‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 45 sur 150 · EXPOSITION TRIENNALE D’ANVERS · texte numérisé non relu

EXPOSITION TRIENNALE D’ANVERS

ette année, la vieille cité de Rubens rayonnait de joie et d’orgueil.

Les chemins de. fer terminés lui versaient, de toutes parts des ilôts de touristes admirateurs. La présence de la reine Victoria avait amené le long de ses quais gigantesques une flotte splendide de yachts dorés et de noires frégates. Enfin, l’union de l'Escaut et du Rhin, par le chemin de fer beigeprussien , allait être, à notre départ., l’occasion de fêtes brillantes qui devaient clore dignement une saison dont le pays devra conserver la mémoire. Par bonheur pour la vanité nationale, l’exposition d'Anvers était aussi, celte année, la plus riche qui, diton, se fût rencontrée depuis que l’école flamande a accompli ce qu’elle nomme elle-même sa régénération.

L’inauguration de la statue de Rubens avait été le digne signal de l’ouverture du salon. Cette colossale statue est un beau morceau de marbre, où l’on

cherche trop cette fierté castillane ou gasconne qui distinguait l’illustre peintre; mais royalement dressée sur une vaste place plantée d’arbres, entre la cathédrale qui renferme le chef-d’œuvre du maître {la Descente de croix) et l’église construite sur ses dessins et qui abrite son tombeau, elle régne avec noblesse sur les deux ou trois cents artistes qui peuplent la ville d’Anvers. La grande figure du prince des peintres excitera mieux encore les jeunes émulations. Déjà, nous sommes heureux de le reconnaître, la jeune école flamande, contrairement aux écoles d’Italie depuis si longtemps frappées d’impuissance, est en voie d’accomplir de véritables progrès ; c’est ce qui nous rendra plus sévère dans nos critiques ; il ne manque peut-être aux artistes belges que d’être mieux en défiance contre les élans d’une mesquine vanité provinciale.

L’art a subi, dans les Flandres, pendant ces quinze dernières années, un travail de transformation assez semblable à celui qui nous a tourmentés. De jeunes révoltés, prenant aussi le nom de romantiques, brisant tout à coup les liens étroits dont les garrottaient leurs maîtres formés par David, se mirent à marcher

T. II

isolemenl dans leur forcé et leur liberté. Alors ce lut le temps des génies créateurs, et chaque salon devint un déluge de toiles, tonies plus neuves, plus originales, plus baroques.... figurez-vous des Flamands romantiques! Cependant les académiques, au milieu de celte effervescence, restaient plus ou moins correctement brossés, mais dans le plus complet, abandon. Des deux côtés, il fallut reconnaître le besoin de se rapprocher et de s’entendre. La mémoire de David fit les frais de la transaction ; on Fanathéniatisa d un commun accord, et l’on se retourna pieusement vers les grands ancêtres, les Rubens, les Van-Dick, les Jordaens. les Rembrandt, etc..., les seuls dont tout bon Flamand put subir sans honte les lois et la supériorité.

Ce progrès en arriére, si l’on peut s’exprimer ainsi, est encore bien récent; mais déjà les artistes belges retrouvent peu a peu quelques-uns des secrets de leurs \ieux maîtres, les merveilles de la couleur, par exemple. Aussi, en entrant cette année dans les salons del Académie, qui ne renfermaient pas moins de quatre cents toiles, nous avons dû nous défendre contre la séduction du premier coup d’œil, [.es tableaux les plus médiocres avaient une certaine frai cheur toujours agréable aux yeux du public. En peinture comme en musique, les Belges possèdent généi alement la justesse des tons; ils disposent leuis plans et leurs groupes d'une manière satisfaisante; ils réussissent surtout à imiter curieusement les détails les plus vulgaires. Avec cela ils font assez bien une chose peinte, et ils l’appellent un tableau. Mais pourvu qu ils soient proclamés coloristes, les flamands vous feront bon marché du reste. A les entendre, la couleur est une maîtresse capricieuse et emportée qui n’est pas faite pour obéir conjugalement aux ordres du dessin; et puis, la peinture n’; qu un but, l imitation, et, sous ce prétexte, on laisse aux Réalistes allemands ou aux dessinateurs français la laborieuse recherche de la poésie et de la pensée, Du reste, à notre époque où Fart épique trouve s difficilement à se produire, où tout se divise et sc fractionne comme dans le travail d’une manufacture, oacun se consacrant exclusivement a l’une de.branches de l’art pour mieux y atteindre à une per ection marchande, les coloristes flamands, si facilement bourgeois, sont dans de bonnes conditions de vente. Des que l’art s’élève à un certain degré il 11 esl ljlus dol,lie » tout le monde de le payer ou de b comprendre. Y oilà donc pour l’ensemble et la critique generale des quatre cents toiles qui sont accu t>ees pai le Dm et. Le lecteur ua pas à craindre de otie par1 ennmd nn examen par numéro; nous e parlerons que des quelques œuvres qui là

