‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 70 sur 150 · COLLECTION DE LO KD SEYMOUR · texte numérisé non relu

COLLECTION DE LO KD SEYMOUR

de ls beaux vases! quelles armes magnifiques ! quels meubles élégants ! Ce sont des meubles de boule, des meubles en ébène sculptés, avec des incrustations d'argent, ou (l’écaille, ou d'ivoire.

C'est une collection de vases d or, la plus nombreuse et la plus riche de Paris; car ce sont les prix remportés dans les courses du Champ de Mars, de Versailles et de Chantilly, et dans les courses célèbres d'Angleterre. Puis, voici des coupes enrichies de pierres précieuses; voici une montre remplie de pipes éclatantes, en pendant aux armes d argent et d’or ; voici une bibliothèque, avec des reliures splendides; puis, on admire de dues petites miniatures du dix-lmitième siècle, des statuettes, des bronzes , et mille ornements d’un luxe prodigieux et d’un goût distingué.

Ces tableaux sont dislribuésdansloutes les pièces de 1 appartement, les tableaux les plus gracieux comme Boucher et Watteau, dans la chambre à coucher, les principales peintures de Bonnington et de M . Decamps dans le salon, les aquarelles diverses dans le cabinet de travail. Mais nous prendrons les peintres l’un après l’autre, en joignant à chaque nom la liste ou la description des ouvrages. Commençons parles maîtres qui sont morts.

Si j avais a choisir entre tous ces bijoux, je choisirais sans embarras le charmant Watteau dont les Beaux-Arts oui publié une lithographie par M. Baron; peut-être cependant une main serait-elle entraînée vers quelque vigoureux Decamps, ou vers quelque fin Bonnington; peut-être décrocherais-je un des trois autres Watteau qui entourent cette petite perle d’élection; car ils sont malheureusement a une hauteur et dans une obscurité qni ne permettent pas de les juger ; ils sont gravés tons les trois. Mais comment en apprécier la finesse, à les apercevoir ainsi dans l’ombre et de loin ? I n Lancret aurait à peu près le même aspect. Nous les acceptons toutefois volontiers comme originaux tous les trois. Dans ce cas-là, il y eu a deuxqui valent bien 15,000 fr. pièce. La Danse est un des plus capitaux de Watteau, grâce au nombre des ligures, au charme de la composition, a la spirituelle délicatesse de la peinture ; c est une fête animée, voluptueuse, adorable. La Promenade dans le parc est plus mélancolique; il y a deux figures qui marchent tranquillement, sans aucune gymnastique et sans contorsion, placi¬

dité bien rare chez les personnages de Watteau. Il faut toujours que ses femmes se renversent follement sur le gazon, qu’elles aient la tète à tout vont, et les draperies aussi ; il faut que les cavaliers leur passent la main autour de la taille, pour le moins. Ici notre jeune homme et notre jeune femme ont l’air de philosopher. Est-ce que celle composition serait du temps où Watteau songeait à se laisser mourir d’ennui, ce qu’il a fait malheureusement, le gracieux poète, après avoir mené scs petites ligures coquettes au travers d’une vie semée de Heurs et do voluptés ?

La Leçon de îmcsb/m’ est de plus petite dimension. Elle paraît faire pendant au Watteau lithographie par M. Baron, et qu'on intitule, je crois, la Lecture. Celui-là représente un homme qui pince de la mandoline à coté d’une femme, sous la demi-teinte d’un frais bosquet; celui-ci représente aussi u rte femme assise à l’ombre d'un bois, pendant qti’Arlequin, couché à ses pieds , lui conte mille galanteries. A quelque distance, une jeune fille paraît lire avec attention; mais cependant elle tourne un œil curieux vers le groupe principal. Arlequin vaut bien un roman ou un sonnet. La compagne d’Arlequin porte une robe d'étoffe jaune avec des plis abondants où serpentent mille reflets. Celte robe est nue merveille, et comme celle petite tête fine et pleine de physionomie surmonte bien bien la robe drapée, on dirait une Heur en bouton qui se balance sur un buisson éclatant. Le clair-obscur du fond de paysage a les qualités des maîtres les plus coloristes parmi les Flamands ou les Hollandais.

