‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 43 sur 150 · A UX AMI · texte numérisé non relu

A UX AMI

Nous m’avez dit : « Parlez, le chagrin vous consume ; Allez de vos douleurs déposer l'amertume Au sein de la nature; un splendide tableau,

La mer ou les forêts, retrempera votre âme.

Pour nos maux la nature est un puissant diclame,

Partez !... »

Depuis trois jours j’erre à Fontainebleau.

Je pleure et me souviens: hélas ! sous ces bois sombres Lésinons semblent mêler leur plainte au bruit des vents;

Dans ce vaste palais peuplé de grandes ombles.

Les morts parlent encor plus haut que les vivants

Que de pages de deuil en déroulant ces fastes !

Haineuses passions, revers, sanglants conflits,

Pour quelques jours d’orgueil, combien de jours néfastes. Que de drames divers dansées murs accomplis !

L'art, la beauté, l'amour, la volupté profane Ici firent régner tous les plaisirs des sens ;

C’est ici que deux rois à la belle Diane *

Ont offert tour à tour leur amoureux encens !

■ Diane de Poitiers.

LES HE A IX- A Kl S.

Dans celle poétique lice,

Où s’exerçaient les arls rivaux,

Benvenuto, le Primatice,

Louaient de glorieux iravaux !

Mais près de ces splendeurs couvait la sombre haine, Sous les roses le sang se montrait à demi,

El dans ce beau palais où Diane était reine,

Catherine rêvait la Saint-Barthélemy.

Plus tard Christine à ces annales Ajouta sa page en passant.

Drame qui, sur les blanches dalles,

Fut écrit en lettres de sang.

Le calme des grands bois, la fraîcheur des ombrages. N’avaient pu de son âme apaiser les orages!

Que de grands noms à retenir !

Crimes, malheurs, que rien n’efface !

Ici chaque règne a sa place,

Chaque siècle a son souvenir.

L empereur erre encor dans cette cour royale,

Pâle, silencieux il descend l’escalier ;

Il vient de dépouiller la pompe impériale .

Lui qui courba le monde est forcé de plier !

Un adieu solennel sort de sa voix éteinte,

Puis, devant son armée autrefois son orgueil,

Il s incline!... Oh! ce jour a mis sur cette enceinte Un sceau de grandeur et de deuil.

Mais hier le palais de sa base à son faîte A soudain tressailli pour une douce fêle,

Par un jour de printemps, pur, riant, embaumé;

Il a rouvert ses murs à la foule empressée Qui vient pour saluer la noble fiancée

D un prince par la France aimé.

Qu'elle soit heureuse et bénie La vierge de la Germanie,

Que l'amour conduit parmi nous !

Désormais fille de la France

Que ses jours coulent sans souffrance

Auprès de son royal époux.

Du siècle le plus grand poêle.

Goethe, de cette jeune tête A caressé les blonds cheveux.

Ce regard plein d’intelligence.

Ce sourire, ce front qui pense,

Du génie attiraient les vœux.

Vieillard à la gloire immortelle Que pouvais-lu rêver pour elle

Que ce beau jour n'ait surpassé !

De la France elle sera reine !

Que son âme est fière et sereine 1 Comme elle aime son fiancé!

Oh ! néant du bonheur !... — La chambre nuptiale A gardé sa parure, et sous ces lambris d'or,

Près du balcon en fleurs dont le parfum s’exhale Se penchant l'un vers l'autre, on croit les voir ém oi !

O pauvre âme brisée ! ô veuve désolée !

Quoi sitôt, ô mon Dieu, séparés ici-bas !

Il dort, le jeune époux, dans son froid mausolée.

Et celte chambre, hélas! ne les reverra pas!...

Vous le voyez, iei tout gémit et tout pleure.

Devant mon deuil obscur la royale demeure Fait passer ses grands deuils ;

Egaux par nos regrets, égaux par nos misères. Plaignons, plaignons les rois, ils sont aussi nos frères, L’impartiale mort visite tous les seuils!

Et le cœur désolé je sortis de ees salles;

Dans les cieux se levaient quelques étoiles pâles,

Les grands bois s'éclairaient vers le couchant en leu,

La nature était là, calme, riante et belle.

J’allai vers celle amie éloquente et fidèle Qui raffermit notre âme en l’élevant à Dieu.

Loi t s k Coi i r.

Physionomie Parisienne.

Le Bal

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