‹ Les Beaux-Arts (volume 2)Chapitre 81 sur 150 · E. DE LA BÉDOLLIERRE · texte numérisé non relu

E. DE LA BÉDOLLIERRE

l’ortraii de M. l’ratller.

i quelque touriste était arrivé à Saint -Pons vers la fin du mois de septembre H 85 . , il aurait trouvé la petite ville tout entière dans une singulière agitation. Les aubergistes n’entendaient pas ; les servantes ne répondaient plus. Mais s'il s’était avisé de demander quelle cause mettait la sous-préfecture en si grand émoi.certainementquelque bonne femme se serait écriée: « Monsieur le sait bien ! M. de Salvan n’a pas reparu ! » Après cette première exclamation, il ne fallait plus qu’une question pour apprendre rhisloire de ce M. de Salvan dont l’absence faisait tant de bruit.

M. de Salvan était la lin et le commencement de toutes les conversations; les propriétaires qui se chauffaient au soleil, sur la grand’place ; les industriels (jui rôdaient çà et là dans les bas quartiers où crient incessamment les roues travailleuses des manufactures; les dévotes surtout qui se perdaient, la coiffe sur le nez, sous les portes de la cathédrale, parlaient et reparlaient à tout propos d’un événement qui donnait lieu à mille conjectures également admissibles, mais également incertaines.

Depuis trois ou quatre jours, M. Frédéric de Salvan avait disparu, sans que personne connût la cause de son départ et le lieu où il s’était retire. Son vieil oncle, M.de Chaux, honnête et respectable débris de l’ancienne noblesse du Languedoc, s’était empressé de lancer dix courriers sur les routes voisines; mais de Toulouse à Montpellier, aucune trace n’était restée du fugitif.

On aurait pu supposer que M. de Salvan avait été victime de quelque guet-apens, et certes les fortes tètes du pays se seraient bien gardées de ne pas inventer quelque lugubre histoire, si le jeune homme n’avait laissé, à l’adresse de M. de Chaux, une lettre ainsi conçue :

« i\I on cher oncle,

« N’ayez aucune crainte si vous ne me voyez ni « aujourd’hui, ni demain, ni les jours suivants, « faire raison à votre vieux vin de Bourgogne. Je « suis obligé de quitter Saint-Bons pour quelque « temps. Ne cherchez pas à connaître l’asile où je « médite un merveilleux projet; vos démarches se- « raient inutiles et pourraient compromettre le ré- « sultat de mon entreprise. A bientôt, j’espère. En « attendant, veuillez, je vous prie, renouveler votre

LES H L A l’X-A R T S.

« provision de vin de Champagne, et croyez .à la a tendre affection d’un neveu <|iii vous aime comme « si vous étiez son père.

h Frédéric. »

Devant cette lecture tombaient toutes les sinistres conjectures de meurtre et d’assassinat. S'agissait-il de quelque duel, d’un enlèvement, d'une passion mystérieuse? C’est ce que tout le monde demandait et ce que personne ne savait.

Frédéric de Salvan était revenu à Saint-Pons ainsi que l’enfant prodigue retourna chez son père, après avoir usé et abusé de sa jeunesse et de sa fortune. Alors qu’il était à Paris, l’arithmétique n’ayant jamais été une science de son goût, Frédéric parvenait très-rarement à calculer ses dépenses sur le chiffre de ses revenus. Quand le déficit prenait des proportions menaçantes, le jeune prodigue vendait un champ, un pré ou quelque bois. M. de Chaux se chargeait ordinairement de ces sortes d’opérations, et chaque fois qu'il en envoyait le produit à Paris, il faisait suivre l’argent d’admonestations sérieuses, mais laconiques, en homme à qui l’expérience d’une vie agitée a enseigné la faiblesse des raisonnements contre les passions.

Or, un matin, M. de Salvan, après avoir passé la nuit au bal chez Mlle P..., une ingénue de vaudeville qui menait grand train à cette époque-là, s’avisa de vider les tiroirs de son secrétaire, avec la ferme intention de voir clair, si c’était possible, dans le tolm-hohu de ses affaires. Il y avait cà et là force liasses de mémoires empilés auxquels il ne manquait que la quittance; d’autres n'attendaient qu'une occasion pour se présenter. A la somme totale de ces dettes déjà respectables il fallait encore ajouter le chiffre de certains emprunts contractés chez divers capitalistes anonymes, si bien que le tout présentait un passif assez honnête pour absorber la moitié de son capital à peu près.

Frédéric s’étendit dans un fauteuil, alluma un cigare, tisonna le feu, et se livra tout entier à de sérieuses méditations.

A la troisième heure, sa dernière hésitation s’envola avee la fumée de son dernier cigare. 11 se leva, inscrivit sur un calepin le chiffre du passif et le chiffre de l’actif, donna ordre d’atteler sa chaise de poste , et partit.

Lu apprenant son voyage, l’ingénue haussa les épaulés.

H va mettre ordre à ses affaires, lui dit un banquier qui en était à sa troisième ruine.

Je m en doutais, s’écria l’actrice avec un dédaigneux sourire. Depuis quelque temps Frédéric vieillissait.

Quatre jours après sondépart, M.deSalvan arriva dans la cour du vieil hôtel qu’habitait son oncle, à 1 heure ou le digne gentilhomme allait se mettre à table.

— Je vous amène un pécheur repentant, dit |(.

I jeune homme en embrassant cordialement le vieillard sur les deux joues.