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Signalons d'abord u„ fait qui pour fous les pays

est un bon exemple : le chef officiel de l’école en est aussi l'artiste le plus renommé; et M. Wappers, |e directeur de l’Académie, est l'auteur de l'œuvre capilale du salon. Pierre le Grand, à Saardam, démontre aux jeunes Russes qui partagent ses études 1 art de la construction des navires. Lu vieux contremaître complète sur un modèle en bois la démonstration de Lierre; celle dernière ligure est la plus ferme, la plus vraie et la plus expressive ; elle est lort belle. On vante aussi beaucoup à Anvers la figure d’un jeune Russe qui suit la démonslration avec nue attention si curieuse, qu’elle nous a paru outrée; ce ne sont plus des yeux attentifs, c’est plutôt le re¬

gard étonné et pénible que de beaux veux d’email donneraient a un visage de cire. Quant au tzar luimême, il domine bien un groupe habilement disposé, mais qui manque un peu de relief. La critique s’est grandement inquiétée de savoir si le peintre a bien ou mal lait de donner a sou empereur charpentier des habits de velours, au lieu de le vêtir comme un simple cal fat ; les uns ont invoqué I inllexibilité démocratique de 1 histoire ; les autres ont fait un aristocratique appel aux convenances priucieres; bref, il en est résulté une sorte de question de parti qui la-bas est restée indécise. Il serait trop présomptueux de trancher si lestement un si grave débat ; bornons-nous à dire que M. Wappers ayant mis sur la figure du tzar le véritable cachet de l’intelligence et du commandement, on peut lui pardonner de ne pas avoir mis de goudron sur son habit. In plus grave reproche, c’est que les chairs de plusieurs visages sont dans un état indécis entre la bouffissure et la transparence. M. Wappers a pris, dit-on, parmi ses élèves les modèles de ses jeunes busses.

M. de Keyser occupe dans l’école un rang presque égal à celui de M. Wappers. Il s’est signale, cette année, par le nombre de ses toiles. Le choix de scs sujets est heureux et poétique : Bnphacl et lu Fornnrhia , le Tasse lisant ses poésies à la princesse Eléonore, une Lecture chez Ihiheus, le Titien peignant sa célèbre Vénus. Mais la distinction est toujours l’écueil du pinceau flamand. M. de Keyser a le goût et le sentiment de la beauté physique; cependant, son beau jeune homme amoureux n’est pas le divin Raphaël; il est vrai qu’il nous le montre en proie au funeste amour (pii devait épuiser voluptueusement sa jeunesse et sa vie; mais jusqu’à ce qu’il soit mourant., jusqu’à ce qu’il soit mort, la flamme du génie ne peut être absente du regard de Raphaël. Quant a la Fornarina , M. de Keyser l’a faite belle., mais flétrie; et si le galbe est italien, on sent que la chair est flamande sous l’épiderme. Le Tusse mérite encore plusde blâme; il mnnqueconipléteineiit de noblesse: c’est un troubadour comme un autre et un amoureux dont l’air est un peu trop sournois. Comme coloriste, M. de Keyser a moins de solidité que M. Wappers, mais il y a beaucoup d’harmonie dans le vague lumineux de ses tableaux. Ses chairs ont

Beaucoup tle morbidesse, elles sont vivantes; c’est le relief, c’est la hardiesse qui manquent. La Lecture chez Rubens est l’oeuvre qui nous a le plus satisfait, quoiqu’on ait généralement décerné la palme au tableau du Titien. Nous le répétons, la timidité semble être le principal défaut de M. de Keyser. Son instinct le porte comme malgré lui vers la bonne école italienne, et l'on dirait qu’il s’obstine par patriotisme à conserver certains défauts. Ceci nous ferait croire (pic, comme la plupart des peintres ses compatriotes, .M. de Keyser n’a pas assez voyagé.

Voici maintenant un artiste auquel nous aurons le plaisir d’adresser de francs éloges. Celui-là ne descend que des maîtres de second ordre, Gérardl)o\v, Mieris, Met/.u; mais il est peintre par instinct. M. Dyckmans était, il y a quinze ans, un pauvre enfant. travaillant dans la boutique paternelle d’un pauvre vitrier de village. Pendant le siège de la citadelle d’Anvers, un fonctionnaire français, dont nous regrettons de ne pouvoir citer le nom, campé ou réfugie dans ce village, jeta un regard surpris sur quelques dessins crayonnés au hasard par le jeune ouvrier ; il devina un artiste, et aussitôt (pie le calme fut rétabli dans la province, il s’empressa de faire admettre l’heureux enfanta l’Académie. Un ou deux ans après, Dyckmans remportait un premier prix. Quelques années plus lard, le brillant élève prenait lui-même rang parmi les professeurs. .M. Dyckmans n’avait au salon que deux très-petites toiles : la Jeune brodeuse et la Vieille couturière. Au milieu de sa chamhrette toute reluisante de propreté, parée de (leurs charmantes et de frais colifichets qui doivent être d innocents cadeaux, la jeune fille travaille avec ardeur eu faisant quelque doux rêve d’avenir. Un joli chien, emblème de fidélité, peuple cette fraîche et. modeste solitude. Quant à la vieille femme, c'est une douce et bonne vieille dont la jeunesse a dû ressembler beaucoup à celle de sa jeune voisine. Son mobilier est comme elle d'une vieillesse propre, honnête et qui n’a rien de pénible. U n oiseau babillard, un vieux chat bien gras, bien soigné, bien lustré, sont désormais les seuls compagnons, les plus vifs objets des affect ions terrestres de la vieille, dont le long chapelet témoigne qu'elle n’a plus de vœux à former désormais que pour l’autre vie. Rien de plus simple, on le voit; mais la grâce, l’esprit, la nature sont si rares partout, et même en Belgique. Quant au faire, il est difficile d’être plus soigneux et plus vrai. Il y a des détails ravissants d’exécution ; et la louche, quoique très fine, n’en conserve pas moins assez de liberté. M. Dyckmans nous a semblé vouloir adopter la manière de Metzu.

