‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 126 sur 150 · EUGENE LE ROUX · texte numérisé non relu

EUGENE LE ROUX

Environs d

ionfleur

si

k salon carré est le sanctuaire du musée ; on y place les richesses de l’exposition, les grandes pages , les commandes ministérielles. Les artistes aspirent à y être admis, et c’est à la fois pour eux un honneur et un avantage, car là seulement leurs œuvres sont convenablement éclairées , a l’abri du faux jour ou des. ténèbres. Nos pérégrinations commencent naturellement par le salon carré.

Une gigantesque toile attire tout d abord nos regards ; c’est la fédération du 1 4 juillet 1 790. Le sujet patriotique présentait différents obstacles que M. Auguste Couder n’a qu’imparfaitement surmontés. Le n’est pas que la composition fût difficile; il suffisait de copier la gravure connue de Duplessis-Bertaux, la planche grossière, mais exacte, qui accompagne le n° 53 du Journal de Prudhommetei celle qu’a publiée Camille Desmoulinsen tète du n°54 des Révolutions de France et de Brabant. L’embarras étaitderanger dans une vaste plaine cent trente mille hommes de gardes nationales, plus de quatre cent mille spectateurs, et de faire ressorlirau milieu decette multitude les plus remarquables épisodes. M. Couder a garni son premier plan de personnages secondaires, et relégué dans le lointain les scènes essentielles. Il a omis l’École militaire, le seul monument qui caractérise le Champ de Mars ; l’Autel de la Patrie n est pas au centre, connue il y devrait être; on ne distingue ni la galerie couverte, revêtue de draperies bleu et or, qu’on avait construite pour la Cour, ni les deux maréchaux de France qui portent 1 oriflamme, ni le bataillon des vétérans, ni les élèves militaires, ni les députations de 1 armée, ni les admi¬

nistrateurs de Paris, ni les présidents des districts, ni l’évêque d’Autun, ni la Fayette, le héros de la solennité. L’artiste a-t-il choisi le moment de la célébration delà messe, celui où le serment est prononcé, celui où les fédérés forment des rondes? M. Couder n’a précisé aucun des incidents de la Fédération; les assistants ne coopèrent point à une action commune, et ne donnent que de vagues symptômes de l'enthousiasme fanatique dont parlent les relations du temps. Les ligures, prises isolement, sont d’un agréable aspect , et peintes dans la manière élégante d’Eugène Lami ; mais l’ensemble manque d’elfet. Jamais pourtant fête populaire n’avait prêle à déplus magiques agencements de lumière. Le 14 juillet 1790, la pluie tombait par torrents; mais, vers les trois heures, le soleil perça les nuages et se montra dans toute sa splendeur. Celte circonstance, dont M. Couder n’a point profité, lui permettait de mettre en relief les groupes principaux.

Ce tableau devaitêtreun monument; il représente l’une des phases les plus importantes de la période révolutionnaire; il en résume l’esprit et la ferveur; n’est-il pas à déplorer que l’auteur soit resté audessous de son sujet, et se soit contenté des allures du tableau de genre? M. Couder pouvait être à la fois un peintre et un historien ; s’il n’a pas accompli cette double mission, ce n’est pas faute d’habileté technique; c’est parce que, pour reproduire la Fédération, il fallait se pénétrer des sentiments de l’époque, en devenir acteur par la pensée, se transporter à ce rendez-vous célèbre où les délégués des quatre-vingt-trois départements s’unirent par un pacte solennel. M. Coudern’a songé qu’à l’exécution patiente d’un grand nombre de figures juxtaposées , peut-être aussi a-t-il été gêné dans l’exercice de son libre arbitre?

Au-dessus de la Fédération plane une autre commande ministérielle, la Bataille de Dreux , par

M. Auguste Debay. Ci1 tableau est sans doute destiné à la ville de Dreux, qui n’aura pas lieu de s’applaudir du présent du Ministre de l’Intérieur. C’est un horrible mélange de torses contournés, de figures convulsives, de chevaux emportés, de catholiques et de protestants. La seule partie distincte est une longue branche d’arbre morte, qui coupe le ciel en deux fractions inégales. Dans cette peinture a grand fracas, M. Auguste Debay s’est proposé le Massacre de Chin pour modèle, mais il n'a point les qualités brillantes par lesquelles M. E. Delacroix rachète ses erreurs.

