‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 9 sur 150 · ÎE LA P 1 0 IKI T JH K I A [FATO <§) D · texte numérisé non relu

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o ns o l’on |iasse des causes religieuses et historiques qui ont contrarié le développement de la peinture grecque , à l’examen des fresques d’Herculanum. pour les juger en elles- mêmes , on voit que dans ces compositions la peinture a suivi presque toujours exactement les lois du bas-relief. Pour tout ce qui tient a la ligne, au style, elle ne sera pas, si l’on veut, inférieure à la sculpture, dont elle n’est qu’une reproduction colorée.

V part quelques rares exceptions, quelques batailles dont nous pouvons juger d’ailleurs par la célèbre fresque de Pompéi, les anciens n’ont peint que des sujets où il y avait peu de figures. Presque toujours les personnages se présentent de profil, à des distances échelonnées, comme dans les basreliefs. La science des raccourcis, des groupes, des plans, des deux perspectives linéaire et aérienne, la distribution des ombres et des lumières, le clairobscur qui constitue presque seul le coloris, c’est-àdire les caractères essentiels et individuels de la peinture, ont été entièrement ignorés ou à peine connus des anciens peintres de la Grèce.

La peinture, sans nul doute, a des qualités communes avec la statuaire : la ligne, le geste, la pose, tout ce qui se rattache au dessin ; mais elle a aussi ses dissemblances, ses qualités spéciales qui en font un autre art que la sculpture. Elle atteint où la statuaire ne saurait s’élever; elle ouvre à l’imagination et au sentiment de plus vastes perspectives; elle touche de plus près à la poésie. Elle peut se placer entre le ciel et la terre, et célébrer la vague intimité de l’homme avec la nature. Les arbres, les eaux, la lumière, les Heurs, les nuages, cette vie mystérieuse et abondante qui anime tout et qui se confond à notre propre vie, la peinture seule a la

puissance de reproduire toutes ces choses. Ce qui lui appartient exclusivement, le paysage, a été ignoré des anciens, car on ne saurait considérer comme paysages les grotesques inventés par Ludius au temps de Pline et blâmés comme des symptômes de décadence.

Pour légitimer la peinture trop simple, trop indigente des anciens, on a voulu ériger en système la composition du bas-relief comme satisfaisant mieux aux conditions de l’art et comme saisissant mieux par une disposition symétrique, par un seul plan, une seule ligne, le regard du spectateur. Une pareille doctrine est la négation de la peinture. Nous concevons que le bas-relief, qui ne peut faire que dans une mesure très-restreinte des groupes, des raccourcis et divers plans, dispose les compositions sur une même ligne. Mais le grand avantage de la peinture est de pouvoir varier ses lignes par les groupes, la forme par les raccourcis, les couleurs par la dégradation, de mettre l’intérêt où il lui convient, de multiplier les épisodes selon tous les besoins de la composition.

Ce fait est important à constater, que , chez les Grecs, la peinture s’est moins proposé l imitât ion directe de la nature que celle du bas-relief. Toutes les fois qu’un art imite un autre art, on peut aflirmer qu’il n’arrivera jamais à sa plénitude.

Qu’est-ce qu’un art en effet? C’est une création du génie humain à l’aide de certains éléments pris dans le monde et combinés selon la nature propre et pour le plaisir de notre esprit. Mais ces éléments opposent une certaine résistance à la faculté créatrice. L’art est donc une transaction entre ces éléments et ce même pouvoir créateur. La statuaire est une transaction entre le marbre et le génie du sculpteur. Toute transaction suppose des conventions, des portions de vérité sacrifiées aux nécessités d’agir en commun avec une matière rebelle. Ainsi, dans le marbre, beaucoup de parties qui se trouvent chez l’homme animées, mobiles, insaisissables, le regard, la prunelle, lescils, sont forcément

supprimées, modifiées ou interprétées. Lors donc que le peintre vient étudier la nature sur la statuaire, à ses conventions propres il ajoute des conventions étrangères , il épouse des imperfections dont il pouvait se passer.

En dehors de ces considérations, n’y aurait-il pas encore une cause plus intime tirée du génie de la Grèce, et qui nous expliquerait l'infériorité de sa peinture ?