Après Dyckmans, nous citerons immédiatement un Hollandais, M. Deys. La Foire de village est d’un coloris harmonieux et chaud. 11 y a surtout une merveilleuse poussière à travers laquelle apparaît en perspective une église richement teintée d'ombre et de soleil; mais on voudrait voir plus agitée la masse des

petits bonshommes par qui cette poussière est élevée. M. Leys, et tous ses confrères qui travaillent dans le même genre, auraient tous plus ou moins besoin de s inspirer de cette prodigieuse kermesse que Rubens peignit pour donner une leçon de verve à Teniers.

Ua Cuisine d'une hôtellerie, de M. de Rrackeléer, el le Déménagement, de M. de Ruylen, sont aussi d agréables tableaux. L’ Intérieur de ville, de ce dernier, est un de ces sujets dans lesquels les Flamands el les Hollandais ont 1 habitude de réussir.

Deux marines deM. francia, calmes, simples et vraies, rappellent heureusement, les qualités de la bonne école hollandaise. Peut-être donnerons-nous la préférence à une Vue de rivière, d'un autre Hollandais, M. Walldorp. Nous mentionnerons honorablement les Patineurs, quoique rouges et lourds, de M- Schelfhout ; et après un simple souvenir aux fruits délicieux de M. Van -Os, qui ne manquera pas de nous en montrer de pareils à Paris, nous prendrons congé des Hollandais et nous reviendrons aux peintres d’Anvers.

Car il nous reste a parler de ceux qui, trop jeunes encore pour avoir pu mériter le titre de maîtres, témoignent par la force de leurs essais que l’avenir de l’école est à eux.

Les épisodes héroïques et populaires semblent sourire au jeune pinceau de iM. Slingeneyer, qui a bravement abordé, après tant d’autres, l'immortel suicide de notre vaisseau le Vengeur. Cet artiste n’a probablement jamais vu le naufrage de la Méduse , et, chose étrange, il semble s’ètre complètement inspiré du chef-d’œuvre de Géricault. >1. Slingeneyer a grandement les défauts de l’inexpérience ; la plus louable de ses qualités est, à nos yeux, sa har- I diesse qui doit à son âge excuser son exagération. Mais qu'il étudie sans relâche l’anatomie et le dessin, qu’il s’efforce surtout d’éviter l’écueil de son école, le vulgaire et la lourdeur; pour cela, qu’il se depayse, qu’il voyage; et s'il vient à Paris, s'il consacre de longues heures à la contemplation des richesses du Louvre , après y avoir appris qu’il faut savoir donner de la noblesse aux hommes de la condition la plus vulgaire, lorsque ces hommes sont dans l’ac- 1 complissement d’une sublime action , le hasard pourra le conduire à V Ambigu, et lui montrer dans les mélodrames de ce théâtre des groupes vivants pareils à celui qu’il a si malheureusement fixé dans son tableau des trois Suisses.

Le dévouement célèbre du capitaine de la marine hollandaise, Claasens, a pareillement excité la verve juvénile de M. Dehay. Il y a du mouvement et une bonne composition dans ce tableau. La figure religieuse du blond et pâle Claasens exhortant pieusement son équipage à mourir plutôt que de se rendre, forme un touchant contraste avec l’acte terrible qui va bientôt s’accomplir. Ce fait lui -même n’est pas du reste assez clairement indiqué, et les visages des

matelots manquent ou d’expression ou d’une expression vraie. La couleur est de beaucoup la principale qualité de cette œuvre d’élève, dans laquelle nous regrettons un peu l’absence de cette fougue que nous croyons d’un bon augure.

M. Edouard Dujardin a peint, sur une fort grande échelle, la Mort d’Abel, en trois panneaux. Rubens affectionnait assez cette forme tri logique pour ses tableaux d’église. Nous avons remarqué, du reste, fort peu de sujets religieux au salon d'Anvers. Il est vrai que presque toutes les Eglises flamandes ont. été dotées par l’incroyable fécondité de Rubens. Félicitons M. Dujardin d’avoir produit deux belles ligures, d’un assez bon dessin, dans le panneau latéral, représentant l’Ame d’Abel conduite aux cieux par un ange.

