‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 48 sur 150 · ELISE BOULANGER · texte numérisé non relu

ELISE BOULANGER

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ces soins m’ont été richement payés! L’hiver, les rouges-gorges viennent demeurer dans ma serre et entrent jusque dans ma maison. L’éte, les fauvettes font leurs nids dans les buissons , et les roitelets dans les angles des murailles. Tous se laissent approcher et voir, tous voltigent autour de moi sans s’envoler, tous remplissent mon, jardin d’une musique enchanteresse. Au lieu d’être assis, pressé dans une salle de théâtre sans air , pour entendre pour la centième fois le même ténor avec sa même tunique couleur abricot, et ses mêmes hottes chocolat, chanter le même air accompagné des mêmes cris d’admiration de gens qui veulent faire partie du spectacle, j’avais trois opéras par jour. Le matin, au point du jour, les pinsons gazouillaient sur les plus hautes branches des arbres, tandis que les Heurs ouvraient leurs corolles, tandis que le soleil levant colorait le ciel de rose et de safran. A midi, sous l’ardeur îles rayons brûlants, le mâle de la fauvette, caché sous l’ombre des tilleuls, élevait sa voix mélodieuse, tandis que sa femelle couvait ses œufs dans son petit nid de crin et d’herbe. Mais le soir, lorsque tout dormait, lorsque les étoiles scintillaient au ciel, lorsque la lune brillait à travers les arbres, lorsque les énothères, de leurs corolle? jaunes, exhalaient un suave parfum, lorsque leslucioles luisaient dans l’herbe, le rossignol élevait sa voix pleine et solennelle, et chantait dans la nuit son hymne religieux et amoureux en même temps. Et cet Edmond vient d’un coup de fusil d’alarmer, de renvoyer peutêtre tous mes musiciens, de démentir ma longue et soigneuse hospitalité, qui n'est plus qu’une trahison, puisque, sans elle peut-être, sans la confiance qu’elle lui avait inspirée, mon pauvre merle ne se

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serait pas laissé approcher de si prés, et ne lui aurait pas offert une victime aussi facile. Que ne donnerais-je pas pour faire comprendre à tous mes oiseaux, à tous mes hôtes mélodieux, que je n’ai ni fait ce bruit ni commis ce meurtre, pour leur faire comprendre qu’ils peuvent revenir, que je ne suis pas un traître, qu’ils retrouveront ici la paix et l’ombre, qu’ils peuvent sans défiance revenir manger cet hiver les baies des arbres. Comment réparer tout cela ! Et ce pinson, qui, hier encore, est venu jusque sur ma fenêtre; il n’y voudra plus revenir; il s’éloignera de moietde ma maison; l’année prochaine, il ne fera plus son nid dans ce gros orme où il le construisait chaque année.

J’arrive auprès d’Edmond , je le supplie de suspendre sa chasse, il rit et se moque de moi; je suis obligé de dire que je ne veux pas qu’on tire des coups de fusil chez moi. Edmond me répond que j’abuse de ce que je suis chez moi. Il me semble que c’est lui qui en abuse. Néanmoins ce reproche me fait mal : je le laisse au jardin et je vais m’enfermer dans mon cabinet. Je me demande alors à moimême si réellement c’est lui qui a tort, si l’hospitalité n’impose pas des devoirs difficiles, il est vrai , mais sacrés, et si je les ai remplis. Je cherche quels sont les devoirs de l’hospitalité. Après un mûr examen, je me rends cette justice à moi-même, que, sauf de lui laver les pieds comme faisaient les Hébreux, j’ai accompli à son égard, et de la façon la plus scrupuleuse, toutes les lois de l'hospitalité. Mais ce reproche me fait mal ; il a tort, mais il croit que j’abuse de ce (pie je suis chez moi; j'ai presque envie d’aller lui demander pardon.

A. K A RK.

LES BEAUX-AKTS.

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