VOLS P EM A IN DE DES CLOITRES
Ces pensées, Nodier les conçut aussitôt que Chateaubriand et que M. de Maistre; mais taudis queces deux hommes de génie appelaient les idées chrétiennes, en les rattachant aux traditions brisées de l’ancien régime; en les entremêlant aux oripeaux de 1ère féodale, Charles Nodier invoquait à la fois la religion et la liberté.
Apiès son mariage, Nodier se retira quelque temps à la campagne; il s y oublia au milieu d’une famille où régnaient l’union et la gaieté. Tout occupé d’èlre heureux, notre auteur sentait trop bien le
prix du temps pour le perdre dans les vanités du travail. Celte époque de son séjour à Quintigny, au pied du Jura, fut la plus heureuse de sa vie; il n’eu parlait jamais salis émotion, et quand il revenait sm ces souvenirs, ses traits s’épanouissaient. Il y quelques semaines, qu’un soir, au coin du feu, il retraçait encore ces délicieux moments ; ses yeux clairet doux étaient fixés sur les tisons, la flamme du foyer dorait son visage souriant et amaigri : il balançait une de ses jambes croisées sur l’autre, ce qui, chez lui, était l’indice d’un certain contentement, et il nous contait son aventure avec un lézard dont il avait fait connaissance au bord du ruisseau de Quintigny, et auquel il avait rendu un léger service. Ce petit récit, que je vous redirais si je n'etaisûr de le gâter, se colorait des lueurs les plus fantastiques et donnait lieu aux descriptions les plu> charmantes. 11 nous apprit que ses relations avec ce lézard vert, et l’incident qui y avait donné lieu, lui avaient inspiré plus tard son joli conte de Kardouon. Quel joli prologue ! et combien de poètes et d'arti.-teeussent brigué ma place auprès de lui pour l'entendre! Hélas, la mort écoutait à la porte...
C’est dans les prés et les bois de Quintigny que Nodier fit la plupart de ses poésies, ainsi que diverses historiettes qu’il arrangeait volontiers pour >a famille et ses amis, le seul public duquel , ainsi que tous les hommes supérieurs par le cœur et l'intelligence, il se soit réellement préoccupe. Pendant qu'il était à Quintigny, il se lia avec Benjamin Constant; il parcourut les montagnes à pied dans tous les sens; flâneur infatigable, il lui arriva plus d'une fois d'aller de Lons-le-Saulnier à Genève, et à Coppet ou il entrevit la société de Mme de Staël ; c’est là . sans doute, qu'il prit goût à la littérature allemande, dont il apporta les allures dans les lettres françaises, a l’époque où il lança Jean Sbogar , puis Smarra et Trilby.
Ces divers ouvrages que, pour le moment, nounous bornons à signaler, nous les analyserons plus tard et avec soin, en parcourant les œuvres complétés de Charles Nodier, fort éparses et que l’on va réunir pour les publier. Dans cet article, nous nous attachons moins aux écrits qu’à l’homme, qui seul, comme nous l’avons dit, les explique et en donne la clef. Cette vie de Nodier est peu et mal connue; il sentait si bien lui-même combien il est inséparable de ses ouvrages, qu'il a exprimé celle idée sous une forme humble et modeste, d autant plus convenable dans sa bouche, qu’il pourrait fort bien s’en passer, •i Je ne puis me justifier d’avoir fait tant de romans « inutiles, qu'en répétant souvent qu’ils sont, comme « mes préfaces, une sorte de roman de ma vie, qui « n'est aussi qu'une préface inutile marqueter « d historiettes. » (Préf de Thérèse Aubert.)
Après avoir épuisé les joies de la vie champêtre. Nodier sentit son activité se réveiller; il résolut d’aller un peu vers cette célébrité qui venait a lui et