Un élève deM. deKeyser, M. Yerlat, n’a sans doute pas assez consulte son maître, qui lui eût certainement dit que Pépin le Bref ne pouvait être un géant. Le gladiateur que le jeune artiste a représenté est tout bonnement, et selon l’expression pittoresque que nous avons lue sur une affiche de théâtre à Bruxelles, un Hercule du Septentrion.

Maintenant, devons-nous omettre ou citer le nom d’un artiste, jeune encore, mais qui ne voudrait certes pas être classé parmi les élèves, et que nous ne pouvons consciencieusement placer parmi les maîtres. 11 a réellement quelques-unes des qualités qui font le peintre éminent; mais... notre embarras s augmente de celte singulière addition au litre d’un de ses tableaux : Y Education de la Vierge , pour cire mis en regard du même sujet traité par Rubens. Est-ce modestie? est-ce vanité? Pour nous, qui avons vu la A ierge de M. Wiertz, nous serions bien heureux d avoir pu contempler en même temps la Vierge de Rubens. M. V\ iertz pense-t-il qu’il eût autant gagné que nous a ce rapprochement?

Terminons ici notre rapide revue. Une autre année, si, comme nous l’espérons, l’exposition flamande est plus riche encore, nous lui donnerons plus de temps et plus de soins. Il reste sans doute quelques noms estimables que nous avons oubliés ; 111,0.*, (pi ils nous pardonnent en reconnaissant que nous nous sommes complètement abstenus de parler des ou\ î âges assez nombreux envoyés par des artistes fiançais. Nous n avions qu’un but : signaler les tendances générales et les progrès de la peinture flamande moderne.

Nous n avons plus que quelques lignes à consacrer à la sculpture. En général, les Belges taillent assez heureusement une statue; ils réussissent médiocrement dans un groupe, et moins encore dans un bas-relief. Ils drapent avec soin, quelquefois avec effet; mais un anatomiste les rendrait bien malheureux, s'il les soumettait au scalpel de sa critique. Le grand écueil de la sculpture, l’animation, est, on le conçoit, presque infranchissable pour les Belges Nous ne citerons aujourd’hui qu’une grande statue en marbre représentant sainte Philomène, selon le livret. Comme cette sainte, Belge, dit-on, et récemment canonisée, ne nous est nullement connue, nous ne savons jusqu’à quel point l’auteur a dû s’inspirer de sa légende. Les draperies sont larges et bien flottantes, et le corsage épais et grêle à la fois n’en paraît que plus disgracieux. Cette statue est de M. Geefs, qui compte de nombreux succès en Belgique.

Mais la véritable sculpture nationale , c'est la sculpture en bois. Il se fait maintenant dans ce genre, si bien approprié aux grands edilices religieux, un travail vraiment prodigieux, qui devra placer le chœur de la cathédrale d’Anvers sur la même ligne de célébrité que ceux des églises les plus renommées de l'Espagne. C’est une véritable forci de flèches , de clochetons, de médaillons , de pendentifs, de statuettes, qui peuplent richement In sévère nudité de cette cathédrale, gigantesque vaisseau de granit. Ces stalles , avancées déjà aux deux tiers après quelques années de travail, sont taillées sur les dessins de M. Durlet, par M. Geerls. Est-ce prévention ? est-ce le prestige de l’àge? Mais l'ornementation proprement dite est toujours bien supérieure dans les vieilles sculptures. Il y a peut-être plus de correction dans le travail moderne; mais qu'il y a bien plus de mouvement, de naïveté, et surtout de légèreté chez les anciens tailleurs de chêne! Je ne crois pas, du reste, qu’il s’exécute nulle part aujourd’hui un meilleur et un aussi grand travail de sculpture en bois. 11 renferme surtout des statuettes charmantes. Une sorte d’uniformité au milieu de l'extrême multiplicité des details, nous a paru être le principal défaut de l’ensemble. Nous en jugerons mieux une autre année, quand ce bel ouvrage sera plus près d’être termine.

B. Tl I. LE lit..

a dame de Brière , un peu réconfortée par cetle entrevue , dans laquelle , à sou insu, elle avait puisé de la satisfaction et du courage , éprouva tout de suite les effets de cette merveilleuse inspiration. La raison lui revint; elle envisagea sa position avec sang-froid. Pourquoi n’annoncerait-elle pas publiquement l’arrivée de ce charlatan, de ce faux Brière, ses menaces; pourquoi ne chercherait-elle pas à l’effrayer lui-mème en allant au-devant du danger.

Mille objections à cette démarche. D’abord la découverte forcée du secret de ce faux mariage, puis que le faussaire n’avait point d’autre arme ni d’autre titre. Bien plus, en admettant qu’il ne fit pas usage de ses droits, le monde, si méchant, si curieux de trouver des taches aux plus pures réputations, ne manquerait pas de se récrier sur la sécheresse de cette veuve larmoyante, dont le premier soin était de nier un mari qu’elle eût dû accueillir avec joie sous bénéfice d’inventaire. Urhine repoussa donc l’idée hardie, et recourut aux atermoiements. Elle écrivit à Mlle Sauverat dans sa terre d’Orhec, bien que trois lettres adressées là fussent restées sans réponse. Elle enjoignit à son majordome de ne pas quitter le château de Med an, et d’y claquemurer l’inconnu, s’il se présentait.

