L’EGYPTIENNE , OPERA EN DEUX ACTES
Le génie vient de Dieu. — Dieu semble avoir marqué de son doigt tout-puissant quelques fronts humains, etleur avoir communiqué cette flamme céleste <jui fait les grands poêles et les grands artistes. 11 envoie parmi nous, à de rares intervalles, des organisations privilégiées dont les œuvres surpassent, au début, ce que des hommes de talent produisent après bien des années, bien des efforts, bien de patients et durs labeurs. En révélant le sentiment de ce qui est bcauix des êtres à peine impressionnés par la vie, et le sentiment de ce qui est grand cl fort à des êtres encore débiles, Dieu veut sans doute écraser notre orgueil par la comparaison de ce qu’il peut avec ce que peut la faible humanité.
Vous savez l'enfance merveilleuse de Mozart, à cinq ans compositeur, à douze ans auteur d’un opéra, de ce divin Mozart qui devait, tout jeune encore, léguer au monde l’œuvre immortelle qui a nom Don Giovanni.
Eh bien , si j’en crois mon émotion, mon enthousiasme, si j’en crois les applaudissements et l’admiration d’un nombreux auditoire presque tout entier composé d’artistes et de littérateurs, un grand musicien nous est révélé.
Une foule brillante avait été conviée à entendre, dans les salons de M. Pleyel, l’œuvre musicale d’un enfant de quatorze ans, du jeune Renaud de Wilbach.
Cette œuvre est un grand opéra en deux actes, qui a pour titre ï Egyptienne. Le sujet, tiré de l’histoire du peuple hébreu, est à la fois dramatique et religieux, et se prêtait ainsi au développement des qualités les [dus touchantes et les plus sérieuses d’un compositeur. Sous ce double point de vue, je le dis tout aussitôt, le jeune Wilbach a admirablement compris et interprété les situations qui lui étaient offertes par le poêle; il règne dans toute sa composition un style ferme, noble, élevé, un caractère grave, solennel, qui n’exclut pas le mouvement, la grâce et même la passion.
L’ouverture, quoique peut-être un peu trop fertile en motifs, est d’une bonne facture; l’instrumentation se distingue par cette simplicité énergique qu’on ne trouve que dans les œuvres des grands maîtres. Nous y avons remarqué une phrase en mineur exécutée par les premiers et les seconds violons, ceux-ci à l’octave, et un chant en majeur dialogué pour les instruments à vent et les instruments à cordes. — Le duo de MM. Géraldy et Mengis, la scène chantée par ce dernier, le chœur des
Hébreux : Donnez-nous un chef qui nous guide, le grand air de Mme Ebner, ont été vivement applaudis. — Un fragment du grand finale, et un chœur dansé ont produit un effet d’enthousiasme et ont obtenu les honneurs du bis. Ce dernier morceau ne nous a cependant point paru mériter complètement cet honneur, parce que sa légèreté fait disparate avec la couleur grave et religieuse de l’ensemble de l’ouvrage. C’est un motif délicieux de ballet ; c’est une perle, mais déplacée dans cette parure royale.
Les amateurs et artistes chargés d’exécuter cette œuvre importante ont rempli leur lâche avec soin et avec talent. M. Géraldy y a déployé toutes les ressources de son art, M. Mengisy a montré l’étendue, le timbre pur, mais un peu froid, de sa jolie voix de ténor; Mme Ebner, malgré son émotion, a bien interprété son rôle; M. Segond a dit avec une grandevérité d’expression, et. avec une manière large que je ne saurais trop louer, le magnifique solo a 9/8 qui précède la stretia du finale. Enfin le chœur des femmes, presque tout entier compose de dames amateurs, a, contre toutes les habitudes des chœurs de femmes, et contre toute attente, exécuté sa partie avec un ensemble satisfaisant.
Revenons à l’opéra du jeune Wilbach. Je l'ai écouté, non point en ami, mais en artiste; j'en parle sans aucune prévention personnelle, en toute liberté, en toute franchise. Ce n’est pas une œuvre enfantine, un produi t miroitant de l’un de ces petits phénomènes qui passent comme des météores, brillent un instant, et disparaissent laissant à peine un souvenir. Non. Tout en reconnaissant que cet. opéra renferme des imperfections et quelques réminiscences des maîtresque l’enfant a étudiés, je le proclame hautement, c’est là uneœuvrc profondément méditée et fortement écrite, c’est une œuvre de haute conception, et son auteur est un artiste sérieux, inspiré et nourri de la science des Palestrina, des Reethoven, des Bach, des Weber et de Mozart qu’il rappelle par son âge et le sentiment à la fois pénétrant et vigoureux de ses compositions.