Le pécheur repentant avaiteependant gardé de sa splendeur passée un coupé, un tilbury, deux chevaux de selle, un groom et un cocher. 11 n’en fallait pas davantage pour attirer sur lui tous les regards de la petite ville, et le lendemain de son retour il n’était plus question dans la sous- préfecture que de l'immuable résolution prise par M. Frédéric de Salvan de vivre aux lieux où ses pères étaient morts.

Bientôt la curiosité publique se concentra sur le jeune converti, à qui le tumulte de la capitale n’avait pu faire oublier les joies paisibles du foyer natal; on s’informa de son passé, on s’enquit de son présent, on porta les clartés de l’induction sur son avenir. Mme la sous-préfette découvrit qu’il avait eu une maîtresse célèbre dans les coulisses de l’Opéra, laquelle maîtresse lui avait dévoré deux métairies et cinq prés en dix mois; la femme du procureur du roi raconta sous le sceau du secret qu’il avait failli se battre en duel avec le lils d’un pair de France à propos d’une chanteuse italienne,

1 et la directrice des postes estima que sa réforme I passerait avec les lilas. Bref, la ville entière ne j tarda pas à savoir mieux que lui ce qu’il faisait, ce j qu’il avait fait et ce qu’il ferait.

Mais comme son coupé, qui avait toutes les peines j du monde à circuler dans les rues du chef-lieu, était j à la disposition des damesqui voulaients'égarer par la campagne ; comme il jouait volontiers du piano dans les soirées intimes de Mme la présidente du tribunal civil, et qu’il avait décidé son oncle à donner de petites fêtes à sa maison des champs dont les portes s’ouvraient à deux battants pour quiconque avait fantaisie de chasser, danser et souper, les Saint- Tonnais et surtout les Saint -Ponnaises se prononcèrent bien vite en sa faveur.

Mais toute cette popularité ne pouvait le défendre contre l’ennui; au bout d’un trimestre, Frédéric de Salvan se surprit, un jour qu'il fumait solitairement au fond du jardin de M. de Chaux, a rêver de l’ingénue qui menait si cavalièrement la vie, et du boulevard des Italiens où l’oisiveté laisse fuir si doucement les heures. On ne sait où cette pensée aurait pu conduire le jeune émigré, si un événement imprévu n’avait arrêté la marche de ses souvenirs.

Par une belle soirée du mois d’août, Frédéric suivait à cheval la route tortueuse qui, jetée comme une écharpe sur le flanc des colljnes, se fraye un passage entre les bois sombres et les vertes prairies d Olargues à Saint-Pons. Le soleil venait de se cachet derrière les hantes cimes des montagnes Noires toutes couronnées de pourpre et d’or, et bréderic battait les buissons du bout de sa cravache, lorsqu au détour du chemin, il aperçut, assise au pied d un saule, une jeune tille qui regardait couler entre les herbes frémissantes les ondes claires «I on l,etl1

lit».»

ruisseau. Elle semblait rêver, la tète inclinée sur sa main, et sous les tresses blondes de ses cheveux déroulés on voyait luire la blancheur nacrée de son cou. Frédéric retint la bride du cheval, mais le cheval impatient battit du pied en hennissant, et la jeune fille, surprise dans sa solitude, rougit comme la fraise des bois. Frédéric avait à peine eu le temps d’admirer la grâce divine de son visage et la souplesse harmonieuse de sa taille, que déjà la char- ; mante silhouette de l’inconnue s’effacait entre les haies d’églantiers.

Trois heures après, Frédéric racontait chez Mme la présidente du tribunal civil les détails de la rencontre qu’il avait faite. Au portrait qu’il traça de linconnue, le substitut du procureur du roi sourit.

— C'est bien elle, dit-il ; je n’en puis plus douter.

— Qui donc, s’il vous plaît?

— Eh! mon cher, la fee de nos montagnes, la sylphide de la vallée, la nymphe des bois, en un mot, la Dame blanche de Saint-Dons!

— Voilà bien des qualités, mais pas un nom.

— Quoi ! votre esprit parisien n’a-t-il pas encore soulevé le voile qui cache l’inconnue?

— Comment voulez-vous donc que je parvienne à percer ce mystère, moi qui n’ai jamais pu deviner la moindre énigme ?

— Je ne vous avais donc jamais parlé de Mlle des Fieux ?

— Jamais.

— C’est incroyable! Eh bien, mon cher, sachez alors que votre inconnue aux blonds cheveux, aux pieds invisibles, c’est elle, Mlle Erneslinedes Fieux, l’enfant la plus capricieuse et la plus sauvage que Dieu se soit plu à embellir de toutes les grâces et de tous les charmes que les poètes ont rêvés.

— Epargnez-vous des frais de description, mon cher substitut; j'ai vu Mlle des Fieux. Mais veuillez me dire pourquoi, jusqu’à présent, je ne l’ai rencontrée nulle part?

— Si vous voulez que je vous l’apprenne, il faudra vous soumettre «à m’écouter sans m interrompre.

— Serez-vous bref?

— Je ne suis pas au parquet.

— Parlez donc ; je vous écoute en prenant du thé.

— Mlle des Fieux , orpheline depuis son enfance, a vingt ans à peu près, dit le magistrat après avoir toussé comme un homme qui se prépare à faire un long discours. Déjà riche , elle le sera bien davantage encore à la mort de sa grand’mère , Mme la baronne d’Usclas , bonne vieille dame qui vit avec elle dans un antique manoir dont vous avez pu voir les murailles grises, non loin d’Olargues, sur la lisière d’un bois de châtaigniers. L’isolement, l’aspect sauvage du pays, surtout la lecture trop incessante de vieux livres perdus au fond d’une poudreuse bibliothèque, ont exalte l'esprit d’Ernestine, déjà prédisposée par la richesse de son organisation aux rêves de la plus brûlante ima¬

gination. Des bouquins de la chevalerie elle est arrivée progressivement aux romans intimes, en passant par les poétiques inspirations des maîtres de la littérature. Lord Byron, Goethe, M. de Lamartine , M. Victor Hugo, M. de Chateaubriand , Schiller, charment ses heures solitaires et brûlent son cœur plein de l’image adorée de leurs héros.

