IV
1810 (10 ans).
1820 (10 ans).
1850 ( 4 ans).
(154,000 fr.)
1841 (10 ans).
TU É AT RK
Total des recettes. Moyenne.
1 806 (1 0 ans).
,159,000 fr.
410,000 fr.
1815 ( 9 ans).
1820 ( 5 ans).
1 850 (1 0 ans).
44,000 fr.)
1 850 ( 5 ans).
1841 ( 5 ans).
On voit que les recettes des Variétés ont éprouvé une forte diminution relativement au temps où la renommée européenne de Brunet, Tiercelin et Potier, dont le début eut lieu en 1809, en avaient fait le spectacle à la mode. Mais faut-il pour cela le ranger dans le nombre des théâtres en décadence, quand depuis quinze ans (en défalquant du calcul les trois années 1850, 1851 et 1852, réduites l une dans l’autre, par les émeutes et le choléra, à des recettes de 249,000 fr.), il reste pour la moyenne réelle des
produits actuels : 175,000 fr., et lorsque durant la dernière périodedécennale la plus faible recette n est pas descendue au-dessous de 596,000 fr. (1850), et que lapins elevée avait atteint deux ans auparavant la somme considérable de 605,000 ir.
Ce chiffre , dont approchèrent les années 1814 et 1815, ne fut dépassé par les Variétés qu’une seule lois, en 1822, où la recette se monta à 090,000 fr.
Les progrès du Vaudeville ne furent pas si rapides ni si brillants. Tant que Barré fut à la tète de la direction, jusqu’en 1810, son activité et son intelligence des affaires soutinrent pourtant la réputation de l'enfant né malin. Lorsqu’il se décida à la retraite, on ne crut pas pouvoir lui donner un successeur plus convenable que Désaugiers, qui réunissait eu effet au caractère le plus loyal les ressources d’un précieux talent. Ce qui manquait à Désaugiers, c'était cette volonté décisive, cet esprit d’ordre et d’application plus indispensable encore que l’esprit littéraire à un directeur de théâtre. Toutefois, grâce
à ses propres ouvrages, grâce au concours de M. Scribe, dont la vis comica animait surtout alors les fraîches inspirations, grâce aux remarquables débuts de Gontier et de Mme Perrin , et peut-être aussi à l’animation mondaine que la restauration venait de rendre au faubourg Saint-Germain, Dcsaugiers vit entre ses mains les recettes du Vaudeville arriver à leur apogee.
Mais durant les dix années qui précédèrent la révolution de 1850, cinq ou six changements de directions, qui furent tour à tour le résultat et la source d’autant de contestations judiciaires, ne permirent pas a MM. Bérard, Bohain, de Guerchy, Bernard- Léon, de maintenir à leur profit la vogue, entraînée ailleurs par de plus adroites séductions. L’habile fondateur du Gymnase avait su gagner à sa cause Mme Perrin, Gontier, M. Scribe et ses adhérents ; et ce ne fut qu’à l’avénement de la direction Arago et C" que le Vaudeville commença à reconquérir la faveur du public, puissamment aidé des talents originaux et variés de Lafont, Arnal, les deux Lepeintre, de Mmes Brohan, Albert, Guillemain, elc , et d une pleiade d auteurs dont le répertoire offre sans contredit les comédies de genre les plus gaies, les plus fines et les plus vraies que le dix-neuvième siecle ait produites.
Les succès les plus productils pour le \ audevilh lurent celui de la Visite àBedlam , en 8 1 «S , qui fi monter la recette a 540,000 fr., et ceux de Faublas nu Duel sous Richelieu , Mûrie Mignot , etc.
En résumé, le \ audeville a donc récolté pour si part en quarante-cinq ans. . . 1 8,571 , 000 fr. et les \ a ri étés . 21,951, 000 (G
Ensemble . 40,522,000 fr.
JJ 21 Q7?n0n f ÏWapl,,qUe que ce tolal a été **»»
our 2i,<h3 ooo fr. au relevé général qui figure dans non premier article (page 154). * nou
Ce qui donne 450,000 fr.paran pour chacun d’eux Or, nous le "demandons de, bonne foi, une pareille
somme n’est-elle pas suffisante pour défrayer un théâtre de vaudeville, en laissant à la direction un bénéfice raisonnable? Et si l’affirmative, comme nous le croyons, est démontrée par les laits contemporains aussi bien que par l'histoire du passé, n’en faut-il pas conclure que les déficits accusés sous telle ou telle gestion administrative ont été presque toujours le résultat de leurs fautes ou de leur faiblesse ; taudis que rien ne justifie les prétendus dommages engendrés par la concurrence et le voisinage des théâtres.