Ce (pii caractérise essentiellement la civilisation hellénique, c’est un génie simple, jamais complexe, diversifié, ni vaste ni un, car l’unité suppose 1 association de plusieurs éléments et non pas un seul. La Grèce n’a jamais pu , géographiquement ni politiquement, parvenir à l’unité. Terre divisée, entrecoupée d’iles, d’isthmes, de golfes, elle n’a pu fonder une véritable nationalité.

Dans sa théogonie, même division, même absence d’unité. Chaque dieu existe indépendamment d’un autre dieu, exerce sa part d’attribution et d’administration dans sa petite province de l’univers.

Cette simplicité se retrouve dans la poésie et dans la littérature. Les poèmes d’IIomère ne sont, à proprement parler, que des épisodes; ils n’embrassent qu’un espace de temps fort limité : Y Iliade s’accomplit en cinquante jours. Dans les tragédies et les comédies grecques, l’action est excessivement restreinte, dépourvue d’incidents , d'épisodes, de contrastes, de tout ce qui constitue l’intérêt.

Un semblable génie est admirablement propre à la statuaire. Celle-ci a besoin de figures isolées; elle n’admet que difficilement, et encore dans les seuls bas-reliefs, des motifs compliqués de plusieurs personnages.

L’unité, pour les œuvres d’art, était si peu dans les habitudes, dans les nécessités de l’esprit, grec, que sur les frontons si admirables du Parthénon , aucune cause logique n’explique la présence de la plupart des figures. Quelques-unes même, comme le Hiésée, tournent le dos à l'action. Mais autant ces dispositions d’esprit devaient favoriser la statuaire, autant elles étaient funestes à la peinture, qui exige dans les grandes pages des compositions compliquées.

Hien n aiiive au hasard, et aucun progrès, aucun mouvement de l'humanité, soit dans l’art, l’histoire ou la philosophie, ne saurait se tromper de date. Quel était 1 art qui devait le premier se développer dans le monde et arriver à la perfection ? N’était-ce pas évidemment la statuaire, 1 art le plus restreint, le plus matériel, le plus immédiatement trouvé,

1 imitation en quelque sorte la plus rigoureuse et la plus directe de la nature. Les Grecs ont eu a la fois la priorité et la supériorité dans cet art. Pour les ! leautes, 1 apothéose du corps humain, l'idéal de la iorme, le seul qu’ils aient connu, ils ont donné d une manière irréfutable l’exemple et la théorie de

art parlait. Mais les Grecs n’ont connu qu’un genre

de beauté, la beauté corporelle de l’homme. Ils la regardaient tellement comme la plus éclatante, qu’ils en ont voulu revêtir leur divinité.

Ce sentiment de beauté, uniquement dans les formes extérieures, est le sentiment le plus fondamental, le plus vital de la Grèce. Il est partout. « Je. « ne puis, dit Platon, voir un beau jeune homme « sans admiration. Mes yeux se tournent vers le bel « Antolicus comme vers un flambeau qui brille au « milieu de la nuit. »

Dans les croyances de la Grèce, dans ses habitudes domestiques, civiles et religieuses, on rencontre continuellement la glorification de la beauté, de la force, de la santé, de tout ce qui constitue la poésie matérielle du bonheur. Les divinités sont faciles, bienveillantes, cl faciles riscre nymphœ ; elles donnent les premières l’exemple des amours | et des voluptés. Les Grecs accompagnent presque toutes leurs actions de jeux, de Heurs, de parfums, de musique, de chant et de danses. Ils repoussent toutes les préoccupations austères, tristes, funèbres de la vie.

Telle était la destinée de la Grèce, que les récits mêmes des crimes et des meurtres ne nous arrivent qu'à travers de poétiques réminiscences de fêtes. Harmodius portait son poignard sous des branches de myrte. Il fallut attendre, pour la mort de So- ! crate, le retour delà théorie, et le dernier soupir du Christ athénien s’exhala au bruit harmonieux des rames et des cithares sur les vagues du Piree. Lorsqu’il ne resta plus de Phocion dans sa demeure rien qu’un cadavre, des jeunes gens à cheval qui 1 revenaient d’une fête suspendirent une couronne de fleurs à sa porte. De crainte sans doute que le supplice n’altérât la beauté du coupable, on ne versait point son sang; on lui présentait la mort dans une coupe; on se contentait de l’endormir.

Ainsi partout, dans la vie comme dans la mort,

| les Grecs ont mis cette poésie de la beauté. A la j jeune fiancée, couronnée de fleurs de sésame , qui : allait entrer dans la couche nuptiale, on présentait une statue d’Athènes couverte de violettes, afin que la jeune épouse conçût dans le spectacle et dans le rêve de la beauté.

