DES MORTIERS OU ENDUITS ET DE LEUR APPLICATION
11 est difficile de donner des renseignements précis sur la composition des matières employées par les peintres de fresque les plus anciens; car ceux de leurs ouvrages qui subsistent encore ne sont pas, heureusement, dégradés au point de rendre indifferentes les mutilations qu’il faudrait exercer pour résoudre une telle question d’une manière précise. Mais il est avéré que presque tous se servaient d’un enduit analogue à ceux d’aujourd'hui , composé de sable et de chaux. L’on sait aussi, à n’en pas douter, (pie tous n’étaient pas de la même opinion sur les proportions du mélange de ces deux matières, et le même désaccord partage encore à ce sujet les artistes modernes. Toutefois, il paraît certain, autant qu’on a pu le constater, que les fresques qui ont le mieux résisté à l’action du temps sont celles dont l’enduit contenait le plus de sable, et j’estime que la détérioration des fresques du Corrége, du dôme de Parme, doit être attribuée surtout à l’usage qu’il lit d’un enduit riche, c’est-à-dire où la chaux prédominait.
Un grand nombre de peintures murales ont été exécutées, non pas à fresque, mais en détrempe, sur des enduits de chaux mélangée de poussière de marbre, et l’on a peint aussi de la sorte sur les mortiers formés de sable et de chaux; car il arriva très-souvent que des peintures commencées, à fresque furent achevées en détrempe; et ce procédé, auquel on n’eut d’abord recours sans doute que par nécessité, fut usité dans la suite, de propos délibéré, par plusieurs artistes, malgré les progrès et l’application générale de la fresque proprement dite.
M. Marini, habile peintre de fresque fiorentin, croit que les peintures d’Avanzi, dans la chapelle Saint- Georges de Padoue sont des fresques, et cet artiste Mûrissait en 1570. La même opinion s’est accréditée.
2oO
a Florence, sur les peintures encore plus anciennes de Spinello Aretino à San-Mininto.
Les peintures murales de Fra Bealo Angelico et de Gozzoli (I) ont bien certainement été commencées à Fresque et terminées en détrempe. Les sutures qu’on observe dans le plâtre à de certains intervalles Font reconnaître la partie du travail exécutée à la Fresque ; mais ces raccords sont ensuite si distants l'un de l’autre, qu’il faudrait supposer que l’artiste, s’il n’eût pas changé de procédé, aurait peint en un seul jour plusieurs figures qui sont presque de grandeur naturelle, et cela est impossible.
Quant à la manière d’appliquer l’enduit ou de plâtrer des anciens Italiens, il est assez difficile de s'en rendre compte. Mais il est vraiment surprenant que les artistes aient pu se contenter d’un travail aussi négligé. Les Vénitiens surtout se sont montrés moins soigneux de leurs plâtres que tous les autres. Dans les ouvrages de Pordenone notamment, l.i
surface offre mille aspérités et rudesses, et l’opération des raccords une négligence incroyable. U eu est de même des fresques de Titien.
Les Allemands recommandent très-expressément de faire concorder autant (jue possible les soudures de l’enduit avec les lignes du contour des figures. Mais il est peu de vieux maîtres qui se soient astreints à cette règle. André del Sarte, loin de s’y assujettir, a très-souvent opéré ses scissions a peu de distance des traits de son dessin, et c’était évidemment dans le but de profiter de la Fraîcheur du plâtre pour accuser l’effet du Fond ou des terrains contigus à ses ligures. C.audenzio Ferrari a suivi la même pratique. On trouve même dans les ouvrages de ces peint) es et d autres artistes des joints ou reprises qui coupent un membre en deux ou traversent des parties importantes de la composition, résultat d un ellet désagréable qu’on ne peui attribuer qu’a un defaut de goût et d’attention. Nonobstant ces exceptions, la règle de couper près du irait est appuyée par les praticiens de toutes les écoles.
Bien qu’on ne puisse reprocher autant d’insouciance aux artistes et aux plàlreurs Uorentins, il s’en huit pourtant que leurs anciens peintres aient veillé
avec une attention suffisante à 1 application des e duits. Quand le mur était uni, le plâtre présent; une surface unie; mais si le mur était inégal, rab teux, le plâtre reproduisait aussi ses aspérités. L ouvrages des derniers maîtres témoignent seuls d’i soin scrupuleux apporté à l’opération du plûtrag Les fresques d’Allori a San-Loreuzo et dansC l’alais-V ieux sont des modèles à cet égard. C’él; 1 habitude d Allori d’incliner excessivement la co pure de ses joints, ce dont la critique moderne i blâme avec beaucoup de raison, car il résulte , cette pratique que l’enduit appliqué le lendeina contre le biseau de la veille s’étend difficilement
(1) Au couvent de San-Marco.
sèche trop vile. Les Allemands font leurs coupure moins aiguës, et les florentins coupent a an«h* droit.
