‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 8 sur 150 · DES I‘IUX ET DES EXYOIS DE ROME · texte numérisé non relu

DES I‘IUX ET DES EXYOIS DE ROME

es prix de peinture , de sculpture , d'architecture , de gravure en creux , de torse et de tète d'expression, ont reparu côte à cote dans une exposition solennelle, pendant la première semaine d'octobre. Un seul

prix manquait a cette réunion; le bas-relief doi nous avons donné le dessin, la Mort d’Épaminonda par M. Lcquesne, n avait pas etc exposé; mais à place qu'il aurait dû occuper, on lisait cet avis ; public: « Dans sa séance du 27 septembre 484: I Academie a décidé que le premier second grat piix ue serait pas exposé, parce que, contrairemei aux réglements, il y a été fait, après le jugement avant le moulage, des retouches et des changemen considérables. «

Wmci les circonstances qui ont provoqué cet mesure. Le lendemain du jugement, l’œuvre c -U. Lcquesne est transférée de la salle d’expositio dans Batelier du mouleur. M. Pradier se trouve prc *eut; il félicité son élève, lui fait en même tenir quelques observations critiques; puis, joigna, exemple au precepte, il remanie la tète du soldî t,0nt on voit le profil sur le second plan, a gaucli

d’Epaminondas. Il retouche également un casque. M. Maréchal arrive, voit se qui se passe el va porter j plainte; MM. lîamey et Dumont réclament une enj quête; on déclare que la modification d'une tête et I d’un casque constituent tics retouches et des chauffemonts considérables, et l’exclusion est votée a la majorité : incident fâcheux pour M. Lequesne, qui se trouve frustré du bénéfice d’une comparaison honorable avec le premier grand prix.

Nous ne citerons que pour mémoire le concours de torse, qui a valu le prix à M. Charles Jalaberl et une mention à M. Dieu. Le concours de tête d’expression a moins d'importance encore. M. Benouville a obtenu le prix; M. Harrias la mention , et M. Noël le prix parmi les sculpteurs. Le sujet était la Mélancolie, sous les traits d’une femme aux cheveux épars et couronnée de verdure. Laissons de côté ces ébauches académiques pour examiner les travaux expédiés de la villa Medici.

Lorsque, au commencement de juillet, huit caisses chargées des envois de Rome arrivèrent au palais des Beaux-Arts, les journaux répétèrent à l’cnvi la phrase stéréotypée : « On dit ces productions supérieures a celles des années précédentes, » réclame | prématurée contre laquelle doit s’inscrire en faux ! quiconque a visité l’exposition.

La grande toile de M. Mural, élève de cinquième année, attirait d’abord les regards. L’auteur avait pris pour sujet les Lamentations de Jérémie. Suivant le texte sacré, « après que le peuple d'Israël eut été mené en captivité et que Jérusalem fut demeurée déserte, le prophète Jérémie, fondant en larmes, s’assit et se lamenta sur Jérusalem, soupirant, dans I amertume de son cœur, et poussant de grands cris. Les vieillards de la ville de Sion s’assirent à terre et lestèrent en silence. Ils avaient la tête couverte de cendre, ils étaient revêtus du cilice; les vierges de Jérusalem tenaient leur tète baissée vers le sol. » Le peintre, pour rendre celte scène, avait groupé des jeune ii lies à droite, des vieillards à gauche; mais lequel était Jérémie? Né de race sacerdotale, destiné à la prophétie dès le sein de sa mère, le tils d’IIelcias ne portait-il pas un costume caractéristique? M. Murat lui avait donné la même robe monastique qu’à ses auditeurs. Et puis, l’action de soupirer, de parler en poussant de promis cris, est nécessairement accompagnée d’une vive pantomime; or, le Jérémie de M. Murat restait dans une immobilité absolue, il ne remuait même pas les lèvres. Les figures et les costumes manquaient de style; à quelle époque, à quelle contrée appartenaient les personnages ? Elaient-ce des rabbins juifs ou des moines espagnols? Les femmes étaient-elles des captives juives ou des odalisques turques? Celte absence de caractère n’était pas rachetée par le mérite de quelques tètes gracieuses et d’un effet de soleil couchant bien rendu.

Les deux envois de M. Hébert, pensionnaire de troisième année, ont failli être privés des honneurs de l’exposition. Après trois semaines de recherches infructueuses, on les a retrouvés dans des caisses destinées aux ministres et à de riches amateurs. Nous aurions médiocrement regretté son petit paysage lourd, noirâtre, confus, brossé à la bâte, mais la perte de sa Rêverie eût été à déplorer. Deux femmes demi-nues, l’une vue de dos, l'autre de profil, contemplent du haut d’une terrasse les dômes de Constantinople et le détroit des Dardanelles. Une lumière éclatante les inonde, annihile les ombres et enveloppe tous les objets d’un voile de brûlantes vapeurs. Malgré ce parti pris de formes indécises, la peinture de M. Hébert était solide et vigoureuse. Dans le tableau de M. Murat, les défauts de l’exécution faisaient oublier le choix heureux d’une grande page de l’IIistoire sainte; dans celui de M. Ilebert, le coloris rachetait l'insignifiance de la pensée première.

