EN I N I I
( article. )
o us avons vu , dans l’a rl ici o précédent , <] ne deux cent ijnatrevingt — quinze nionumentsavaient reçu des secours pendant le cours des années IS40, 51 et 52. Mais sur le tableau des allocations portées au budget de 1845, ou ne trouve plus que cent quatrevingt-deux monuments désignés pour prendre part à la répartition des fonds de cet exercice.
Deux causes expliquent cette diminution dans le nombre des monuments désignés pour recevoir des allocations sur les fonds de l’exercice 1845; d'abord, la juste tendance de la commission a répartir la majeure partie de ses ressources sur les édifices les plus considérables ou qui en ont le besoin le plus urgent; puis encore le bon état de conservation où plusieurs de nos monuments historiques ont été amenés, et qui rend inutile momentanément l'application de nouveaux secours.
Cent trente-six monuments, figurant sur le tableau que nous avons donné plus liant, ont été éliminés; mais, d’un autre côté, vingt-trois nouveaux monuments ont été désignés par la commission comme ayant des litres à des secours.
Ces vingt- trois monuments sont:
Eglise (VEssone.
Eglise de Campigny.
Eglise de Saint-Cyprien.
1 >ou bs.
Fouilles à Mmnleure.
Eure.
Eglise de Saint-Taurin d 'Enreiu , théâtre romain (YArnicres, pi es Evreux. église de Saiutl’ierre de Lauriers, église de lin g la s.
Gers.
Eglise de Marcha.
Lot-et-Garonne
Fouilles de A âme.
Morbihan.
Fouilles d<* Sniul-Glirisioplte.
Rhin (Ras-).
Eglise de Saint-Jean desChou.r, église de iV iederninnsler, église de Nicderharlac.
Saône-et-Loire.
Eglise de Purag - le - Maniai , église de Saint-Vincent de Ch (dons.
Seine- Inferieure.
Eglise de Saint-Etienne d’E7-
beuf.
Somme.
Eglise de Saint-Higuicr , église de Conli , église de Saint- Pi erre de lia g a.
Vienne.
Eglise de Civrajj.
Vosges.
Fouilles a Grand.
Quatre ans d’expériences ont consacré aujourd lim le système des grands travaux; plusieurs beaux edilices dont l’existence était menacée ont cesse d inspirer des inquiétudes. Mais, quels que soient le zèle de la commission, l’activité îles réparations et l’intelligence des architectes, il s’en faut encore que les résultats obtenus soient en rapport des besoins du service. On a fait ce qu’on a pu, mais on ne pouvait pas beaucoup. C’est .à peine si, après quatre années d’efforts, on est parvenu à sauver quelques-
Aisne.
Calvados.
Dordogne.
uns des monuments dont la ruine paraissait imminente, et chez la plupart les travaux sont encore on cours d'exécution. Cependant on a la certitude que, dans le courant de l’année, plusieurs de ces édifices, et les plus importants, serontarrivés à un bon état de conservation, et ne nécessiteront plusquedes travaux d’entretien. Parmi ces édifices nous devons citer:
L’église de la Madeleine, à Vezelay (Yonne);
L’église de Saint-Jacques de Dieppe (Seine-lufériere);
L’église de Sainte- Foi de Conques (Aveyron);
Les églises de Snint-Généroux et d’Airvault (Deux- Sèvres);
Les églises de Sainl-Henoîl-sur Loire et de Notre- Dame de Cléry (Loiret);
Les églises d'Issoire et de Notre-Dame du Port Puy-de-Dôme);
Le cloître de Moissac (Tarn-et-Garonne) ;
Parmi ces travaux, quelques-uns présentaient de sérieuses difficultés; ces difficultés ont été vaincues grâce à l’activité, au zèle, à la science des architectes auxquels ces travaux étaient confiés.