On a déjà fait la remarque que les fresques de Raphaël, dans les chambres du Vatican, sont malheureusement des spécimens d’un mauvais plâtrasmais celles de la Farnésine n’offrent pas le mèmè défaut.
Le chevalier Agricola m’a montré Fort obligeamment quelques Fragments du plâtre d’un plafond peint par Giovanni da Udine, que leur état de complète dégradation n’avait pas permis de restaurer en place. On y distinguait trois couches de. mortier difléremmeiit préparées. Celle contiguë a la latte était formée de chaux et de sable hrm et avait à peu près deux lignes et demie d 'épaisseur, ainsi que celle du milieu composée de chaux et de pouzzolane, et la couche supérieure on l’enduit proprement dit était un mélange de chaux et de marbre pulvérisé, mais pas très-fineinent. Combinaison e\idemment imitée des revêtements des anciens. En effet, ceux des bains de Titus sont composes d’abord d’une couche de chaux mêlée de gros sable, de cinq à six lignes d’épaisseur, puis d’une autre, d’une épaisseur double, formée par un mélange de chaux et de pouzzolane, corroboré par une certaine quantité de sable et de brique pilee; et la troisième couche enfin est composée de chaux et de poudre de marbre. Ces deux dernières couches sont les éléments constitutifs du dallage si communément employé en Italie sons le nom de pavé vénitien, avec cette seule différence que les Fragments de brique du substratum , ou couche de dessous, et les fragments de marbre du superstratuni sont beaucoup plus gros.
Toutefois, d’après le volume de ceux qui se remarquent sur les échantillons des anciens plâties des bains de Titus et de ceux de l’ompéia , il est bien clair qu’il n’aurait pas été possible d’unir la surface du mur avec la truelle, et qu'il a fallu la laisser sécher pour la polir; d'où il résulte que le jaune, le rouge et les autres couleurs dont sont recouverts les murs ainsi préparés y ont etc appliquées subséquemment, et n’avaient aucune analogie avec la peinture à fresque dont on trouve pourtant des exemples dans des monuments fort anciens, tels que les Noces aldobr anilines.
Sans entrer dans plus de développements a cet égard, on peut établir eu règle générale que la dégradation totale ou le grave endommagement des fresques ont presque toujours été relatifs aux defauts du plâtrage et à l'inégalité de sa surface, tandis que des enduits planes et lisses sont la meilleure garantie de leur bonne condition. Les fresques les plus parfaites sous ce rapport et aussi les mieux conservées sont celles des Carraehe et de leurs élèves, justement citées comme des exemples frappants de la longue durée de celte sorte de peinture.
sxï \*jr ^5 ü gsr
L E S 1 T A U E X S, V 0 P É R A. 1/ 0 P É H A-C 0 M I Q U E, LES CONCERTS.
Voici tantôt lieux mois que le Théâtre-Italien a rouvert ses portes, et nous n’avons pas dit un mot encore de ses nouveaux chanteurs et de ses partitions nouvelles, de tout ce qui fera, celte année comme les autres, la fortune et la gloire de ce charmant spectacle. Le retard est notable sans doute, mais du nombre de ceux qui se réparent aisément , d'autant mieux qu’à Paris, la saison musicale ne commence guère avant le milieu de janvier. Les Italiens, en arrivant de Londres, donnent bien l’éveil des octobre, mais puisqu'une hirondelle ne fait pas le printemps, on peut dire peut-être que quelques chanteurs ne font pas l'hiver; et nous savons plus d’une belle loge dont le locataire eu titre n’a pas pris encoi e possession. Déjà le public provisoire des premières représentations se relire et cède la place à qui de droit. Les abonnés bottants livrent leurs loges et leurs stalles aux vrais maîtres du logis, et, dans quelques jours, la salle aura repris son air d’élégance et defèteet sera redevcnuecet aimable boudoirque vous savez, ce gracieux salon où d’une loge à l'autre, on se salue, on se visite, où la causerie reprend sitôt que la musique cesse. Alors seulement la saison musicale s’ouvrira pour tout de bon, alors seulement s'éveilleront les enthousiasmes, les rancunes, les querelles à propos de celui-ci ou de celle-là , et toutes ces petites passions si vivaces chez le dilettantisme parisien. Car chacune de ces loges est tout un salon plus ou moins prévenu pour ou contre tel chanteur qu'il exalte ou qu’il déprécie aux dépens ou au profit de tel autre, un salon qui vient à heure dite livrer bataille, trois fois la semaine, dans la personne de ses représentants féminins. Dieu merci, les sujets d’émotion ne manqueront pas cette année ; il y aura à se décider entre Salvi et Mario, entre Lablache et Fornasari. Nous ne parlons pas de Ronconi, car dès a présent Konconi est hors ligne ; il suffirait pour s’en convaincre de l’entendre dans le troisième acte de Maria di Rohan. La manière de Konconi, large et simple, appartient à la nouvelle ecole italienne dont il est aujourd’hui, avec Moriani, le plus brillant coryphée. C’est une expression pleine de puissance et d’entraînement, mais modérée dans sa fougue et ne dégénérant jamais en rabbia, comme disent les Italiens, et avec cela une voix de baryton ample et moelleuse, se prêtant aux plus sympathiques inflexions du ténor, un style d’une admirable pureté. Jusqu ici Konconi n’avait paru au théâtre que dans des rôles sérieux ; l’Ashton de la Lucia, le comte de Rohan de la Maria, et l’Ernest o du Fantasma ont assuré parmi nous sa réputation de ce côté; il nous resterait à connaître une autre face de son talent : nous voulons parler du bouffe, où il
