‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 127 sur 150 · LOUIS-CAMILLE BERNAY · texte numérisé non relu

LOUIS-CAMILLE BERNAY

l y a dix-neuf mois, Camille Bernay s’éleignait brusquement, à la veille d’atteindre à la plénitude de sa force ; et la presse se montrait unanime dans l'expression de ses regrets. La publication posthume (I) des œuvres laissées par ce jeune poète nous paraît de nature à faire sentir encore plus profondément le vide que sa mort a formé dans les rangs de notre littérature contemporaine. Nous allons emprunter quelques détails biographiques à la notice placée en tête de ce recueil par M. Henry Tria non.

(I) Un volume de 700 pages, au bureau de la Bible. 12, rue d’Enghien, et chez Tresse, successeur de Barba, au Palais- Royal.

« Louis-Camille Bernay naquit à la Malmaison, le 16 mars 1815. Son père était maître d’hôtel de l'impératrice Joséphine. Camille n’avait encore que six ans et demi lorsqu’il suivit ses parents à l'arme, chez l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche. Mais au bout de cinq ans, le climat d’Italie paraissant lui être contraire, on le ramena en France, et on le mit dans une pension à Belleville. Par malheur, on avait plus songé à la santé du corps qu’à l’instruction de l'intelligence. Trois ans s’étaient à peine écoulés que le jeune Camille n’avait plus rien à apprendre des professeurs de rétablissement. Il était devenu la providence de tous les élèves incapables ou paresseux. Sa plume et son crayon étaient au service de tout le monde et satisfaisaient à toutes les nécessités. S’agissait-il d’un thème en retard ou d’une version inexpugnable; s’agissait-il d’une pièce de vers ou d’une tête de Romulus pour un mariage, pour

une fêle ou pour un commencement d’année, c'êlait toujours à lui qu’on s’adressait; et il n’y a pas d’exemple qu’il se soit montre sourd à aucun de ces appels.

'< Mais si l’on trouvait aisément le chemin de son oreille, la vérité nous oblige à «lire qu’il était encore plus facile de trouver le chemin de ses yeux. Déjà le doux profil des jeunes filles ne passait plus impunément à la portée de ses regards; déjà son cœur battait au frémissement d’une robe enjouée qui l’effleurait par hasard. Que de fois nous a-t-il raconté ce qu’il appelait, en riant, sa première escapade amoureuse! Il avait alors quinze ans. Un dimanche, il remarqua dans l’église paroissiale, où il s’était rendu comme de coutume avec ses condisciples, une jeune personne de la beauté la plus délicate. Dieu sait (pii occupa le plus de place, dans l’esprit de Camille , du créateur ou de la créature, pendant toute la durée du saint sacrifice ! Pour contempler de plus près la gracieuse merveille, notre écolier se rendit volontairement coupable de je ne sais quelle peccadille : aussitôt on le fit mettre à genoux au milieu de la nef. Punition bien au-dessus de toutes les récompenses, puisqu’elle le rappro- j chai t de la vierge de ses pensées ! Et certes, ce ne devait pas être un spectacle sans charmes que ce Pétrarque de quinze ans, à genoux, muet et immobile, aux pieds d’une Laure du même âge. Le dimanche suivant, même rencontre, même châtiment volontairement provoqué. Mais l'expression des regards de Camille ayant paru un peu trop tendre pour le caractère du lieu, on finit par s’apercevoir que ce que l’on prenait d’abord pour de la componction n’était que de la charité mondaine, et on le renvoya à sa chaise. C’était la punition la plus dure qu’on pût lui infliger. Trois dimanches s’étaient écoulés depuis cette interruption forcée de ses contemplations profanes, lorsqu’en tournant les yeux vers la personne chargée de faire la quête, il reconnut, qui? Sa Laure, sa Béatrice, ou, pour mieux dire, son inconnue. Aussitôt il suspend la marche de la quêteuse en fouillant, avec emphase , aux poches de son gilet, puis à celles de son habit ; et, après s’ètre suffisamment rassasié de la vue de ces jolis traits que la rougeur de l’attente embellissait encore, il prend son mouchoir et le porte gravement à sa figure, au grand désappointement du suisse et à l’amusement non moins grand de ses condisciples.

