LA CHAUSSÉE DES G É A X T S
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Depuis qiT Adam mordii dans la pomme latale, Quelle fui la beauté qui n'eut jamais d’égale ? Ismène : elle venait d’atteindre dix-huit ans , Elle avait la démarche élégante et hardie,
Le regard imposant, la poitrine arrondie,
Et le front encadré de blonds cheveux (louants.
Sa bouche rappelait les Ileurs à la pensée ;
Sa taille, du bouleau la stature élancée ;
L'azur du tinnanaent éclatait dans ses yeux ; Elle emplissait les coeurs d’une émotion tendre. Et quand elle chantait, chacun croyait entendre Des anges du Seigneur le chant mélodieux.
Ismène était pourtant la reine des sorcières ! Ses philtres dérobaient aux vaches nourricières
Les liquides trésors de leurs flancs desséches.
Elle jetait des sorts aux ardentes cavales,
Et sans doute aujourd’hui la beauté sans rivales Compte par un tourment chacun de ses péchés.
Maintes fois elle osa, pour nouer l'aiguillette, Près des jeunes époux se glisser en cachette ; Tous les démons étaient dociles à ses voeux.
Sur un manche à balai, la rapide écuyère,
Sans en plier les brins, ellleurait la bruyère, Laissant les vents du soir jouer dans se* cheveux
Sur la vieille montagne à l’enfer consacrée.
Le Iront ceint de verveine et la robe échanerée. Le premier mai, toujours elle allait aux sabbats. Satan, dont l’œil furtif la suivait dans les rondes, Dévorait les contours de ses épaules rondes,
! Et se sentait en proie à d’amoureux combats.
Il lui couvrait les mains de brûlantes caresses; En galants billets doux formulant ses tendresses, Par ses valets de chambre il les faisait porter. Pour elle on l’aurait vu braver les étrivières,
Et jusque sur les bords de ses noires rivières, D’invincibles désirs le venaient agiter.
Ismène s’en raillait, pour amants, à la belle,
Il fallait les plus beaux de la race mortelle.
Alertes paysans, gentilshommes coquets.
Un jour, elle aperçut, au pied d’une colline. Couché sur le gazon près d’une eau cristalline, Léandre qui dormait à l’ombre des bosquets.
Il rêvait d'Adclheit, sa jeune fiancée,
De la lune de miel, hélas ! si tôt passée,
Du prêtre à cheveux gris qui publiait les bans; Des conviés portant leurs vestes du dimanche, De l’épouse voilée, avec sa robe blanche,
Son bouquet symbolique et ses mille rubans.
Déjà les violons essayaient des quadrilles;
Pour le jour nuptial déjà les jeunes filles Préparaient la toilette et les fleurs d'oranger.
Les vieux parents charmés devisaient sous la treille Mais Ismène, tirant le danseur par l’oreille,
Lui cria tout à coup : « Réveille-toi, berger ! »
Elle avait d’Adclheit emprunté la figure.
Léandre se leva ; dupe de l'imposture,
Il la nomma ; « Mon cœur, mon ange bien-aimé ! » Dans un transport d’amour tous deux se regardèrent, Et, doux comme le miel, les baisers inondèrent Delà fausse Adelheit le visage enflammé.
Et se donnant la main, dans le bois solitaire,
Us allèrent goûter la fraîcheur salutaire,
Respirer les parfums du feuillage émanés.
Un carrosse soudain apparut ; sur le siège,
Guidant quatre chevaux aussi blancs que la neige, Un cocher se carrait en habits galonnés.
La caisse était d’ivoire, et d’opale incrustée;
La voiture d’un roi, pour le sacre apprêtée,
N’eut jamais d’ornements plus riches et plus frais.
Ils montent; le fouet claque; avec un lier tapage.
Les chevaux hennissants emportent l’équipage A travers les rochers, les champs et les forêts.
() merveille ! bientôt ils volent dans les nues ! Léandre, en parcourant ces roules inconnues, Demande avec angoisse où l’équipage va.
La maligne sorcière en souriant l’observe; Laissons-les, et demain, si le ciel nous conserve ,
Nous vous raconterons ce qui leur arriva.
Tant que la triste nuit, patronne des chouettes,
Etendit sur les cieux ses ténèbres muettes,
Dans les plaines de l’air la voilure roula.
On vit, aux premiers feux de l’aube renaissante,
Sur la mer Pacifique, une île verdoyante...
Ni Cook, ni Magellan ne furent jusque-là.
L’admirable pays ! C’était une contrée De clartés ruisselante et de fleurs diaprée,
Comme par intervalle on en voit en rêvant.
Le sol avait pour elle épuisé ses ressources;
La joie et le plaisir murmuraient dans les sources,
Les molles voluptés soufflaient avec le vent.