excelle, si nous en croyons la verve prodigieuse dont il a fait preuve ces jours derniers dans Figaro, et qu’il met à rendre certains chefs-d'œuvre du genre, entre autres l’air de la Cahmnia, dans le Barbier. Il y a certainement toute une découverte dans sa maniéré de débiter cette musique dont, il s’attache à rendre chaque intention, chaque nuance, dont il exprime pour ainsi dire tout l’esprit, et Dieu sait si Rossini en a mis là. Lue critique sévère pourrait sans doute reprocher à cette exécution d’être trop détaillée, mais un peu de subtilité, «pii serait un défaut au théâtre, ne messied pas dans la musique de chambre où, comme on sait, rien ne se perd, où le rapprochement vous permet de saisir le moindre trait, la moindre note; d’ailleurs, le seul fait d'avoir trouvé de semblables ressorts dans un air d’ordinaire abandonné aux doublures et qui n’a jamais produit aucun effet au théâtre, indique chez un chanteur une intelligence rare, et si l'intelligence est nécessaire à tout virtuose, c’est principalement au chanteur bouffe qu’elle devient indispensable. Voyez Lablache qui doit à son esprit d'abord d'être le plus grand comédien de ce temps-ci, le buffo par excellence. Sous ce rapport, on peut être parfaitement rassure sur le compte de Ronconi, ou nous nous trompons fort, ou le répertoire de Pellegrini lui fournira d’aussi nombreux succès que le drame lyrique. Outre l’air de la Calnnnia et la fameuse romance de Maria Rade ns, il y a un morceau qui fait fureur cet hiver, chaque fois qu’il l'exécute : c’est un duo bouffe composé pour lui et sa femme par M. Alary, et dont le salon de Mme la comtesse Merlin a eu les prémices. Ce morceau, écrit de verve et d’entrain, et qui n'a qu'un tort, celui de rappeler dans sa strette le motif d’une ravissante valse de Strauss; ce morceau, tout en produisant sous le jour le plus favorable les brillantes qualités du grand chanteur, lait voir aussi de quoi serait capable le jeune maestro qui en est l’auteur. L’histoire de M. Alary ressemble à celle de tous ces jeunes gens qui nous arrivent chaque, jour de Florence ou de Naples, une chanson sur les lèvres et la bourse un peu vide. L’Italie a de tout temps eu le privilège de fournir «les virtuoses à l’univers; tout musicien est Italien de droit, comme tout pâtissier doit être Suisse. Donc notre maestro en herbe, à peine débarqué a Paris, n eut rien de plus pressé que d’aller frapper à la porte de Rubini, qui le prit sous sa protection, ainsi qu il faisait, 1 illustre artiste et l'excellent cœur, pour tous les compatriotes, princes réfugiés ou virtuoses qui s'adressaient à lui. Le patronage du grand chanteur aida puissamment l’humble maestro. Chaque fois qu’il allait chanter dans le monde, Rubini, qui choisissait son accompagnateur, désignait Alary; bientôt Tamburini, Lablache, la Grisi, firent de même. Je vous laisse à penser s’il devait être recherché partout, le jeune homme qui s'insinuait de la sorte sur les traces de la diva et de ses acolytes fortunés, leur
cahier de musique sous le liras. A force d’accompagner, le goût lui prit de composer un peu pour son propre compte; il écrivit des barcarolles et des cavatines, des sérénades et des lacs de Côme. À leur tour, les chanteurs italiens prêtèrent de la meilleure grâce leurs voix illustres au succès de ses inspirations, et lui, après leur avoir si souvent accompagné la musique des autres, celte fois il leur accompagna la sienne. Ses mélodies réussirent, grâce à leur désinvolture élégante, à leur facile et suave morbidezza un peu renouvelée de Bellini, grâce surtout â l’intluence d’une femme du monde incessamment dévouéeàla cause du talent, elqui, soitqu’elle chantât ses mélodies ou les prônât de la doubleauloritédesa voix d’un si grand charme et de sa parole de tant d’esprit, leur concilia la faveur des salons. De telle sorte que des barcarolles et des cavalines , le jeune maestro en vint à des morceaux plus larges et finit, cet été, par écrire bel et bien, â Florence, un excellent opéra-seria auquel il ne manquait pas une cabalette. Or, chacun le sait, passer par Florence, Rome ou Naples est le chemin le plus sûr qu’on puisse prendre lorsqu’on veut arriver tout droit au Théâtre-Italien de Paris.