L’église de la Madeleine, à Vezelay, abandonnée depuis la révolution, était dans un tel état de délabrement, que sa destruction paraissait, inévitable. Sans l’intervention du gouvernement, le magnifique édifice où saint Bernard prêcha la croisade ne présenterait plus qu'un monceau de ruines. Ou sait que celte fameuse abbaye, un des plus beaux monuments que nous ail laissés l’art gothique, fut fondée primitivement, en 8(iT , dans le pays d'Avallon, au royaume de Bourgogne, par le comte Ghérard, si célébré dans les romans de chevalerie sous le nom de Gérard de Roussillon, et parlierthe, sa femme. Cette abbaye fut bien des fois détruite et rebâtie. Les parties conservées de nos jours appartiennent aux onzième, douzième et treizième siècles. Cependant sa restauration avait été longtemps retardée faute de fonds; elle a pu être enfin entreprise, grâce aux secours considérables accordés à cet effet par M. le comte Duchâtel, lorsque la commission des monuments historiques a proposé au ministre de l’entreprendre ; de longues éludes sur la situation de cette immense basilique lui avaient fait reconnaître à la fois et la difficulté et aussi la possibilité de cette restauration. M. Yiollet-Leduc, chargé des travaux, les a conduits avec autant de zèle que de talent.
Le beau cloître de Moissac n’offrait peut-être pas moins de difficultés. M. Questel les a heureusement surmontées. La toiture de l'édifice a été restaurée dans le style primitif après la destruction d une voûte ajoutée au quinzième siècle. Celle voûte, pesant d’un poids énorme sur les murs latéraux, avait nécessité des contre-forts dont la présence altérait le caractère architectural du monument. Aujourd’hui le cloître de Moissac s’offreàla vue tel qu’il sortit des mains des constructeurs du treizième siècle.
L est encore a M. Questel que l’on doit la consolidation récente de la tour Magne à Nîmes, pour laquelle le ministre de 1 intérieur, jaloux de conserver a la France cette .admirable ruine romaine, avait accordé des secours spéciaux , et la restauration du magnifique portail de Saint-Gilles et de la célèbre \is qui rend encore cette ville un lieu de pèlerinage pour les tailleurs de pierre. En même temps que M. Questel conduisait ces travaux, il retrouvait et faisait conserver les débris du chœur de la même église, détruit pendant la révolution, qui offrent aux arts et à l’archéologie un sujet d’études du plus haut intérêt.
Le rapport de la commission du 21 novembre 1842 signale avec eloge les travaux dirigés par M. Jolv, dans 1 église de Saint-Savin (Vienne), célèbre par ses nombreuses peintures du onzième siècle ; les réparations de Notre-Dame de Lléry et de la fameuse église de Saint Benoit-sur-Loire (Loiret) , conduites par M. Delton; celles quedirige M. Danjoyaux églii ses de Saint-Pierre à Lisieux, et de Saint-Pierre à Touques (Calvados) ; les travaux entrepris parM. Van (’.leemputte à l'ancienne cathédrale de Laon (Aisne).
Elle accorde les mêmes éloges à M. Lenormand pour la restauration habile de l'église de Saint-Jacques â Dieppe (Seine-Inférieure) ; à M. Lion, dont les beaux-arts ont à regretter la perte récente, pour la restauration de l’église de Givray et. de la tour de Charroux (Vienne) ; â M. Rénaux, pour les travaux exécutés dans l’église de Saint- Paul-Trois-Châteaux (Drôme) ; à M. Boissonade, pour la restauration presque terminée avec un plein succès de l’église de Sainte-Foix à Conques (Aveyron); à M. Questel, pour les travaux de restauration qu’il a commencés à l’église de Saint-Maurice a Vienne (Drôme).
Un fâcheux accidenta interrompu des travaux non moins importants entrepris sur nue autre localité.
« Les réparations de la flèche de Couches, conduites par M. Bourguignon, allaient être terminées, dit M. P. Mérimée dans ec même rapport, quand un ouragan d’une violence inouïe a renversé cette (lèche en charpente et détruit le couronnement de la tourqui lui servait de base. Mais, par une sorte de miracle, les admirables vitraux de Conciles ont été préservés, et la masse immense de la flèche n’a écrasé dans sa chute que des maisons inhabitées.