« Mais déjà s’éveillait en lui une passion plus sérieuse et qui devait avoir une influence bien plus profonde sur son existence. Il avait organisé dans sa pension un théâtre dont il avait lui-même formé la troupe, et sur lequel il figurait à la fois comme auteur et comme acteur. Contrairement aux entreprises de ce genre, celle-là eut un plein succès. On se battait pour entrer, et aucun spectateur ne regrettait la somme de cinq centimes qu'il fallait payera la porte.

« C’est ainsi que Bernay atteignit sa seizième année. Sou père alors revint en France, et jugea qu’il était temps de faire embrasser a son fils une profession quelconque. Il le prit donc par la main, et, pendant quatre jours consécutifs, il lui fit parcourir les principales rues de la capitale pour qu’il choisît lui-même la carrière qui lui conviendrait le mieux. Les yeux du jeune homme furent éblouis, et son appétit momentanément quadruplé; mais à cela se bornèrent les résultats de celle singulière pérégrination ; et, le cinquième jour, une diligence roulait à grand bruit vers les Alpes, emportant avec la même rapidité le désappointement du père et les espérances du fils.

« Une circonstance fortuite vint donner une forme aux vagues désirs de l'un et calmer un moment les inquiétudes de l’autre. Nos voyageurs avaient déliassé le Simplon lorsqu’un accident, arrivé à la diligence, les contraignit à s’arrêter dans une petite ville. On entra dans une auberge et on se mit à table : c’était la manière la plus simple d’employer le temps. Camille, dont les dents plus jeunes étaient nécessairement plus promptes, eut bientôt expédié l’ordinaire de la table d’hôte, et , laissant là ses compagnons de route, il sortit. Sur le devant delà porte se trouvait un char attelé de deux bomfs dont l’un était gravement couché. La nouveauté de ce tableau frappa notre jeune observateur, qui, saisissant son portefeuille et son crayon, s’installa sur une pierre et se mil à dessiner le pittoresque attelage. Il ne s’aperçut pas que son action avait été remarquée par un des voyageurs, et qu’un visage étonné se penchait par-dessus son épaule. M. Bernay père venait aussi de quitter la table et s’approchait de son fils, lorsque le voyageur, se redressant soudain et lui adressant la parole. — Quel a été, je vous prie, monsieur, le professeur de cet enfant7 Sur la réponse de M. Bernay, que les seuls muîlresde son fils avaient été ceux d’une pension. — Eh bien, repartit le voyageur, puisque vous allez en Italie, je vous conseille de mettre ce jeune homme entre les mains d’un professeur habile. Ce n’est pas une chose commune que d’avoir, à son Age, tant de franchise et de facilité dans le crayon.

« Ainsi se trouvèrent fixées les irrésolutions de M. Bernay. A son arrivée à Parme, il confia son (ils aux leçons de Callegari , professeur de dessin a l’académie de cette ville, et plus tard il le fit entrer chez le célèbre graveur Toschi.

« Les deux années que passa Camille a Parme lurent exclusivement consacrées a d’assez fortes éludes de dessin et à quelques essais de gravure. Mentionnons, en outre, d’aventureuses excursions dans les Apennins, un nombre incalculable de baisers envoyés dans toutes les directions de la rose des vents, et nous n’aurons plus rien à dire sur cette partie de son existence. N’oublions pas toutefois la part qu’il prit, selon ses forces (il avait dix-

LES HE AU X-A l>T S.

nuit ans), a l'insurrection de Parme, en 1851. 11 ne parla de rien moins que de reconstituer l’unité italienne ; mais son père, que. les devoirs de sa place auprès de l'archiduchesse' Marie - Louise devaient rendre peu sensible à la beauté de cette brillante utopie, s’empressa «le renvoyer en France le jeune carbonaro avec sa mère et sa sœur.

« Arrivé à Paris, Bernay fut présenté à M. lien r iquel Dupont, qui s’était placé au premier rang parmi nos graveurs en taille-douce; mais cet artiste désintéressé, qui prévoyait la chute prochaine de son art sous la triple concurrence , on pourrait presque dire sous la coalition de la gravure à la manière noire, de la lithographie et de la gravure sur bois, détermina Mme Bernay à faire entrer son fils dans une autre carrière.