La chronique des Variétés nous fournit à cet égard un exemple entre tous les autres, aussi curieux que décisif.
Nous avons parlé des plaintes énergiques soulevées au commencement de l'empire pur la multiplicité désordonnée des troupes de toute espèce qui affichaient au coin des mille carrefours de Paris les grotesques prétentions de leur manie théâtrale. Certes il y avait abus : maisquel qu’en fût l’excès, le ridicule public et l'intérêt personnel n’auraient pas tardé, nous en sommes sur, à ramener ce chaos dramatique à un ordre et à des proportions norma- ' les (4), sans l’intervention d’une loi de hou plaisir qui d’ailleurs ne sut pas séparer l’ivraie du bon grain, et jeta sur le pavé, du jour au lendemain, deux cents artistes recommandables, sous le pietexte de les empêcher de se ruiner dans l’exercice de leur industrie. Parmi les pins ardents provocateurs de cette mesure tyrannique figuraient au premier rang les sociétaires de la Comédie-Française. A fi s entendre alors , et leurs successeurs défendent encore aujourd’hui la même thèse, la lice dramatique n’admet ({lie quatre divisions; c’est un carré parfait dont une croix de Saint-André suffit à opérer l'égal partage ; drame lyrique, tragédie et comédie, vaudeville et. mélodrame. Tout autre genre ou combinaison scénique doit être impitoyablement prohibé. Et le rigoureux décret de 4 807 vint consacrer en effet cette démarcation arbitraire, en laissant subsister, pour l’honneur du principe de la conçu r- ! rence, deux exploitations de chaque nature: l’Opéra j elle théâtre Feydeau ; les Français et I’Odéon, appelé alors le théâtre de l’Impératrice ; la Gaieté et l’Ambigu ; le Vaudeville et les Variétés; total, huit théâtres ; et encore une telle restriction de privilèges ne satisfaisait pas les privilégiés !
Les comédiens français, jaloux de la vogue déclarée dont jouissait, sous le même toit qu’eux poui ainsi dire, la troupe comique de Mlle Monlansier, non-seulement s’en prenaient à elle du vide de leui salle, mais ils criaient haro contre tout le répertoire de Brunet, comme n’étant qu'une spéculation
(t) Des cinquante théâtres ouverts à Paris en 179-4 et années suivantes, il n’en restait déjà plus que vingt-cinq à l’époque du 1 décret de 1807.
triviale et indigne, non moins pernicieuse pour la morale que funeste à la littérature. Bref, on sollicita, et Fouché fit rendre un décret impérial qui ordonnait à Brunet et à ses complices de quitter le Palais-Royal, à partir du 4cr janvier 1807, en les autorisant toutefois à bâtir une autre salle sur un emplacement désigné du boulevard Montmartre.
Il fallut obéir. Brunet, fort contristé de son exil, et laissant en grande liesse ses voisins triomphants, alla demander un refuge au théâtre délaissé de la Cité. Qu’arriva-t-il cependant? C’est (pie le Théâtre-Français , dont les recettes, dès l’année 1800 et les suivantes, s’élevaient déjà, en dépit de toutes les rivalités , à la somme de 705,000 fr. et même 750,000 fr., n’atteignit, pour cette bienheureuse année 1 807, que le chiffre de 506,000 fr. ; tandis que les heureux proscrits, dans leur asile provisoire, incommode, lointain , grâce à l’immense sucres d’une pauvre parade , la Famille des innocenta , recueillaient en trois mois plus de cent mille écus.
Mais les illusions qu’inspire l'esprit d’intérêt ne se dissipent pas aisément. La nouvelle salle des Panoramas fut inaugurée le 21 juin 1807; et quelques années plus tard, de nouvelles récriminations venaient assaillir le théâtre des Variétés, auquel la protection spéciale de Cambacérès et de Regnaud de Saint-Jean d’Angely servit heureusement de préservatif contre le mauvais vouloir du ministre de la police. C’est à cette occasion qu’il fallait entendre Brunet répéter avec son ton de naïve niaiserie : — Je ne comprends pas quel tort je puis faire à Talma ; car enfin, nous ne jouons pas le même emploi. — Et Brunet avait bien raison.