« En apprenant ce désastre, M.le comte Duchâtel a donné à la ville de Conciles l’assurance qu’il n’abandounerait pas une entreprise qu’il avait déjà puissamment encouragée. De prompts secours ont suivi cette promesse, et l’empressement de la ville et du département de l’Eure à s’imposer de nouveaux sacrifices fait espérer que bientôt les traces de ce déplorable accident auront disparu. »
Parmi les travaux qui ont sollicité le plus vivement l’attention de la commission, ceux qui intéressent les débris de la splendeur romaine occupent une place notable. Ils ont, au point de vue de Part
et de l’archéologie, une importance qu’il suffit d’énoncer pour la faire comprendre; mais l’insuffisance des crédits avait longtemps obligé la commission a négliger ces travaux. C’est alors, et plus particuliérement dans les travaux exécutés aux théâtres d’Arles et (l’Orange, qu’ont éclaté les inconvénients des réparations lentes et partielles.
Un instant la commission s’était flattée qu’un crédit spécial pourvoirait à la restauration de ces deux monuments de l'art antique. Un travail prépare par l’un de ses membres en avait même précisé la dépense, qui ne s'élève qu’à une somme de 300,000 fr. Mais des motifs d’économie ayant fait ajourner cette mesure, on a dû faire face aux besoins avec les ressources du fonds général des monuments historiques. Depuis 1840, les allocations ont été portées annuellement à un chiffre considérable ; bientôt la situation des deux théâtres s’esl. notablement améliorée.
Une direction plus régulière a été imprimée aux travaux de déblayement et de consolidation; et, à cet elfet, une mission spéciale avai t été conliée, en 1842, à M. Mérimée par M. le ministre de l’intérieur, qui sentait combien la conservation de ces deux magnifiques débris de l’architecture romaine importait à l’histoire de l’art.
A Orange, les salles du Uostscenium avaient été acquises et mises à l’abri des dégradations que leurs propriétaires y faisaient journellement. Maintenant l’enceinte antique est fermée et soumise à une exacte surveillance; la scène et les gradins sont nettoyés; quanta la consolidation des murs, elle s’est achevée, dans la campagne de 1 8 4 *2 à 1845, sous la direction de M. Rénaux, dont le nom a déjà été honorablement cite. Bref, aujourd'hui le théâtre est isolé entièrement, ainsi que les constructions antiques qui le lient à l’hippodrome.
On sait quelles admirables statues et quels nombreux fragments antiques on a trouvés sur la scène du théâtre d'Arles. Ou espère que de nouvelles fouilles mettront à jour des découvertes non moins intéressantes. Déjà même les fouilles partielles auxquelles les nouvelles acquisitions ont donné lieu sur le théâtre d’Arles ont amené la découverte de restes assez considérables de la décoration en marbre de la scene, de quelques débris de bas-reliefs et d’inscriptions, et enfin d’un beau fragment de la statue d’Auguste dont le musée d'Arles possédait une partie du torse, et dont la tète est en ce momentà Paris, au musée du Louvre.
Mais là encore de grands travaux restent à opérer; il ne s’agit pas moins que de percer des rues, de niveler des terrains et de faire de nombreux terrassements. Alors seulement pourra être complété le déblayement de la salle antique et de la salle des mimes.
Ces travaux de déblayement seront bien certaine- i ment entrepris prochainement, a présent que Tac-
quisition des maisons qui encombraient les théâtres d’Arlesetd’Orange a été effectuée parle ministredc l’intérieur. Celte acquisition importante, qui rentrait depuis si longtemps dans les projets de la commission des monuments historiques, doit rassurer complètement les amis de l’art sur la conservation jusqu’alors incertaine de ces précieux édifices.
