RECETTES DES THÉÂTRES DE PARIS
DF.PI IS OIXQUAX I F. AXS.
(2'' aitiele.)
r 1 1 É A T H ES DE V A L D E V I !. I. E*. — Si I l!S vél'îtés î «|ut* nous avons brièvement énoncées en terminant notre premier article doivent recevoir des faits accomplis une démonstration évidente, l’histoire chiffrée des théâtres de vaudevilles est faite pour convaincre les plus incrédules. L argumentation la mieux déduite pâlirait devant le résumé succinct et lidcle que nous allons en offrir au lecteur; et nous espérons qu’il nous absoudra de tout reproche d’avoir abusé, comme cela arrive trop souvent aux faiseurs de statistiques, du droit de grouper et d'inteipiéter les chiflres dans 1 interet d’une opinion exclusive et préconçue (I).
(1) Dans un récent discours sur les caisses d'épargne, prononcé au Conservatoire des arls et métiers, M. Ch. Dupin, parlant, de la rameuse disette de 1816 et voulant prouver que le peuple de Paris n'en avait pas souffert aussi directement qu on le suppose, en diminuant ses autres dépenses habituelles pour subvenir a sa provision de pain nécessaire, M. Charles Dupin met au nombre de ces privations volontaires une réduction de 30 pour cent sur la somme affectée aux plaisirs
Les Variétés et le Vaudeville dalent tous les deux de la révolution. Leur création fut presque simultanée, et la contiguïté de leur berceau fut le premier symptôme d’une rivalité qui semble encore avoir présidé de nos jours a leur rapprochement inévitable.
Ce fut en I7H0 que Mlle .Moiitausier, ayant fait l’acquisition d’un petit théâtre de marionnettes , situé à l’angle du Palais-ltoyal et appelé la salle des Beaujolais , le lit agrandir et agencer de manière à pouvoir y représenter la tragédie, la comédie et l’opéra. A ces planches primitives de la scène des Variétés se rattachent déjà de piquants souvenirs. On y vit paraître Mlle Mars , encore enfant,
du spectacle. Nous sommes forcés de déclarer que le relcw officiel de la perception au profil des pauvres ne présente pale moindre indice de celte prétendue réduction. Les recettethéâtrales de l’année istt; s'élèvent à la somme de t>,W'-,000 li . et offrent un excédant notable sur les années anterieure-. H en est de même de 1817, dont le total dépasse les recettes de 1810 de 389,000 fr.
LES BEA EX -A RTS.
dans 1»; rôle du pci i t frère de Jocrisse, représenté par Baptiste cadet qui y créa aussi Dasnières de l'Auberge pleine , ainsi que plusieurs autres sociétaires futurs de la Comédie - Française , Damas, Gaumont, etc. , et les deux Grammont père et fils, envoyés ensemble à l’échafaud sous la terreur.
Les Variétés prirent alors le nom de Théâtre île la montagne , sinistre baptême que devait expier le doux nom de Café de la paix, inscrit vingt ans plus tard sur le frontispice de cette salle, qui avait donné successivement asile à des danseurs de corde, à de nouveaux Fantoccini auxquels le journaliste Marlainville prêta le secours de sa verve satirique, et jusqu’à des chiens savants initiés à tous les manèges de la profession dramatique, pour redevenir, en 1 83 I , a la suite d’une seconde révolution, le siège d’une nouvelle exploitation théâtrale analogue à celle qu'y avait fait surgir celle île 1789.
A la même époque, et sur les ruines d'une église dont la fondation remontait au neuvième siècle, en face du palais de justice , M. Lenoir, architecte, qui depuis s’est distingué par d’importants travaux d’archéologie , avait érigé aussi une salle de spectacle dont il dirigea même l’administration durant quelque temps (I).
Une foule d’auteurs et d’acteurs, depuis devenus célèbres, firent leurs débuts au Théâtre de la cité, où l’on jouait alors, entre autres gentillesses révolutionnaires, Marat , les Moines gourmands, -l bas la calotte! les Dragons et les Bénédictines , etc. C’est pourtant à ce singulier répertoire que Brunet et Tiercelin, de si joyeuse mémoire, prêtèrent les premiers aiguillons de leur verve bouffonne. Mais Brunet, quelque peu cousin de Mlle Monlansier, avait pour ainsi dire sa place marquée d'avance dans la troupe des Variétés, où Tiercelin ne tarda pas à le suivre, et où il leur était réservé de captiver la vogue et la fortune pendant plus de vingt ans. Le début de Brunet au Palais-Royal eut lieu vers la fin de l’année 1797. Voici quel fut le résultat immédiat et prodigieux de son influence sur les recettes. Le théâtre recueillit:
En 1797 . 1 52,000 fr.
En 1798 . 275,000
En 1799 . 455,000
Ce dernier chiffre est presque l'équivalent des recettes actuelles.
Tandis que Brunet reculait ainsi les limites de la lice qu’une femme venait d’ouvrir à Part dramatique, un auteur mécontent jetait à cent pasde distance les fondements d’un autre théâtre qui devait conquérir
(l) Celte église antique, consacrée à saint Magloire et depuis a saint Barthélemy, s'était écroulée de vétusté en 1787. On entreprit immédiatement le travail de sa reconstruction, bientôt interrompu par les événements politiques. I.e portique en était a moitié terminé, elles piliers inachevés de la nef servent encore de supports au sombre passayt! (tu Prado.
non moins promptement des succès et line popularité fondés sur les mêmes éléments. Piis, dont les vaudevilles villageois, tels que laVeillée , les Amours d'été, les Vendangeurs, avaient fait gagner des sommes énormes à la Comédie-Italienne, réclama de ses directeurs, en 1790, une modique pension qu’on lui refusa. Il conçut alors le projet d’élever autel contre autel, et, de concert avec Barré, son fidèle collaborateur, à qui n’avaient pas profité plus qu’a lui leurs communs succès, il se procura une faible commandite (-140,000 fr. en assignats), et fit construire dans la rue de Chartres, sur l’emplacement d’une redoute appelée leWauxhall d’hiver, le théâtre du Vaudeville, dont l’ouverture eut lieu le 12 janvier 1792.
La pièce d'inauguration, en trois actes, de Piis, si 1 fiée a outrance, ne présageait guère la prospérité future réservée à son entreprise. Mais bien tôt. une réunion d’excellents acteurs, de jolies pièces, et surtout. l’attrait d’un genre éminemment approprié à l’esprit et au goût français, captivèrent le public, et cinq ans plus lard, sans que la Comédie-Italienne eût vu diminuer sa clientèle, les recettes du Vaudeville approchaient de celles du Théâtre-Français et dépassaient celles des Variétés. Le tableau suivant fera juger, par comparaison, des phases ascendantes ou décroissantes de ces deux exploitations rivales.