Telle était la vie grecque : une éternelle, élégante et souriante volupté. L’amour était déclaré sacré, et les femmes qui en faisaient profession étaient proclamées saintes. Toute la population d’Athènes accourait sur le Pirée pour voir sortir nue des Ilots la belle et languissante Mnesarète. Dans les cérémonies religieuses, les lielaïrés défilaient a côté des magistrats, et à la célébration de certains jeux, on décernait un prix au baiser le plus savamment donné.

1 elles sont les idées , les mœurs qui ont imprimé aux marbres antiques cette grâce luxuriante, multiple, voluptueuse , toute matérielle qui ne pouvait appartenir qu’a l’adolescence du monde.

Mais la beaulé corporelle n’est pas la seule qui existe dans l'art. Il est un autre idéal , celui de 1 expression, lequel ne pouvait évidemment sortir que des croyances spirituelles du christianisme.

Il peut paraître singulier de refuser l’expression aux artistes anciens, et cependant les Grecs n’avaient pas même des mots pour rendre ce que nous entendons par expression en peinture. Ils n’ont pas cherché à exprimer les passions les plus violentes, les plus profondes de toutes, les souffrances. Ils n’ont affectionné qu’une certaine sérénité grandiose et stupide pour toute expression de visages. Le calme est. le caractère général de leur art; même dans les statues qui forment exception, telles que le Laocoon et la Niobée , le développement des lignes, la magnificence du geste ont beaucoup plus occupé l'artiste que l'expression de la douleur.

La souffrance répugnai taux anciens. Du fond de leur existence joyeuse et facile, à la clarté de leur splendide soleil, leur âme protestait contre toute espèce d'affliction. « L’homme sage ne pleure passurlui- << même, disait Platon, conjurons le divin Homère « de ne pas nous représenter le fils d’une déesse a tantôt couché sur le côté, tantôt la face contre « terre, ou le visage tourné vers le ciel, prenant « de la poussière à deux mains et s’en couvrant la « tète. »

« Voyez, ô jeune homme, dit ailleurs Philostrate, « l'image de Panthée ; la douleur n’a pas altéré sa « beauté. Voyez Mencée mourant; il semble s’en- « dormir. »

Timoniaque fut critiqué par Plutarque pour avoir peint Ajax furieux. On avait reproché à Timon d’avoir représenté Oreste plongeant son épée dans le sein de sa mère. Ainsi l’art grec repoussait toutes les passions violentes, toutes les expressions de douleur. La Grèce ne comprenait, ne chérissait que la beauté purement plastique, extérieur du corps et du visage humain. Comme toujours l’expression dérange la ligne, l’art écartait l’expression pour conserver intacte la beauté dans le calme.

La littérature même, chez les Grecs, ne fut ni émouvante ni passionnée. Leur tragédie ne reproduit pas, à proprement parler, des souffrances humaines et prenant une expression humaine. La tragédie est quelque chose qui se passe au-dessus et au delà de l’humanité, dans les profondeurs du destin. On éprouvait, devant les tragiques grecs, une terreur religieuse, comme en éprouvent les hommes du moyen âge devant les apparitions. Quand les proportions de la réalité sont tellement dépassées, il n’y a pas véritablement de passion ni d’émotion, il y a une vague épouvante (pii tient, de la superstition et du mystère. Les Grecs cherchaient si peu à produire d'illusion, que, soit par les chœurs, soit par les masques, ils rendaient impossible toute commisération sincère pour les héros tragiques qui étaient des personnages et non plus des hommes.

C’était cette absence de passion, de spontanéité dans les choses et dans les actions humaines, c’était ce besoin d’élégance qui faisait dire aux Grecs qu’un guerrier avait bien dansé dans un combat, pour signifier qu’il s’était bien battu. Or on sait que de tous les arts, celui qui est le plus réfractaire à l’expression et au mouvement, celui (pii a besoin de se développer dans le calme, la majesté et la sérénité, c’est assurément l'art de la sculpture. La peinture, au contraire, (pii a une apparence moins monumentale, a besoin de se rejeter vers l’expression et le mouvement pour y puiser ses principaux effets. Ainsi donc, par son origine politique, morale et religieuse, par sa nature particulière, l’art grec devait être et ne devait être que sculptural, nullement pittoresque.