— Trou bien l-il^aussi le sommeil de Mmed’ÜscIas?

— Mme d’Usclas fait des confitures. La bonne dame ne veut contrarier en aucune manière 1rs goûts de sa petite-fille; si bien (pie depuis trois ou quatre ans, Mlle Ernestine refuse obstinément tous les partis qui se présentent. Peut-on, quand on a le malheur d’habiter un chef-lieu de sous-préfecture et de porter des cols en crinoline , supplanter Childe Harold ou Charles Moor dans un cœur de vingt ans ?

— Espére-l-elle un Lara?

— Un Lara ou quelque Réné! Mais au train dont vont les mœurs constitutionnelles , j’ai grand’peur <j ne Mlle Ernestine ne soit encore fille à trente ans. Dieu, peut être, suscitera un Giaoursur son chemin. Vous sentez-vous le courage d’essayer de ce rôle et de tenter l'aventure ? Vous le pouvez hardiment, et n’aurez surtout point de rivaux à craindre; cardans les temps de l égalité où nous vivons, les personna- 1 ges de ce caractère-là se gardent trop des gendarmes pour oser se montrer au grand jour.

Frédéric sourit et ne répondit pas ; mais le lendemain et les jours suivants il dirigea ses promenades vers le vieux château, dont les toits d’ardoises apparaissaient entre les cimes verdoyantes des bois. Mais c’était à peine si parfois il voyait passer entre les arbres les bouts flottants de la robe blanche de la sauvage et rêveuse enfant.

Or un soir, tandis que le vent faisait voler sur les prairies les feuilles rouges des châtaigniers, à cette heure suave où le crépuscule étend son voile transparent sur la vallée, Mlle des Fieux, que ses pas indolents promenaient au bord d’une onde fugitive, vit tout à coup tomber à ses pieds un beau jeune homme dont les yeux noirs étincelaient sous la pâleur de son front.

— Sauvez-moi! sauvez-moi ! Vous qui êtes belle comme les anges, n’aurez-vous pas aussi leur bonté souveraine? Par pitié, sauvez-moi!

L’étranger avait saisi les mains d’Ernestine, qui, tremblante, et le sein oppressé, le regardait.

— Mon Dieu! qui donc êtes-vous? s ecria-t-elle enfin, et quel danger vous menace?

— Qui je suis? Et ne Lavez-vous pas deviné à mon • épouvante? Un proscrit que les lois de votre pays poursuivent ! Errant depuis trois jours dans ces montagnes, je suis perdu si vous ne me secourez. Toute une brigade de gendarmerie est là, dans ce bois de châtaigniers, qui me traque et me cherche. Chaque minute augmente ma détresse; ils approchent ; tenez, ne les entendez-vous pas ?

Un coup de fusil retentit dans les profondeurs du

bois, et des bruits de pas résonnèrent dans le taillis.

— Eh bien, qu’ils viennent ! s’écria l'inconnu. Cette fois, du moins, ils ne m’auront pas vivant!

Mais Mlle dés Fieux n’hésitait plus. D’une main agitée par la terreur, elle saisit la main du proscrit, l’entraîna et disparut bientôt entre les massifs d’arbres dans la direction du château.

Ce proscrit, ce malheureux que les gendarmes traquaient, cette victime de l'oppression, c’était M. Frédéric de Salvan.

Les paroles du substitut avaient germé.

Nous avons dit que depuis quelque temps Frédéric commençait à sentir les glaciales atteintes de l’ennui ; quand on s’ennuie on estcapablede tout, et un certain jour que Frédéric ne savait que faire pour échapper à la monotonie de sa réforme, il avait subitement conçu, préparé et mis en pratique le beau plan dont on a vu le résultat.

Un groom, qui aurait pu facilement tenir l’emploi <ies Frontin s’il était né quelque cent ans plus tôt, tant il avait l’esprit tourné vers les entreprises aventureuses et les expéditions galantes , n’avait pas peu contribue à seconder son maître dans l’accomplissement d’un projet dont il espérait , quant à lui, tirer quelques pièces d’or. C’était le groom qui avait trouvé le costume propre à la circonstance, bottes molles et redingote à brandebourgs, préparé la fuite par-dessus les murs du jardin, donné le signal a l’heure où Mlle des Fieux se promenait seule dans la forêt, et tiré le coup de fusil décisif en piétinant dans les taillis.

Cinq minutes après la petite scène que nous venons de raconter, Frédéric se trouvait installé dans un pavillon écarté tout au fond d’un parc.

Cependant il fallait bien prévenir Mme d’Usclas de l’arrivée d’un hôte inattendu. Ernesline s’acquitta de cette difficile confidence, non sans un grand trouble. La baronne s’épouvanta tout d’abord ; mais c’était une excellente dame qui s’était habituée à ne juger que par l’esprit de sa petite-fille; elle avait d ailleurs à surveiller la confection d’une certaine confiture d’azeroles dont elle avait trouvé le secret ; elle cessa de murmurer bientôt, et laissa Ernesline libre d’agir à sa fantaisie.

