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LE ROi HENRI 111.
a ! âge de huit ans.
LES I» E A EX -A K T S
ex posmoxannuelle des Beaux-Arts de Florence vient de s’ouvrii et de se fermer. Elle ne dure qu'une semaine. Dans ce coup d’œil rapide qu'il est donné au pulilic florentin et aux étrangers de jeter sur les productions des ^artistes modernes, il est plus facile qu'à Paris de comprendre la marche de l’art et les \ tendances de l'école.
Tout est réuni à la fois:
' r travaux des maîtres et
i v/y- concours des élèves pour v les prix, dans tous les genres; la peinture, la ÿ sculpture, la gravure, et jusqu'à des copies exécu- . tées d’après quelques-uns des chefs-d’œuvre <j ne renferme l'Italie, c’est-àdire les résultats, les efforts , les espérances , la pente du goût et les allures du style, voilà l’ensemble sur lequel on peut établir son jugement. Partout, il est bien rare de trouver dans les œuvres d’art ce qui devrait y être : la forme atteignant la poésie à force d’élévation et de noblesse, ou le sentiment parvenant à la beauté à force d’entraînement et de puissance. Trop sou¬
vent on a fait des arts ce qu’on a fait des lettres et de toutes choses, une sorte de délassement mis a la portée de tons les caprices. Même en Italie, les arts ont quitté leur trône, et l'on dirait aujourd'hui qu'ils peuvent tout chanter et tout, peindre. Encore si le style et l’exécution rehaussaient le choix des sujets! mais non. Au lieu de relever à leur taille ces pensées indignes , ils se sont abaissés vers elles, et alors qu’ils veulent atteindre à de plus nobles objets, ils les rabaissent seulement à eux, oubliant sans remords la gloire de leur passé. L’est là, pour ceux qui comprennent ce que l'âme devrait puiser à ces sources fécondes, une douleur véritable. A Florence surtout, on la ressent vivement. De toutes parts on est environné de ravissants objets; les hommes et la nature y ont comme rivalisé d’élégance et de beauté. Musées, églises, palais, quelquefois même les rues et jusques aux carrefours, offrent à l’admiration des œuvres qu’on croirait dues seulement à une heureuse nature, tant l’art qui les a faites belles s’est complu à s’y cacher. On respire un air de poésie et d’élégance qui pénètre intimement, qui instruit par ses jouissances, qui les consacre en les faisant servira élever les âmes, et qui alors exige de l’amour passionné qu’on leur porte le devoir de se montrer sévère.
Comment donc, vis-à-vis les productions contemporaines. oublier tout à coup tous ces chefs-d'œuvre et se contenter du médiocre? Les artistes de Florence, certes, sont moins libres que d'autres de s'écarter du beau. On doit leur demander compte de tant de gloires; ils succèdent, eux. à des hommes devenus sacrés pour l'art ; ils les continuent. Fl quand, au lieu de talent, au lieu même du sentiment douloureux de leur faiblesse que trahiraient des efforts estimables mais impuissants, on leur voit l'audacieuse prétention de faire faire aux beaux-arts des progrès nouveaux, peut-on se souvenir assez peu de Léonard, de .Michel-Ange, de Baphaël, de Giolto, de
L K S UK A UX-A U T S.
Jean do Fiesole, des Lippi, d« Ghirlandaïo, pour étouffer en soi un sentinient d irritation <| u i poi le a
la pitié, au mépris mémo '?
L’exposition do peinture réunit tous les genres: la pointure sacrée, la peinture histori(|ue, los sujets anecdoti((iies, 1rs paysages. Mais <|u attendre d une écolo où los traditions sont perdues , sans <]ue rien do neuf ni de beau ne les remplace ; où plusieurs même regardent les chefs-d’œuvre avec I espoir de s’élever plus haut , accusant ainsi la grandeur de leur décadence ? A tant de talent, de gonie, de beauté, ont succédé une faiblesse sans nom, un oubli complet même du convenable, une ignorance déplorable de cette grâce, de cette élégance que les Florentins ont consacrées dans leurs monuments et leurs galeries. Faut-il donc s’appesantir sur I examen de chacun de ces tableaux oublieux de leur origine? Dans la peinture sérieuse, les figures n’ont ni intention, ni exécution, ni grandeur; l'invention est nulle, les accessoires sont sans goût, ou complètement négligés; la nature, à la copier seulement, offrirait de plus beaux modèles. Ces fonds de tableaux si aimés dans les maîtres, tout empreints de la nature florentine , sont abandonnés pour de malheureuses fantaisies aussi loin de la réalité que du style. La sauvage rudesse des peintres byzantins accuse au moins la force et la grandeur ; mais ici cette facilité monstrueuse, avide d éloges, sans pensée, sans science, ne mérite que l'indifférence et le dédain.
