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LES 11E Al X-Alt rs.
artistes DU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
GERICAÜLT.
Iy i Salon ilo 1819, la
'' Platée, *'e ^'F0'
ild, obtint un succès 1^. éclatant qui fut à peine contesté. Les critiques K>); ne savaient quelles formules exagérées in- , venter pour louer difjj gnement c eclief-d œuvrc- N y eut on déluge de vers emphatiques qui éleverent M. («irodet audessus des plus grands maîtres. Les Journal des Débats publia cette petite pièce, curieuse entre toutes :
V ers adressés a l'autour de Galalêe :
Le destin l'a voulu. Tout cède à son empire.
Tes tableaux un moment brillent au sombre bord.
Divin Endyrmon ! le Com ge t admire !
Michel-Ange a cru peindre encor En voyant le Déluge; il frémit, il soupire.
Mais G (datée en ce marbre respire,
Cl Raphaël, jusqu'à toi sans égal,
La contemple, et partout te nomme son rival.
Le feuilletonnisle du Journal des Débats ne de¬
meura point eu reste : La peinture, dit-il, uni a » désormais aussi sa N enus de Medicis, sa beauté par excellence. La Galatée est le plus bel ouvrage du « Salon. Le jugement de la rrtlc est d’accord avec le « jugement de la cour. A M. (îirodet appartient la ,i gloire d avoir mis le sceau a la restauration de 1 art.
« Je me sais bon gré d’être arrive tout a point, pour « cette révolution. »
Il y avait encore au Salon de 1819 une foule de tableaux de MM. Abel de Pujol, llbmdel, Guillemot, Walelet, Picot et autres, dont la renommée était alors merveilleuse. « M. Abel de Pujol est place au ,( rang des maîtres, dit le même feuilletonnisle des Débats; voila une réputation consolidée et de bon » aloi. » Le Constitutionnel s’accordait avec le Journal îles Débuts dans cette admiration enthousiaste. L’opposition du Constitutionnel perçait seulement a l'endroit de la réaction catholique qui commençait dés lors à se manifester: « Un homme d’esprit, dit-il, « a prétendu qu’en entrant au Salon, on était d’a- „ bord tenté de faire le signe de la croix, tant il y a « de tableaux religieux. »
K,, sculpture, les éloges du feuilleton s’adressaient à MM Cartel iei% Bosioet Dupaty, l’auteur du fameux Louis XIII, à cheval, delà place Royale.
I n seul journal, de l'opinion royaliste, le Journal
<le Paris, se permit de discuter la gloire de M. Girodet, et il engagea une polémique avec, le Journal (les Débuts . Mais il ne faut pas croire pour cela que sa critique lut plus éclairée que la critique de ses confrères. Le Journal de Paris, qui admire les portraits de M. Kinson, maltraite singulièrement les deux ou trois grands peintres égarés au milieu de cette foule de gloires un peu obscurcies. Car il semble que tous les artistes représentant des tendances diverses se l'ussentdonné rendez-vous à cette exposition de 1819. A côté de la vieille école issue de David, à côté de Gros, le seul légitime continuateur du maître, à côté de Pagnest, qui protestait en faveur du réalisme, il y avait quelques artistes originaux, alors encore inacceptés : il y avait l’ Assomption de Prudhon, placée aujourd'hui dans la chapelle des Tuileries; il y avait la fameuse Odalisque de M. Ingres; il y avait enfin le Naufrage de la Méduse , de Théodore Géricault.
Voici ce que le Journal de Paris , l’antagoniste de la G (datée, disait de l'Odalisque : « Malgré toute ma - disposition à l'indulgence, je ne ferai point de « compliments à M. Ingres, qui, parvenu à l’âge où « le talent des artistes doit être dans toute sa force, « semble prendre à lâche de nous ramener au goût « de la peinture gothique. Il n’y a qu’unsenlimentsur « le compte de son Odalisque, et je ne doute pas qu'il « ne s’empressât de la soustraire à nos regards, s’il « entendait seulement une partie des propos qu’elle « fait tenir dans le public. » Le Journal des Débats était plus indulgent encore. Il ne craignait pas de déclarer (pie l'Odalisque laissait découvrir les secrets d’un beau talent à travers de déplorables bizarreries. Je ne sache pas que le Constitutionnel ait dit un mot de M. Ingres, ni de /’ Assomption de Prudhon, qui resta presque inaperçue.