La reprise d’Anna Iiole.ua n’a pas eu tout le succès qu’on en attendait, et, nous le disons franchement , c’est â l’exécution qu’il faut s’en prendre. Fornasari, dans le rôle de Henri VIII , l'un des plus beaux du répertoire de Lablache , se montre aussi pauvre chanteur qu’insuffisant comédien. La voix sourde et paresseuse de Fornasari, qui se prête assez volontiers à l’expression d’un chaut large et posé, ne saurait convenir aux éclats impétueux, aux slrettes foudroyantes dont abonde ce rôle. Ainsi, dans l’admirable phrase du trio du troisième acte :
Salira d’Inghilterra sul solio
Allra donna pin degna d’affetto !
Infamato, avvilito, reielio,
Il (no nome da tutti sarà ;
dans cette péroraison magnifique, où la voix tonnante de Lablache ébranlait toute la salle, le jeune chanteur demeure sans effet, non qu’on puisse lui reprocher de manquer de mouvement, à Dieu ne plaise ; un géant qui se disposerait à pourfendre son ennemi ne gesticulerait pas davantage; mais le timbre sonore, le métal lui fait défaut, et, dans une phrase où Lablache a laissé de si imposants souvenirs, un pareil défaut devait nécessairement amener un échec. Et puis, quelle différence dans la manière «le rendre l’ensemble du personnage que Lablache composait avec tant de soin et que Fornasari joue en s’abandonnant au hasard delà scène, c’est-à-dire a tâtons ! Quelle différence entre la désinvolture incertaine de l’un et le sublime aplomb de l’autre, si scrupuleusement exact a rendre les moindres traits «le ce caractère dont il avait étudié la physionomie «buis les archives de la tour de Londres! Suivi , l’aimalde et gracieux ténor de Maria di Rohan, se sen¬
tait, lui aussi, tout mal a son aise dans ce rôle «le Bercy, dont les effets, marqués par Rubini, exigent plus de pathétique et d’ampleur qu’il n’en a dans la voix. C’est à peine si celle voix douce et charmante, qui réussit tant cet hiver aux Italiens et dans les salons, a trouvé le moyen d’emouvoir le public dans la délicieuse cantiléne «lu trio :
Fin dell cià più louera
Tu fossi a me, lo sai.
.le le répété, cette reprise n’a pas été heureuse; la Grisi elle-même, toute belle et passionnée qu’elle est, dans le personnage d’Anna Bolena, y lutte trop ouvertement avec les souvenirs de la l'asta, à qui elle emprunte ce geste magnifique, celle tenue souveraine, cet air vraiment royal de porter le diadème, mais dont jamais personne ne fera oublier l’art incomparable dans la composition de ce rôle, le «hunier peut-être qu’elle ait créé. Du reste, l'opinion <|iie nous omettons là était celle «h* M. Donizelti luimême, qui penchait pour qu’ou différât cette reprise jusqu’au retour de Lablache, et, pendant les répétitions, n’épargnait pas les remontrances à Fornasari, à ce point que, si nous sommes bien informé, le jeune chanteur aurait fini par prendre la mouche, et qu’une altercation assez vive s’en serait suivie entre lui et le maestro très-médiocrement satisfait «h- son nouvel interprète.