Peut-être l’esprit peut-il trouver à louer ce désir des Florentins de nos jours d’ajouter à la gloire de leurs pères de nouvelles réputations (pie, dans leur égarement, ils n'hésitent pas à couronner. Mais de ce besoin d’admirer, du besoin aussi que tout artiste a de louanges, ne se fait-il pas un compromis d'indulgence et de laisser-aller plus funeste aux arts que I apathie de l'ignorance ?
M. Bezzuoli, l’un des professeurs de l’Académie, a exposé celte année deux tableaux religieux. L’un représente une Vierge et l’enfant Jésus, l’autre le Christ cl la Samaritaine. Tous les regrets qu’inspire trop souvent aujourd’hui le spectacle de la peinture moderne à Florence sont éveillés à la fois par ces tableaux, où une certaine facilité ne saurait compenser l’absence des hautes qualités que l’on pourrait exiger d’une pareille réputation. M. Bezzuoli a exposé en outre trois portraits de femmes et d’enfants.— Ils méritent moins de reproches, mais ne méritent pas les éloges qu’on aimerait pouvoir leur donner. M. Michel-Ange Buonarotli, petit-neveu de Michel-Ange, héritier seulement d’un nom presque impossible a porter, a exposé un tableau représentant le Désespoir d une famille grecque à lu vue <les i uincs <lu /Vissolonghi. M. Buonarotli est aussi professeur de l’Académie. Il lui faut de tels titres pour que le regard s’arrête un instant sur une production aussi complètement dénuée de mérité.
M. Marlellini, autre professeur de l’Académie, a découvert au public, peu de jours avant l'ouverture de l’exposition, une fresque exécutée par lui audessus de l’une des portes de l'hôpital degl’ limncenti, sur la charmante place de l’Annonciade. Le peintre y a représenté Aolrc-Scigneur appelant a lui 1rs ]idils enfants. On sait tout ce qu’il faut de grandeur et de sévérité à une peinture monumentale. Etait-il donc possible, dans le triste abaissement où est tombée l’école florentine, d’espérer une œuvre qui répondît à ces nobles nécessités ? Celle de M. Marlellini n'v a malheureusement pas répondu.
Lue Vierge arec l'enfant Jésus, exécutés par .M. Ma rini, qui vient d’être nommé, pour ce tableau , professeur de l'Académie, a fait dans I exposition un frappant contraste avec les peintures contemporaines. Celle-ci, pleine de sentiment et de douceur, paraît un lointain reflet de l’ancien génie florentin. La pose de l’enfant Jésus, qui caresse d’une main le menton de la Vierge, la façon délicate dont le soutient sa mère, le regard qu'elle plonge dans les yeux de son lils, l'ajustement, le paysage, l’architecture qui l’encadre (bien qu’impossible), les quelques fleurs dont la présence rappelle une idée de parfum, tout cela fait de ce tableau une œuvre vraiment louable. « Voilà qui fait pensera prier Dieu,» disait, a cote de nous, une paysanne. Le mol est juste, et nous le répétons de grand cœur sans y mêler d autres eloges. Ce tableau, du reste, a obtenu un grand succès près du public, et l'on doit souhaiter qu'il ramène les artistes à de meilleures voies.
L histoire de M. Marini est touchante. Modeste et à peine connu, il a passe sa vie a restaurer de vieilles peintures. C’est lui qui découvrit . il \ a quelques années, dans une chapelle du Bargello, le portrait charmant de Dante jeune. I n Français, qui se lia avec lui, devina ce que le peintre méconnaissait lui-même et lui lit obtenir, à tout risque, la commande d’une Madone arec l'enfant Jésus. Ce tableau, exposé il ya peu de mois a Florence, réussit a surprendre et à fixer le public. Une seconde Madone fut demandée au peintre, et c'est elle qui a obtenu les honneurs de l’exposition dernière. L’exécution de cette peinture est sans doute un peu faible et trahit l'inexpérience; le modelé en est mou et le dessin même manque d’une certaine fermeté qui ajouterait encore à la grâce. Mais ces défauts, qui diminuent le talent du peintre, ne font pas obstacle au développement de ses qualités. Son sentiment vraiment exquis sait se faire jour et passer, par l’émotion qu il cause, jusque dans l’esprit du spectateur. M. Marini n est plus jeune; il a dépassé cinquante ans. Pourtant 1 amourvrai et tout désintéressé qu il porte a son art, ses efforts, ses progrès déjà sensibles font espérer de lui mieux encore qu'il n’a lait. Combien il est a regretter que l’artiste ail dû si longtemps attendre le regard qui le devina et qui a décidé ses tentatives!