Le vert boulon naissait près de la fleur éclose;
Les zéphyrs haletants volaient de rose en rose. Comme de belle en belle errent les damoiseaux.
Aux arbres des vergers pendaient des fruits superbes On entendait dans l’air et dans les touffes d’herbes. Mille gazouillements d’insectes et d’oiseaux.
Oh ! ((ne j’aurais voulu séjourner en celte île,
Où l’on trouvait unis l’agréable et l’utile,
Où régnaient de concert l’automne et le printemps ; Où, du haut des coteaux, sous de vertes arcades,
Le champagne tombait en mousseuses cascades;
Où le vin de Bordeaux chauffait dans les étangs.
Un palais somptueux s’élevait dans la plaine. Des merveilles de l’art son enceinte était pleine ; L’agate et les saphirs ornaient les escaliers ;
Les portes surpassaient celles des cathédrales; Les vignes d’émeraude, en brillantes spirales, S’entrelaçaient autour du jaspe des piliers.
De magiques tableaux embellissaient les salles ;
Du Vatican romain les fresques colossales N’auraient pas, auprès d’eux, obtenu l’accessit.
Là, Jupiter, Europe, elles amours d’Hercule;
Et l'on voyait au bas, de grandeur majuscule :
« Fecil Tilianus, » ou ; « Raphaël pinxil. »
Là, des nymphes au bain sous l’abri des platanes ; Le harem de Stamboul et ses brunes sultanes; Ariane domptant Bacchus par un souris;
La Romaine Poppée, et Rodolphe la Grecque ;
Le paradis charnel des prêtres de la Mecque, Inondé de lumière et peuplé de houris.
Aux œuvres du pinceau répondaient les sculptures; Le coq, qui tournoyait au sommet des toitures,
Etait d’or le plus pur des mines d’Indostan.
Qui donc, en construisant le magique édifice,
Avait tant déployé de verve et d artifice?
Un architecte unique; il avait nom Satan.
En ce séjour vécut Léandre avec Ismène.
Souvent, pauvres mortels! chaque jour nous amène
La misère, la faim, de poignantes douleurs !
Pour ce couple choisi les heures toujours belles Revenaient, apportant des voluptés nouvelles,
Et faisaient dans leur marche épanouir les fleurs.
Mais d’inconstantes lois règlent nos destinées,
El les plus belles fleurs sont les plus tôt fanées ;
Le bonheur est un mot que l'homme en vain poursuit. Tantales ici-bas, sur la fatale branche,
Quand nous voulons saisir le doux fruit qui se penche,
A notre bouche avide il échappe et s'enfuit.
Quels dîners! ils valaient ceux d’Héliogabale!
Au bruit de maint tambour et de mainte cymbale,
Les vivres sur la table accouraient se ranger.
La sorcière ordonnait, et les grasses volailles,
Les ortolans bardés, les perdrix et les cailles,
Arrivaient en criant : « Veuillez bien nous manger. »
Léandre, en se chargeant de ragoûts et de bisques. N’avait pas, du régime, apprécié les risques;
Le glouton ne songeait qu’à flatter son palais;
Si bien que, délabré par les pâtisseries,
Le teint couperosé, les formes amaigries.
Il perdit son courage, ainsi que ses mollets.
Quand Ismène parlait, faisans et bécassines
Se hâtaient de rôtir au foyer des cuisines;
Sur un lit de persil se posaient les saumons;
En de vastes pâtés s’emprisonnaient les lièvres.
Le tokai, des amants rafraîchissant les lèvres,
D’une flamme liquide humectait leurs poumons.
L'ennui, mal plus poignant que les douleurs charnelles, L’ennui, cet avant-goût des peines éternelles, Assombrissait son âme et troublait sa raison.
Il se voyait déjà sur le bord de la fosse;
Aux chantres des bosquets il trouvait la voix fausse.
Les mets les plus exquis lui semblaient un poison.
1 1s avaient dans les bois des retraites cachées;
Pour y prendre à loisir des glaces panachées,
Pour dormira midi comme deux Espagnols,
Pour fumer du Levant le tabac narcotique.
Pour entendre les airs d’un opéra rustique
Dont les premiers ténors étaient les rossignols.
» Orna chère Adellieit! s'écriait-il sans cesse.
Une autre, sous ta forme, a trompé ma faiblesse '
Ton souvenir me suit comme un remords amer!
Puis, l’esprit assailli de sinistres pensées.
Il se tenait la tète entre ses mains glacées.
Et ses larmes tombaient pesantes dans la mer.
Puis, quand le clair de lune argentait la vallée,
Et blanchissait l’azur de la nuit étoilée,
Tous deux se promenaient sous les myrtes fleuris.