Le directeur de l’Opéra court la poste à la recherche d’un M. Freschini, ténor mirifique, la perle «les chanteurs italiens d'aujourd'hui, s'il faut en croire la renommée théâtrale. On connaît tel intendant «lu Postillon de Lonjunieau «pii voyage pour recruter des ténors à S. M. 1 .oui s XV, et s’arrête a chaque relai, écoulant s’il ne surprendra point quel«jue part un Jéliotte en herbe. M. Léon Billet fait de même ; malheureusement les virtuoses qu’on découvre de la sorte, les oiseaux qu'on attrape ainsi au vol , sont d’ordinaire d’assez tristes chanteurs; voyez IM. l’oultier, par exemple, l’illustre tonnelier de Uoueu, quels profils en a-t-on retirés après tant de dépenses et d’ennuis ? Le n’est pas tout de découvrir une voix au fond d’une tonne, il faut encore la mettre en bouteille, c’est-à-dire lui apprendre à se polir, a se régler, a connaître l’intonation, la mesure et le goût, rude besogne lorsqu'il s’agit d’un garçon de vingt ans, élevé jusque-là dans la plus parfaite ignorance de la musique, et au«|uel il s’agit d’apprendre en même temps à poser sa voix et à porter des gants. Non que nous voulions prétendre que l’éducation du nouveau ténor italien doive réclamer autant desoins qu’en a coûté celle de M. Poiillicr: évidemment il y aura moins â faire, puisque déjà M. Freschini est au théâtre; mais quelle prononciation iroquoise ne vat-il pas nous apporter en débarquant? Combien de semestres ne s’écouleront-ils pas avant que cet accent milanais ou napolitain ait échangé son patois grotesque pour une élocution, sinon pure, du moins admissible sur un théâtre où lut Nourrit, où règne
encore Dupiez, et qui, après tout, est l'Opéra français? Et cependant le temps presse, le moindre délai peut tout ruiner. Nous voulons un ténor, il nous faut un ténor, et cela sans perdre un jour, une heure, une minute. « Mon royaume pour un cheval, » hurlait dans la bataille le roi Richard désarçonné. » Mon théâtre pour un ténor, » s’écrie en brûlant le pavé le directeur de l’Opéra ; car un ténor pour lui c’est l’avenir, le succès, la fortune; c’est le règne de Mme Stoltz prolongé de six ans; c'est la partition de Meverbeer !
A propos du Prophète, s'il ne se montre guère, il faut convenir qu’on en parle terriblement. Tous les ans, à pareil mois, M. Meverbeer arrive à Paris, et les négociations s’entament avec l’Académie ravale de musique, pour la mise en scène immédiate du chef-d’œuvre. Puis, taudis qu'on est en train de discuter ie ténor et la prima donna, survient tout à coup la solennité du Ier janvier, époque à laquelle l’illustre maître de chapelle du roi de Prusse ne saurait manquer d’aller complimenter son souverain, et les affaires demeurent en suspens. L’engagement de M. Mcyerbeer avec Sa Majesté Prussienne porte qu’il passera les quatre mois d'hiver à Berlin, pour les devoirs de sa charge; l’été, l’auteur de Robert le Diable prend les eaux ; en bonne conscience, un Allemand plus ou moins conseil 1er aulique peut-il se dispenser de voyager en juillet, août et septembre, d’Ems a Carlsbad, de Carlsbad a Marcinbad, de Mareinbad à Wiesbaden, Batlen ou Schlangeubad ? De sorte qu'il ne reste à M. Meverbeer, pour traiter des affaires du Prophète, que le court espace qui s'écoule entre novembre et janvier. Comme on voit, ce manége-là peut durer soixante ans encore, au bout desquels il est probable que l’illustre maître, ne trouvant plus la musique d'assez fraîche date, se décidera à la refaire; d’où il résultera naturellement une série nouvelle de négociations, de discussions et de complications dont personne, pas même le prophète de la partition , n’est en état de prédire le terme. Cette année, cependant, deux raisons amenaient M. Meyerbeer à Paris : il s'agissait pour lui de parler du Prophète avec le directeur de 1 Opéra, et de causer du Crocialo avec le directeur du Théâtre-Italien. On connaît les obstacles qui s'opposent, en ce moment du moins, à la mise en scène du Prophète; quant au Crocialo, dont on avait agité, l’an passé, la représentation, lorsque Mme Yiardot faisait partie (h*, la troupe, forcé a été de renoncer à le reprendre, faute d’un contralto. Du reste, nous ne pensons pas qu'il en ait coûté beaucoup à M. Meverbeer de ne point triompher cet hiver sur la scène italienne. L’auteur du Crocialo sent lui-même qu'après un si long silence, ce n'est point par la reprise d’un ancien opéra, quelques titres que cet ancien opéra, remanié d’ailleurs soigneusement, puisse avoir a l’admiration du public, qu'un maître tel que lui doit reprendre possession
du théâtre, mais par un chef-d’œuvre nouveau, par une de ces partitions comme un grand maître parvenu à la maturité de l’âge et du génie en doit produire, lorsqu'à toutes ces circonstances favorables les conditions de temps viennent se joindre. En attendant les triomphes de plus en plus reculés du Prophète et de /’ Africaine, l’Académie royale de musique prépare un opéra eu deux actes de M. Ilalévy, la Fortune vient en donnant. On parle d’avance avec éloges de celte partition nouvelle de l’auteur de l’Éclair, et dont M. de Saint-Georges a écrit le poème. Le public est même averti que Mme Stoltz doit y paraître dans un de ces sveltes travestissements dont l’illustre tragédienne de l’Opéra s’accommode si volontiers.