Un peintre fiançais, M. Stürler, recommandable par des travaux déjà connus, a exposé deux sujets saints : ï Incrédulité de saint Thomas et le Christ dans la vallée de Gclhsemani. Ce <pii paraît surtout distinguer le talent de cet artiste , c’est le sentiment dans l’invention. Dans le premier de ces deux tableaux, le Christ, présentant à saint Thomas sa poitrine ouverte et sa main gauche transpercée, indique du bras droit une inscription qui porte ces mots : Beau qui non videront et crediderunt . Saint Thomas paraît confondu de ce muet reproche. Il semble qu'il ne s’attendait pas à ce que ses doutes pussent être coupables; et, malgré la rudesse un peu exagérée de ses traits, cette ligure, d'un bon geste et bien drapée, annonce dans son auteur un vrai mérite. De l'autre côté du Christ, un saint Jean à genoux représente la Foi et complète le sens trésintelligible de cette composition. Autour de ces trois ligures principales sont groupes les apôtres. Cette peinture est inachevée. L’auteur a voulu y sacrifier beaucoup à la pensée, et peut-être a-t-il trop négligé la couleur et la forme. Sans doute, en terminant son œuvre, il en fera disparaître les faiblesses et la rendra, nous l'espérons, plus parfaite.
Dans le second tableau, M. Slürler a représenté le Christ, la tête baissée et le calice en main, marchant. accablé vers le spectateur en s’éloignant du lieu solitaire où il vient de prier, tandis «pie derrière lui un ange, encore engagé entre les montagnes arides, s’envole en pleurant et tenant un rameau d’olivier; il porte la paix au ciel et laisse la douleur au (ils de Dieu. Cette pensée encore est grande et belle. Le paysage est bien composé, mais on pourrait reprochera M. Slürler trop peu de recherche du beau dans son exécution. Est-il sage aujourd’hui de repousser systématiquement tout ce qu'un art plus avancé nous a transmis de science? Les anciens maîtres, sans nul doute, ne l’eussent pas négligé à dessein, et c’est toujours, selon nous, chose fâcheuse que de s'imposer à l’avance des théories très-souvent fausses, fussent-elles cherchées dans le plus noble des buts. Le tableau de M. Slürler est , comme le précédent, encore inachevé.
I n autre artiste français, M. Gendron, a choisi pour sujet de son tableau un épisode de la vieille Florence. C’est Dante commenté en place publique , vers la fin du quatorzième siècle. Un personnage, qui pourrait être Boecace, parle du haut d’une chaire à une élégante assemblée d'auditeurs groupés à ses pieds. De jeunes femmes, de jeunes hommes, des moines, des vieillards, chacun dans une pose ingénieuse, prêtent attention a la parole qu'ils sont venus recueillir. Une ligure de jeune fille endormie en s’appuyant sur les genoux de sa mère, quelques têtes d’une intention rêveuse, un goût distingué dans l’ensemble de la composition , et déjà de la sobriété (peut-être encore insuffisante'' dans la recher¬
che du pittoresque, ont fait de ce tableau l’un des plus attrayants et des plus loués de l’exposition, une œuvre digne de remarque. M. Gendron paraît être dans une bonne voie et comprendre cette élégance de haut goût qu'inspire Florence. Nous l'engagerions seulement a s'efforcer de perfectionner son exécution, qui semble parfois en désharmonie avec sa pensée et le choix même du sujet.
Un Renaud dans les jardins d’Armide et la Mort du général florentin Fcrruccio (ce dernier tableau peint par M. Pollastrini) ne sont pas sans quelque talent. Mais les défauts de l’école pèsent sur ces artistes. II faut qu'ils cherchent à s’inspirer à des sources meilleures pour développer le germe qu’ils semblent porter en eux.
Quelques paysages peints par M. Panerai’ méritent. l’attention. Il exécute finement et sait inspirer le désir de se transporter au milieu des sites qu'il représente.
Un peintre saxon, M. Ilaugh, a exposé une Vue de la campagne de Rome vers l’extrême fin du jour, qui est empreinte de mélancolie, mais dont l’exécution manque de délicatesse, et M.Knebel deux aquarelles bien faites représentant, l’une le Temple de V est a à Rome, l’autre le Temple (le la Sibijlle à T/voli.
M. Levasseur, artiste français, a composé trois dessins, sur des sujets orientaux , qui annoncent beaucoup d’habitude et l'entente, trop facile peutêtre, des elfels de convention.
On remarque aussi un Intérieur de la tribune des Offices traité avec talent.
Le concours de peinture n’offre, même dans les ouvrages des élèves couronnés, ni résultats ni espérances. Celui de composition est. plus remarquable ; mais tout est étouffé sous les habitudes d'un enseignement déplorable qui a faussé le goût et peut-être arrêté l’essor de quelques qualités heureuses.
