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passe le Rhin à la tète de cent soixante mille hommes, traverse l’Allemagne avec la rapidité de 1 aigl< , < ntu à Vienne qui lui ouvre ses portes, et, après avoir écrasé la troisième coalition parle coup de lomlie d’Austerlitz, dicte à l’empereur François 11 les conditions de la paix de Presbourg. M. (Jierubini était alors tranquillement occupé à écrire son opéra dans un coin de Vienne, sans trop s’inquiéter s'il y avait encore une cour pour l’entendre. Napoléon apprend qu’il est à Vienne, et le fait mander devant lui. « Puisque vous voilà ici, monsieur (Jierubini , » cette fois il prononçait son nom comme il convenait, ce qui semblait annoncer une disposition plus lavorabie, « nous ferons de la musique ensemble, vous « dirigerez mes concerts. » 11 y eut en effet une douzaine de soirées musicales à Vienne et a Schœnbrunn, et, dans les intervalles du concert, des discussions musicales, où l’empereur et 1 artiste se retrouvaient avec toutes leurs idées. Napoléon, toujours ennemi du bruit en musique, toujours enthousiaste de Paisiello d’abord, de Zingarelli ensuite, et M. Cberubini , toujours convaincu qu’on pouvait faire de la musique autrement que Paisiello et surtout que Zingarelli.
Dans cette lutte inégale, ou l’autorité du maître ne pouvait rien obtenir de la conscience de l’artiste, ni les idees de l’artiste rien gagner sur les préventions du maître, ce qui devait avoir lieu arriva; c’est qu'ils se séparèrent sans s’ètre fait aucune concession, et en gardant tous les deux la même opinion sur leur compte. Ainsi, l’empereur persista jusqu'au bout dans son éloignement pour l’artiste. Lorsqu’en ISOî), M. Cherubini, cédant aux instances de quelques amis, fit. représenter sur le théâtre des tuileries son charmant opéra italien de Pïmmalione , d’une couleur si neuve et d’une composition si heureuse, l’empereur, qui avait été ému au point de verser des larmes a la grande scène chantée par Creseentini, demanda avec vivacité le nom de l’auteur; il fut surpris quand on lui nomma M. Cherubini; et cet. hommage île sa surprise fut la seule récompense que le compositeur recueillit de son succès. Lors de 1 institution de la Légion d’honneur, Méhul, qui avait étécompris dans la première promotion, insista vivement pour qu’on y admît au même titre le musicien dont il reconnaissait lui-même la supériorité;
l’empereur s’y refusa. Plus lard, lorsque la place <|<. Surintendant de sa chapelle fut laissée vacante par la retraite de Paisiello, l’empereur l’offrit à Méhul, qui proposa de la partager avec M. Cherubini. Celte fois encore, Napoléon fut intraitable; Méhul. de son côté, resta inflexible, et la place fut donnée à Lesueur. Cette conduite de Méhul, si honorable pour cigrand musicien et si flatteuse pour M. Cherubini, tenait d’ailleurs a un sentiment d’indépendance dont tout le corps des musiciens d’alors donnait un exemple, déjà bien rare à cette époque de l’empire. Alors, en effet, l’opposition, muette à la tribune et enchaînée dans tous les organes de l’opinion, s’etait réfugiée dans la musique. C’était à l’orchestre que s’exhalait encore la vieille liberté française ; c’étaient îles musiciens obligés de subir la surintendance de Paisiello, qui se vengeaient de son puissant protecteur, en lui refusant, a lui. leurs sympathies ; et les choses en vinrent au point que Paisiello, habitue aux hommages de toute l’Europe, et qui n’eût recueilli en France que l’admiration due a ses talents, s’il y fût venu sans autre appui que lui-même, se vit réduit à demander sa retraite que l’empereur fut forcé de lui accorder. Ainsi , toujours le caractère français résiste à la violence qu’on veut lui faire, même quand elle vient d’un grand homme, même quand elle s’exerce en laveur d'un grand talent ; il n’admet la gloire quecomme un fruit de l’opinion, non comme un produit de l'autorite ; il la veut faite par le public, non par le prince : et c. 'étaient alors des musiciens. indociles au joug de l’empire, qui ne pouvaient souffrir qu’on leur imposât, dans la prééminence d’un artiste, la volonté d’un maître. Terminons par un dernier trait ee qui concerne les rapports de M. Cberubini avec Napoléon. Par une circonstance singulière, ce fut pourtant des mains de l'empereur lui- même que notre grand artiste reçut en Ist.'i la croix d’honneur. Mais ce ne fut pas comme compositeur qu’il obtint cette réparation tardive; ce fut comme chef de musique de la garde nationale de Paris; et Napoléon trouvait encore le moyen d’être injuste envers M. Cherubini, même en faisant un acte de justice.
R A» u i, - Rochette ,
Secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts, f Pu fin à In prochaine livraison.