Or, tandis que tout un chef-lieu decinq mille habi¬

tants s’épuisait en commentaires sur la disparition de M. de Salvan, Frédéric faisait, sans crainte d’être dérangé, la cour à la plus romanesque héritière du monde.

Mais si Frédéric était un beau garçon, de manières élégantes et d’un esprit charmant , Ernesline unissait en elle toutes les séductions du caractère le plus candide et le plus ardent aux grâces ineffables d’une virginale beauté , et bientôt un amour délicat et profond rendit au cœur de Frédéric toute sa jeunesse, et à ses sentiments leur fraîcheur un peu émoussée par le désordre de sa vie.

Mais en même temps que près d’Ernest me son âme aspirait de divines émotions, pures ainsi que les clartés du matin, il éprouvait comme un remords de tromper tant d’innocence, tant de naïveté. Bien des fois la voix intérieure de sa conscience lui cria de tout avouer à la charmante fille qui lui prodiguait les consolations de sa présence et de son cœur; mais la crainte de la perdre, de ne plus lui inspirer que du dédain ou du mépris même a la place du tendre et confiant intérêt qu’elle lui témoignait, le retenait sans cesse alors (pie ses lèvres s’ouvraient pour une confession.

Les jours s’écoulaient dans celle intimité douce et tourmentée à la fois, et chaque soir arrivait sans que Frédéric, de plus en plus retenu par les mille liens de l’amour naissant, osât dire le mot auquel son bonheur était suspendu. Prés de lui, Ernesline goûtait un charme tout nouveau, et des rêves inconnus faisaient rougir son beau front pur comme le lis, et battre son cœur pendant le silence des nuits.

Que de fois tous deux, les bras enlacés, aux heures mystérieuses du soir, ne s’égaraient-ils pas sous les grands arbres du parc? Quelques mots tombaient alors de leurs lèvres, et quelles douces voluptés ne berçaient pas leur âme pleine de songes amoureux!

Quelque chose cependant devait troubler enfin celte félicité calme comme les ondes limpides d un lac, et cette chose, Frédéric l’attendait, ne trouvant plus en lui assez de force pour la prévenir.

A MÉDÉE A Cil A RD.

(La fin à la prochaine livraison.)

es morts vont vile depuis quelques jours; mais les vivants ne semblent pas disposés à se laisser gagner de vitesse, et ces grandes leçons du trépas, le démenti solennel qu'il donne aux illusions de l’orgueil, les hochets qu'il brise, les titres qu'il efface, n’arrêtent pas une minute l'essor aveugle, étourdi, des petites ambitions humaines allant a leur but. Dans cette mêlée des intérêts hostiles, un cadavre est à peine couché par terre, que vingt combattants nouveaux se pressent à son rang. Uno nvulso, non déficit altcr. Chacun lève' son arme, agite son étendard, pousse son

v1) Cours (le littérature dramatique , ou de l’Usage des Passions clans le Drame, |>ar M. Saint-Marc Girardin. Paris, i S4r» .

cri de rescousse. Et le défunt ? On en lait litière ou gabion. Plus Lard, quand Usera question d’épitaphe et d’oraison funèbre, son cadavre servira de pavois. Et son éloquence muette, et ses enseignements amers, et le sardonique rictus de ses lèvres glacées? Qu importe à ses héritiers? Alors que la lutte les appelle, quand les rivaux sont à l’œuvre, quand 1 aiguillon de l’amour-propre torture ces beaux esprits, iront-ils songera cette chai r devenue poussière? Elle se dresserait, je crois, pour leur parlet, qu ils m

s’arrêteraient pas un instantau miracle. Un mort !...

s'occuper d’un mort, pensera un mort!... Hélas! messieurs, il était de 1 Académie!

Etre de l’Académie, s'asseoir entre monsieur *** et monsieur *** (n’insultons personne), se réveiller avec un brevet d’immortalité aussi certain que le leur, s’assurer qu’on représente au même titre l’élite lettrée de la France; appeler sur sa tète le nimbe frisé, poudré, à queue ou sans queue, dont. Lamennais, Béranger et quelques autres ont redouté l'équivoque reflet; tel est le désir qui point a cette

heure, et les poêles élégiaques, et les prosateurs philosophes. Critiques et romanciers, le drame et la grammaire, l rieurs de mots, prosecteurs d idées, les grands noms et h‘s petites œuvres, tout est en émoi, tout se remue. On exhume des litres fantastiques. Le tombeau des âges, les abîmes de l’oubli, rendent à la lumière des spectres inattendus. Les tragédies qu’on aurait pu faire jouer il y a vingt ans se présentent aussi hardiment, que les ballades encore manuscrites; et, — la littérature discrète encourageant les plus timides, — on essaye de confondre les intentions, les simples velléités littéraires, avec les faits plus ou moins accomplis.

Au milieu de ce chaos, il ne nous semble pas surprenant que M. Saint-Marc Girardin, s’autorisant (h; sa position officielle, sûr de trouver des appuis dans la presse périodique, et comptant sur ses concurrents autant que sur lui-même, se présente, un petit volume à la main. Si quelques mécréants, de fâcheuse humeur, trouvent son bagage un peu léger, il peut leur répondre que ce ne sont pas là, tant s’en faut, ses œuvres complètes. Elles formeraient, réunies, plus de tomes que les Discours et Opinions d’un célèbre chancelier, son futur collègue. Gherchez-les dans les Revues, cherchez-les dans le Journal (les Débuts, et rajustez ensemble les membres épars de cet habile polygraphe. Ce ne sera ni une mince besogne, ni une tâche tout à fait ingrate.