La sculpture est demeurée , en Toscane, supérieure à la peinture. Florence possède Bartolini, artiste éminent, célèbre dans toute l’Europe, mais qui, méconnu dans sa patrie, a vu la France donner l’exemple en accordant à son génie des récompenses trop longtemps attendues. Peut-être M. Bartolini se rel'use-t il à exposer ses travaux par une sorte de vengeance; peut-être aussi craint-il de les mêler a tant «le productions misérables , et dédaigne - 1- il d’entrer en concurrence avec d'indignes rivaux. Il serait cependant désirable qu’il apprît au public et aux artistes eux-mêmes, par la vue de ses œuvres, quel est le but qu’il faut chercher. Tout artiste d'un vrai mérite doit à son époque l’exemple de son talent, comme un honnête homme, dans tous les siècles, doit l'exemple de ses vertus. Qu'on instruise le goût public et que, par de justes admirations, ou lui inspire de nobles exigences et d’intelligentes sévérités; les arts ne sont pas faits pour les seuls artistes. Maîtres du goût , ils en doivent les leçons.
N’est-ce pas ainsi que faisaient les Grecs, et , dans les beaux siècles de Florence, les artistes, à force de génie, ne devenaient-ils pas les premiers, les chefs dn peuple? Il faut savoir tout tenter pour la gloire, et si, malgré tant d’efforts, le public aveugle se relire de la vérité pour encenser de fausses idoles, les depositaires du beau n'en doivent pas moins protester et relever leur amour a la hauteur du devoir.
A défaut de Bartolini, un autre sculpteur s’est emparé du succès. M. Dupré, de Sienne, et Italien malgré sou nom français, a commencé depuis un an à attirer sur lui l’attention et les louanges. Celle année, il exposait un Caïn frappé de la réprobation de Dieu. Cette figure exprime l’effroi et le désespoir. Du liras droit, Caïn voile sa face devant la colère divine; sa houche en tr’ou verte pousse un cri de terreur; son liras gauche se roidit; sa jambe gauche, d'une helle exécution, soutient son corps penche en avant et comme accablé. Le mouvement de l’autre jambe est moins heureux. L'ensemble de la statue annonce un talent énergique, mais auquel l’élévation fait, défaut. La tète est sans noblesse, le torse a des maigreurs de forme qui indiquent chez l’artiste trop peu de culte pour l’antiquité; aussi M. Dupré doit-il s’efforcer d’atteindre, par l’élude de l’antique, à plus
d'idéalité. Quoi qu’il en soit, même sur une scène plus vaste et entre de plus nombreux concurrents, M. Dupré mériterait et obtiendrait des éloges.
Un élève de Bartolini a montré, dans une figure delà Lucie de Dante, des qualités estimables et de belles tendances.
M. Powers, sculpteur américain, a expose un buste en marbre exécuté avec finesse et fermeté. Un envoi de Borne, représentant un Jeune pâtre tenant dan. s ses mains un nid d'oiseaux , se recommande par la douceur et une certaine grâce qui compensent la maigreur et. un peu de pauvreté qu’on remarque dans cette figure.
Aujourd’hui que l’exposition de Florence, par le concours d’étrangers qui se pressent dans cette ville, est devenue une exposition européenne, les artistes florentins chercheront sans doute à se relever des défauts où une indulgence toute de patriotisme h presque de famille les a laisses s’endormir, l/étincelle de l’ancien goût florentin n’est qu'assoupie. Quelques travaux, rares entre les autres, ont trahi le secret de ce feu enfoui plutôt qu'éteint. Le souille bienfaisant de cette immense publicité qui en secoue les cendres lui rendra, nous l’espérons, avec sa vivacité première, son ancienne chaleur et son éclat.
B Moreu.i.
ce dimanche qui suivit la fête de V Assomption, j etais à Versailles pour voir jouer les grandes eaux.
I)às le matin et de très- bonne heure (le soleil se voilait encore), le hon peuple parisien s’était porté aux abords du chemin de fer. Déjà toutes les voitures du royal voyageur étaient prêles, le cheval de feu hennissait de toutes ses forces, jetant l’eau et la
flamme par ses narines entr’ouvertes ; la raie de fer s’étendait brûlante, des rues de Paris aux jardins de Louis XIV.
Versailles, quelle ville immense et dépeupler! Quel était donc ce roi qui remplissait toute celte immensité à lui seul? Quel était donc ce siècle que ce vaste palais suffisait cà peine à contenir? Quelle était cette cour si nombreuse? Lorsqu’elle se mettait en marche sur ces gazons, les derniers seigneurs du cortège n’avaient pas descendu les premiers gradins, que déjà le roi était au bout du tapis vert !