« 11 fut placé dans une étude d’avoué, à Versailles. Passer du beau ciel de l'Italie sous notre ciel brumeux, de l'atelier deTosehi dans la sombre officine d’un paperassier, la transition était brusque et peu faite pour plaire à un esprit généreux. Aussi tous les efforts de Camille furent-ils impuissants pour le faire pénétrer dans les sublimes arcanes de la saisie immobilière et de la purge légale; et, comme autrefois les profanes dans les temples des dieux, il fut obligé de s’en tenir à la douteuse compréhension des vérités élémentaires, j’entends des avenirs et des significations d'avoué à avoué. Mais, en revanche, il cbansonna très-bien le principal clerc et croqua à merveille les plus remarquables clients de son patron. Au lieu d’élucubrer pieusement quelque abondante requête sur l'article 815 du code civil ou sur tout autre article non moins inspirateur et non moins étoffé, il couvrait sa pancarte de couplets irrévérencieux, de bonnets de juges, de nez de greffiers et de bouches d’avocats.

« M. Bernay père, à son retour en France, ne tarda pas à voir que son fils goûtait peu sa nouvelle carrière. Espérant, que, dans une étude de la capitale, les répugnances de Camille pourraient s'afiaiblir, il le fit entrer chez Mc Delachapelle, avoué à Paris. Mais on ne fit par là qu'élargir le cercle de ses patients, et fournir un plus grand nombre de sujets a sa verve railleuse. A cette époque remontent ses premiers essais de peinture. On voit que la plume et le pinceau se succédaient entre ses doigts, et qu il flottait encore entre la poésie et les arts du dessin.

Sic pictura pocsis crit.

« Enfin la littérature l'emporte. Camille venait d’avoir vingt ans. Le 5 juin 1855, son père reçoit de lui la lettre suivante :

« Mon père,

« Quand vous lirez cette lettre, je ne serai plus « chez vous. Je quitte la maison. Et ne croyez pas « que cette résolution soit la suite d’un bizarre ca-

pnce île jeune homme, une inconséquente étourderie. Je lai longtemps mûrie; j’en ai calcule toutes les chances, toutes les probabilités.

« Je pars. Je vais vivre de moi-même , de mes propres moyens; je vais essayer de lutter seul avec l'existence. Assez longtemps vous m’avez fait vivre a vos frais. J’ai vingt ans; je veux être libre. « Je quitte l’étude, parce que je n’aurais jamais été qu un mauvais clerc, et qu en \* restant sans v pouvoir rien taire, c’était vous occasionner desdépenses inutiles. On ne se refait pas, mon père. Jamais la procédure ne m’a convenu; c’était un habit trop étroit pour ma pensée; j’y étais gêné, mal à l’aise. J eusse été tout autre dans un art quelconque, mécanique ou libéral, enfin dans toute carrière où il faut un peu d’imagination. Je n’aurais jamais pu être clerc, etc., etc.

« Adieu. Jusqu'ici vous m’avez juge faible eL indolent ; l’avenir vous montrera, je l’espère, tout l’opposé. Quoi qu’il arrive, croyez que je ne m’écarterai jamais des lois de l'honneur.

« Adieu, encore une fois. Nous nous reverrons « quand je serai indépendant; pas avant.

« Votre fils respectueux, etc., etc.,

h C a m 1 1. l F. Ber n a v. »

« Une lettre, sur un ton beaucoup plus tendre, fut également adressée par Camille à sa mère; puis, les deux lettres écrites et envoyées, il quitta la maison paternelle, avec un léger bagage et une somme de cent francs. Un de ses amis, clerc d’avoué comme lui, et comme lui rimeur, le reçut dans une modeste chambre qu’il occupait rue du Caire. Ils mirent tout en commun, leur verve et leur bourse ; il u’y avait pas là de quoi les mener bien loin.