Tel était l’état de l’esprit public et de la critique, quand Géricault exposa sa Méduse au Salon de 18-19. Il n'y avait pas grande apparence que cette peinture, malgré son aspect dramatique, lut appréciée à sa juste valeur. Le Constitutionnel la mentionne seulement, ajoutant que M. Géricault est «un jeune ar- « tiste qui promet beaucoup. » Le Journal des Débats n’en dit mot. Le Moniteur, par une grâce singulière, inséra celte note, après la visite de Louis XVIII au Salon : « Le Naufrage, par M. Géricault, a fixé long- « temps les regards du roi, et lui a donné lieu d’a- « dresser à l’artiste un de ces mots heureux qui « font le jugement de l’ouvrage et l’encouragement « de l’auteur. » Il est permis de penser que celle parole bienveillante du roi était une faveur plutôt qu’une appréciation éclairée du mérite réel de la peinture. Le Journal de Paris fut le seul qui attachât une certaine importance à l’œuvre de Géricault : « La foule, dit-il, s’arrête d’abord devant l'Embar- « quement de Son Altesse royale madame la duchesse « d Anqouleme, par M. Gros, et devant l’épouvan— « table scène de Naufrage, peinte par M. Géricault.
« Il y a certainement de l’imagination, il y a de la « poésie et un sentiment très-vif de l’intérêt drama- « tique dansladisposition de ces figures colossales et à « moitié nues qui s’agitent en désespérées parmi des « morts et des mourants. Il y a de la hardiesse dans « le placement et, la dislocation de ce radeau à demi « submergé; il y en a beaucoup dans l'idée de peiu- « dre sur le point le plus élevé cet l’homme qui s’é- « puise à faire d’inutiles signaux avec des lambeaux « de draperies. On ne peut nier enfin que l’auteur « n’ait inventé de beaux épisodes, et que, profondé- « ment pénétré de toute la terreur de son sujet, il « n’ait su , à beaucoup d’égards, la rendre avec « une effrayante énergie; mais malheureusement le « premier coup d’œil lui est. plus favorable que le « second, et il ne faut qu’un examen de quelques « minutes pour reconnaître avec regret dans la re- « présentation de ce désordre de nombreuses irnper- « fections. Pourquoi les vivants, les morts, les cor- « dages, les draperies, etc., sont-ils de la même « couleur, etc. ? »
La Méduse ne produisit donc pas sur la presse et sur le public une bien vive sensation; mais elle excita l’enthousiasme des jeunes artistes, el féconda les germes déjà éclos de la révolution contre les successeurs dégénérés de Louis David. Et bientôt on vil, aux Salons suivants, une foule do protestations éclatantes qui décidèrent le mouvement eu peinture. A l’indifférence succéda la controverse. Le Dante et Virgile, de M. Eugène Delacroix, avait été exposé en 1822, et quand le Massacre de Scio parut en 1824, la discussion s’engagea entre les deux écoles, dont l’une était destinée a éclipser l’autre Géricault venait de mourir le 18 janvier.
Théodore Géricault était né à Rouen en 1791 . Son père, avocat, vint demeurer à Paris. Au collège, Gérieaull manifestait déjà un caractère fantasque et un immense besoin d’activité. Il avait un goût prononcé pour les chevaux. Le théâtre qui lui plaisait le plus était le cirque de Franconi. On rapporte même qu'il s’attachait des barres de fer le long des jambes pour se courber les genoux en arc, à la manière des cavaliers. Il se passionnait pour le jeune Alexandre domptant Bucéphalc dans la plaine labourée. Aussi cet amour pour l'équitation, joint à une aptitude singulière pour le dessin, le détermina, au sortir du collège, à suivre pendant quelques mois batelier de( Cai le Vernct, où il travailla de caprice et comme un homme sûr de sa prédestination. En 1811, il entra chez Guérin. Guérin, Girodel, Gros et Gérard, les quatre G, comme on b-s appelait, passaient, dans ce temps-là, pour des maîtres accomplis, Guérin surtout. C'était dans l’atelier de Guérin lui-même que se couvait dès lors cette insurrection qui a triomphé de l’ancienne académie. Géricault rencontra chez Guérin MM. Scheffer, Champmarlin, de Dreux-Dorcy et un artiste nommé Champion, dont 1 influence contribua beaucoup à son talent M. Delacroix n }
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vint que quelques années plus tard. Ce Champion, quoique son propre talent n ait jamais peii e, était} à ce qu’il paraît, un de ces hommes extraordinaires, mais incomplets, auxquels manque la faculté de réalisation ; le sens poétique exalté, l'impression vive et juste, la conception élevée, mais une impuissance radicale à incarner dans une forme saisissabln de brillantes rêveries; l'invention sans le moule pour la produire; la force de la pensée, sans l’éloquence du langage; un immense et vague désir, qui demeure flottant dans le monde intangible des chimères.