Ceci est un des miracles de l'histoire , et dans ce monde tout se comprend, excepté les miracles. I u
LES BEAUX- Alll S.
a hîinc, que dis-je? deux révolutions séparent le j Versailles de <850 du Versailles de 1081 ! Que ces vastes demeures seraient étonnées si elles pouvaient j se reporter par la pensée et par le souvenir a leurs premiers jours de grandeur, quand il n \ avait a cette place chargée de pierres et de marbres que j des chênes séculaires! Henri IV y venait relancer le cerf, Louis XIII quittait les chênes de Saint -Germain pour les bois de X ersa i lies, et quand la nuit le surprenait, le roi couchait dans un cabaret sur la route, ne se doutant guère que non loin de ce modeste abri s'élèverait une maison assez vaste pour contenir le plus grand roi et le plus grand siècle de la France. Enfin » en 1000, le véritable roi du palais de Versailles, celui qui devait élever ces murailles et les peupler d’hôles de génie, Louis XIV paraît, et a sa voix cet. immense chaos fut remplace par une magnificence pleine d’art et dégoût. En vain la nature et la disposition des lieux et l’aridité du terrain semblent mettre autant d’obstacles invincibles aux volontés du jeune monarque ; présidé par Louis XIV, un conseil d’hommes de génie se réunit pour élever ces superbes demeures. Mansard élevait les plafonds que Lebrun chargeait de chefs - d’œuvre ; le .Notre disposait les jardins et répandait dans ces terrains arides des fleuves entiers détournés de leur cours ,
naturel par une armée de travailleurs; Girardou et le l‘uget peuplaient ces rivages, ces bosquets, ces grottes humides, d'une armée de nymphes, de tritons, de satyres, de tous les dieux de la gracieuse mythologie; et quand enfin le palais fut bâti et digne du roi Louis XIV, Colbert, le grand Coudé, tous les maîtres du dix-huitième siècle, en prirent possession comme de leur demeure naturelle, et avec eux tous les grands esprits de cette belle époque, les rois de la pensée et de la poésie. Et n’oublions pas d’autres puissances qui voyaient à leurs pieds les rois aussi bien que les poètes : Henriette d’Angleterre et Mlle de la Valliére , Mme de Montespan et Anne d’Autriche. La poésie et la gloire militaire inaugurèrent h; château de Versailles; Louis XIV, le roi de toutes les grâces et de toutes les élégances, le tout-puissant qui avait en lui-même le sentiment de toutes les grandeurs, avait fait de ce palais le seul asile qui fut digne de sa gloire, de ses amours, h* seul abri de ses travaux et des sévères préoccupations de sa vieillesse, si chargée de majesté, de tristesse et de résignation. Toute sa vie, sa florissante jeunesse, son âge mûr respecté, son déclin, derniers rayons du soleil, elle s’est écoulée dans rc> murs.
beaux jardins, eaux jaillissantes, marbres, br zes, vieux orangers charges de fleurs, vaste pelo loiib,c par tant de rois, tant de reines, tant d’;; bassadeurs, tant de saints évêques, tant de beau profanes, royauté d'autrefois qui se peut suivi la trace dans ces magnifiques jardins, il est imp sible de vous saluer de sang-froid ! Chaque pas , 1 on fait dans ces sombres allées est un souvei chaque pas que l’on fait dans ce château funèbre une élégie*. En vain ces murs sont recouverts ■s nouvelles; en vain sont-ils charges de bas-
I m ■ I s < î I d eni bleuies ; en vain toutes soi les de statues
se tiennent debout dans ces galeries splendides
on respire en ces lieux magnifiques je ne sais quelle senteur de mort qui épouvante. Voici la chambre solennelle dans laquelle devait mourir le roi du grand siècle, rien n est change, ou plutôt chaque chose «i été i omise a sa place : le lit est orné de la draperie brodee par Mme de Maiiitenon ; le portrait de Mu- (laiiti , celle noble IlenViette d Angleterre tant pieu i ee, sourit comme autrefois de son sourire calme et l'iolie. La balustrade d or est, lermée ; sur le prie-
LES IJ K A U X-A U T S
Dieu sont les Humes du roi ; le couvre-pied, coupé en deux morceaux, a clé retrouvé, une moitié en Allemagne, l’autre moitié eu Italie; les deux tableaux, de chaque côté du lit, représentant la suinte l'amitledc liaphaël, une sainte Cécile du Dominiquin; le plafond est de Paul Veronese, il a été pris par l'empereur Napoléon dans la galerie du conseil des Dix. Les portraits au-dessus des portes sont de \an-Dick. Jamais la chambre royale ne fut plus splendide et plus brillante. Si plus loin vous entr’ouvrez cette porte, quelle austère retraite! Là s’agenouillait Louis XIV aux pieds de son confesseur. Quelle vie bien remplie ! quelle vieillesse abreuvée de chagrins ! quelle mort ferme et chrétienne! Dans cet autre appariement, qui a conserve je ne sais quel aspect funèbre malgré ses peintures riantes, expira, non pas sans peine ni sans regrets, le roi du dix-huitième siècle, le roi de Voltaire et de Diderot, le roi Louis XV. Tournez la tète, vous êtes au milieu de ses amours : (pie de beautés , que de grâces, que d’esprit, que de sourires ! et au bout de ces l’êtes, de ces délires, de ces amours — quel abîme, quel goullre immense dans lequel il faut tomber !