Après la partition de M. Ilalévy, on s’occupera d’un nouveau chef-d’œuvre de M. Donizetli, dont pas une note n’est écrite encore, mais que le brillant et fécond maestro composera vraisemblablement dans la chaise de poste qui nous le ramènera de Vienne avant six mois. Cet ouvrage a pour titre aujourd'hui Jeanne la folle, et n'est autre qu’un certain duc d' Allie jadis proposé parM. Scribe à Meverbeer, qui le repoussa doucement de la main, donnantà entendre a son auteur qu'il aimaitautant qu'un autre que lui se chargeât de le mettre en musique. Tel est , avec deux ou trois ballets, l'avenir du répertoire de l’Opéra, horizon au delà duquel l'œil le plus clairvoyant, ne saurait plonger à cette heure. On avait bien parlé d’un opéra en cinq actes de M. Berlioz. la Nonne sanglante; mais qui croit aux opéras de M. Berlioz? On avait même inventé à ce sujet un décor nouveau dont l’originalité conjurait au besoin l’effet ordinaire de la musique de l’infortuné symphoniste. 11 s’agissait d’un palais enchanté, qui, après s’être écroulé dans une scène fantastique, se serait reconstruit de lui-même pièce à pièce. Mais il paraît (pie les choses en sont restées là, et nous comprenons à merveille le peu d’empressement de l’administration en pareille affaire. Ce n’est point dans un moment tel «pie celui-ci, lorsqu il suffirait d’une maladresse pour compromettre les destinées de l’Académie royale, que le directeur pourrait songer sérieusement à s’associer à la fortune d’un homme (pii, lors même qu’on lui accorderait le talent et le génie, n’eu aurait lias moins l'inconvénient capital de n’avoir jamais pu réussir. Au temps de M. Duponchel, on pouvait bien encore hasarder, au bruit des si filets , une ou deux représentations de Rcnvenulto Ccllini, le théâtre prospérait alors, et le succès du lendemain faisait oublier la chute de la veille. Malheureusement nous n’en sommes plus au règne glorieux de Nourrit, de Tnglioni et de Mlle balcon; des temps difficiles Succèdent à l’âge d’or, et telle fredaine qu'on pouvait impunément se passer à celte époque deviendrait désastreuse aujourd'hui.
L’Opéra-Gomique vit depuis tantôt quatre mois
L DS HE Al’X -A ItT S.
sur l’immense succès du Déserteur. Avant peu, le Cagliostro de MM. Scribe et Adam fera son apparition à ce théâtre. S’il fan t en croire certains bruits, un vif intérêt doit accueillir cet ouvrage, où se retrouveraient, d’une part, tout l’esprit ingénieux, toute la souplesse dramatique, tous les artifices dont abondent les plus jolis chefs-d’œuvre du répertoire; de l’autre, toute la verve musicale du Pvstillon de Lonjnmeau. Sitôt après Laffliostro , on nous promet les Sirènes, vous savez, ce joli opéra en trois actes, plein d’élégance et de distinction, cette musique aimable et charmante toute pailletée de motifs étincelants, ce chef-d’œuvre, en un mot, qui s’est appelé /’ Ambassadrice, le Domino noir , 1rs Diamants de la couronne, la Part du Diable , et duquel M. Auber gardera jusqu’à la fin le secret pour lui seul.
Voilà pour les théâtres. Quant aux concerts, grâce à Dieu, nous n’y sommes point encore. Un fait qu’on peut prévoir toutefois des à présent, c’est que cette année il y aura disette de pianistes. Nous n’entendons parler encore ni de Doehlcr, ni de Dreyschock, ni de Thalberg. Que deviennent-ils donc tous? dans quel coin delà terre philosophent-ils à celte heure? En serions-nous par hasard réduits à M. Ile rz pour nos divertissements de l’hiver? M. Lislz a paru dernièrement, mais pour disparaître aussitôt comme l’éclair, et d’ailleurs, plus préoccupé de politique et d’idées gouvernementales que de musique. Jeune encore, M. Listz a déjà parcouru plusieurs phases capitales, et sa nature impatiente, son génie volcanique, dévorent en quelques mois ce qui suffirait à l’aliment d’une vie entière. Nous l’avions connu d’abord musicien, puis philosophe, aujourd'hui le voici homme d’État. Déjà la dernière fois qu’il vint a Paris, ceux qui 1 approchèrent comprirent bien que le piano ne suffisait plus aux besoins de cette organisation toute-puissante. A cet esprit éminemment philosophique, à ce penseur tout préoccupé du sort de la race humaine, il fallait un plus libre espace, un champ plus vaste pour s’exercer, et le monde des idées lui devenant trop étroit, ce monde de l’imagination et de la fantaisie dont la porte d’ivoire s’ouvrait si vite et si bien sous ses doigts, il demande à la politique, aux