Atys, et excite en lui un si furieux délire, que, prenant sa mai tresse, il la poignarde. Celenus, roi de Phrygie , est irrité de celte vengeance horrible. Le peuple, les sacrificateurs sont effrayés ; les amours et les plaisirs s’enfuient.

Nous n’avons pas le courage de pousser plus loin cette revue rétrospective ; nous ne suivrons pas les artistes de la république et de l’empire dans l'or-

(t) Le Destin est appuyé sur le inonde. Le livre fatal est à sa gauche, et à sa droite l’urne d’où il tire la chance des humains. Une des parques tient la quenouille, une autre le fil, la troisième va couper le fil de la vie chère aux arts, mais le Destin lui arrête la main. (Description du Ihret.)

(2) Salon de 1767.

(5) Tableau de réception de Greuze, exposé en 1769.

(4) Tableau de la Grenée, au salon de 1771.

(3) 1771. L'artiste, se rappelant que 7rav veut dire tout, avait représenté le dieu Pan terrassé par l’Amour.

(6) 1775. Elles se jurent un attachement éternel sur l’autel de l’amitié. Le Temps est endormi, et les débris de sa faux brisée entretiennent le feu de l’autel; mais l’Amour allume son flambeau à l’autel même de l’amitié !

LUS BEAUX-AKTS.

nier t; mythologique où iis se traînèrent à la suiie des Boucher, des Vanloo et des la G renée. L’école romantique, en mettant a l’index les fables païennes, demeura fidèle a la devise : L’art par l’art , et mit plus que jamais l’absence de pensée à l’ordre du jour. Chose pénible à dire! les critiques encouragèrent constamment les arts dans la voie des sujels insignifiants, en jugeant les expositions au seul point de vue de la forme. Ils n’élevèrent aucunes réclamations en faveur du bon sens outragé par les peintres et sculpteurs du dix-huitième siècle, et se passionnèrent de bonne foi pour des platitudes. Voyez quelles louanges ils accordent a des œuvres qui, fussent-elles sublimes d’exécution, pécheraient toujours par la niaiserie des sujets. « On remarque dans le tableau des Trois Grâces, peint pour l'iiôlel de Soubise par Boucher, une facilité surprenante. On peut dire qu’il leur a donné même plus d’agrément qu'on ne leur en imagine. C’est surtout le ton aimable de son coloris qui séduit les yeux; ses figures sont composées à ravir. C’est ce qu’il prouve encore à merveille par une Vénus qui entre au bain , dont le haut surtout est admirable. Mais peut-on attendre autre chose d’un maître dont le talent particulier est les femmes ?

h M. Coypel a exposé un grand tableau de la Destruction du palais d' Annule, étonnant pour la composition et d’un feu surprenant. Malgré toute la fureur qu’il a peinte sur le visage et dans l'attitude de cette enchanteresse, il a dû représenter sa rare beauté, de sorte qu'il a justifié exactement ces deux vers :

Armide est encor plus aimable Qu’elle n’est redoutable.

« Dans un autre petit tableau du Sommeil de Renaud, il a également soutenu ce double caractère si difficile à allier. 11 a mis une grande finesse d’expression dans les figures de plusieurs petits Amours, qui se moquent du courroux de la magicienne, et dont les attitudes semblent dire que, malgré sa fureur, ils la comptent encore dans l’amoureux empire (1). »

Un anonyme, qui écrivait sur 1 e Salon de 1741 (2), pousse des cris d’admiration à propos d’un Fleuve de Vanloo. « La bele figure, monsieur, la bcle figure ! elc arête, de étone, la toile disparaît; il y a là un home extraor dire, à la vérité, mais c’est un home. » Plus loin, en citant une Vue de Pontchar train, dessinée à la plume par M. de Marolles, dessinateur du

(1) Description des tableaux exposez au Louvre , lettre à Mme la marquise du S. P. 1{. 1758, in- 12.

(2) Lettre à M. de Poiresson-Chamarande , lieutenant general au bailliage et siège présidial de Cliaumonl-en- Bassigny , au sujet des tableaux exposez au salon du Louvre. Paris, le 5 septembre 1741, in-12. Ce pamphlet est remarquable de càcographie et d’incorrection typographique. )

roi, le même anonyme s’écrie : « Je suis fort embarrassé de vous dire ce qu’on en pense. Personne ne parle; on reste là surpris, saisis, immobiles. Il n’y a qu’un cri confus qui exprime mieux le ravissement que les paroles, mais qu’on ne saurait vous faire sentir. La langue balbutie pour en vouloir trop dire, la bouche se ferme, et ce sont les yeux qui parlent. On l’a vu, on le veut voir encore; on fait place a d’aulres curieux, mais on revient, il est toujours nouveau. On en lait un nouvel examen bien circonstancié, on croit que c’est tout, on s’imagine qu’on est content. On fait quelques pas, il faut encore retourner une fois. L’attrait se réveille; il vous sollicite, il vous ramène ; nouvelle admiration, nouveaux chagrins quand il faut s’éloigner; et enfin de tout cela, il ne reste que le désespoir de n'en pouvoir parler assez dignement. » Ne croirait-on pas qu’il s’agit de la Transfiguration ?

Un autre anonyme, qui étudiait, en 1746, les causes de la décadence des arts, les résume en une seule, la préférence accordée aux glaces sur les tableaux dans la décoration des appartements (1)! Bachaumont, qui rédigea des Lettres sur les salons de 1767 à 1777 (2), n’a guère de plus saines idées sur la mission des artistes. Il pense que « ['Adonis changé en anémone par Vénus fait honneur à la sensibilité de M. l’Kpicié! » Il ajoute « qu’on n’admire pas également le Centaure Chiron , du même auteur, instruisant Achille dans la musique. Le premier n’a pas une peau assez basanée, ou plutôt un cuir assez tanné (5). » La vogue qu’obtinrent les lettres de Bachaumont nous aide à mesurer l’ignorance de ses contemporains en matière de beaux-arts. Dans ces opuscules vantés, l’oubli des plus simples notions esthétiques, le mauvais goût et les barbarismes sont poussés à un degré inimaginable. « M.IIuet, qui s’est voué particulièrement aux animaux, charme la multitude par un Dogue se jetant sur des oies ; « cependant « on trouve le dogue trop outré, que les poules ressemblent à des chauves-souris (4). » Au salon de 1771, « la Grenée, peintre voluptueux, ragaillardit le cœur du vieillard et porte le trouble jusque dans le cœur de l’Agnès la plus innocente. » Le tableau du Médecin aux urines, par le Prince, « soit par sa composition, soit par son expression, fait beaucoup d’honneur à l’invention du poêle (5). » A l’exposition de 1775, « on admire l’expression du Fleuve Ocamandre, desséché par les feux de Vulcain , implorant le secours des dieux (6). » Bachaumont met

(1) Réflexions sur quelques causes de l’état présent de la peinture en France, avec un examen des principaux ouvrages exposés au Louvre, le mois d'août 1740.

(2) Mémoires secrets, i. xi et xm.

(5) Lettre II sur le salon de 1769.

(4) Lettre II, 20 septembre 1769.

(5) Lettre II, 14 septembre 1771.

(6) Statue de Claudion.

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