Ainsi dans ce long voyage à travers les magnilicences du vieux palais de Versailles, vous passez du triomphe a la défaite, de la royauté au néant. Le roi si jeune, si brillant, — adore plus qu’un Dieu, — le même tout-puissant qui se promenait dans ces jardins magnifiques , au bruit de tant de jets d’eau jaseurs, vous allez le voir étendu sur son lit de mort. De tous ces rois, le dernier, le plus honnête et le meilleur, ou le retrouvez-vous? juste ciel ! sous la main du bourreau! — Vanité, vanité!... la ruine est la; on peut remplir de tableaux le palais de Versailles, mais pour lui rendre la vie, c'est impossible. Kegardez, regardez ! on dit que cela est 1 OEil-ilcbœuf , l’Œil-de-bœuf, ce salon danslequelse tenaient respectueux et attentifs tous les hommes du grand siècle. Quel silence funeste après tant de bruits magnifiques ! Ou êtes- vous, vous les rois de l’esprit et du génie français, Bossuet, Corneille , la Fontaine, .Molière, Despréaux ? Partout des emblèmes, des chiffres, des bustes, des tableaux, des ombres, des rêves ! Je suis dans la chapelle, et je demande si le père Bourdaloue, si Massillon, ne vont pas venir, si le roi et si Mme de Maintenon se feront attendre longtemps. Le pere Bourdaloue ne viendra pas, Massillon ne viendra pas ; le roi Louis XIV n’est plus, même dans son cercueil de plomb a Saint- Denis; Mme de Maintenon dort du sommeil éternel! Et pourtant tout est prêt pour les recevoir. Toutes les magnificences de la chapelle sont rendues à leur éclat primitif. La brillent encore, comme dans leur nouveauté, les vingt-huit statues de pierre; le maître-autel est de marbre et de bronze, les murs sont chargés de bas-reliefs; la tribune du roi et la tribune de Mme de Maintenon oui conservé leurs vi¬
traux entourés de peintures; la voûte porte encore le beau tableau deCoypel; enfin sont agenouillés encore aux deux côtés de l’autel, après en avoir été arrachés violemment, Louis Mil et Louis XIV, plaçant la France sous l’invocation de la sainte Vierge. Ali ! comme un seul homme du grand siècle remplirait ce silence, animerait ces solitudes! comme on croirait alors à cette résurrection !
Mais non, le mouvement, l’éclat, la vie de ces royales demeures ont été remplacés par des statues immobiles, par des tableaux sans noms, par un pêle-mêle brillant de toutes sortes de récits egalement en deçà et en delà du palais de Louis XIV. Lest que dans ce palais qu’il avait élevé à sa grandeur personnelle, Louis XIV n’avait jamais songe que ce lieu pût jamais abriter une autre majesté (pie le roi de France. 11 avait en lui-même le sentiment des grandeurs de la maison de Bourbon, et il serait mort de douleur s’il eût pu prévoir qu'un jour celle maison royale qui était une des belles œuvres de sa jeunesse — le berceau de ses enfants — serait renversée de fond en comble par un peuple en délin!. Non, certes, ce château de Versailles n’était pas destine à ces ravages; ces gazons n’avaient pas été semés autour de ces eaux brillantes, pour être foulés par le trépignement populaire; ces statues (l'étaient pas faites pour être brisées sans pitié; ces vieux arbres dont l’ombre séculaire remplissait le jardin, celui qui les avait plantés de ses mains royales ne se doutait guère qu’ils seraient arrachés comme autant de frêles roseaux. Une fois que la royauté de la France eut été chassée de ces demeures, quand le roi, la reine et M. le dauphin eurent été traînés à Paris pour y mourir, le palais de Versailles aurait dû s’écrouler comme inutile et sans valeur.
Magnifique entre toutes les demeures royales, le château de Versailles avait été disposé tout exprès pour abriter convenablement la royauté française comme la comprenait Louis XIV. De même qu’il disait, l'Etal , c’est moi, le maître souverain de tant de millions d'hommes aurait pu dire : Versailles, c’est tout mon règne. Tout son régne, eu effet, car la vie du roi et la fortune de la France ont été employés à dresser ces murailles, à planter ces jardins, à conduire violemment à celle place stérile ces eaux jaillissantes. Au beau milieu de cette longue suite de pierres taillées avec un ciseau d’or, entouré de tous ses enfants, de tous ses gentilshommes, de tous ses poètes, de tous ses capitaines, de toutes les beautés de sa cour, le roi menait, une vie vraiment royale — représentation infinie de tous les jours, de toutes les heures. A ce lieu, dont la grandeur vous étonne, venaient, aboutir tous les bruits du siècle, toutes les émotions des rois, toutes les espérances des peuples. Là était le centre de toutes choses, de là partaient tous les mouvements de ce grand royaume. Un si long règne dans line si
longue suite de bâtiments royaux ! de si belles amours clans ces riches salons étincelant sous les leux charmants de l’esprit et (lu génie ! de >i belles promenades sous ces arbres pour lesquels Molière composait les plus charmantes scènes de ses comédies ! — de si longues chasses dans ces bois que la grande et la petite Écurie remplissaient de leurs magnificences ! — Le tapis vert ! et les bosquets qui l’entourent! —et l’Orangerie tout au pied du château! —et la pièce d’eau des Suisses! — et la cour de marbre ! — Qui oserait tout décrite ? Qui voudrait tout raconter? Eli! justement ce sciait toute {'histoire d’un siècle, toute l’histoire d une monarchie qui se termine comme commencent les anciens contes des fées : Il y avait une fuis un rui et une reine !