Oh! pourquoi Emilie ne se trouvait-elle pas là, cette confidente, qui avait partagé toutes les opinions d’Urhine sur le mariage, Emilie, qui sans doute vivait aussi en recluse, ignorant tout le mal qu’une négligence allait faire à sa pupille chérie.

Se confier à quelqu’un... à Duhautril... le niais bavard... à la Vernaye... un si jeune homme, amoureux d'ailleurs et qui profiterait... Affreuse position !

Le baron de Brière écrivit, à trois jours de là, une seconde lettre. Il était malade à Yvetot; il sup¬

pliait sa femme de le venir voir; il avait commencé à répandre le bruit de son retour. -

Urhine fut frappée de vertige... Onia voyait pleurer des jours entiers, courir éperdue dans ses appartements, commencer dix lettres et les effacer ou les déchirer. La Vernaye, qui faisait sa courassidûmenl. après avoir fait sa rentrée officielle, 11e comprenait rien et redevenait sombre. Parfois la porte lui était refusée.

Le désespoir s’empara de nouveau du pauvre chevalier. 11 fit savoir à Terme que le messager promis ne s’était pas présenté. Les deux époux reverraient bientôt leur frère, qui voulait leur faire ses adieux avant le grand voyage. Ensuite il demanda une dernière entrevue à Urhine.

Cette fois il était décidé. Il expliqua nettement sa situation, sans prière, sans larmes, sans aigreur. Il avait reconnu que Mme de Brière avait d’autres soins, d'autres vues, d’autres chagrins; l’espérance, dont une étincelle avait réchauffé son cœur, venait de s’éteindre. Il se résignait et disait adieu.

Urhine, les yeux rouges, la poitrine haletante, se dressa effarée sur son sofa.

— Tout le monde m’abandonne donc! s’écriat-elle avec une expression désolée; je n’ai plus que vous, monsieur de la Vernaye, 11e me quittez pas, je vous en conjure! je vous en supplie!

— Eh! qu’avez-vous? répliqua-t-il, ému.

— J’ai... j’ai que je suis une femme au désespoir... une folle... Que me demandez-vous? Est-ce que je suis bonne à quelque chose?... Est-ce (pie je ne suis pas le plus misérable des êtres?...

— Vous m’effrayez !.. .

— Vous ne pouvez me comprendre... C’est vrai... Personne ne m’aime, personne 11e me défends..

Et elle fondit en larmes, ensevelissant sa tête dans ses deux mains.

— Vous défendre! s’écria la Vernaye; quelqu'un vous a-t-il outragée, effrayée!... O madame, ma

L'iO

vie vous appartient; dites un seul mot... Mais non, sans espoir; tenez, fussiez-vous séparée de moi par l’amour que vous auriez pour un autre... Urbine, je vous appartiens; disposez de moi... Faites-moi cette grâce.

Elle se précipita en lias du sofa, saisit les mains de la Vernaye et les appuya sur son cœur, qu’il sentait battre sous les dentelles froissées.

— Merci, dit-elle; que vos paroles me font de bien... chevalier... .\e me faites pas dire une parole de plus... car je suis faible et je me repentirais toute ma vie... Merci de votre générosité... Oui, j’aurai besoin de vous; je vous appellerai...

— Ah ! je comprends... encore du retard... dit la Vernaye avec tristesse. Hélas! Urbine, je n’ai plus de patience, je l’ai perdue à souffrir.

— Chevalier! je vous jure que je mettrai avant peu votre amour à l’épreuve.

Voire amour! Jamais Urbine n’avait prononcé ce mot. Il résonna délicieusement aux oreilles du chevalier.

— J’attendrai donc, dit-il.

— Demain, oui, demain. Soyez ici a cette heure, et vous saurez mon secret... Vous êtes, je le vois, mon seul ami... A demain, chevalier...

La Vernaye s’en retourna sur des ailes, qui le balançaient mollement entre le ciel et la terre.

Urbine avait réfléchi. Elle ne se trouvait de ressources que dans un aveu franc; aveu qui la devait couvrir de honte, mais qui pouvait la sauver. Délivrée de ce péril , haïe , méprisée peut-être par la Vernaye, elle s’enfuirait, se cacherait dans un coin du monde. Perdre l’amour, l’estime du chevalier, c’était pourtant un énorme sacrifice... .Mais le bruit, mais l’éclat .. Une femme consent à mourir de faim, à mourir d’amour; mais elle ne brave jamais l’opinion.

Soudain un cheval couvert d’écume entra dans la cour de I hôtel; un homme en descendit, monta lestement les degrés... Urbine, toujours occupée de son fantôme, poussa un cri et s’évanouit.