Boucher est un peu rond et un peu fade à cote de Watteau. Ses femmes ont le sang moins vif et le geste moins prompt. Les bergères mythologiques de Watteau sont de la race la plus pure, et il est facile devoir qu’elles vivent à la cour. Elles rappellent involontairement les ligures élégantes et sveltes du Parmesan, du Primalice ou de Germain Pilon. Les bergères rondelettes de Bouclier sont moins élancées et moins capricieuses. Luc fois étendues sur le gazon, on ne s’attend point à les voir se, relever et s’enfuir, tandis qu’il faut toujours courir après les nymphes subtiles de Watteau. Les deux Bouclier <1<* lord Seymour sont de forme ovale et représentent le même sujet: un berger et une bergère, avec des moutons. Les moutons ressemblent à la bergère, et les rubans et la soie leur siéraient bien.

Nous avons été surpris de ne voir chez lord Seymour aucune peinture de Fragonard , de Chardin, de Greuze, et de quelques autres artistes qui complètent la gracieuse pléiade du dix- huitième siècle.

Demarne vient ensuite; mais il a laissé le caprice et la coquetterie à sesdevanciers. On n’est pas plus prosaïque et plus connu que Demarne. Une grande route sur laquelle on n’a point l’espoir d aventures romanesques; pour personnages, des char* i retiers et des mulets avec quelque vilain chien q111

aboie à la porte de l’hôtellerie, entre les jambes des paysans, voilà toute la poésie de Demarne. Où sont nos bosquets parfumés et nos bergères du petit l’rianon? Les fées de Watteau ont fait place aux maritornes d’auberge, et les muletiers vulgaires ont chassé le pimpant Arlequin.

Lord Seymour possède cependant deux petits Demarne très- li ns et de première qualité. On remarque aussi près de Demarne deux autres Paysages et animaux, dans le genre de Karel Dujardin, et d’une rare délicatesse. Est-ce Dujardin ou quelque autre des maîtres les plus consciencieux de l’école des Pays-Bas? Nous n'avons pu en juger, faute d’un jour suffisant.

Lord Seymour a encore trois tableaux de maîtres anciens : un Van Kessel, Singerie , représentant un marché avec une foule de personnages, dans la manière de Teniers, et deux petits tableaux de Mignon, des ronces avec des papillons et des lézards.

Il faut bien, hélas! ranger Bonnington avec les morts; il n’y a pas longtemps qu’il travaillait avec nos peintres, à qui il a laissé tant de souvenirs. J'ai souvent causéde Bonnington avec M. Carrier, qui l'a connu à Paris. Que sa perte fut regrettable, alors surtout que nous n’avions pas encore celte jeune ecole de paysagistes dont la peinture française pourra se glorifier! Aujourd’hui Bousseau console un peu de Bonnington. Mais le vivant ne rachète pas le mort.

Bonnington est un peintre de qualité, si l'on peut ainsi dire. Sa palette a une valeur de ton qui se reconnaît au premier coup d’œil. 11 y a au fond de chaque nuance je ne sais quel principe argentin qui reçoit, vivement la lumière et qui est la lumière même. La finesse du ton, un sentiment distingué, la légèreté de la touche, cette qualité si rare même chez nos meilleurs peintres, voilà ce qui donne a Bonnington une place exceptionnelle parmi les artistes du dix-neuvième siècle.

Les aquarelles et les vignettes anglaises ont toutes un certain cachet auquel on ne se trompe pas. Bonnington a ce cachet anglais; mais, déplus, il est peintre, tandis que les graveurs et les aquarellistes de sou pays sont, en général, d’adroits ouvriers, mettant dans leurs œuvres un charme superficiel qui ne résiste pasà l'analyse. Bonnington a autant de charme, mais plus de solidité. C’est la même qualité qu’on trouve dans Reynolds et dans Lawrence. C'est, au reste, la qualité que présente la nature anglaise. Certaines femmes anglaises ont une finesse de couleur incomparable et qui ne se rencontre en aucun autre climat.