A cette heure, le palais de Versailles n’est plus qu’un musée. Le roi Louis XIV a été relégué dans quelques-uns de ses salons, dans sa chambre à coucher; ce n’est plus lui seul qui remplit de sa majesté les demeures qu’il s’etait faites. 11 n’est J>lus seul : il est entouré de toutes les dynasties, de toutes les
royautés, et enfin de toutes les révolutions de la
France. Autre part que dans le palais de Versailles, c’est là un pêle-mêle qui ne serait pas sans grandeur. Toutes les époques de la France sont représentées dans cette suite de tableaux dont quelquesuns sont dignes des peintres qui les ont signés, dont le plus grand nombre se ressentent delà hâte et des médiocrités du moment. Les temps fabuleux n’y sont pas oubliés. La France, les Gaulois, les Romains eux-mêmes ont leur place dans celte mêlée; Charlemagne y paraît avec sa dynastie de faibles monarques; tous les commencements, toutes les origines, tous les peuples, on les a peints sur ces murailles étonnées de tant d’anachronismes. Les barons féodaux, les chevaliers des croisades , les pontifes, les ministres, les abbés, tous ont leur place dans cette page immense d’un livre unique sur lequel était écrite la louange unique du roi Louis XIV. — Plus loin, François 1er vous apparaît entouré de son escorte brillante et conduisant par la main ce beau seizième siècle qui n’a pu être vaincu et surpassé que par le siècle suivant. A peine êtes-vous entrés dans la cour d’honneur, que déjà votre attention est excitée. Les premiers qui vous font cortège ce sont les grands hommes de la France, c’est Bayard, c’est du Guesclin , c’est Turenne , c’est Coudé , c’est Louis XIV sur son cheval. Arrivés à la cour de marbre, vous saluez de votre premier regard, de vos premiers respects, les rois et les guerriers de la première race, des épitaphes, des cris de guerre, des tombes, des galeries auxquelles le temps n’a pas encore donné cette teinte funèbre que seul le temps peut trouver sur sa palette de cendre et de poussière. Arrêtez-vous, non pas sans l’admirer, devant celte fille des champs : Jeanne d’Arc, guerrière et bergère à la lois, le visage d’une femme, le cœur et
le bras d’un héros. C’est le chef-d’œuvre peut-être du musée de Versailles, marbre doublement populaire par le nom de l’héroïne et par le nom du sculpteur.
Lue fois que vous avez pris votre parti de tous ces brillants anachronismes, vous n’avez plus qu’à choisir, parmi toutes ces gloires amoncelées à la même place, la gloire qui vous conviendra le plus. Pour peu que vous ayez adopté en fanatique S. M. l’empereur Napoléon, vous pouvez le suivre dans ses appareils si divers , dans ses fortunes si différentes; aujourd’hui couronné par le pape, le lendemain épousant la fille des Césars, puis vaincu et captif, puis sortant de son île et rentrant comme un triomphateur dans son royaume des Cent-Jours, puis abattu une dernière fois et se perdant dans l’infinité de son malheur et de sa gloire. Ce qui devait être beau à voir le jour de l’inauguration du musée, c’était de voir marchant gravement, témoins muets, mais non pas impassibles, ces vieux soldats, ces maréchaux invalides, blessés sur tous les champs de bataille, parcourant d’un pas lassé tout ce musée ou plutôt ce champ de guerre, émus jusqu’aux larmes à l’aspect de leurs anciens triomphes, se cherchant euxmèmes dans la mêlée, à l’ombre de leurs aigles et de leur empereur; si fiers et si heureux de se retrouver, tenant leur place d’il y a vingt ans dans cette mêlée sans égale de toutes les royautés, de tous les peuples et de tous les principes! Il y en avait, parmi ces vieux héros, qui n’avaient pas marché depuis dix ans et qui se redressaient à cette odeur de poudre à canon, comme fait le paralytique de l’Evangile. Ils revenaient à leurs beaux jours de misère et de bivac; ils revoyaient Toulon se rendant sous le canon dressé par ce petit jeune homme au teint pâle et à l’œil de feu; ils gravissaient les hauteurs du mont Saint-Bernard en traînant les canons; ils descendaient en Italie au milieu de la douce vapeur des orangers et des roses; ils arrivaient en Egypte et dans ces plaines chargées de sable, au pied des Pyramides; ils regardaient en riant ces trois mille années qui les contemplaient avec effroi !