Elus calme, moins prétentieuse, la Bataille d’Ascalou, de M. Larivière, offre des groupes habilement disposés. Les combattants sont, un peu flegmatiques pour des croisés qui marchent à la rencontre des Sarrasins ; le seigneur roi Baudouin IV a les traits un peu efféminés; toutefois le tableau est d’une couleur harmonieuse et d’un bon dessin.

M. Karl Girardet a exécute pour Versailles Gaucher de Cliàtillon défendant seul l’entrée d’une rue dans le faubourg de Minich. La figure du vieux guerrier n’exprime pas la résignation héroïque d'un homme qui affronte une mort inévitable pour sauver le roi de France. Les assaillants sont vulgaires de types et d’attitudes; on ne sent sous leurs habits ni les muscles, ni la chair vivante. Demander une bataille a M. Karl Girardet, c’était méconnaître un talent, qu'on retrouve tout entier dans sa petite vue d’une Forte latérale de la mosquée d’ci Moi/ed, au Caire. Nous aurons occasion de revenir sur la funeste iulluence des commandes officielles, point de mire de l’ambition des artistes, et qui sont à notre sens la perte de l’art, en imprimant aux artistes une direction contraire à leur capacité réelle.

Maximilien 1er relevant l'ordre de la Toison d’or n'est qu’une vignette sur une grande échelle. A la vérité, ce sujet, choisi par M. Albert Roberti, est une des scenes les moins intéressantes de l'histoire de Bourgogne. Qui s’inquiète aujourd’hui de l’ordre de la Toison d’or et du chapitre des chevaliers tenu dans l’eglise de Saint-Sauveur de Bruges, en 1178? Il faut laisser dans l’oubli de semblables anecdotes, a moins qu’on ne se sente la force de les rehausser par la vigueur de la touche et la puissance de l’effet.

Le vaisseau le Vengeur , chanté par Lebrun et M.-.l. Chénier, occupe annuellement les pinceaux de quelque altiste enthousiaste. La Bevue britannique et M. J al , prenant en main les documents officiels, ont clairement démontré que le fait même était controuvé; néanmoins MM. Lepoittevin, Leullier, Morel-I* atio, etc., ont traduit en peinture la prose emphatique de Barrère, et M. Ernest Slingeneyer, d Auveis, a ete séduit par I exemple. M. Slingenever a considérablement amoindri le mérite de nos marins; des hommes jaunes, phthisiques, malingres, comme il les a peints, peuvent sans regret sacrifier leur misérable vie. Au sortir de l’hôpital de la ma¬

rine, ils se hâtent de s’abîmer sous les Ilots, ils s’empressent de disparaître , et ils font bien ; M. Slingeneyer a étudie des constitutions maladives et les a transférées sur la toile; mais est-ce là le dévouement sublime dont la fable du Vengeur était une manifestation ?

Il existe chez les artistes une fâcheuse tendance a s’épargner des dépenses d'imagination. Us s'attachent, non pas aux sujets inédits, mais à ceux qui leur sont, traditionnellement indiqués. On dirait qu’il y a des thèmes sur lesquels quiconque manie le pinceau est tenu de s’exercer, une fois au moins durant le cours de sa carrière. Tantôt ces thèmes sont désignés par les prédilections populaires; tantôt leur excellence est établie par le choix qu’en ont fait successivement les artistes de premier ordre. Depuis <) ne les maîtres du seizième siècle ont puisé dans l’Ancien ou le Nouveau Testament, tous les peintres paraissent se croire obligés de baptiser un certain nombre d’études d’après nature des noms de Fuite en Egypte, Adoration des mages, etc. De là cette agglomération de tableaux d’église, qui se copient les uns les autres, et dont le moindre défaut est souvent l’hétérodoxie. Celte année , on en compte à l’exposition deux cent trente deux, seize tirés de l’Ancien Testament, soixante-dix-neuf empruntés à l’Évangile, et cent trente-sept scenes religieuses, têtes de Christ, portraits de saints, etc. Les Annonciations, les Educations de la Vierge, les Saintes familles, les Madeleines, les Samaritaines, les Baptêmes du Christ, les Agonies, les suint Sébastien. les sainte Elisabeth de Hongrie, sont plusieurs lois répétés ; mais la plupart de ces tableaux n’ont pas coûté trop d’efforts à leurs auteurs. Par exemple, dans le Baptême de Jésus, de M. Daverdoing, d’Arras, vous reconnaîtrez le Hère des Loges de Raphaël, le Saint Jean-Baptiste du même, des ligures du ,/ ugemenl dernier et delà / r ans figuration. L’artiste s’en est emparé sans hésitation, mais malheureusement sa couleur et son dessin n appartiennent qu'à lui.