« Le courage de Bernay ne larda pas à être mis a une rude épreuve. Vaincu par la gène ou par le sentiment de son infériorité, son camarade de chambre abandonna la partie et se fit avocat. Force fut bien dès lors à Camille, resté seul, de chercher un autre gîte. Ce fut probablement à cette époque qu’il erra pendant deux ou trois jours dans les rues de Paris, couchant et mangeant on il plaisait à Dieu. Enfin, il fut recueilli par quelques amis, qui , tour a tour, se chargèrent du soin de l’héberger. Malheureusement la nécessité ne lui permettant guère de scruter sévèrement la conduite de ceux qui lui ouvraient ainsi leur porte et leur bourse, il ne se trouva pas toujours dans des compagnies d’élite. Bedoutable épreuve qui suffirait à démontrer l’excellence de sou naturel, et à laquelle beaucoup d’autres auraient succombé î Mais il avait toujours présentes à sa mémoire ces paroles que nous avons déjà lues dans sa lettre d’adieu : « Quoi qu’il arrive, je ne m’écarterai jamais des lois de l’honneur. «

« Ce fut dans une mansardé, rue Plumet, qu’il écrivit un roman intitulé Sous les toits. Un aurait eu

ms

LES H L A L X - A II T S

mauvaise grâce a lui contester la vérité de son tableau. Ce roman trouva un éditeur; Abel Ledoux en donna, je crois, deux ou trois cents francs. Cet ouvrage eut-il quelque succès? Nous l’ignorons, et nous ne croirions pas faire grande injure à la mémoire de Bernay eu nous prononçant pour la négative. Du reste, il nous a été impossible de mettre la main sur un seul exemplaire de ce livre. Le peu que nous en dirons se bornera donc à quelques détails «pie nous tenons de la bouche même de Camille. Dans ce roman, il avait voulu peindre l’histoire «le sa vie : son héros était un poète qui, après avoir traversé les plus pénibles épreuves, mourait au moment même où il allait recueillir le fruit de sa longue fatigue. Ne semble-t-il pas que Bernay eût déjà comme un pressentiment de sa fin prématurée ? » Nous n’accompagnerons pas l’auteur de la notice dans l’analyse qu’il fait «les attires productions de Camille. Nous nous contenterons de montrer ce jeune écrivain menant de front la peinture et la poésie, et appelant son pinceau au secours de sa plume. Deux fois il rentre au domicile paternel, deux fois il s’en arrache de nouveau. La misère et 1 expérience sa sœur sont les deux sévères institutrices de ce fougueux esprit, et lui apprennent la vérité par la souffrance. A défaut d’enseignements littéraires, il reçoit les dures leçons de la vie, et il y puise cette science de la réalité qui l’eût placé a la tête de nos auteurs dramatiques, si son enveloppe n’eût pas été trop faible pour l’hôte qu’elle contenait -

Après des vicissitudes qu’il serait trop long d’énumérer ici, Camille obtint enfin de son père la permission de se livrer exclusivement au théâtre. Nous voici arrivé à l’époque de son apparition définitive sur l’horizon littéraire. 11 présente aux décisions de la Comédie-Française le Ménestrel et le Vingt-quatre février, et, en une seule séance, il remporte une «louble victoire.

Ne pouvait-il pas se croire à la fin de ses longues épreuves? 11 se trompait, et la lutte qui lui restait à soutenir ne devait pas être moins terrible «pie celle d’où il sortait, puisqu’il y trouva la mort. Lu vain il accumula effort sur effort, œuvre sur œuvre; un Souper chez liurras , l’ Ilomme d’affaires , l’Héritage du mal , représenté l’année dernière avec éclat sur la scene de l’Odéon, <* t le Pseudonyme , «jui, sur le même théâtre, excite en ce moment des applaudissements unanimes, furent successivement refusés par la Comédie-Française. Bernay sentit un instant plier son courage. Cependant il se releva peu a peu et reprit ses travaux; mais la mort arrivait.

" Depuis quelque temps, dit l’auteur de la notice, il était affaibli par les excès de travail, par les veilles et par les inquiétudes. Dans les premiers jours du mois de juin 1842, il fut attaqué «l’une fièvre qui, «lu reste, s’annoncait avec assez peu de gravité; le s juin, il s’alita, et une inflammation s’étant dé¬