Les Grecs méprisaient la nature. On sait le mot de cet Athénien qui ne voulait pas sortir d’Athènes :

« J’aime mieux les hommes (pie les arbres. »

Ils recherchaient plutôt les œuvres de l’homme, les créations de l’esprit, (pie le spectacle de l’univers. Chez eux tout se réduit en art, tout semble être devenu artificiel. C’est là (pie sont nées les mathématiques, la dialectique, la rhétorique. Leur organisation sociale était une œuvre d'art, inventée à priori, plutôt, que fondée sur la nature politique des peuples.

Ce mépris systématique de la nature a pénétré jusque dans leur statuaire. Par cela que les Grecs n’ont été précédés par aucune école connue, qu’ils ont donné les premiers au corps humain son apparence réelle et ses proportions, il serait faux de croire qu'ils se sont astreints à l’imitation rigoureuse de la nature. Us ont fait une création particulière à côté de la création universelle; ils ont largement pratiqué toutes les combinaisons du caprice; ils ont accouplé toutes les formes, celles de l’homme et celles de l’animal; ils ont fait des races nouvelles, hybrides de centaures, de minotaures, de faunes, de satyres , de sirènes, d’amours, de génies ailés, de divinités qui n’avaient qu’une partie du corps visible. S’attachant à cette idée matérielle que la grandeur morale des hommes devait se traduire par la grandeur du corps humain, ils ont toujours donné à leurs héros une taille colossale, ce qui rend inexplicables les autres personnages. Par la même idée, pour conserver la supériorité de l’homme sur l’animal , ils ont presque toujours peint les animaux plus petits qu’ils ne sont dans la nature. Certes un art qui se serait proposé l'imitation de la réalité, ne serait jamais arrivé aux accouplements de formes et au renversement des lois de proportion entre l'homme et le monde qui l’entoure.

Eugène P elle tan.

(La fin à la prochaine livraison.)

LES BEAUX-AHTS.

m IPâfWII

Au son des violons cl des gais tambourins, Marguerite avec Jean danse sous le grand arbre ;

Le pauvre Pierre est là, rongé par ses chagrins, Muet, et pâle comme un marbre.

Marguerite est promise à son beau cavalier :

L’un porte un babil noir, l'autre une robe blanche ; Pierre n'a point quitté son habit journalier Pour la parure du dimanche.

Pierre dans tout son corps sent courir un frisson ; Il regarde le couple avec des yeux d’envie :

« Seigneur, murmure-t-il, soutenez ma raison.

Ou j'en finis avec la vie.

« Dissipez, ô mon Dieu ! le mal que je ressens.

Et faites dans ma nuit briller une étincelle;

I ne amère douleur a captivé mes sens.

Et c'est mon cœur qui la recèle.

« Et je n’en puis guérir; vers l'objet de mes vœux, Comme par un aimant, mon âme est entraînée ;

Mais, sous I impression de son oeil dédaigneux,

Je m’enfuis, la tête inclinée.

« Par des songes cruels avant l'aube éveillé D’un pas impétueux je quille ma demeure :

Quand j’ai gravi du mont le sommet isole.

J'y reste immobile, et je pleure. >.

Livide et chancelant, Pierre craint d’approcbei Ses jeunes compagnons que sa présence glace ;

Et la foule s’arrête, en le voyant marcher Comme un fantôme sur la place.

Son sort touche les cœurs des tilles du hameau,

Qui se disent bien bas, pour qu'il ne puisse entendre : « Voici Pierre! sans doute il revient du tombeau. > Non, mais il est près d'y descendre.

D'invincibles regrets termineront ses jours ;

Sous un fardeau trop lourd le malheureux succombe ; E 'homme dépossédé de ses premiers amours Na pour asile que la tombe.

Traduit de Hejvri Hum;.

Physionomie Parisienne.

M. le Ministre de l'Intérieur a commai

... lRAD,En> statues représentai

X 'Gloires, destinées a la décoration du tombe I empereur Napoléon.

M. Maroc h e tt i est décidément cliarg execution de la statue colossale de l'Emper

<|UI <l011 etre >>lac<* s>"’ l’esplanade des 1,,'ali

Promenade.

N. DIAX

CiAVARNI

Avenir et Souvenir

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suit LES OUVRAGES ENVOYÉS DE ROME

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