S’il est dangereux de parodier les compositions anciennes, il ne l’est pas moins d innover à contresens. Tous les peintres qui ont représenté 1 Annonciation ont constamment posé Langea quelques pied* du sol, et Marie a genoux, interdite, troublée, s humiliant devant la volonté céleste. M. Romain Cazes a changé cette disposition, et sa Vierge, commodément assise dans un fauteuil à bras, donne audicin e à l’ange Gabriel prosterné devant elle.

M. Champmartin, qui expose un Sinile ventre ad me parmlos, a également dénaturé le récit de 1 Evangile. D’après saint Marc, quand on présenta à Jésus- Christ de petits enfants a bénir, il était environne de ses disciples, de Pharisiens qui voulaient 1 éprouvei, et d’une multitude immense qui le suivait avidement, qui se pressait autour de lui pour recueillit les moindres paroles tombées de la bouche divine.

Disciples, Pharisiens, Hébreux, ont été supprimés , par M. Champmartin, qui n’a conservé que des groupes de femmes et d’enfants en sevrage. Ces enfants ont tous le même âge, la même physionomie, les mêmes chairs blafardes, la même nudité. Si l’on suppose que les jeunes Juifs étaient affranchis de l’usage des vêtements, il faut admettre aussi que la chaleur du climat exerçait une action sur leur épiderme; les petits Hébreux de M. Champmartin ont l’air d’enfants parisiens qu'on a déshabillés pour leur faire prendre un bain froid. Son Christ, auquel il a voulu donner une expression de mansuétude, ressemble à une femme affublée d’une barbe postiche.

La Conversion de saint Paul, par M. Félix Cottrau, n’est pas conforme au texte des Actes des Apôtres. Le passage du chapitre IX, que cite le livret, n’est pas le seul où soit raconté ce mystérieux événement, et l’on ne saurait s’en rendre compte sans lire les chapitres ultérieurs. « Lorsque j’étais en chemin, dit saint Paul au roi Agrippa, je vis en plein midi briller du ciel une lumière plus éclatante que celle du soleil [Art. des .1/)., chap. XXVI, vers. 15). » Cette lumière pure, indépendante du choc des éléments, celte lumière qui efface l’éclat du soleil a son zénith, M. Cottrau l’a remplacée par des éclairs, un reflet d’orage , un déploiement terrible des forces surnaturelles. A la communication immédiate qu’indique le texte, M. Cottrau a substitué deux anges, qui montrent du doigt ces mots tracés dans le ciel sur un écriteau circulaire : « Car me persequeris? » Pourquoi ce latin , quand saint Paul dit formellement, au verset 1 S du chapitre XX\ 1 :

« J’entendis une voix qui me parlait en langue hébraïque [Autlivi voeem mihi loqueniem in imguà hebraicà). » Evidemment M. Cottrau n a lu que le chapitre IX, et ne s’e*t pas donné la peine de tourner le feuillet. Au lieu de suivre les indications de l’Écriture, il a retracé une scène de désordre et de violence; saint Paul et ses compagnons sont renversés pêle-mêle, et il ne reste debout qu un énorme cheval, qui se cabre au milieu du tableau.

