‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 50 sur 150 · RESTAURATION DE SA INT -JE ST DE NARBONNE · texte numérisé non relu

RESTAURATION DE SA INT -JE ST DE NARBONNE

Les travaux entrepris à Saint-Just de Narbonne marchent avec une lenteur à laquelle on devait naturellement s’attendre. Nous concevons difficilement ce qui a pu porter M. le ministre de l'intérieur à approuver le rapport de la commission des mono ments historiques, qui a conseillé l'achèvement de cet immense vaisseau, commencé sur une échelle si vaste. Abandonné depuis trois cents ans, à une époque où la ferveur des chrétiens élevait tant d’au très monuments, où un clergé puissant savait trouver en lui-même des ressources si abondantes, il a fallu des motifs bien impérieux pour limiter à la construction du chœur la cathédrale du primat des ('.ailles, président-né des états de Languedoc. Qu’\ a-t-il aujourd’hui de changé dans la position de Narbonne? Sa situation s’est-elle améliorée? Cette ville est-elle redevenue la Narbonne des Romains? Sa population a-t-elle doublé, triplé? Narbonne, circonscrit, depuis le commencement du seizième siècle, dans son enceinte fortifiée, où s’amoncellent si misérablement les frontons et les frises des temples des faux dieux, Narbonne ne peut pas s’étendre, son importance politique est nulle; son influence religieuse même est perdue depuis que le siège archiépiscopal est transféré à Toulouse. La piété de ses six mille habitants trouve facilement à se manifester dans ses trois autres églises, dont l’une Saint-Paul) est un monument fort remarquable. Ou était la nécessité d’entreprendre une restauration impossible aujourd'hui, et au moins inutile? Nous l'ignorons complètement. Les Narbonnais foin valoir la beauté de la partie conservée; nous tombons d accord quant a la savante ordonnance qui a présidé au plan et à la riche et habile exécution des parties construites; mais nous ne sommes plus au temps où l'on puisse dépenser, sans une nécessite bien motivée, douze ou quinze cent mille francs, comme il les faudrait pour achever Saint-Just. Les fonds accordés (déjà quarante ou cinquante mille francs, sont presque épuisés; qu’ont-ils produit? Rien, ou a peu près, tant la besogne qu'on se crée est large ; et encore, pour exécuter quelques travaux sans grande valeur, il a fallu altérer le plan primitif de l’édilice. 11 est fort à croire que les fonds alloués pour ces opérations insignifiantes seront entièrement perdus et qu’un abandon force

couronnera cette entreprise de restauration sans but et sans portée.

11 arrivera donc encore cette fois, qu’après avoir commence inconsidérément des travaux conçus sans utilité, on renoncera à appliquer de nouveaux subsides à cette entreprise gigantesque, car nous ne sommes plus au temps où un clergé puissant fai i sait sortir d’une terre pieuse et croyante des monuments comme l'église de Brou.

Page 1