Géricault travaillait donc chez Guérin, comme Louis David commença chez Boucher; mais Guérin ne devina pas Gcricaull, comme Boucher avait deviné son neveu David, quand il lui dit à leur séparation : « Va, mon fils, puisque ta vocation t’emporte, « mais reviens me voir quelquefois; je t’apprendrai « encore à canner une jambe avec (/race. » Guérin ne comprenait rien du tout à la manière large et fougueuse de son jeune élève, qu’on appelait à l’atelier
I c cuisinier de Rubens. Géricault, en effet, ne put jamais s’astreindre à la froideur compassée de son maître. 11 obéissait naturellement à son instinct de coloriste et à l’ardeur de son tempérament. Au bout d’un an, il savait son métier comme un vieux praticien. En 1812, il débuta à l’exposition par le Chanseur à cheval ; 1 c Cuirassier fut exposé au Salon suivant. M. Marcille en possède une belle esquisse. Ces deux grandes et énergiques peintures sont aujourd'hui au Palais-Royal. Elles sont comparables aux plus chaleureuses compositions de Gros, pour la hardiesse delà tournure et la sûreté de l’exécution.
Ce fut, je crois bien, vers ce temps-là que Géricaull alla faire un premier voyage en Angleterre avec M. Charlet; car Chariot était aussi des amis de Géricault. A son retour, celui-ci fut peindre des chevaux à Versailles. 11 était occupé à ses études de prédilection, quand il fut interrompu par l’arrivée des alliés. Le bruit de la guerre excita son humeur chevaleresque et sa passion de mouvement. 11 s'engagea dans les mousquetaires, en ISM, et fut jusqu’à Béthune. Le goût des chevaux ne fut peut-être pas étranger à cette brusque résolution. Mais l’année était à peine révolue, (pic le volontaire en avait assez.
II dit adieu à la gloire des armes et reprit sa vie d’artiste.
Pour continuer ses études, il passa en Italie, où il demeura un an environ. Une fois en Italie, il semble (pie son caractère se voile d’une sombre teinte de mélancolie; il semble que ce désir indomptable d’agitation extérieure soit, refoulé au fond de son cœur. L’ardent jeune homme est triste et plein d’insouciance : à Rome, il reste trois mois sans laisser entrer personne dans sa chambre, et sans faire faire son lit. Il écrit à son ami M. de Dreux-Dorey les lettres les plus découragées; c’est une sensibilité maladive qui ne trouve point d’aliment; c’est une amertume déchirante; c’est une aspiration inquiète vers
des choses inconnues; il souffre, sans savoir ce qui le fait souffrir; « Mon pauvre cœur est plein, dit-il, « et je n’ai personne sur qui m’appuyer. Ayez quel- « que indulgence pour mon caractère lamentable. »
Presque tous les hommes de génie ont eu dans leur vie de ces crises terribles et de ces affaissements désespérés auxquels succombent parfois les âmes les mieux trempées. Léopold Robert en est mort. Louis David aussi, comme Géricault, eut, au commencement de sa carrière, un moment de doute et de langueur, et il se serait laissé, mourir de faim, si Sedaine et Doyen n’eussent forcé sa porte. Us sauvèrent ainsi le peintre futur de Sacrale et des H or aces, de lirulun et de Léonidas.