Prenez, par exemple, votre parti de tomber, dans le cours de ces recherches, sur des trouvailles assez curieuses. Il peut vous arriver, comme à nous, tandis que vous tâcherez de dépouiller celte œuvre multiple en tant de lieux dispersée, il peut vous arriver de rencontrer à côté d’elle la critique amère dont elle a été l’objet ; hasard d’autant plus piquant, surprise d'autant plus naturelle, qu’ils vous sont ménagés par les alliés actuels de M. Saint-Marc Girardin, par ses collaborateurs, par ceux-là même qui, sans nul doute, appuient sa candidature.

Il nous convient à merveille de nous effacer derrière eux. Désintéressé comme nous le sommes aujourd'hui, nous le prouverons en n’apportant pas notre contingent de malice dans le porLrail qu’on va lire. S’il est ou non ressemblant, chacun en pourra juger. Ce qui est certain, c’est que, tel qu’il est, il n’a pas été regardé comme une offense impardonnable par M. Saint-Marc Girardin. De ceci nous avons la preuve irrécusable, et nous pouvons espérer dès lors qu’il voudra bien nous comprendre dans une commune indulgence avec le critique pseudonyme dont le franc-parler nous a séduit.

« H y a peu d’années (ceci lut écrit en -1855, dans un recueil périodique dont M. Saint-Marc Girardin estaujourd hui l’un des plus assidus collaborateurs), un jeune homme professait les humanités ou Iarhetoi ique dans un collège de Paris. Cette modeste chaire convenait peu à son ambition, et dès lors il pensait

à la députation et peut-être au ministère. Il ne brillait cependant ni par la science ni par les idéesmais c’était un esprit fin, souple, délié, qui ju«oa tout d’abord qu’il y avait une route plus sure, plus directe que le professorat pour le conduire au but qu’il se proposait... »

Ici, nous sommes obligé de demander pardon au lecteur. Sans la nécessité qui nous fait un devoir de citer textuellement, nous rajusterions cette prose un peu grossière et mal rabotée.

... « La presse commençait à prendre les grands développements que vous savez : il confia sa fortune à la presse, et il fit bien; la presse a été magnifique avec lui et l’a richement doté. Quels si grands services lui a-t-il donc rendus? qu’a-t-il fait pour elle? Une Etude plus ingénieuse que profonde sur Beaumarchais, un Eloqe de llossuct , un mémoire équivoque sur la littérature du seizième siècle, qui l’un et l’autre lui valurent de partager un prix à l’Académie ; de piquants articles en forme de bulletins poulies combats de la rue Saint-Denis, pendant le ministère Yillèle. C’est là tout, ce nous semble, avec les articles de polémique quotidienne qu’il écrit maintenant pour la Doctrine, comme il les écrirait pour tel autre système qui présenterait les mêmes garanties a sa fortune politique.

«La presse lui a donné, elle, richesses et puissance, une chaire en Sorbonne, une place au conseil d’Etat et la députation. Et qui sait jusqu’où iront ses libéralités? Elle n’ignore pasque le jeune député, nourrit dès longtemps des espérances plus hautes, et soyez assurés qu’elle lui sera un appui fidèle, lorsque le simple matelot qui a tant exploré la terre ministérielle croira le moment venu de prendre en main le gouvernail. Vous voyez bien que la presse est une maîtresse facile, une reine débonnaire, qui n’est ni ingrate ni oublieuse, et qu’il faut bien moins de talent que d’esprit et de volonté pour captiver ses faveurs. »

Les faits étaient précis, comme on voit, et la conclusion peu Batteuse. Les mots étaient plus gros que nous n’aimons à les dire, et la vérité, dans cet apologue brutal, ne s’enveloppait guère de sousentendus. D’ailleurs, pour éclairer d un jour plus vif ses désagréables nudités, pour ne laisser aucun doute sur l’original du portrait qui venait d’être si vivement indiqué, l’auteur ajoutait :

« Il n’y a dans tout ceci que des rapports bien éloignés avec les Mélanges que M. Saint-Marc Girardin appelle... etc. »

Même tactique à l’endroit de ces Mélanges. M. Saint-Marc Girardin avait prodigue des éloges a l’Autriche et à la Bavière. Epiloguant sur la manière dont il les avait vues :

« Supposons, disait encore le critique, supposons, par exemple, que vous voyagiez aux fraisdugouvernement, c’est-à-dire fort à votre aise, sans vous inquiéter du prix des voitures, ni de la cherté des hôlelle-

l ies, attendu que le budget est la, derrière vous, qui ne sait pas chicaner avec un postillon ou un valet de chambre... Vous avez avec vous un passe-port qui vous sauve des perquisitions de la douane, et des lettres de recommandation qui attendrissent la police elle-même, etc., etc. »

L’hypothèse suivait ainsi le voyageur pas à pas. A Rade, au milieu des princes et des margraves , dans ce pet i t monde de choix, èclalantd’èpaulettes, de décorations et de rubans, qui, l’été venu, transporte là sessalons ; à Vienne, chez M. de Mellernich.qui, prenant à part le journaliste français, lui explique l’Autriche et les libertés dont elle jouit. L’hypothèse ne s’arrêtait pas à ces confidences intimes. Elle affirmait, l'impertinente, qu’au sortir de chez le premier ministre, le voyageur, déjà nanti de renseignements précieux, avait reçu de plus « un panier de vin de Johannisberg, le brevet d’un ordre assez connu et quelque ouvrage rare sur le pays. » Ce n’est pas, à coup sûr, dans les Notices (1) que l’hypothèse avait pris tout cela.