Lord Seymour a réuni environ huit peintures de Bonnington et quelquesaquarelles. C’estchezlui qu'il faut aller admirer ce peintre original, dont les œuvres sont si rares. En entrant dans le cabinet de travail , on voit une délicieuse petite marine baignée d’air et de lumière, puis un port avec quelques bateaux et

quelques maisons, puis deux petits tableaux ovales; puis, dans le salon, deux autres petites marines, et enfin deux paysages faisant pendant. L’un représente un coin de campagne sauvage, avec une maisonnette couverte de chaume, qui rappelle le petit Ruysdael, n° 724, du Louvre. Personne n’oserait décider, en comparant ces deux peintures, que Bonnington fût inférieur au grand Buysdael.

Les morts vont vile. Nous voici aux contemporains. Indiquons seulement M. Eugène Isabey, qui a | toujours cherché Bonnington, M. Grand, M. Michaj lowski, les deux petites nature morte exposées au dernier salon par M. Béranger, un tableau de genre de M. Horace Yernet, des chevaux de M. Lépaulle , du gibier, par M. Jatlin, deux Verbocckoven : le Malin, bœuf à grandes-cornes couché entre des moutons, et le Soir , petites vaches avec des moutons : quelques belles aquarelles de M. Charlet, la Fête du grand-papa , Musiciens de campagne, etc. ; une composition d’un sentiment exquis, la Sœur de charité, par M. Ary Scheffer; une grande aquarelle de M. Paul Delaroche, la Lecture, avec cinq personnages; enfin une demi-douzaine de tableaux deM. Robert Fleury. Lord Seymour affectionne beaucoup ce peintre distingué. C’est lui qui a fait acheter le Bernard Palissy à la vente Aguado. Les autres principaux ouvrages de 31. Robert Fleury sont deux pendants qui ornent le cabinet de travail : la Torture, scène de l’Inquisition, et Rembrandt peignant la Suzanne. Pour celte dernière composition, M. Fleury a copié la Suzanne au bain, reproduite tant de fois par Rembrandt, de grandeur naturelle ou de petite dimension, ou à la plume, ou à l’eau-forte. Il a cherche aussi les effets de contraste et de clair-obscur si merveilleusement trouvés par le maître hollandais.

Lord Seymour a aussi une vive prédilection pour 31. Decamps, qui la mérite bien. La peinture de 31. Decamps se soutient à côté de tous les maîtres de toutes lesécoles. S’il n'a pas la légèreté de Bonnington et la transparence d’Ostade, il a une force de couleur digne des Espagnols, une abondance digne des Flamands, et il s’est même élevé parfois à la hauteur des Italiens, par exemple, dans ses grands dessins du salon de 1842. Le style ne lui manque pas plus que la pratique. Mais ce qu’il possède au suprême degré, c'est le sentiment du pittoresque, l’originalité des images, une certaine façon particulière de voir la nature et de l’interpréter. G est la ce qui constitue le véritable artiste, et personne n’est plus artiste que M. Decamps.

Nous retrouvons chez lord Seymour deux tableaux qui ont une grande célébrité, les Experts et le Marché turc. Les experts, quatre vieux singes avec leurs lunettes, avec leurs perruques, avec leurs cannes à pomme d’or, devant un paysage du Poussin ’. L’illustre assemblée, l’infaillible jury !

Il y a encore, du même peintre, un Petit chien anglais dans un paysage, près d’une bécasse et d’un

faisan; une grande aquarelle vigoureuse comme une peinture à l’huile. Trois enfants autour d’une aune où ils font flotter un petit bateau; le Marchand de chiens, un triste petit bonhomme assis par terre entre quatre ou cinq bassets; le Passage d’une rivière, Turcs à cheval, etc., aquarelles d’une extrême finesse; le Curé et sa gouvernante, singerie, et six sépia ou encre de Chine d’une admirable couleur; re sont des gardes-chasse, des bûcherons et des paysans.

Decamps, Bonington, Watleau , Robert Fleury, sont en majorité dans la collection de lord Seymour.

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