GALERIE 1)E M. DUBOIS
Le compte rendu de cette vente nous fournira l'occasion de réparer quelques omissions; car il est des tableaux qui, perdus dans l'ensemble de la galerie, avaient échappé à nos yeux, et qu’un isolement favorable nous a mis à même d’apprécier.
Il serait à désirer qu’on ait songé depuis longues années à enregistrer les ventes de tableaux. Les amateurs, entraînés par la rivalité des enchères, sont exposés sans cesse à être victimes de quiconque tente d'exploiter leur engouement ou leur bonne foi. Or, aucune fraude ne serait possible si l’on savait, par documents certains, de quel atelier est sortie telle peinture, quel en a été le premier possesseur, en quelles mains elle a passé successivement. Il importe qu’un journal d’art suive les tableaux remarquables dans leur transmission, en précise la mercuriale et tienne ses lecteurs au courant des ventes importantes.
Celle de M. Dubois était de ce nombre, et les œuvres capitales de cette belle galerie ont été chaleureusement disputées. On a rendu à peu près justice aux tableaux de l’école italienne, et le Parlement de croix , de Sébastien del Piombo, a atteint le prix de o,00I fr.; la Madone , du Pérugin, a été adjugée à 2,-550 fr. ; une autre Madone, de Sasso Ferrato, à 1,550 IV. ; une Nativité , du Guide, est montée jusqu'à 1 ,220 fr. , et une Adoration des bergers, du vieux Mariolto Alberlinelli, jusqu’à 2,550 IV. Toutefois, les peintures de l’école primitive ont eu généralement peu de succès : l’Adoration, de Giovanni Beltraflio, s’est vendue 120 fr. ; la Vierge et l’enfant, de Luini, 620 fr. ; la Sainte Famille, de l'école de Sébastien del Piombo, 655 fr. ; le cadre de portraits dans la manière d’IIolbein, 519 fr. , et le Portrait en pied, de Van Eyck, 7 4 fr.
Les deux Ganalelli (I), que nous avions signalés, ont été adjugés pour une somme totale de 1,565 l'r.; une belle copie du Saint Jérôme du Corrége, par Bartbolomeo Schidone, a été payée 1,200 fr.
Plusieurs tableaux des écoles llamande et hollandaise, la plupart de dimension presque microscopique, mais d'un fini précieux et d'une incontestable authenticité, ont éveillé l’émulation des enchérisseurs. M. Dubois avait acheté 9,880 fr., à la vente Paul Perricr, un Paysage de Berghcm, composition
(1) Hauteur, 32 centimètres; largeur, 47 centimètres.
de douze figures groupées au pied des ruines d’un château, sur le bord d’une rivière limpide; ce tableau a été revendu 8,000 fr. Berghcm a eu les honneurs des deux journées de vente, car les peintures des autres maîtres sont arrivées à des prix comparativement très-inférieurs. Parmi les tableaux d’un mérite réel, et de l’acquisition desquels les collectionneurs ont lieu de se féliciter, nous citerons deux Pâturages, d’Omméganck, 1,201 fr. ; une Adoration des bergers, esquisse de Rubens, achetée 499 fr. à la vente Perrier, 600 fr. ; le Repos de Diane, œuvre collective de Rubens, Van Kessel et Breughel de Velours, 855 fr. ; les Parages du Moerdyck, magnifique marine de Ludolf Backlmisen, 2,520 IV. ; le Portrait de la mère de Gérard Dow, 1,300 fr.; une Vue de Nonuége, par Everdingen, 799 fr. 50 cent. ; la Vue intérieure de Dclft, charmante miniature de Vander Ilcyden (1), 2,555 fr. ; des Fleurs et fruits, par Van lluysum, 2,999 fr. ; la Vue de la porte de Wezelj à Amsterdam, par Z. Ruysdael [effet d'hiver), 2,000 fr. ; un Paysage, par le même, représentant une ferme au milieu de massifs d’arbres épais, et sur le premier plan, une mare sur laquelle est un bateau, 3,010 fr. ; une Vue des montagnes de la Norwége, par le même, 2,101 ; une Vue du château de Regsinck, par le même, 1,000 fr. ; un Intérieur de cuisine, par Slingelandt, 2,620 fr. ; un tableau de bonne qualité. Animaux au repos dans une prairie, par Paul Putter, a été poussé jusqu’à 5,000 fr. ; mais le propriétaire n’a pas voulu le céder à ce taux.