Quand elle revint à elle, une lettre, d'une écriture connue, chérie, frappa ses regards. Fleurette accoutumée depuis huit jours aux coups de théâtre, avait inondé sa maîtresse d’eau de Hongrie et la voyant ressuscitée, était sortie.

Emilie! s écria la baronne, je suis sauvée!

Elle tremblait si fort en rompant le cachet, que ses yeux ne pouvaient se fixer sur les caractères tourbillonnants ; enfin elle lut ces mots :

« J arrive, ma tendre amie, après une abseno treize mois, et je trouve ton billet, et n'ai qut malheur à t annoncer... Nous sommes perdues viens de m’apercevoir qu’une de les lettres, celle contient tout notre plan de mariage, d’embarcat enfin tout le secret du baronne Briére, m’a été d.

bCe’ ,avec un coffrel où j’avais renfermé notre cor poudance. Qui accuserai-je? jc l’ignore. On m

porte aussi une gazette dont je t’envoie l’extrait. Le faux baron y fait annoncer son retour avec détails Aile j’ai fait acheter tous les numéros que j’ai pu ; mais s’il recommençait!... En cas de procès , nous sommes déshonorées, et notre tête est menacée... car ce mariage peut être considéré comme un sacrilège. Notre seule ressource est donc de üécliir ou d’intimider le scélérat. Je vais aller à Vvetol, lui faire des propositions. Toi, cherche des soutiens, fais-toi des défenseurs. Ne le le dissimule pas, il te faut un protecteur qui te serve de son crédit, de son épeo, et te serve discrètement. »

Urbine tressaillit.

« Dans la brillante position que tu occupes, cela doit t’être facile... Quant a moi, pauvre amie, heureusement j’ai pris l’avance... Je ne me pique pas d’une fermeté comme la tienne; j’ai reculé devant 1 idée de vieillir seule... Je nie suis mariée. »

— Grand Dieu! s’écria l chine.

« Mais toi, tu possèdes une âme à l'épreuve , et prendras sans doute en pilie ma pusillanimité. Cependant, pour celle circonstance, choisis un protecteur, et lais vite, le temps presse... Amène cette personne a Vvetot, sans rien lui dire... Nous lui donnerons la nos instructions. Munis-toi d une forte somme. On pourra, ainsi préparée, ollïonter l'ennemi ; du fer, s’il résiste; de l’or, s’il capitule. Je logerai au Prince de Galles.

« Suis mon conseil, qui doit nous sauver, ou perdsnous toutes deux; j’attends, dévouée à toi jusqu’à la mort, ainsi que je l’ai juré à la mère. Toujours ton Emilie Sauverai. »

Urbine baisa cette phrase avec des transports il ivresse, et s’écria : — J’ai maintenant deux bons appuis! Elle trouva de la délicatesse dans l’alfeclalion d’Emilie à oublier au bas de celte lettre le nom de son mari. — Toujours ton Emilie! répéta-t-elle, cela est charmant.

La nuit, celle sage conseillère, n’apporta au clu vet d’Urbine (pie des bourdonnements vagues, et mille résolutions contraires au sein desquelles toutefois luisait un espoir, presque un bonheur.

La Vernaye, qui n’avait pas plus dormi que Mme de Briére , arriva un quart d’heure avant 1 instant fixé pour la communication. Urbine, plus irrésolue, plus tremblante que jamais , l’attendait avec un frisson de fièvre.

— Monsieur, dit-elle, répétez-moi, je vous prie, ce que vous me disiez hier.

— Je vous aime ? oh ! toujours !

— l'as cela, interrompit Urbine en fermant les yeux; non, vos protestations de dévouement...

— Sont sincères ; je l’ai juré.

— Il s’agira bientôt de ma vie, de la vôtre.. . Songez-y.

La Vernaye fit un mouvement.

Disposez de ma vie, ajouta-t-il avec angoisses, elle vous appartient ; je vous la consacre; n’en par-

loi

Ions plus. Puisse le sacrifice que j'en ferai avec joie assurer le bonheur de la vôtre.

— Je serais bien ingrate, dit Urbine d’une voix emue, si tant de générosité me trouvait insensible ; mais mon amitié ne vaut pas la vôtre.

— Vous êtes donc menacée? reprit le chevalier timidement.

— D'un grand événement, oui, chevalier... mais vous l’avez deviné, n’est-ce pas, à ma pâleur, à mes larmes, au trouble affreux qui m’agite incessamment !

La Vernaye, dévoré d’inquiétude, osait a peine respirer.

— Est-ce que... pardonnez ma hardiesse... vous auriez quelque reproche à vous faire?

— Oui, chevalier, dit Urbine, si bas qu’on l’entendit à peine... Oui, j’ai un tort bien grand à me reprocher.

La Vernaye pâlit, chancela et s'adossa demi-mort au fauteuil de la baronne.

Urbine devina le sujet de cette douleur ; elle lit un mouvement pour serrer la main du chevalier, pour lui expliquer le sens de cette parole terrible... Mais la honte l’arrêta; peut-être aussi l’ardente curiosité qui dévore toutes les femmes , de savoir à quel point elles sont aimées.