Nous ne croyons pas qu’elle ait été réfutée. Nous ne croyons pas même que, lorsqu’il l’a pu, M. Saint- Marc Cirardiu ait exigé de ses anciens détracteurs, devenus ses amis, le désaveu qu’elle appelait. Peutêtre ne la juge-t-il pas aussi désobligeante qu’elle nous le paraît. Qui sait si, l’accolant à M. de Metternich, elle n’a pas même caressé les plus chères faiblesses du professeur doctrinaire? Ne goûte pas qui veut du vin de Johannisberg. Et peut-être, depuis lors, en a-t-il fait boire à l’hypothèse. Ce serait la une générosité, une clémence au-dessus de tout éloge.

Nous dirons à notre tour : Il n’y a dans tout ceci que des rapports bien éloignés avec l’Usage des Passions dans le Drame, sujet du cours de littérature professé par M. Saint-Marc Girardin. Le moment est venu de nous en occuper.

Mais comme, un peu malgré nous, la digression biographique a déjà rétréci considérablement nos limites, il conviendra pour aujourd'hui de nous borner à un résumé analytique, par lequel il est bon de préluder à toute discussion que l'on veut rendre intelligible.

La donnée du professeur est celle-ci. Les passions dramatiques étant envisagées dans leur essence éternelle et universelle, étudier sur la scène de tous les temps et de tous les pays les diverses modifications que Part de les exprimer a subies; conférer les anciens et les modernes, soit lorsqu'ils se rencontrent sur un même sujet, soit lorsqu’ils traduisent un sentiment du même ordre et de la même énergie ; montrer, autant que possible, la supériorité des anciens; expliquer l’infériorité des modernes; rattacher l’une et l’autre à une

(t) ÎS'aticcs politiques cl littéraires sur l’Allemagne, par M. Saint-Marc Girardin.

sorte d’abaissement moral, dedécadence philosophique dont on cherchera systématiquement la trace dans les principales scènes du théâtre contemporain, et surtout dans les pièces de M. Victor Hugo.

Si ce n’est point là le sens général des dix-neuf leçons ou chapitres que nous examinons, nous nous serions gravement trompé. C’est de très-bonne foi que, cherchant à le déduire de ce que nous avons lu, nous n’y trouvons rien de plus, lien de moins. Sur cet exposé naïf, bien desgens admireront qu’un aperçu aussi banal, une matière aussi resserrée, un ordre de développement tant de fois parcouru, fasse le sujet d’une œuvre critique ; bien des gens nous demanderont quelle opportunité peut rajeunir celle thèse surannée? si elle n'a pas été soutenue autant de lois qu'il l’a fallu, à propos de chacun des drames, de chacune des trilogies en question ? si derrière les moissonneurs du feuilleton, — rapides, il est vrai, mais intelligents, actifs et armés au jour le jour d’une érudition qui leur est propre, — derrière ces autres critiques plus pesamment, sinon mieux fournis, qui reprennent en sous-œuvre le travail hebdomadaire des journaux quotidiens ; derrière les polémiques ardentes qui suivent les premières représentations un peu contestées, il reste encore à glaner quelque chose? et si ce quelque chose vaut I la peine qu’on le glane ?

Dieu des gens nous feront ces questions , et nous ne leur répondrons qu’en reprenant notre lâche de bon et fidèle rapporteur.

M. Saint-Marc Girardin s’enquiert d’abord de l'emoiion dramatique et de ses causes. L’émotion dramatique naît du spectacle des passions humaines. Pour émouvoir, il faut que la passion soit vraie. Une passion vraie, au théâtre, est une passion généralement ressentie ; il faut encore que le poète s’adresse à l’intelligence et non pas aux sens. De ces deux conditions découle un double anathème, d’abord contre les passions excentriques, fortuites, individuelles; puis contre les appels aux sens qui nous conduiraient de proche en proche au cirque romain et aux sanglants combats des gladiateurs.

Comment les anciens rendaient-ils les émotions qui tiennent à la crainte de la mort? En les idéalisant, en les ennoblissant. Déplus, ils prenaient soin de tempérer l’émotion au lieu de la pousser à bout. Antigone, Iphigénie, Polyxéne, jettent undouloureux adieu à la vie qu elles vont perdre; mais leurs plaintes plus ou moins amères, leur douleur plus ou moins violente, sont savamment atténuées par un mélange de résignation et de fermeté qui commande à la fois l’attendrissement et le respect. Euripide, et après lui Racine, ont compris qu’un seul sentiment ne suffisait pas à l’émotion. « Le personnage qui n’a qu'une seule pensée frappe, mais n’attache pas; c’est, pour ainsi dire, un cri poussé par la passion. Ce cri peut faire un mot, ou même une scène; mais il ne peut pas faire un personnage. »

Suit la comparaison de l’Iphigénie antique avec le personnage de Catarina, dans Arujclo. Catarina, elle aussi, a peur de mourir; mais la révolte de sa chair contre la mort, est une révolte toute physique. Elle cmeut, mais comme la vue du sang ou les râles de l'agonie, comme les cris de Mme Dubarrv se tordant aux pieds du bourreau durent émouvoir les spectateurs de son épouvantable mort. L’autre émotion, celle que les anciens cherchaient à produire, est celle qu’une âme d’élite aurait éprouvée en voyant Mme Roland plier noblement sous la hache, sans accuser la liberté au nom de laquelle on allait l’immoler.