Autant M. Cottrau a cherché le mouvement, autant M. Norblin l’a évité en retraçant un autre incident de la vie de saint Paul. Bien de plus tranquille, de plus méthodique, de plus compassé, que 1 assemblée de philosophes athéniens aq milieu de laquelle l’apôtre fait entendre pour la première fois la parole divine. Ils ne manifestent ni étonnement, ni incrédulité. L’unique but du peintre paraît avoir été de prouver qu’il savait passablement ajuster des draperies et mettre en place des modèles.

La Conversion de saint Augustin dirait un sujet non moins imposant que celle de saint Paul, mais plus difficile à traiter; celle-ci ed accompagnée de circonstances matérielles ; celle-là est le fruit de combats intérieurs. Le saint Augustin de M. Paulin Guérin n’a point d’attributs distinctifs. On ne sail¬

lait, sans avoir recours au livret, comprendre quel est cet homme qui lève les yeux au ciel et fait avec ses bras des signaux télégraphiques. Son confident A type, suivant le livret, le contemple avec un profond étonnement; mais, avec sa barbe noire, ses bras nus et sa toge cicéronienne, il a plutôt l’aspect d un Brutus qui se drape en conspirateur de tragédie pour ruminer la mort de César.

Nous passerons rapidement sur les tableaux d’église du grand salon. En parler longuement, serait se rendre passible des peines qui punissent la profanation. Quelles tetes de Christ ! quelles vierges lourdes et pâteuses! quels apôtres sans noblesse et sans dignité ! M. Dupavillon, dans un second Bapleme de Jésus, a prodigué les tons crus et l’outremer. M. X i cto r Hoberl, dans une seconde Conversion île saint Paul, a pratiqué dans les nuages une fenêtre sur laquelle une tête d’ange se découpe en silhouette. Le Jésus-Christ de M. Henri de l’Etan"

marche au Calvaire, dans une atmosphère de noires vapeurs, entouré de personnages qui, confusément entrelacés, forment, pour ainsi dire, une haie sèche de jambes et de bras. M. Louis Boulanger, jugeant avec quelque raison qu’il n’égalerait pas Van-Dyck et Hubens, leur a emprunté sa Notre-Dame de pitié. C’est toujours une preuve de bon goût.

Le Christ présenté au peuple juif, de M. Vincent Ferréaud, est une de ces peintures communes où la nouveauté de la composition ne rachète pas la vulgarité du sujet. Dans le Saint André de M. Jouy, de grosses femmes soutiennent des enfants chétifs, de maigres bourreaux torturent une victime d’une taille démesurée; il n’y a point de proportion entre les personnages, et, par conséquent, point de perspective. M. Théodore Chassériau, l’auteur de Jésus au jardin des Olives, a mieux compris les lois fondamentales de la peinture. Son coloris est faible; la lumière qui éclaire le champ de Gelbsemani est un demi-jour qui peut émaner de la lune ou du soleil levant ; néanmoins ses apôtres sont posés d’une façon assez naturelle, quoique l’on eût été en droit d’attendre plus de noblesse et de convenance dans les altitudes de disciples qui ont cédé à la lassitude physique, sous l’impression d’un sentiment élevé Les parties nues sont largement modélées. Le Christ est enveloppé de draperies d’un style sévère, mais la tète est empruntée a un type trivial et manque.de l’expression dont elle doit être empreinte, après la solennelle prière que le Sauveur vient d’adresser a son père. En s’arrêtant de préférence sur ce verset:

« Il retourna vers ses disciples, qu’il trouva endormis, » M. Chassériau s’est condamné à ne reproduire que des personnages immobiles. Le Sauveur n’agit, ne parle, ne témoigne ses impressions qu'aptes avoir réveillé ses trois disciples; dans le moment qu'a choisi l’artiste, l’action est suspendue ; le rapport de Jésus-Christ avec ses apôtres est interrompu, et les sentiments qui animent l’Homme-Dieu sont

LES BEAUX- A BTS.

de nature à ne pouvoir être exprimés extérieurement. Malgré la froideur de la composition, ce tableau est très-supérieur à la Descente de croix que M. Chassériau avait exposée en 1S42. Elève de M. Ingres, dont il fut primitivement le fidèle imitateur, M. Chassériau adopte insensiblement une manière plus large et moins conventionnelle.