Que de petits .drames imperceptibles ont dû se passer ce premier jour, dans le palais de Versailles ! Pendant que l'antiquaire déchiffrait avec délices les vieilles inscriptions des vieilles statues, pendant t] ne le soldat de l’empereur marchait au pas de course, à la suite de son empereur, pendant que les hommes politiques se faisaient expliquer les scenes diverses de l’histoire parlementaire , toute remplie de scènes imprévues, d’épouvantes, de meurtres, de résistances, les esprits les plus calmes, ces heureux égoïstes pour qui la gloire des armes n’est qu’un vain bruit, la puissance une force inutile, le courage un glorieux péril, la victoire une folle parure, se perdaient en leurs méditations, à la suite des beaux esprits de la France. Ceux-là disaient tout bas que la
plus Relie victoire ne vaut pas un beau poème, qu’ils donneraient Charlemagne pour Régnier, et les Capitulaires pour l’ode à Du Dévier , de Malherbe. Ils s’arrêtaient de préférence devant les grands maîtres : Rabelais, Montaigne, Corneille, ou bien, plus avancés, ils regardaient avec amour Boileau, Fénélon, Bossuet, Racine; ou bien ils saluaient Montesquieu, Voltaire, Lesage, J. - J. Rousseau. — Noble palais, l'asile de toutes les gloires et de toutes les poésies! Les jeunes gens, dans la première ardeur des belles passions de la jeunesse, ne voyaient dans le palais de Louis XIV que le roi Louis XV, ce beau roi de tant d’esprit, d’insouciance, de sang-froid et de courage ! Us suivaient les traces parfumées du royal amant de Mme de Pompadour; ils ne reculaient même pas devant Mme Ihibarry, cette puissance effrontée et charmante ; ils s’extasiaient devant toutes ces beautés efféminées, devant toutes ces grâces un peu apprêtées, devant ces jeunes héros de Fontenoi qui portaient si bien les manchettes et l’épée. Les uns s’étaient faits les partisans de la reine de France, Marie-Antoinette, cette admirable tille de l’Allemagne, reine de tant de courage et de résignation ; les autres, franchissant le dix-septième siècle, proclamaient Diane de Poitiers la belle des belles; il y en avait qui se mettaient à adorer la reine de Navarre; quelques-uns, parmi les hisloriens goguenards qui composent une école à part, sou tenaient que la reine Catherine de Médicis était une reine calomniée, et ils estimaient très-haut l’escadron volant de la reine ; chacun choisissait son roi parmi tant de monarques : celui-ci François Ier, le roi de Bayard ; celui-là Louis XI, l’ami du peuple; cet autre le roi Louis XII, qui en était le père; il y en avait qui trouvaient des grâces à ce roi nonchalant et fantasque, Louis XIII ; d’autres se passionnaient pour Henri IV, et lui disaient : Sire , votre maîtresse est ma reine! Et enfin, car toutes les royautés de la France sont permises et reconnues avec la plus cou¬
rageuse loyauté dans le musée de Versailles, quelques-uns, dans leur respectueuse émotion, s’arrêtaient devant le Retour de Louis XVIII, devant le Sacre de Charles X, devant le portrait de Mme la Dauphine, et il y avait dans leurs regards moins de reproches que de pitié, de respect et d’intérêt.
Voyez-vous cependant — là-bas sous cet horizon verdoyant des grands arbres — tout au bout du tapis vert, plus loin que le canal qui sert de miroir à toutes ces magnificences royales, voyez-vous celle maison d’un si riant aspect? Certes, à côté du Versailles de Louis XIV, le Petil-Trianon ne saurait guère attirer l’attention et le respect des hommes... Et pourtant que de charmants souvenirs nous rappellent ce parc si étroit, ces murailles d’une simplicité si charmante! Sur ces gazons qu’elle foulait d’un pied si léger, la reine de France venait oublier les ennuis et l’étiquette de la majesté royale. Une fois au Petit-Trianon , cette belle reine se sentait plus heureuse. Elle avait pour tout diadème les fleurs de ses jardins ; elle tenait d’une main joyeuse la boulette légère; elle-même, dans cette laiterie de marbre blanc, elle préparait — avec tant de maladresse adorable — le lait de ses vaches! Pauvre reine! et combien elle a dû regretter — le soleil , les eaux, les fleurs, la crème et les fraises, les moutons cl les génisses du Petït-Trïanon !
Pour moi, il me semble que je la vois encore dans ces beaux lieux doucement éclairés de sa royale beauté ; les oiseaux de la charmille chantent encore la reine de France; les cygnes du bassin la cherchent, effleurant d’une aile timide ces beaux rivages; à son balcon, le soir, quand la lune est voilée par quelque nuage venu de Paris, c’est au balcon du Petit-Trianon que se penche de préférence cetle ombre blanche et sacrée ! Trianon à côté de Versailles, c’est la guirlande de fleurs déposée sur l’escalier des géants.