On ne sera donc pas étonné si j’insiste auprès de monsieur le directeur de l’Opéra pour qu’il fasse exécuter cet ouvrage important. Le libretto m’a paru bien composé, sauf quelques coupures à faire et quelques changements qui seraient sans doute jugés nécessaires pour qu’il yeût unité d’action et. de démodulent. Des situations variées, des caractères dessinés avec fermeté, un sujet à la fois dramatique et religieux, telles sont les conditions que réclame la grande scène lyrique et que remplit très-bien l’Eggpticnne. M. Léon Pillet, en donnant pour interprètes de la pensée de Renaud Wilbach les chanteurs, les chœurs, l’orchestre et la mise en scène de l’Opéra, rendra hommage à l’opinion publique si vivement passionnée pour le jeune compositeur français, et aura contribué à donner un libre essor à ce merveilleux génie.
On me saura gré maintenant de donner quelques détails sur cette existence qui compte encore si peu d'années, et qui promet et fait déjà de si grandes choses.
Renaud de Wilbach est né dans le midi de la France, à Montpellier ; pendant plusieurs années , il resta complètement aveugle, aussi son père consacra tous ses efforts à exercer l’organe de l'ouïe, afin <1 ne les impressions et les jouissances de cet organe servissent en quelque sorte de compensation a celles de la vue dont le pauvre enfant était privé. On lui enseignait la mesure etlerliythme en frappant chaque temps sur son liras; son intelligence et sa mémoire musicale se développèrent d'une manière si rapide, qu’à cinq ans il composait des mélodies naïves, simples, mais toujours expressives. L’est a cette époque que l’opération de la cataracte fut pratiquée avec bonheur sur les yeux de l’enfant; mais sa vue resta incertaine. Aujourd’hui encore son regard est terne, et sa physionomie, déjà bizarre, en reçoit un caractère des plus étranges, l u an après celte opération, il touchait du piano, improvisait, variait, écrivait ses inspirations avec des accompagnements quelquefois monotones et d'une extrême simplicité, mais toujours justes. L’enfant grandissait ainsi dans l’amour et l'étude exclusifs de la musique.
Enfin, M. et Mme de Wilbach vinrent se fixer n Paris ; ils confièrent leur fils aux soins de M. II. moine, pour le piano, et de M. Ilalévy pour l'harmonie et. la composition. Sous la direction des savants et habiles professeurs, ce génie musical faisait des bonds prodigieux ; il prit bientôt rang parmi les élèves du Conservatoire, et voilà qu’il a remporté celte année le second prix d’orgue ; avec le secours de ce divin instrument et l’élude attentive, religieuse des grands maîtres, ses inspirations acquirent plus de force, plus de couleur, plus d’accent ; il ne lui manquait, plus qu’un auditoire et des interprètes intelligents : il les trouva , et grâce à la protection enthousiaste et éclairée de M. Eilleau , dont les salons sont ouverts à toutes les célébrités musicales, et qui avait deviné ce grand avenir, une messe du jeune Renaud lut exécutée, il y a deux ans, à Sèvres, et une première audition eut lieu, chez M.lc marquis de Convois, de cet opéra l' F, ijif pliante, qui a déjà tant d’admirateurs, et frappe avec tant d’autorité aux portes de l’Académie royale de musique.
Voilà, en quelques mots, l'esquisse de celle merveilleuse existence. Dieu veuille que celte frêle créature ne se consume ou ne se lu ise pas sous les étreintes brûlantes du génie !
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PEINTRES CONTEMPORAINS
Colette avait du goût pour l’hyménée, Mais point d’argent : pauvreté fut son lot; La dame de l’endroit plaignit l’infortunée, El lui promit dix écus pour sa dot.
Elle voulut pourtant voir la figure Du prétendu ; le prétendu paraît,
Tout mal bâti, bien petit ci bien laid :
« Ah! ciel, dit-elle, eh! quelle créature Choisis-tu là? Fi ! ne me montre plus Cette figure contrefaite.
— Hélas! répond naïvement Colette,
Eli! que peul-on avoir pour dix écus? »
il. HORACE VERSET.
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