Entre autres monuments de l’art ancien qui demandent de prompts travaux de consolidation, le rapport du ministre sur le budget de 4844 signale l’amphithéâtre d’Arles, le pont du Gard et l’arc romain de Reims. Les grandes constructions romaines de Langres, de Poitiers, de Saint-Chamas, de Nîmes, de Saint-Remy, etc. , ont aussi des litres à l’intérêt de l’administration, et les secours ne leur manqueront pas. Ce n’est plus aujourd’hui qu'on peut avoir à redouter la funeste insouciance qui a laissé détruire les arènes de Bordeaux.
Parmi les édifices que le rapport du budget de 1814 indique comme ayant été terminés en 1845, ou devant l’èlre pendant l’exercice courant, on remarque les églises de Laon, de Saint-Trophime d’Arles, de Lisieux, de Touques, de Tréguier, de Louviers, de Saint-Gilles, de Saint-Maurice devienne, de Saint- Julien de Brioude, de Saint-Nicolas de Blois, de Noyon, de Notre-Dame du Port à Clermont-Ferrand, de Saint-Jacques de Dieppe et de Yezelay. D’autres, en plus grand nombre, sont en voie de réparation. Mais parmi ces monuments il en est un à la restauration duquel la commission attache le plus vif intérêt, et dont, sur l’autorisation du ministre, elle a commencé l’élude. 11 s’agit de l’église de Saint-Ouen de Rouen. Cependant la restauration de ce chefd’œuvre inachevé de l'architecture gothique ne lui paraît exécutable qu’au moyen d’une allocation extraordinaire tout à fait en dehors des prévisions générales du budget.
Aussitôt que les études eurent été autorisées par M. le comte Duchâtel, la commission se hâta d’en presser le travail ; bientôt elle eut entre les mains deux projets. Qu’on nous permette, à ce sujet, d'emprunter les paroles du rapport présenté par M. P. Mérimée à la séance du 24 novembre 1842.
« Deux projets pour l’achèvement de Saint-Ouen ont été présentés à la commission par M. Grégoire, dans deux systèmes différents, tous les deux remarquables par le talent et l’exactitude de l’artiste à reproduire des types consacrés dans la décoration de l’église. Dans le premier, on éléve deux tours qui flanquent le portail, en profitant des indications que fournissent les amorces des constructions commencées au seizième siècle (constructions fort postérieures, comme on sait, à l’église elle- même), et presque aussitôt abandonnées. Dans le second projet, dont la dépense serait bien moins considérable, on supprimerait les tours et on bâtirait une façade aussi riche et d’un goût plus pur ; car on n aurait point à se préoccuper d’en mettre la décoration eu
harmonie avec les amorces des constructions fort médiocres, ébauchées, ou, pour mieux dire, ajoutées deux siècles après la construction de l’église. Au contraire, l'obligation de se régler sur les additions du seizième siècle consacrerait une alternation au caractère général de l’édifice, qui, pour être ancienne, n’en est pas moins regrettable.
« L’exécution du premier projet occasionnerait une dépense qu’on ne peut évaluer à moins de 5,000,000 de fr. ; le second ne coûterait qu 'environ 1,200,000 fr. ; c’est celui que la commission a préféré, et M. Grégoire en achève l’étude en ce moment. »
Au nombre des monuments classés par la commission, il en est quelques-uns qui réclament des secours urgents. Nous citerons, entre autres, l’église de Saint-Philibert à Tournus, l’un des édifices les plus anciens, les plus vastes , les plus beaux que nous possédions. La situation est telle que, s’ils étaient différés, sa ruine deviendrait inévitable. Mais, bien qu'elle puisse être encore prévenue et que M. Questei, chargé de rédiger un projet, se soit conformé aux instructions qui lui prescrivaient de se borner aux travaux de consolidation absolument nécessaires, la restauration de Saint-Philibert exigera cependant des sacrifices considérables. La façade de Notre-Dame de Poitiers inspire également de sérieuses inquiétudes. Cette façade, célèbre par j les curieuses sculptures qui la couvrent de la base au sommet, est. un des plus précieux monuments de l’art gothique; sa restauration, qu’on ne peut retarder, entraînera de grandes dépenses. Il y a aussi urgence et nécessité à faire exécuter de grands travaux pour la consolidation des églises de Loches, de Civray et de Son illac, et des abbayes de Preuilly et Lessay.