affaires, des émotions nouvelles. Étrange succession d’idées ! c’était bien la peine deire un virtuose merveilleux , de traduire Beethoven comme personne au monde ; c’était bien la peine d al fi cher a tout, propos le philosophismc le plus transcendant, de n’avoir jamais à la bouche que les noms d’Aristote, de Bacon et de Spinosa, pour en venir à prendre au sérieux le prince de liohenzollern-Rechengen et son conseil aulique; puissance microscopique dont on trouvera la véritable histoire dans celte ravissante imagination de M. Karr, publiée autrefois sous le titre des Dévolutions de I innocent z. Tout ceci n’a qu’un côte fâcheux, c’est de priver le monde parisien d’un talent auquel l'ad¬
miration ne fit jamais defaut, et de réduire ce prince des exécutants aux ridicules proportions d’un personnage d’Hoffmann. Mais comment empêcher de pareilles manies? La société elle même n’ahondc- I— elle pas en caprices de ce genre, et ne voyons-nous point les doigts les plus blancs et. les plus délicats préférer la poussière des manuscrits de la bibliothèque royale aux touches nettes et luisantes du piano familier. On aura beau faire, la musique sera toujours le seul art véritablement à sa place dans un salon, et quelques efforts qu’on tente pour le détrôner, une belle voix de ténor ou de soprano, à quelque ordre d’ailleurs qu’elle appartienne, qu elle s’appelle Itubini ou le prince Belgiojoso , Mme la comtesse de Sparre ou Giulia Grisi, aura toujours raison des philosophes et des magnétiseurs. Combien de fois le cas ne s’est-il pas présente depuis les mémorables scènes poétiques de 1821), où l’ode, le sonnet et la ballade, sous les traits d’un romantique plus ou moins barbu, occupaient toutes les cheminées des salons de Paris, jusqu’au mesmérisme si fort en faveur l’hiver dernier? Yiion jamais rien de pareil? D’ordinaire c'était une pauvre petite créature souffreteuse et maladive se d éba t ta n t sous le fluide d’un charlatan a manches retroussées. Quel agréable passe-temps pour des gens qui sortent du spectacle! A tout prendre, je crois que j’aimerais mieux encore la poésie des romantiques. Sommeil pour sommeil, mieux \auluiie ballade que cette atmosphère de plomb dont l’electricilé vous suffoquait! Grâce à Dieu, la musiipu semble aujourd'hui vouloir reprendre ses anciens droits, et la manière dont la saison s’annonce donne a espérer qu’il ne sera question cet hiver dans le monde ni de Mlle Pigeaire ni de M. Ravaisson, mais de P>onconi,de Mario et de Salvi. En attendant que le Conservatoire ouvre ses portes et que la société instituée par M. le prince de la Moskowa reprenne à l’hôtel de ville , dans la salle Saint-Jean, le cours de ses magnifiques séances, la musique de salon s’éveille et l’on regagne le temps perdu. Les Anglais ont donné le signal. Nous citerons, dans le nombre, une soirée chez l’un des secrétaires de l’ambassade britannique, et dont lady Cowiey faisait les honneurs. M.dc Candi a v chantait en ami de la maison, et jamais l'élégant virtuose n’avait été mieux eu voix. Ensuite sont venues les soirées de Mme la comtesse Merlin , où Bonconi et sa femme ont chanté pour la première fois le joli duo bouffe d’Alary dont nous parlions tout à l’heure. Le gracieux salon qui servit de point de départ à tout ce que les Italiens comptent aujourd’hui d’illustrations, n a rien perdu, lui, au moins de ses habitudes musicales, et les succès littéraires, si flatteurs qu'ils puissent être, ne feront jamais oublier au spirituel historien de la Malibran cet art charmant qui fonda sa première gloire.
LES BEAUX- A RTS.
Voici encore une perle à enregistrer pour les beaux-arts, une perte ilonl peu de gens apprécieront retendue, car, sauf quelques amis éprouvés, qui dans le monde s’inquiétait de Trimoiet, jeune homme obscur , laborieux dans l’ombre, progressant à buis clos, talent eu préparation? On a vu de lui des eaux-fortes et des vignettes eu diverses publications dans les Français , dans les Anglais peints par eux-mêmes, dans le Prisme , dans la Pléiade , dans les ('liants populaires de la France , et les artistes l’ont jugé sur ces travaux secondaires. Trimoiet était supérieur à ses œuvres; et bien qu’il ait peu produit, bien que sa mémoire soit destinée à s'eteiudre, nous ne craignons pas d’avancer que c’était un artiste véritable. Son existence tout entière, cette existence de luttes et de dévouement, justifie pleinement nos assertions.