Même comparaison, — il s’agit maintenant de la douleur physique — entre Philoctète et la recluse Gudule dans la logette. du Trou aux rats (I). Ce rapprochement, qui peut sembler forcé, a étéamené par l’impossibilité de trouver dans le drame moderne l’équivalent des plaies hideuses et du sang caillé qui souillent le héros grec. Les anciens, selon le professeur, faisaient ressortir les angoisses de la nature morale à côté des souffrances de la nature matérielle. Les unes font équilibre aux autres, elles se modèrent, et par là deviennent impossibles les excès de l’un ou l’autre genre, « la contorsion morale ou physique, » cofnmedit M. Saint-Marc Girardin. La littérature actuelle, en revanche, spiritualiste quant au choix des sujets, est matérialiste par l’expression. C’est l’instinct maternel, et non le sentiment maternel, (pie M. Victor Hugo a fait crier dans les dernières pages de sou roman, lorsque les archers du roi Louis XI viennent prendre Esmeralda, réfugiée dans le sein de la recluse : « Oh ! oh! oh ! mais c’est horrible.... Je vous dis que c’est ma fille, etc., etc. »

Le chapitre suivant est plutôt un commentaire qu’une démonstration. Par l’exemple d’Ulysse; et par celui de Robinson Crusoé, par celui de saint Paul (Actes des Apôtres), et par celui des officiers du Kent, navire anglais naufragé en 1825 dans le banc de Biscaye (Revue britannique), M. Saint-Marc Girardin établit que, dans la peinture du danger et des émotions qu’il cause, la plus légitime source de pathétique est encore l’àine humaine. Les effets matériels d’une catastrophe quelconque n’éveilleront jamais, quelque talent qu’on mette à les décrire, autant de sympathie que le courage, ou la confiance en Dieu, le dévouement à autrui, la fidélité à l’honneur; en un mot, la nature maternelle perd sa grandeur des qu’apparaît la nature morale.

Après l’amour de la vie, le professeur examine immédiatement la passion contraire, le dégoût de la vie, et les sentiments qui mènent au suicide. Le suicide commis dans l’égarement de la passion , Phèdre, Ajax, Bidon; le suicide philosophique et sentencieux, les stoïciens, les épicuriens , Caton et

(1) IS'Otre-Damc de Paris,

la société des Comourants (Sumtpoihmwiimcnoi)le suicide moderne enfin, causé par le malaise et l’inquiétude morale d’une époque sans croyances fixes, par l’orgueil déçu, par la mélancolie trop complaisamment bercée ; le suicide tel que le débat Hamlet, tel que le consomme Werther dans le roman de Goethe, tel que M. de Vigny l’a presque divinisé dans Chatterton; — M. de Vigny, le compétiteur académique de M. Saint-Marc Girard in (U.

Le suicide fournit au professeur l’occasion de mettre encore une fois en regard la littérature ancienne et la littérature moderne : l’une s’inspirant de l’amour de la vie, simple et naturelle comme lui, touchant au beau dans les arts et au vrai dans la morale; l’autre prenant volontiers ses pensées dans la méditation de la destinée humaine, ses émotions dans l’appareil de la mort, raffinée comme le dégoût de la vie qui n’est jamais qu’un produit do la reflexion; touchant dans les arts au fantastique et à l’exagération; dans la morale, au matérialisme déguisé sous le nom de sensibilité.

Tout le reste du livre, sauf un chapitre de Repérions générales, est consacré à examiner l'expression ant ique et l’expression moderne de l’amour paternel ou maternel.

Le vieil Horace envoyant ses fils au combat; don Diègue pressant contre sa poitrine Rodrigue vainqueur de Gormas ; Geronle lui-même dans la célèbre scene du Menteur : Etes-vous gentilhomme? etc , manifestent l’affection paternelle, mais sans la dégrader, sans lui ôter ce caractère mâle et ferme qui la subordonne en certaines occasions» dessentimeuts plus élevés, l’amour de la patrie, le cuit»! de 1 honneur, l’orgueil du rang. La loi morale reste ainsi supérieure à l’instinct égoïste d’une aveugle paternité. Voyez au contraire Triboulct dans le Roi s'amuse. 11 aime sa fille, mais d’un amour tout personnel, jaloux comme celui d’un amant, s’exprimant avec la même effusion, nous dirions presque les mêmes caresses. La lui prend-on, ce n’est pas le sentiment des dangers qu'elle court, ce n’est pas sa chasteté compromise, ce n’est pas l’idée des angoisses auxquelles une captivité subite soumet cette enfant timide, qui préoccupent, le bouffon et le mettent hors de lui : s’il écume, s'il injurie et menace les grands seigneurs complices du rapt, s’il se rue en furieux contre l’huis de la chambre à coucher royale, c’est à la manière de l’animal dont ou a dérobé les petits.

Messcigneurs, il me faut ma tille. Il me la tant

A la fin.... etc., etc.

Plus tard, quand il se décide à punir François Ko

(1) Soit dit en passant, voilà le suicide en cause; les Ooorante auront à se décider entre son avocat et son dêtiaciem, sans autre mezzo termine que de choisir Joseph Delorme. Comment vont-ils se tirer de lit ?

sa vengeance cherche plutôt le suborneur que le despote effréné. Le fou pardonnerait à ce dernier d’avoir déshonoré Blanche; le père ne supporte pas l’idée que l’autre soit aimé d’elle. Bref, cet autour paternel, exagéré comme on nous le dépeint, n a plus de contre-poids possible. Il méconnaît toutes les lois divines et humaines; il annule tous les autres sentiments du cœur où il domine impérieusement et uniquement; il ne peut plus être contrarié «] ne par le hasard seul des événements, ce qui livre la scène à des complications sans fin, a des péripéties sans raison.