Un cadavre vu de dos, trois personnages dans le lointain, un paysage d’un vert sombre, voila ce que M. Etex intitule Saint Sébastien, martyr. Le cadavre, attaché par le bras gauche avec une corde, est tombé au pied de l’arbre, qu’il a rougi de son sang. Nous ne savons pourquoi le bras gauche opère obliquement un mouvement de traction sur la corde; il nous semble qu'obéissant aux lois physiques, entraîné par son propre poids, il devait lléchir et tirer son lien verticalement de haut en bas; il est à présumer que M. Etex aura étudié la nature morte sur le modèle vivant.

Nous avons aperçu de loin, suspendue près du plafond, une toile de M. Badin, Saint Germain d' Auxerre arrêtant Eocarix, roi des Alains. La hauteur à laquelle elle est placée nous a ôté la possibilité de l’examiner minutieusement, mais nous avons cru y remarquer des qualités de coloris et d’expression. De tous les tableaux que nous avons jusqu’à présent observés, c’est peut-être le seul où la lumière soit distribuée de manière à frapper les principaux personnages. L'attitude du vénérable évêque n’est pas exempte de roideur, mais elle est noble et imposante. Les tètes de deux soldats, qui occupent la droite du premier plan, semblent se confondre en une seule; mais l’air et le jour circulent librement dans tout le reste de la composition. M. Badin, dont nous ne voyons pas le nom dans les livrets des années précédentes, débute par une œuvre consciencieuse et sérieusement élaborée.

Saint Exupère, distribuant des aumônes aux pauvres de Toulouse, atteste dans M. Augustin Long l’etude des Vénitiens. Les figures du premier plan surtout sont largement exécutées; mais nous regrettons de trouver au delà des têtes trop volumineuses sur des corps trop écourtés. Les étoffes, brillantes et d’une touche vigoureuse, nous paraissent trop

visiblement imitées de celles des Noces de Garni. Le sujet adopté par M. Augustin Long est pourtant en opposition diamétrale avec le banquet symbolique de Véronèse. Exupère habite une ville assiégée par les Barbares; la disette a détruit une partie des habitants de Toulouse; le reste vit de privations. L’évêque, après avoir épuisé toutes les ressources de l’église, a été contraint de vendre les vases sacrés et de prendre pour ciboire un panier d’osier. Comment donc expliquer la fraîcheur des visages, le luxe des habillements, la solidité herculéenne des muscles? Tant de vitalité s’accorde-t-elle avec la misère et la faim ?

Le même reproche s'applique au grand tableau historique de M. Frédéric Martersteig, Y Entrée du duc de Saxc-Weymar a Vieux-Brissac (9 décembre l()5s). Le siégé a duré deux mois; les assiégés ont fait une résistance désespérée. Bloqués de près, manquant de vivres, ile se sont nourris des aliments les plus vils et les moins substantiels; ils ont mangé des rats et des souris. Voyez-les cependant; comme leurs carnations sont roses! comme ils sont coquets et galamment «ajustés! Sans doute la cessation du siège est une fête qu’ils ne sauraient trop joyeusement célébrer; mais un seul jour a-t-il pu effacer les traces de deux mois de souffrances et raviver une population exténuée par le jeûne et les combats ? L’éclat qui séduit les yeux est, à notre avis, un non-sens, quand il n’est pas motivé par le sujet.

Nous continuerons notre examen du grand salon, et, en attendant que la gentry ait fait sa première apparition samedi, jour réservé au public qui craint la foule, nous constaterons que l’affluence est trèsmodérée cette année; il est très-facile de circuler à toute heure dans toutes les salles, et l’empressement des années précédentes pour admirer les produits de la peinture contemporaine paraît singulièrement refroidi. Le Tintoret de M. Cogniel avait excité, l’année dernière, une certaine sympathie; aucun tableau, jusqu’aujourd’hui, n’a conquis une puissance remarquable. Les tableaux d'un caractère trivial réunissent un public assez nombreux; nous n’en félicitons ni le public, ni les auteurs de ces œuvres qui n’auraient pas dû quitter l’atelier.

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