La Vernaye essuya son front d’où ruisselait une froide sueur, et faisant un effort dont Urbine mesura toute la noblesse :

— J’ai dit que j’étais à vous, madame; je ne m’en dédis point. Seulement je n’avais pas besoin de cet aiguillon cruel pour courir à la mort. Recevez de nouveau ma parole, et disposez de moi jusqu’au bout.

Urbine poussa un cri de joie, s’élança vers le jeune homme, et, transportée par son enthousiasme, elle, l'étreignit dans ses bras... Puis, reculant épouvantée , elle alla cacher sous le coussin du sofa sa confusion et ses larmes.

Le chevalier demeura froid et silencieux, lui qu’un clin d’œil de celte maîtresse adorée eût caressé naguère comme une faveur dont on perd la raison.

— Excusez-moi, madame, dit-il, le coup a été rude. Maintenant je suis fort, je suis prêt. Que faites-vous de moi ?

Urbine essuyant scs larmes qu’il ne comprenait pas, lui dit avec un sourire qu’il ne comprit pas davantage :

— Nous allons monter en voiture et aller ensemble à Yvelot.

Elle eût pu dire à la Vernaye : Nous allons en Chine; ou bien : Faites-moi reine de France, il n’en eût été ni plus ni moins. La volonté était brisée chez le pauvre amant ; il restait l'automate. L’automate offrit sa main, on descendit les degrés, on monta dans une chaise toute préparée. La Vernaye ne se donna pas la peine de réfléchir jusqu’à Pontoise.

Mais pendant la route, il avait recouvré tout juste assez de bon sens pour comprendre que les questions seraient de mauvais goût, et il se contenta de (aire observer la beauté du ciel, où s’allumaient une à une les étoiles, le silence des champs, où s enflammaient çà et là quelques vitres de chaumières.

Urbine eut froid ; la Vernaye jeta sur elle son manteau; elle eut sommeil, et la Vernaye supporta pendant trois heures sur son épaule, sans oser faire un mouvement, la tèlc de la baronne, dont les cheveux refluaient eu ondes veloutées jusqu'à ses joues, et l’enivraient de leurs parfums.

Urbine se réveilla aux portes de Pont-de-l’Arche. Avec la vie elle reprit la douleur. Sa rêverie importune continua le sommeil. La Vernaye n’en put tirer une parole.

Enfin, lorsqu’on fut en vue du bourg d’Yvetot, le chevalier, que ces soupirs, ces larmes, cette agonie de sa compagne mettaient au supplice, demanda d un ton poli, mais ferme, quel était le dessein de Mme de Prière.

— Il est temps de parler, ajouta-t-il; honorezmoi d’une entière confiance. Qu’allez-vous chercher à Yvctot?

— Mon mari ! s’écria-t-elle avec un redoublement de sanglots et de honte.

Pour le coup, la Vernaye se trouva heureux d’être étayé de toutes parts dans la chaise 11 fût tombé infailliblement de sa hauteur. Le reste du voyage, qui ne dura pas une demi-heure après cette catastrophe, se passa pour lui dans un assoupissement fantastique peuplé de rêves sans suite, d’énigmes sans solution, de fantômes sans tète.

Mme de Prière descendit à l’hôtel du Prince de Galles, pria la Vernaye d’attendre un moment dans la voiture, et quelques minutes après elle serrait dans ses bras sa chère Emilie. Toutes deux confondaient leurs pleurs et leurs baisers.

— Eli bien ! dit Urbine la première.

— Eh bien ! il est ici.

— Ici! juste ciel'... si près. Que veut-il?...

— Il est inexorable.

Urbine, anéantie par la douleur, se laissa tomber sur un siège.

— 11 ne nous reste que l'intimidation... As -tu amené quelqu’un qui puisse imposer?

Urbine lit un signe affirmatif. On vit une anxiété profonde se peindre sur les traits d’Emilie; elle courut même auprès de la fenêtre pour chercher a voir dans la rue. Justement la Vernaye, impatient, regardait par la portière. Emilie ferma le rideau précipitamment, poussa un cri de joie, et vint embrasser son amie.

— Allons, dit-elle, voici lé moment venu. l)u courage ; tu vas tenter un dernier effort sur l’imposteur qui est dans ce salon, l’on défenseur paraîtra ensuite, s’il est besoin.

— Jamais je ne pourrai, dit l rbine ; mes genoux se dérobent sous moi.

— Entrez, monsieur, dit Emilie à l'inconnu qui attendait ce signal, et qui parut aussitôt, en interrogeant du regard Emilie, qui lui fît un signe d'intelligence.

Urbine tenait les yeux fixés sur le parquet. Ses mains tremblaient, on eût dit que la vie avait abandonné ses joues d’une pâleur d’albâtre.

— Voici Mme de Brière qui vient réclamer ellemême les lettres que vous avez, continua Emilie; les rendrez-vous?