Les bonnes intentions de la commission ont souvent rencontré des obstacles dans l’opposition des propriétaires et des conseils municipaux. Ainsi les théâtres d’Arles et d’Orange étaient encombrés de maisons pour lesquelles les possesseurs affichaient des prétentions inadmissibles ; ils se refusaient également à céder des terrains indispensables à l’entier déblayement de ces édifices. L’administration, ne pouvant obtenir aucune concession, a dû recourir à la loi d’expropriation pour cause d’utilité publique. Elle . a été jusqu’ici heureusement invoquée dans trois circonstances.
Dans la question des deux édifices romains, la conservation n’intéressait que Part et l’archéologie. On pouvait craindre que les jurys ne voulussent pas admettre le principe de l’expropriation. Un juste sentiment de patriotisme leur a fait considérer cette conservation comme aussi intéressante pour le pays que l’établissement d’une voie de communication.
Une question mixte se présentait au sujet de l’église de Cunault, dont une partie avait été vendue pendant l’époque révolutionnaire. La commune se
trouvait sans église; il fallait en construire une nouvelle ou racheter la portion distraite de l’ancien monument afin qu’il pût être tout entier consacre au culte. Il y avait donc à la fois intérêt de paroisse et intérêt d art. Le jury de Maine-et-Loire, auprès duquel on a fait valoir ces deux motifs, a donne raison à la commission, et l 'église de Cunault n'a plus à craindre aujourd'hui des mutilations qui pouvaient entraîner sa destruction totale.
Forte de ces trois arrêts qui consacrent le prin- ! cipe de l’expropriation pour cause d’utilité publique en matière de monuments historiques, la commission peut maintenant poursuivre son œuvre avec plus de certitude. La loi lui viendra en aide quand il s’agira de dégager nos beaux monuments îles j misérables constructions qui en masquent l’extérieur et souvent en compromettent la solidité, ou j même d’acquérir ceux que le hasard des révoluj lions a fait passer dans des mains particulières.
Malheureusement les efforts du gouvernement ne reçoivent pas toujours des administrations départementales et communales l’appui qu’il serait en droit d’en attendre. Bien que dans plusieurs localités des sociétés savantes se soient formées pour correspondre avec le ministre et lui transmettre les renseignements propres à l’éclairer, un zele constant et une activité louable ne se font pas remarquer toujours parmi les autorités secondaires. Nous devons avouer aussi que les assemblées qui décident de l’emploi des fonds ne montrent pas beaucoup de sympathies pour les questions d'art. Peut-être faut-il attribuera la pénurie de leurs ressources l’indifférence qu’elles semblent témoigner à nos monuments.
Le ministère a fait l’acquisition de l’antique monument attribué aux rois mérovingiens, et connu a Beauvaissous lenom de la Basse-Œuvre, au moment oû l'administration municipale allait le faire démolir sous un prétexte frivole. Un architecte de mérite, M. Ramée, à qui l’on doit une très-bonne restauration de l'ancienne cathédrale de Novon, a présenté à M. le comte Duchâtel un projet pour rétablir les dispositions et la décoration primitives de la Basse-Œuvre. Mais ce projet., pour si remarquable qu’il soit, ne saurait être adopté avant que le ministère des cultes se soit concerté avec le ministère «le l’intérieur pour son exécution.