Trimoiet apprend le dessin chez un graveur, M. Alexandre Gibois; il y puise le goût et les notions élémentaires de l’art; mais son père meurt, et son oncle, homme positif, arrache l'enfant aux éludes intellectuelles pour le mettre en apprentissage chez un bonnetier, puis chez un parfumeur. Trimoiet persiste à être peintre; il cherche un métier propre a lui fournir des ressources pécuniaires sans trop l’éloigner de son but; il entre chez M. Tilliard, graveur, qui l'emploie à peindre des verres de lanterne magique. De là il passe dans l’atelier du sculpteur David, y dessine l’académie, s’amasse un faible pécule en enjolivant des éventails, et lorsqu’à force de labeurs et de privations, au détriment de sa santé, il a recueilli une somme de mille francs, il acheté une palette et une toile, s’enferme et compose un premier tableau. Le sujet qu’il avait choisi se ressentait de sa triste position ; c’était une Distribution à la porte d’un bureau de charité. Malheureux luimème, il avait consacré ses pinceaux au malheur.
Son tableau fut exposé en 1841, et certes ceux qui en admirèrent l'énergique coloris, les groupes expressifs et habilement éclairés, étaient loin dépenser que l’artiste avait appris la peinture chez un sculpteur, et n’avait encore exécuté que des verres de lanterne magique et des éventails.
La Distribution de charité obtint une médaille d’or an Louvre , une médaille de bronze à l’exposition de Rouen. Une seconde toile de moindre dimension, la Prière du malin , fut achetée par la Société des Amis des Arts, et Trimoiet ébaucha une Sainte Geneviève nourrissant les Parisiens. 11 avait divisé sa vie en deux parties : l’une donnée aux besoins du jour, l’autre en vue de la gloire et de l’avenir. Miné par la phthisie, affaibli par le dénûment, il illustrait les plus réjouissantes chansons du recueil publié par Delloye, et sitôt que sa situation financière s'était améliorée, il reprenait ses pinceaux, et se mettait à peindre avec ardeur. Hélas! la constitution la plus robuste aurait succombé dans ce combat, et celle de Trimoiet, naturellement chétive, aurait eu besoin, pour se consolider, d’une aisance et d’un bonheur qu’il n’avait jamais connus. La phthisie lui avait enlevé sa femme, il y a quelques années ; lui-mèmey a succombé le 23 décembre 4845, à l’âge de trente et un ans. Il laisse un fi ls dont le sort a éveillé la sollicitude des amis et des confrères du défunt. lût ce moment, une vente d’œuvres d’art s’organise au bénéfice de l’orphelin : les uns ont donné des tableaux, les autres des statues; tous ont montré un généreux empressement, car il règne parmi nos jeunes artistes une noble fraternité, et, réunis par une communauté de sentiments et souvent aussi de position, sans égoïsme et sans jalousie, ils ont toujours des applaudissements pour le succès, des larmes pour les morts prématurées, des offrandes poulie malheur. E. L.
jLA LOI DU T K AVAIL
Toujours, toujours rêver ; vouloir, vouloir snns cesse, Traîner par l’univers nos pas irrésolus,
C'est la vie. — Il faudrait à l'humaine faiblesse Ou des désirs de moins, ou des forces de plus.
Le but que nous cherchons trompe notre espérance ; Plus il est près du cœur, plus il est loin des yeux; Tels que des prisonniers, nous vivons de souffrance ; Le présent, c’est le bien; l'avenir, c'est le mieux.
Sans goûter les bienfaits que le ciel nous envoie,
Nous demandons encor ceux qu’il peut nous donner;
(I semble qu’au bonheur, aux mouvements de joie Notre cœur déliant n’ose s’abandonner.
Ah ! sachons accomplir et surtout reconnaître La loi, la grande loi qui règle nos destins;
Ce n’est pas pour rêver que Dieu nous a fait naître,
Ni pour entretenir des désirs incertains.
Si la Heur, si le fruit vient à l’arbre, si l'herbe Croît aux champs, si le blé couronne nos guérels. L’homme ne doit-il pas recueillir cette gerbe,
Kl dans le champ de Dieu moissonner ses bienfaits?
A d’éternels labeurs astreintes sans relâche,
Sur l’avenir obscur fixant toujours leurs yeux,
Les générations vont poursuivant la lâche Que leur léguèrent les aïeux.
Le travail, la douleur soni le double héritage Que tout homme en naissant trouve sur son chemin : Et si nous refusions d’accepter ce partage,
Nous aurions méconnu notre devoir humain.
Comme on vit autrefois tout un peuple d'esclaves Bâtir aux Pharaons des tombeaux de géants;
Et ployant sous le joug, les bras chargés d’entraves, Laisser, faibles fourmis, d'éternels monuments ;
Ainsi nous remplissons notre tâche inconnue : D’autres l’ont commencée, et nous la poursuivons... Ouvriers du Seigneur, dès que l’heure est venue Dans la mort nous nous reposons.
Mais l'homme est encor là quand son lils le remplace, Quand au bras défaillant succède un bras plus fort;
Et Dieu donne aux vivants, comme une sainte trace, I.es enseignements de la mort.
A 1. F» F 1) n k s Essa it t s.
Physionomie Parisienne.