Ils se parlaient d'amour à l’heure taciturne,
Et pour les délasser de leur course nocturne.
Les berceaux de jasmins leur offraient des abris.
« Pense— t-elle à l’absent ? la douce fiancée.
D’attendre son époux s’est peut-être lassée ;
Peut-être un autre hymen console ses douleurs !
Que ne puis-je franchir ma prison détestée.
El, prosterné devant celle que j'ai quittée.
Tarir par un baiser la source de ses pleurs !
A travers les rameaux laissant un frais sillage,
La brise de la mer agitait le feuillage;
La lune grandissait toujours à l’horizon.
De doux sons s’échappaient des feuilles remuées,
Et les tièdes vapeurs qui pleuvent des nuées
Jetaient des diamants sur 1 herbe du gazon.
« Quel sort m’a, loin des miens, jeté sur celte plage? Déjà Ton avait vu rôder dans le village
Notre garçon d’honneur avec un gros bouquet:
On avait périm é les flancs d une futaille,
Mis en quartiers un bœuf «le |;| plus riche taille,
El lambrissé de fleurs la sali*1 du banquet.
Ivres de ces ardeurs qui troublent l’àine humaine,
La sorcière et Léandre erraient dans leur domaine,
Les yeux demi-voilés, et le cœur palpitant.
Rentrés à leur demeure, en guise de cantique,
Ils lisaient quelques vers d'un rimeur érotique:
Puis ils dormaient... Lecteur, nous en ferons autant.
« Hélas ! en apprenant ma criminelle absence,
Mes parents ont maudit le jour de ma naissance !
Les mouches et les vers ont mangé le repas !
Le chagrin a fermé les yeux de mon amie,
Et dans le cimetière Adclheit endormie,
Avant le Jugement ne s’éveillera nas! ! »
Les cieux eurent pitié d’un repentir sincère ; l>e leur miséricorde un navire émissaire Montre sur l’Océan son til lac pavoisé.
Léandre est emporté vers la rive natale :
« Adieu, terre à la fois si douce et si fatale 1 Adieu, riant séjour, de nies pleurs arrosé! »
Il part; Ismène accourt, mais un arrêt suprême Lui défend de garder le prisonnier qu’elle aime; Vaincue, anéantie, elle éclate en sanglots ;
Elle se tort les mains, se meurtrit la ligure....
Cependant de sa voile étalant l'envergure,
La nef, comme un oiseau, s’éloigne sur les Ilots.
•Sur un manche à balai la sorcière montée Vole, et laisse à jamais son île inhabitée;
Ce lieu charmant n’est plus qu’un terrible rocher :
El les bons habitants d’Ingolstadt, en Bavière,
Vous apprendront comment Ismène la sorcière Eut livrée, en leurs murs, aux flammes d’un bûcher.
Traduit de l’allemand de Holty.
M. Nameujl, statuaire, vient d’être nommé professeur à l'école des Beaux-Arts, en remplacement de M. Cor tôt j décédé.
— Parmi les nouvelles auxquelles doivent s’intéresser les artistes ou les archéologues, la plus importante est, sans contredit, la découverte des ruines de Xinive, que nul n'avait, jusqu'à ce jour, entrevues. Les seuls débris que l’on connût de la ville de Semiramis ne consistaient qu’en quelques briques revetues d’inscriptions cunéiformes.
M. Botta, consul de France, résidant à Mossoul, que I on sait être bâtie sur l’emplacement de l’ancienne capitale assyrienne , a été assez heureux pour en découvrir des monuments importants. Les touilles qu’il a fait exécutera une assez grande proiondeur lui ont fait trouver des salles dont les murs sont entièrement revêtus de sculptures et d inscriptions en langage assyrien. Ces sculptures, qm sont d’un travail extrêmement remarquable, et les espérances que M. Botta a données de pouvoir, en étendant les fouilles, obtenir de plus grands résultats, ont déterminé .VI M. les ministres de rinstruc-
110,1 lmbhque et de l'Intérieur à envoyer à Mossoul M. Eugène !• lakmn, peintre, avec la mission de commuer, conjointement avec le consul, les travaux commences, de dessiner tous les monuments dont 18 ameneront la découverte, et de rapporter, pour notre musee, toutes les sculptures qui seront transportables.
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de sa persévérance et de son talent, pendai
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mmt le droit d’espérer qu’il rapportera des(
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persan, fourniront la matière d un grand ouvrage qui procurera encore a la France l’honneur de donner au monde savant un recueil archéologique ans>i remarquable par le mérite de ses planches et |em exécution, qu’il sera intéressant par sa nouveauté.
Dans I attente de cette intéressante publication, nous félicitons les deux ministres qui l'ont m bien préparée en confiant à M. Eugène I'ummn la mission qu’il vient de recevoir
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