G y m n a s e- B r a m a t i q ü e . — L ' ’ a il U ée 1 8 2 0 , a n n é e d’émeutes et de conspirations, fut plutôt fatale que propice à l’art dramatique. Ce fut pourtant celle de I inauguration d’un nouveau théâtre, le Gymnase, qui ouvrit ses portes au public le 25 décembre 1820, et il encaissa en une semaine 20,500 fr., près de mille écus par jour. L’année suivante, il dépassa la recette de tous les théâtres de Paris, la sienne se monta à 750,000 fr., présentant un excédant de 225,000 fr. sur celle de l’Opéra, de 55,000 fr. sur les Français, et de 29,000 fr. sur le théâtre Feydeau. Et durant dix ans consécutifs, la modeste exploitation de M. Poirson balance les recettes de nos deux premiers théâtres ; , l'Opéra-Comique a seul le privilège de l’emporter sur ses chiffres.
Le plus surprenant de tous est celui de l’année 1828, — 787,000 fr. J Et le théâtre des Nouveautés offrait alors un supplément de concurrence. L’Opéra, dans le cours de trente-cinq années, n’avait, dépassé que trois fois cette prodigieuse recette, et le théâtre Feydeau n’alla plus loin que cinq fois, en quarante-cinq ans. Mais jamais les théâtres de vaudeville ni ceux de mélodrame, sans excepter la Porte- Saint-Martin, n’approchèrent d’une pareille som me.
Elle fut le résultat d’une pièce singulière, Avant, pendant et apres, dont s’empara l’esprit d’opposition politique, et qui faillit compromettre l’existence du théâtre de Madame, auquel on essaya de ravir à cette occasion le patronage de la princesse. Ce que l’envie ne put faire alors, de plus grands événements allaient bientôt l’accomplir. 11 ne fallait rien moins qu’une révolution pour interrompre cette veine de prospérité inouïe.
Mais n’y a-t-il donc là que du bonheur ? et quand on considère l’exiguïté de la salle du boulevard Bonne-Nouvelle, sa construction vicieuse, l’absence de tout spectacle de décors et de mise en scène; quand on songe que durant la première moitié de cette période le privilège concède à M. Poirson l'astreignait aux conditions dramatiques les plus rigoureuses, que ses prix enfin étaient plus élevés que ceux des théâtres rivaux, peut-on méconnaître l'habileté et l’esprit de ressources auxquels fut due la prolongation d’un tel succès fondé sur des éléments aussi simples et presque invariables.
Voici le relevé complet des recettes du Gymnase qui se réduit aux deux termes extrêmes d’une progression descendante dont une diminution de 145,000 fr. par an forma la balance.
Total des recettes. Moyenne.
1820 (8 jours). . 20,500 fr.
1821 à 1850 ( 1 0 ans) . 6,187,000 618,700 fr.
1852 à 1841. . • 4,757,000 475,700 fr.
Total. . • 1 1 ,142,500 fr.
Mais cette diminution relative n’empêche pas que le Gymnase n’ait encore conservé, de 1850 à 1841 . un avantage marqué sur les V ar i étés et le Vaudeville. Les éclatants succès de Bouffé dans vingt rôles différents, Michel Perrin , la Fille de l’avare, le Cantin de Paris, ont ramené plus d’une fois la foule empressée dans son étroite enceinte jusqu’au joui' où les débats de la chicane sont venus paralyser sa vit ali té dramatique.
Maintenant il nous reste à décider la grave question desavoir jusqu’à quel point la création du Gymnase et son important développement ont porté préjudice aux exploitations analogues qui existaient avant lui. Si uns chiffres ont une valeur incontestable, c’est assurément pour la solution d’un semblable problème. Or on a dit, et beaucoup de gens répètent encore aujourd’hui complaisamment, que le Gymnase avait ruiné les Variétés, assertion aussi fondée, aussi judicieuse que si 1 on disait dans six mois, et l’on n’y manquera pas, pour expliquer l’état de langueur qui pèse sur le Gymnase depuis plus d’un an , que les Variétés l'ont tué, par l'engagement de Bouffé dont elles seules ont à redouter pourtant les onéreuses conditions.
Mais pourquoi les Variétés plutôt (pie le Vaudeville? Parce que, dans l’opinion erronée de ceux qui
LES BEAUX -A BTS.
n'admettent pas qu’on directeur de théâtre puisse faire de brillants profits, si ce n’est au détriment d’un confrère, le théâtre des Variétés était désigne d'avance comme devant supporter les plus fâcheux effets du voisinage d’un nouveau prétendant.