— J’aurais pu me laisser toucher par des considérations importantes, dit l’inconnu d’un son de voix plein de douceur; mais je ne vois rien ici qui me détermine. La crainte d’un grand scandale, que j’eusse voulu épargner à madame, me saurait seule retenir... Au cas où Mme de Brière eût été... mariée en secondes noces, par exemple... dit-il en souriant.

Urbine, enhardie, leva les yeux, et vit un homme dont l’extérieur semblait démentir jusqu’au soupçon d’une trahison si noire. Elle allait répondre avec confiance, lorsque la Vernaye se précipita dans l’appartement, en s’écriant :

— Ah ! mon frère !... Ah ! ma sœur chérie!

Urbine recula, plus effrayée peut-être qu’à son

entrée dans le salon. Tout se découvrit à ses yeux ; son cœur se serra ; elle s’approcha d'Emilie.

lu mas trahie! dit-elle; tu me fais violence! C’est mal... Vous vous entendiez tous !

— Tais-toi '. répliqua Mme de Terme à voix basse, il ne sait rien.

— Je vous retrouve ici! continua la Vernaye, et vous me voyez bien plus malheureux qu’à mon départ.

Et la violence de sa douleur l’emportant sur l’orgueil et la fermeté, le chevalier se livra au plus farouche désespoir.

— Je ne vous comprends pas, dit de Terme, jouant l’étonnement; qu’est- il donc arrivé dé nouveau ?

Le hasard met sous vos yeux, interrompit le chevalier, la cause de tous mes chagrins, la cause de ma mort.

Quoi ! votre femme vous rend déjà malheureux ?

Ma femme ! s écria la Vernaye, regardant tour a tour le baron qui riait, Emilie qui pleurait de joie, et Urbine qui cachait son visage dans ses mains.

— Sans doute, dit Emilie. Qu’est venue faire ici Urbine, ma nièce?

... CliereUer....«Hi.... mari, bégaya la Vernaye, bebete d amour et de bonheur.

'ous, la Vernaye, assurément, erme ; car ce n’est pas moi, je pense, sommes que deux ici.

continua de • ■ et nous ne

lesteaS lôuba éperdU aUXpieds,1'ürbi"e’*

et

— M’avez-vous effrayé! dit-il avec un reste d’inquiétude... mais... ce tort que vous aviez à vous reprocher...

Emilie interrogea Urbine d'un air d’effroi; elle craignait que son amie, dans un paroxysme de terreur, n’eût avoué quelque chose de la vérité.

— Ce tort, s’écria Urbine aussi inquiète que s a tante, c’était... de vous avoir rendu si longtemps malheureux.

— Elle ne s en tire pas mal pour une novice, dit de Terme bas à sa femme.

La Vernaye s’approcha d’Emilie.

— Je vous dois beaucoup, dit-il; c'est vous qui avez décidé madame , vous l’aurez beaucoup priée , beaucoup tourmentée; car elle ne m'aimait guère. Elle a paru bien souffrir, et peut-être n'agit-elle en 1 ce moment que pour vous faire plaisir.

— Vous êtes un noble cœur, repartit Urbine, en tendant la main au chevalier ; j’ai d’abord subi certaines influences, je l’avoue; mais a présent, litelle avec une joie indicible, je suis bien libre, et vrai, je ne suis influencée que par ... mon amour pour vous.

— Dis-moi donc, réfléchit plus tard Urbine en se promenant dans le [tare avec Mme de Terme, saistu que tu jouais gros jeu avec ton rôle de protectrice, si le défenseur que tu m’as recommande de choisir n’eût pas été la Vernaye?

— Nous t’eussions rendue bien malheureuse . repartit Emilie en riant, et tu ne risquais rien, mauvaise tète. Sais-tu que M. de Terme, qui adore son frère, avait pris la chose tellement à cœur, qu’il ne parlait plus que de percer et, de pourfendre. Ton défenseur eut été à plaindre, ma chère. D’ailleurs, mon honneur était engagé à ce que je le rendisse heureuse malgré toi-même; tu sais que je l'ai promis à ma pauvre sœur.

Urbine serra doucement le liras de son amie sur son cœur.

— Je n’ai plus qu’une seule prière à t’adresser „ dit-elle; mais là sérieusement : ne lui dis jamais un mot de tout cela ; car je ne veux point rougir devant lui... Ce sont des secrets de femme...

— Que les hommes découvrent toujours, interrompit M. de Terme , qui les surprit dans leur promenade ; et je ne crois pas la Vernaye plus sot qu’un autre.

— Je voudrais cependant, répliqua Urbine confuse, attendre encore... Oui, attendons, et quelques jours après notre mariage, je lui raconterai moimême que le baron de Brière était un mensonge.

— Chère petite sœur, dit de Terme en lui prenant la main, bonne petite nièce, ajouta-t-il en la baisant au front avec ce même sourire amical et railleur, limitez vos quelques jours à la veille du mariage, si vous tenez à ce que la Vernaye ne vous vole pas votre secret.

Algüste Maqüet.

LLS Ii E A U X - A H T S.

BUDGET

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