On remarquaitdans le faubourg de Sainte-Palaye, à Saintes, un vieux monument d’un haut intérêt pour la science archéologique. L’abbaye de Sainte- Marie des Dames était depuis longtemps transformée en caserne. Son état de délabrement avait engagé la ville à la démolir afin de construire une caserne nouvelle sur son emplacement. La commission s est émue à ce bruit; elle a vivement sollicité l'intervention du ministère de la guerre. Mais la ville, jalouse de jouir des bénéfices d’une garnison, a mis une longue opposition à consentir à la conservation de
LES BEAUX- A RTS.
cette antique abbaye, tant les terrains qu'elle occupe lui paraissaient propices à la construction qu elle avait résolue. Entin, après de nombreuses négociations, l’ordre de démolition a été révoqué, une caserne a été bâtie autre part, et la direction des réparations ies plus utiles a été confiée à M. Lion, et, depuis sa mort, à M. Cluzet, ancien éléve de Rome, qui vient d’aller relever en Asie Mineure le temple de Diane Leucophryné du Méandre, à Magnésie.
Au temps que la ('.aille faisait partie de l’empire romain, un arc avait été construit dans celte même ville de Saintes au bord delà rivière. Plus lard, le lit de la Charente s’étant déplacé, l’arc se trouva au milieu du courant; pendant le moyen âge un pont fut construit dans ce lieu même, et l’arc romain fut enclavé dans celle construction. Les besoins de la navigation ont nécessité de nos jours la démolition de ce pont; l'arc a été transporté pierre à pierre sur le rivage, et grâce au soin qu’on avait eu d’en numéroter les débris, on a pu le réédifier dans une position analogue à celle qu’il occupait primitivement.
Eh bien ! croirait-on que ce travail n’a pu être accompli sans susciter de vives oppositions? Le conseil municipal de Saintes, juge bien peu compétent en telle affaire, voulait a toute force que l’arc restât dans la Charente, où, de père en fils, tous les habitants de la ville l’avaient vu.
Nous citons ces traits entre une foule d’autres; un plus long examen des difficultés soulevées par les travaux de la commission nous entraînerait, au delà des limites que nous nous sommes imposées.
Le dépouillement des votes formulés par les conseils généraux des départements dans leur réunion de 4855 a présenté un résultat bien peu satisfaisant.
Sur quatre-vingt-six départements, vingt-deux seulement se sont occupés des monuments historiques et de leur restauration. Et encore sur ce nombre, seize ne se sont -ils arrêtés â cette question que pour solliciter des allocations du ministère. Un département a même refusé de consacrer une somme d’à peu près 500 fr., provenant du reliquat de son budget, à des études provisoires dont le préfet signalait la convenance. En somme, cent trente-deux demandes nouvelles ont été formulées.
Un département, celui de la Marne, a voté une somme importante, 4,000 fr., â des travaux d’études et de réparations.
Nous devons également signaler l’empressement que la ville de Conciles et le département de l’Eure ont mis à s’imposer de nouveaux sacrifices après qu’un ouragan eut renversé la flèche de l’église de Couches. Une souscription ouverte pour réparer ce sinistre a montré combien la conservation de nos monuments trouvait de sympathie dans la population de ce département.
Ajoutons encore que lorsque des secours furent alloués pour les travaux de l’église d’Issoire, la ville
vota une somme de 25,000 fr. applicables à ces mêmes travaux.
De tels exemples, malheureusement trop rares doivent être encouragés, et nous nous plaisons a les rappeler.
C’est peut-être ici le cas de remarquer combien le budget annuel de 000,000 Ir. affectés â l'entretien des monuments historiques est insuffisant pour un service dont chaque jour révèle de plus en plus les besoins. Cette insuffisance se fait sentir davantage a mesure que de nouvelles recherches agrandissent le cercle des édifices et appellent l'attention du gouvernement sur tant de débris précieux qui se recommandent par leur mérite artistique ou la grandeur des événements dont ils furent les témoins. Espérons que. les chambres comprendront toute l'importance de cette branche du service public et qu’elles donneront à l'administration les moyens de conserverait pays les monumentsqiii consacrent de glorieux souvenirs. A une époque où h* sentiment et le goût des arts s’infiltre dans tous les rangs de la société, où chacun est jaloux de la prépondérance morale de la France et veut lui garantir la suprématie intellectuelle qui, si longtemps, la rendit l’exemple du monde, nous ne croyons pas que ses représentants puissent hésiter â faire les sacrifices (pie réclame l’intérêt bien entendu de sa renommée et de sa grandeur. C’est une nécessité au moment où l'Allemagne entreprend de toutes parts des travaux immenses et songe hardiment â terminer celle cathédrale de Cologne que le moyen âge nous a léguée comme un défi; alors que l’Angleterre prodigue ses trésors pour restaurer ses vieilles églises; déjà les réparations de la seule église du Temple, a Londres, ont coûté plus de 40,000 livres sterling (plus de 1,000,000 fr.). Une somme de 80,000 livres sterling doit être employée aux réparations de Lincoln’s Inu. La France se montrerait-elle moins généreuse (pie l’Angleterre et l’Allemagne, et se laisserait - elle devancer dans celle voie où la première elle est entrée ?