Heureusement, Géricault. se sauva lui-même. Il ne pouvait, à celle heure, être vaincu par sa mélancolie fatale. Car il portait en ses entrailles des créations qui demandaient à voir le jour. Il était tourmenté des douleurs de l’enfantement poétique. Et ce n’était point l’Italie qui pouvait aider à sa délivrance; l’Italie, cette pauvre trépassée, ensevelie depuis deux siècles dans le splendide linceul étendu sur son corps par les âges précédents; l’Italie où la vie présente est étouffée par les souvenirs. Géricault dut se sentir mal à l’aise au milieu de ces ruines, lui qui était agité de l’esprit de son temps, et qui voulait peindre selon son cœur. C’était la France vivante et passionnée qui devait réchauffer son inspiration et qui la fit éclore à son terme. Pourtant, mon
Dieu, avec quel aveuglement la France ingrate a méprisé d’abord l’enfant de Géricault, ce terrible Xaitfragc de la Méduse! Ne l’a- t-el le pas laissé exiler en Angleterre, et n’a-t-il pas fallu qu’il fût baptisé par les Anglais pour qu’elle le naturalisât dans son musée! Il y est. maintenant; et toute la génération étique, blafarde, à la peau gercée, que l’école impériale a mis au monde, pâlit autour de lui.
Que fit. donc Géricault eu Italie? Personne ne le sait. Mais le voilà en France. Le voilà ranimé, et il va bientôt jeter au dehors toute sa poésie. Il n’y avait pas bien longtemps qu’il s’était passé un drame épouvantable sur un radeau perdu au milieu de l’immensité. Une centaine d’hommes avaient lutté avec un courage héroïque contre la faim et la tempête, et de ces cent hommes, une douzaine seulement avaient revu la terre, après des souffrances inouïes, après avoir dévoré le cuir de leurs chaussures et la chair de leurs compagnons. Et sur ce plancher flottant. en pleine mer, on avait tiré au sort à qui serait dépecé et mangé tout cru. Il y en avait qui s’étaient donné la mort volontairement pour prolonger de quelques jours l’existence des autres; quelques-uns, condamnés par le sort, avaient défendu leur vie avec une rage de damnés; plusieurs s’étaient précipités dans l’abîme. Et quand les quinze qui avaient survécu à ces horribles tortures furent sauvés, quand ils furent en face d’une saine nourriture, après deux ou trois semaines de famine, il y en eut qui, fouil-
LES B K A UX-A RTS.
Luit dans leurs |)t>clif»s, retrouvèrent encore des lambeaux dr* chair humaine.
Ce drame dr lu Mrthisi > poursuivait sans cesse Cericaull. Sans cesse Céricaiill retournait dans sa pensée, sousdivers aspects, les imagcsde celle longue agonie : beaucoup d'artistes ont vu , chez M. Scheffer, un curieux album de Çéricatill, où l'on remarque, entre des éludes de toute sorte, plusieurs petits croquis des scènes du radeau. Ce sont, les premiers jets de sa grande composition. Ces nus représentent le moment, de la bataille, où, quand il n'y a plus a manger, nu sacrifie quelques victimes. Ces autres représentent le moment de salut où les marins s'élancent sur la terre. Ca plupart de ces esquisses rapides sont reléguées dans de petits carrés au coin d’une page, pendant que le beau milieu du papier est occupé parmi sujet différent, comme si l’artiste eut. quitte son éludé principale pour consigner vite • me certaine forme de sa préoccupation habituelle. Vasari rapporte qu’ayanl feuilleté les cartons de Michel-Ange, il trouva souvent la même idée niodiliee et reformée de diverses façons» Cela prouve la
fécondité du génie ol non point, comme on pourrait le supposer, la difficulté de l'invention.
Enfin, lorsque C.érieault eut bien arrête dans pensée l'image qu'il voulait traduire en peinture il s'enferma chez lui avec des cadavres, comme faisait le Tin tore l pour étudier l’anatomie. In soir même, il entra sans lumière dans son atelier; son pje<| glisse sur quelque chose de rond et de gluant ; c’elait une tète que les rats avaient séparée du tronc et promenée sur le parquet. Gérieaull n’elail pas homme a négliger une chose commencée. Cet . . . ta¬
bleau de vingt-deux pieds de large sur quinze de haut, il l’exécuta en moins de six mois, prenant quelquefois l'aide de M. Dorcy, qui a peint une par lie du ciel. Alors il montra son œuvre a ses aiuis étonnés, et je ne sais plus lequel s’écria dans sou enthousiasme : « Mon cher t’.éricault, vous avez fait « là un Xnufragc qui n'en sera pas un pour vous! »
La fin a lu prurlmiiii ‘ titrai, s un.