clarée dans l’épigastre , le médecin ordonna d'v appliquer des cataplasmes arrosés de quelques gouttes de laudanum. Un soir qu’un de ses amis l’avait quitté fort tard, Bernay se sentit plus mal a l’aise que de coutume; cependant il parvint à s’endormir. Il eut alors un songe étrange : il lui sembla «lue sa grand’mére, morte depuis «|uel«|ues jours, montait sur la couche où il était étendu, et, le saisissant parles deux mains, s’efforcait de l’en arracher. Bernay se réveille en sursaut avec un cri d’effroi. Maiscelte image ne le quitte plus, et il ne doute pas «| ne ce ne soit un signe de mort. En ce moment, «les douleurs assez vives se font sentir dans la région «les entrailles. Four les calmer, Bernay verse «les gouttes «le laudanum sur son cataplasme. Le feu intérieur augmente. Nouvelle tentative pour l’apaiser. L’inflammation s’accroît. — Je suis incendié! s’écrie le pauvre jeune homme. Et il attend avec une affreuse anxiété les premières lueurs du jour. Enfin elles paraissent et viennent colorer les vitres.

Il se lève en trébuchant, ouvre sa fenêtre et se verse de l’eau froide sur le corps : c’était de l’huile sur le feu. Alors tournant les yeux vers l’aube et prêtant l’oreille aux chants matinals des oiseaux, U s’écrie involontairement : — Chantez, chantez, petits oiseaux ! Moi, je ne chanterai plus.

« Cependant ses douleurs devenaient intolérables, fl se traîne hors de sa chambre, épuise le reste «le sa force à descendre l’escalier, arrive sur le palier «lu concierge, et y tombe en criant : — De l’eau! de l’eau ! Je brûle. Le concierge, effrayé , le relève, et faille à remonter dans sa chambre. Les parents, avertis de ce qui se passe, envoient aussitôt chercher le médecin , et on transporte Camille dans l’appartement «le sa mère. Durant cette translation si courte, il fut saisi «le spasmes si violents , «|ue l’on crut qu’il allait expirer. D’abondantes saignées le soulagent; un mieux se déclare. Nous voici au 14 juin. Ses amis se succèdent aux portes; on les rassure. Le soir, les douleurs reviennent. Le médecin est mandé ; il repart après <|uel<pies ordres. Nouvelle atta«|ue vers minuit. Détour du médecin. — Docteur, lui «lit Bernay, ne me «piittez plus; j<‘ ne vous ferai pas longtemps attendre. Quelques instants après, il porte violemment la main gauche à son cœur, pousse un cri et expire. Il avait vingtneuf ans.

« Cette nuit-là., les anus de Camille perdirent nu cœur dévoué, et notre littérature dramatique un «le ses plus éloquents interprètes. Les mots se pressent sous notre plume; mais que pourrions-nous ajouter? La vie et les œuvres «le Bernay sont maintenant sous les yeux du public. Les faits parleront mieux que nous.

« Esprit chaleureux et vrai, sympat hi«|ue et judicieux , il prit toujours son point de départ dans les convictions les plus sociales. S'il touche «pœlquefois à l’exception, c’est dans le seul «l.o-

niiiiiic de 1 héroïsme. Or n'est- i l pas permis de dépasser la limile dans une sphère qui rapproche l’homme de Dieu, et n’esl-ce pas là plutôt reculer que franchir les bornes de la généralité? Cette route, on le voit, tendait à l’éloigner de plus en plus de la nouvelle école; aussi en avait-il répudié tous les adeptes, à l’exception du maître qu’il admirait loujours avec le même respect, et dont les œuvres figuraient sur sa table à côté de celle de Molière, de Corneille, delà Fontaine, de Bossuet et Shakspere.

« Bernay avait le travail d’une facilité prodigieuse. Il composait eu marchant, et il ne se trouvait jamais mieux inspiré que, lorsqu'une cigarette à la bouche et revêtu d’un costume particulier, il ar¬

pentait sa petite chambre en disant ses vers a quelque ami.

8 Sa taille était ordinaire; ses épaules larges ; ses cheveux blonds; sa moustache un peu rousse; son œil gris-vert et d’une extrême transparence. Sur sa figure se succédaient a son gré, avec une rapidité singulière, les jeux de physionomie les plus opposés. Avec quelques études, il eût pris place parmi les grands acteurs de notre temps. »

Nous ajoutons à ces détails le portrait th* Bernay. Cette gravure a été exécutée d’après un dessin dont il est lui-même l’auteur. L’air de mélancolie répandu sur le visage n’était point dans le modèle; il vient de la direction que l’on est forcé de donner à ses yeux lorsque l’on fait son propre portrait.

Page 1