.Nous avons vu pourtant que les Variétés, de IS20 à 1820, précisément durant les plus vifs transports de la faveur du public pour leur antagoniste, maintinrent leurs recettes au niveau des plus beaux jours de leur vogue exclusive, cl les deux années suivantes offrent seules un décroissement notable. Une nouvelle concurrence, celle du théâtre des Nouveautés, pourrait peut-être expliquer ce déficit subit; mais les Nouveautés durèrent deux ans de plus, et en 1829, les Variétés recueillirent encore une recette des plus productives, aussi bien que toutes les entreprises rivales.
Quant au Vaudeville, nous croyons avoir signalé les véritables motifs de la diminution de ses recettes durant la même période 1821 à \ 850. Et l’on nous dira que les théâtres de Paris n’ont qu’une somme lixe à se partager entre eux ? Mais d’où viennent donc les dix millions encaissés par le Gymnase depuis vingt ans, plus deux millions absorbés par les Nouveautés et le théâtre anglais (1827), si les recettes des autres théâtres réunis, loin d’offrir un déficit équivalent, ont au contraire suivi simultanément la loi d’une progression sensible?
Laissons de côté, si l’on veut, toutes considérations étrangères, et bornons-nous aux déductions rigoureuses de la comparaison des chiffres.
Le Vaudeville et les Variétés, quand ils étaient seuls à se partager l’exploitation des pièces à couplets, ont réalisé en dix ans, de 1811 à 1820,1a
somme de . 10,250,000 fr.
et dans les dix années qui ont suivi
la création du Gymnase. . . . 9,430,000
la différence est de . 800,000 fr.
ou de 80,000 fr. par an.
IlestituonscesSO.OOO fr. aux parties soi-disant lésées, en les déduisant du total des recettes du Gymnase pour les dix années de 1821 à 1830, ce total s’élève à . 6,187,000 (1) fr.
La soustraction faite, il reste. . 5,587,000 fr.
ou 558,700 fr. par an que le Gymnase aurait gagnés pendant dix ans, sans diminuer pourtant d’un seul spectateur la clientèle des Variétés ou du Vaudeville, sans dérober un centime à leurs recettes.
Dans les dix années suivantes, le Vaudeville reprit tous ses avantages, le Gymnase continua à
G) Il sérail de loule justice d’y joindre les recettes des Nouveauté!-, montant a près de 1,500,000 fr. Nous nous
en abstenons pour la plus grande évidence île la démonstration.
jouir d’une renie d'un demi-million, et le pl,éh0. mène que nous venons de signaler se reproduisit coup sur coup à Davantage de deux nouveaux théâtres de vaudevilles, le Palais-Royal et les Folies- Dramatiques, qui, non moins habilement dirigées l'un que l’autre, ont vu leurs recettes plus que doubler depuis leur création, et pour qui l’impôt volontaire, payé par la curiosité parisienne à la passion du théâtre, s’est encore accru dans les proportions suivantes au profil de chacun d'eux.
p a i. vis- n o v a i, ,
1851 à partir du 6 juin). 51,150 j 1832 à 1841 (10 ans). 5,1 40,500 j ;,,l< 1,0,10 lr‘ ou 314,000 fr. pour la moyenne annuelle.
FOI. 1 ES - D II A M \ Il Q L ES.
1831 à 1811 (4 1 ans) . 2,231.0 0
(Itecette moyenne, 203,000 fr. .
Ensemble. 7,493,000 IV.
Ajoutons- y le total des recolles du Gymnase de 1852 à 1841 , c’est-àdire . 4,757,000
Total. 12, 142,000 IV.
Voilà encore douze millions récoltés par la comédie à couplets , en dehors de toutcsles prévisions, et dont l'accaparement a élé bien peu préjudiciable aux premiers privilégiés du genre, comme le prouve surabondamment ce bref et dernier calcul.
Le Vaudeville et les Variétés, dans le même espace de temps, de 1852 à 1841, ont gagné 9,1 12,000 h.
Le total de leurs recettes durant les dix années précédentes (1851 mis à part) avait élé de . 9, 150,000
Différence en moins. 558,000 lr.
De cent mille écus à douze millions il y a de la marge.
Et si nous répartissons celte somme en dix annuités, en attribuant aux deux théâtres en question une part égale du déficit, tout se réduit a la péri'' annuelle pour chacun de \ 6,900 fr. G esl pour restituer aux Variétés et au Vaudeville une fiche de consolation de si peu d’importance que les partisans outrés du monopole applaudiraient à la suppression de trois exploitations théâtrales, qui, déduction faite sur leurs propres recettes de la somme en litige, l’emporteraient encoresur leurs compétiteurs de plus de trois millions.
Il EN U V E G MO. N T.