M. Pils, élève de quatrième année, n’avait soumis à notre appréciation qu’une esquisse et une copie. L’esquisse, recommandable par l’entente du clairobscur, la fermeté de la touche et l’étude des intérieurs latins, représentait des Athéniens prisonniers en Sicile, récitant les tragédies </’ Euripide. La copie était celle d’une Iresquc d’Andréa del Sarto, la Mort

(le saint Philippe Benizzi , conservée dans le cloître de l’ Annunziaia à Florence.

M. Lebouy nous montrait un jeune berger disant a une jeune bergère ces vers d’André Chénier:

Ma belle Pamyris, il faut bien que tu m'aimes:

Nous avons mômes veux, nos âges sont les mêmes.

On reconnaissait dans le modelé et la couleur de ce tableau l’inexpérience d’un élève de première année. Nous attendrons, pour juger M. Lebouy, qu’il traite des sujets plus sévères et moins pastoraux.

La Mort de Troile, fils de Priant, tué par Achille au siège de Troie annonçait d'assez bonnes études anatomiques de la part de M. Brisset, élève de seconde année. M. Lanoue, paysagiste de première année, avait peint d’après nature une Vue prise sur la route d'Albano à Stricia, qu’il avait transformée en composition semi-historique, en y intercalant les Saintes femmes an tombeau de JSotre-Seigneur. Lin* grotte située au bord du chemin était devenue le saint sépulcre. Cet arrangement est-il admissible? Le ciel, les rochers, les arbres de l’Italie sont-ils ceux de la Palestine? Non sans doute, et en supposant que M. Lanoue eût mis de l’air dans son feuillage et de la lumière dans ses masses, il n’aurait pu effacer le péché originel de sa composition.

Les sculptures importées de Rome étaient au niveau des peintures. L ' Orcste poursuivi par les furies , figure de marbre en pied, de M. Chambard (élève de cinquième année), n’était qu’une pâle réminiscence de l’antique. La tête, surmontée de cheveux en couleuvres, exprimait la terreur conformément à la recette indiquée dans les cahiers de Charles Lebrun. Le muscle appelé grand dentelé était taillé a facettes, le grand pectoral gonflé outre mesure. Le deltoïde du bras gauche d’Oreste devait être arrondi, puisque ce bras était levé; mais pourquoi avoir exagéré le grand pectoral, muscle abducteur, qui ne joue aucun rôle dans ce mouvement?

L’empereur Commode aux jeux du Cirque, esquisse en plâtre, de M. Vilain (élève de quatrième année), n’était qu’une ébauche sans couleur. Au lieu d’aborder audacieusement un groupe, mieux vaut essayer ses forces dans une bonne copie, comme l’avait fait M. Godde, élève de première année, conciencieux reproducteur du Mars assis de la villa Ludovisi.

M. Vauthier (de troisième année), graveur en médaillés, avait empiété sur le privilège des sculpteurs et exécuté un bas-relief en plâtre, la Douleur pleurant sur la terre, avec ce distique explicatif:

O terre, sur tes maux, sur ton destin cruel,

Coulera de mes pleurs le torrent éternel.

M. Vauthier avait exécuté mystiquement un sujet mystique, c’est-à-dire que la forme humaine ne se

sentait nullement sous les draperies de la figure. Sa médaille commémorative (les secours au. x victimes des inondations de ISfO était d un modelé lin et pur Elle représentait une femme étendue au milieu des (•aux et des ruines et relevée par la Bienfaisance, ijiie caractérisait une corne d’abondance et un pain.

Les architectes, MM. Richard, élève de quatrième année; Lefuel , élève de troisième année ; Girard, éléve de première année; Balle, élève de deuxième année; Guénepin , élève de cinquième année, n’avaienl fourni que des Restaurations de temples grecs y sauf M. Guénepin, dont le projet û' Hôtel des Invalides de la marine avait des profils élégants, et avait été inspiré d’ailleurs par une honorable intention.

L’envoi des graveurs se composait de copies au

crayon et à l'aquarelle par MM. Saint-Eve (desecondc année) et Bollet (de quatrième année). Si ce dernier manie le burin aussi habilement que le pinceau, il nous promet un digne successeur des Edelinck et des Brevet. Il avait exposé la Déposition du Christ. d’après Andréa del Sarto ( galerie Bilti a Florence) ; la Vierge à la chaise, d’après Raphaël; le Joueur de violon, d'après le même ; la Vénus et la Maîtresse, du Titien; la Vierge et l'enfant Jésus, d’apres Leonard de Vinci ; les qualités des originaux, la correction des contours, la suavité du coloris revivaient dans les belles copies de M. Bollet. devant lesquelles de nombreux admirateurs n'ont cesse de stationner pendant toute la durée de l’exposition.

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