‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 123 sur 150 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

es travaux d’art ont toujours eu en France une importance capitale. De tout temps les sympathies de la nation leur ont été acquises , et souvent notre pays a marché à la tête de l’Europe dans la voie des conquêtes pacifiques auxquelles notre ère a définitivement assigné la première place. On sait quels nombreux ouvrages aussi remarquables par leur étendue et leur beauté que par leur utilité les gouvernements ont tour à tour laissés sur le sol de la patrie comme un témoignage de leur passage. L’ancienne monarchie, 1 empire, la restauration ont enrichi le pays de magnifiques monuments qui assurent sa prépondérance artistique, et chacun d’eux, en élevantces symboles d’une pensée intelligente, semblait obéir aux instincts généreux de la nation.

De nos jours le gouvernement issu de la révolution de juillet a fait plus encore , il a secondé de tout son pouvoir ces tendances permanentes, et grâce à ses efforts, tout ce qui avait été commencé depuis l’époque impériale a été achevé, et bien d’autres importants travaux ont été entrepris.

C’est à l’étonnante impulsion communiquée à la sculpture, à l’architecture, à la peinture, durant ces dernières années, impulsion telle, qu'elle a déjà

produit d’immenses résultats en bien peu de temps, que la pensée de ce tableau a été due, et nous croyons que jamais moment plus opportun ne s’est rencontré pour résumer l’ensemble des travaux exécutés ou en cours d’exécution dans le royaume.

Cetfe impulsion, les beaux-arts la doivent surtout à la révolution de juillet. C’est de cette époque que date l’importance qu’ils ont prise, et c’est une justice que nous nous plaisons à lui rendre avec tous les hommes impartiaux. Entre tous les ministres qui se chargèrent, après l’établissement d’une nouvelle dynastie, du fardeau de l’administration, M. Thiers est peut-être celui qui a le plus provoque ce mouvement. Son esprit actif et amoureux de toutes les formes que revêt l’intelligence comprit tout de suite de quel intérêt puissant il était pour l’avenir de la révolution de rallier autour d’elle les sympathies des gens éclairés par l’énergique appui que les arts trouveraient auprès de la royauté du <) août. 11 savait combien, dans notre pays de France, toutes les classes accueillent avec enthousiasme les projets qui peuvent ajouter à son éclat en perpétuant le souvenir de sa grandeur; combien on se plaît à voir honorer la mémoire des grands hommes et des belles actions; combien le peuple salue avec une joie fière les monuments consacrés à la gloire de la patrie ou qui lui donnent une splendeur nouvelle. 11 fit donc un appel aux artistes et à tous ceux qui savaient manier le ciseau ou le pinceau, architectes, peintres, statuaires; il demanda

T. II

de l’aider dans cette voie où la France était impatiente d’entrer. C’était encore un hommage , et le plus beau de tous, rendu à cette révolution que la pensée, bien plus encore que la force, avait fait naître et grandir. Cet appel fut entendu, et de toutes parts les travaux commencèrent avec une activité dont bien peu de siècles ont donné l’exemple.

Les hommes éminents qui succédèrent à M.Thiers au ministère de l’intérieur ajoutèrent encore à cette noble impulsion. Parmi eux, M. Duchâtel se fit remarquer par le zèle constant qu’il apporta dans toutes les questions d’art, et, sous son administration, on vit se continuer le mouvement imprimé depuisl830.Ce mouvement se propage encore aujourd hui avec une louable ardeur, et si tous les résultats désirables n’ont pas été obtenus, du moins faut-il reconnaître que beaucoup d’efforts heureux ont été tentés, que d’excellents travaux ont été entrepris, et que d’autres s’achèveront un jour.

Réjouissons-nous donc de ce qui a été fait; espérons que les erreurs qui ont été commises ne seront pas perdues pour l’avenir; oublions, s’il se peut, pour quelques instants, l’esprit frondeur qui est le cachet de notre nation, et n’imitons pas surtout ce général de I antiquité qui, ayant gagné trois batailles en un mois, regrettait de n’en avoir pas gagné dix.

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