Nous avons dit que l’école française était tristement représentée; aussi a-t-elle été accueillie avec défaveur. Cependant, une Tôle d’expression , de Grcuze, quoique médiocre à notre avis, a été payée 2,125 IV.; c’est une tête de jeune homme, dont les yeux sont levés au ciel et dont la physionomie exprime la rêverie. Deux petites toiles d’Antoine Watteau, représentant des seigneurs et des dames en costumes de théâtre, ont été vendus ensemble 1,299 IV. Joseph et Putiphar, faible esquisse de Prudhon, n’a trouvé d’acquéreur que pour 571 fr. ; la Vue du port et de la rade de Cônes, par Claude Lorrain, a été retirée par M. Dubois, bien qu’on en offrit 5,000 fr.
Cette vente contribue à établir un fait : c’est que les tableaux de l’école naturaliste ont plus de valeur marchande que ceux des artistes italiens. Ceux-ci, par la noblesse du sujet, par la grandeur de l’exécution, conviennent aux églises et aux musées; mais les intérieurs, les paysages, les scènes populaires des Flamands demeurent en possession de la faveur publique; ils s’accommodent mieux avec nos inclinations, nos idées, nos habitudes journalières, et la mesquinerie même de leurs conceptions explique la vogue dont ils jouissent.
(t) Hauteur, 1" centimètres et demi; largeur, 21 centimètres.
les de \ux-.\ ms.
Je rêvais dans les buis sous les rameaux du frêne,
Une femme passa, comme une souveraine :
— « Qui donc es-lu, lui dis-je, en lui prenant la main, Toi que j'ai vue hier, que je verrai demain,
Tantôt sous les cyprès et tantôt sous les roses,
Tantôt triste ou joyeuse en tes métamorphoses? »
D'une voix pure et fraîche elle me répondit :
— « Je suis un ange errant qu’on aime et qu’on maudit. Depuis l’éternité que je parcours la terre,
Pour moi-même je suis un étrange mystère;
Mais tu verras bientôt passer dans la forêt Trois femmes qui toujours ont porté mon secret »
Elle dit, et passa plus vive et plus légère
Que la biche aux doux yeux qui fuit sons la fougère.
Kianlcs visions, et visions austères 1 Qu'avais-je vu passer? La N tt; et scs mystèics. L’Amour, qui nous promène en ses mille nllainblints La Foi, qui vor>leciel lève en priant ses bras,
La Mo ht, qui des écueils du monde nous délivre Kl de l'éternité vient nous ouvrir le livie.
A R SÈ N K Ilot S s v \ f.
V la ChàMleiiHs
Physionomie Parisienne.
Je rêvais ; cependant sur le même chemin Une femme apparut; la neige et le carmin Se disputaient l’éclat de sa jeune figure.
« Salut ! loi <pii souris; sois-moi d'un bon augure ;
I emme, dis-moi ton nom. — Mon nom est dans ton co tir.» Elle dit, et s’enfuit avec un air moqueur.
Une autre la suivit, pale et contemplative.
« El loi, qui donc cs-lu ? » Comme la sensitive Qui craint d être touchée, elle prit en passant Un timide détour sous l’arbre jaunissant.
Mais je la poursuivis. — « Qui donc es-tu, de grâce? Femme, dis-moi ton nom, ou je suivrai ta trace.
- Abeille du Très-Haut, je vais cherchant mon miel Dans la plante et la (leur que Dieu cultive au ciel »
Une autre femme encor passa sous le vieil arbre ; En la voyant venir je me sentis de marbre :
Un hibou la suivait ; un sinistre corbeau Annonçait son passage ; une odeur de tombeau S’exhalait de ses pas. - « Ton nom ? - J0 suis t Suis-moi, car ici-bas toute source est amère; L’abîme où je descends n’est pas une prison.
Lest le sombre chemin d'un plus grand horizon. >,
mère