Plusieurs chapitres épisodiques suivent celui-ci. Dans l’un se trouvent aux prises l’auteur du Paria (noble talent qu’il faut regretter, et qu’une époque meilleure eût mieux maintenu), l’auteur du Paria ei Collé. Dans un autre {de l'Ingratitude des enfants), l 'Œdipe à Colune, le Boi Lear et le Père Goriot se trouvent en présence. Même rapprochement que tout à l’heure. Les anciens ont le sentiment, Tes modernes traduisent seulement l’instinct, et dans ce qu’il a de plus matériel. Une troisième étude est consacrée à la clémence paternelle ; L’ Ilcaulontimorumenos de Térence , la Parabole de l’enfant prodigue dans l’Écriture sainte, et la comédie de Voltaire sur le même sujet, montrent comment elle peut se traduire diversement. Delà le professeur est conduit à chercher comment la comédie, peu respectueuse de sa nature, doit ménager les ridicules paternels, sous peine d’être immorale. Il examine à ce point de vue le Père de famille de Diderot, le Gêrontede Piron dans les Fils ingrats, le Dupré de M. Étienne dans les Deux gendres. Puis il conteste à Jean-Jacques Rousseau la validité des sévères jugements que l’auteur d’Émile a portés contre l’immoralité des comédies de Molière.

L’amour maternel est étudié successivement dans les trois Andromaque d’IIomére, d’Euripide et de Racine; dans les quatre Mêrope deTorelli, de Maffei, de Voltaire et d’Alfieri; puis enfin dans la Lucrèce Borgia de M. Victor Hugo. Autant l'unité de sentiment, la simplicité d'intérêt, la pureté du type antique estexaltée, autant est attaqué le mélange de vice et de vertu qui a été violemment opéré dans le type moderne. L’unité morale est-elle préférable, nonseulement comme leçon, mais aussi comme moyen dramatique? M. Saint-Marc Girardin le pense et développe a loisir sa thèse. L’Orphelin delà (Aline, tel que les Chinois le connaissent, et tel que Voltaire l’a plus lard métamorphosé, nous est offert comme un autre développement de l’amour maternel. Kodogune et la Mère coquette de Quinault prouvent que le pervertissement de l’amour maternel lient devenir un élément dramatique lorsqu’on l’exagère jusqu’au sublime, ou lorsqu'on l’atténue jusqu’au ridicule. Bref, la dernière thèse est celle-ci : «La littérature moderne n’est pas l’image de la société moderne. L’imagination d’un peuple et sa morale pratique sont deux choses non-seulement distinctes, mais opposées. Une séparation chaque jour plus complète s’opère entre ce qui s’écrit et ce qui se fait. La décadence littéraire n’est donc pas un symptôme de la décadence sociale. »

On a maintenant, si toutefois l’aridité de cette table des matières n’a pas rebuté l’attention, on a l’idée générale du Cours de M. Saint-Marc Girardin. Nous serons donc en droit, un autre jour, d’aborder sans préambule l’examen des opinions qu’il renferme, et de la forme sous laquelle ces opinions se présentent.

LES BEAL X- A BTS.

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Charme des prés, jaune bergeronnclle .

Baltani de l'aile au bord de mes ruisseaux Lorsque les bœufs agitent leur sonnette. Tes petits pieds font pencher les roseaux.

Si par hasard la demoiselle bleue Vient bourdonner autour des joncs fleuris, Tu la poursuis en déployant ta queue.

Et les rats d'eau s’émeuvent de les cris.

Puis quand lu vas glisser sur les pelouses, Brisant du bec le gazon diapré,

Tu sais fort bien disputer aux farlouses ! .'aile en morceaux d’un papillon nacré.

Puis agitant tes ailes enlr’ouvertes.

Tu sais aussi d'un geste plus hardi Fouiller la terre au pied des tiges vertes. Pour y trouver le cloporte engourdi.

.Ma, s si la mouche est pour loi, bergerette.

Si l'agneau noir est pour le loup-cervier. Cache aux forêts la jaune gorgeretle,

Car du couchant s’élance un épervier.

C’est le destin de toute la nature

En vain la mort pousse la cendre aux vents;

L’essaim joyeux sort de la pourriture,

Les tombeaux sont le berceau des vivants

Fleur, oiseau, terre, ou planètes errantes. Hommes ou vers qui rongent un linceul.

Dieu crée en vain des formes différentes. L'essence est une et réside en lui seul.

Charme des prés, jaune bergeronnette, Battant de l’aile au boni de mes ruisseaux. Lorsque les bœufs agitent leur sonnette.

Tes petits pieds font pencher les roseaux.

\ u I li I I! Po\ liO v.

SOÜMET.

Sous des barreaux de fer le lion renfermé ,

Le lion souverain, à l’œil triste et terrible,

Et qui, vaincu, se sent en lui-même invincible, En stériles assauts ne s’est point consumé.

Sans vouloir s’agiter, cl comme accoutumé,

Il s’assied, sous son poil rentre l’ongle infaillible Qu’on n’affrontera pas, et sa ride impassible Ne dit rien des fureurs dont son cœur est armé.

Quelquefois seulement, quand l’odeur de l’orago \ ient remuer ses flancs, magnifique et sauvage, Il se dresse, et dans l’air étend sa grande voix.

Les geôliers ont frémi; lui, de nouveau s’affaisse : Il n’a pas pour longtemps à supporter leurs lois;

Il étouffe, et la mort va finir sa détresse.

Le comte ni; Cn amont

Physionomie Parisienne.

Le Midi.

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