Quant à nous (pii avons avec soin étudié les documents mis à notre disposition et comparé les travaux exécutés avec ceux qui restent à entreprendre, il nous semble résulter des recherches auxquelles nous nous sommes livré qu’une somme de 5 millions par an pendant six ans serait suffisante pour mettre en état d’entretien et de consolidation les monuments historiques dont le sol de la France est couvert. Lorsque les travaux de restauration seront parvenus à ce point qu'il n’y aura pins de crainte à concevoir sur la solidité des édifices , une somme de 1 million à peu près par an suffirait pour parer au service ordinaire.
A MÉDÉE A eu aro.
(La suite à la prochaine livraison.)
LES REAIJX-ARTS.
<; u .N e k n t s n e r h rlioz. — m \ t i Ê e m u s i c a i. k
DE M. ClIEVILLAIin. — CONCERT DK Mme SA» ATI F. It.
La saison des concerts s'est ouverte, cette année, sous de fâcheux auspices. Toutes nos sommités artistiques, disait-on, avaient passé à l’étranger. Pianistes, violons, violoncelles, Thalberg, Arlôl, Vieuxtemps et Servais s’étaient donné rendez-vous sur les bords de l'Ohio et du Mississipi, pour récolter les derniers dollars laissés par Fanny Lissier. Nous n’avons pas désespéré toutefois. Il nous restait la Société des Concerts; Perliez avait annoncé des morceaux nouveaux, et nous savions, en outre, que bon nombre d’excellents instrumentistes et chanteurs s’étaient sagement abstenus d’aller quêter l’aumône dédaigneuse de la gentry anglaise ou réveiller l’inintelligent et grotesque enthousiasme des J milice.
Berlioz a donné deux concerts. Dans le second, il a fait entendre quatre morceaux inédits, dont le plus important est l’ouverture du Carnaval romain. Cette composition, dont le succès a été immense, nous semble marquer le passage du grand artiste à ce que j’appellerai volontiers sa seconde manière. En effet, sans rien perdre de sa profonde originalité, de cette habileté inouïe d’orchestration dont il a seul le secret, il y a montré sous un jour nouveau des qualités que nous n’avions jamais hésité à lui reconnaître pour notre part, mais qui lui étaient généralement contestées, le don de la mélodie, un dessin clair et bien arrêté, une imagination sagement contenue. De la première à la dernière note, cette magnifique inspiration attache et émeut. Bien de hasardé, rien d’indécis, pas un effet douteux, pas de longueur, mais au contraire quelque chose de vif, de net, de serré et d’entraînant. Voilà vraiment de la belle, de la grande musique, voilà un succès sans contestation, un succès presque populaire. Auprès d’un pareil morceau, nous avons peu de chose à dire du chœur avec orchestre intitulé Hélène. La mélodie n’a rien de saillant , elle a, d’ailleurs, été
mal chantée. Le motif de la romance Y Absence est gracieux, et l’accompagnement plein de charme. L Ihjmnc pour six instruments à vent, créés ou perfectionnés par M. Sax, n’a que médiocrement réussi ; mais cette froide et un peu bizarre composition a rempli son but, en faisant, habilement valoir les précieuses qualités des instruments du célèbre facteur. Le saxophone surtout rendra de grands services a I orchestre, par l’ampleur et la puissance de ses sons bas, dont les notes graves de l’orgue peuvent seuls donner une idée. La clarinelte-basse permettra également au compositeur de combiner des effets nouveaux et heureux.
M. Chevillard est un artiste cher au public des Italiens, qui a souvent l’occasion d’apprécier, dans les solos de violoncelle, sou talent pur et expressif. Son concert avait attiré une réunion choisie, un de ces auditoires spéciaux comme les artistes les aiment . Après une ouverture dite avec une remarquable précision par l’orchestre des Italiens, le bénéficiaire a fait entendre deux morceaux avec accompagnement d’orchestre, dans lesquels l'élégance, la force et la netteté de son jeu ont enlevé de sincères applaudissements. Deux autres artistes éminents ont eu une grande part aux honneurs de cette matinée musicale, MM. Alard et Révia I . Alard a dit avec sa verve, avec sa fougue ordinaires, le finale de la belle sonate en lu de Beethoven et une fantaisie de sa composition pleine de détails heureux. Révia! a eu un grand, un très-beau succès, dans les Adieux de Saut à sa harpe, de M. Menuet, morceau biblique du caractère le plus élevé. Il a rappelé par la largeur de son chant, la puissance et la fermeté de sa voix, les beaux temps de Duprez. On a surtout fort applaudi aux oppositions de forte et de mezzo voce dont il tire parti avec un rare bonheur.
Dire que le concert de Mme Sabatier avait attire la plus élégante, la plus brillante assemblée, c’est ne rien apprendre à ceux qui savent de quelle prédilection la plus haute société parisienne entoure ce jeune et ravissant talent. Mme Sabatier a chante, comme elle fait toujours, avec une grâce charmante, un éclat, une facilité de vocalise prodigieuse, un sentiment parfait. Après elle, on a entendu avec le plus grand plaisir le jeune violoniste Hermann. Si M. Hermann consent à se défaire de quelques excentricités de pose et de tenue dont son talent n'a pas le moins du monde besoin, nous n’hésiterons pas à dire que, depuis l’aganini, nous n’avons encore entendu aucun violon qui sorti1 aussi victorieusement des plus inextricables difficultés d’archet et de mécanisme. Cet éloge lui suffit-il? qu'il continue dans la même voie, il aura les plus beaux succès d'étonnement ; mais s’il aspire à des suffrages d’un ordre plus élevé, qu’il travaille à acquérir cette propriété, cette originalité de style qui font seules le grand artiste, et qui lui manquent complètement.
L E S li E A U X - A H T S.
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L’olivier qui s’abrite aux pieds de la colline Voit, sous ses bras heureux, fleurir ses rejeiops.
Ils croissent, enlacés de gracieux l'estons.
Au milieu des parfums de fraise et d’églanline.
Mais le triste mélèze, inféconde racine.
Mais le sapin sauvage, aux fondements profonds,
De pampres caressants couronnent-ils leurs fronts? Ils n ombragent partout qu'une glèbe chagrine.
L'hiver les persécute et couibe leurs rameaux.
Et leur lutte jamais ne les laisse en repos;
Aux tourbillons du nord ils livrent leur semence :
L’ouragan la disperse, et les (ils qu'ils auront. Grandissant au hasard dans la forêt immense,
Au sein d’un double exil comme eux habiteront.
Comte i» k Gram ont
LE SON LE ELUS HiGERIIE,
(traduit de l’allemand.)
Chien qui hurle, cloche qui tinte,
La nuit, quel morne et triste accord ! — Moins triste pourtant que la plainte Qui sort de la chambre d’un mort.
Mais je connais un bruit suprême Plus sourd, plus fécond en douleur ;
Un bruit qui toujours me rend blême, Qui toujours me brise le cœur :
— C'est la plainte lugubre et vainc Qui du cercueil, fatal écrou, S'échappe, lorsque dans le chêne On enfonce le premier clou.
N Martin.
PEINTRES CONTEMPORAINS