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a i connu un Immun* ijni avait ton jours etc heureux, jusqu'au moment où je ne. sais qui lui adressa en présent douze oignons de tulipe.
Je n'ai jamais vu qu’un homme plus embarrassé, c’est, un négociant de Marseille , auquel un prince africain envoya deux tigres et une panthère, en le priant de les garder pour I amour de lui.
Notre homme demanda à quelqu'un si les tulipes venaient dans l'eau et sur une cheminée comme les jacinthes, a quoi il lui fut répondu que non. Il alla voir un ami qu'il avait, grand amateur de tulipes, et lui offrit ses douze oignons. L’ami répondit noblement qu’il donnait quelquefois des tulipes, mais qu’il n’en acceptait jamais , ne se souciant pas de voir déshonorer ses plates-bandes pour quelque Heur de bas a loi ; d'ailleurs celles qu'il possédait avaient été semées et élevées par lui ; c’était une sorte de famille dans laquelle il ne voulait pas admettre d’étrangères.
Notre bomme était garçon, et dépensait à peu prés la huitième partie de son revenu. Pierre, dit-il à son domestique , M. Heault n’a pas voulu de mes tulipes , à qui puis-je les donner7 Pierre avisa
que la cour dans laquelle on laissait courir le chien avait été originairement un petit jardin, que deux lilas et un acacia en faisaient encore foi, qu’il ne s’agissait que de retourner la terre, pour avoir cent fois plus de place qu’il n'en fallait pour les douze tulipes, et que dès le lendemain il aurait fait la besogne. En effet, Pierre se leva de bonne heure et se mil à bêcher la terre. Il avait acheté une bêche et un râteau pour 8 francs; son maître trouva «pie les tulipes lui coûteraient fort cher, et que c’était réellement bien dommage que M. Heault n’en eût pas voulu. La nuitsnivante, b* chien, qu'on avait jusquelà laissé libre dans la cour, se vengea de sa captivité en poussant d 'affreux hurlements. Le lendemain, Pierre dit à son maître : Monsieur, voila la terre retournée assez pour planter un millier de tulipes; mais il y a une chose qui m’arrête, je Misais pas à quelle profondeur on les plante.
Tu peux bien eu agir au hasard, elles vieilliront comme elles voudront.
.Monsieur, j’ai un cousin qui est jardinier, et je lui ai dit de venir ce malin; monsieur n'aura a lui payer «pie sa demi-journée, et les tulipes seront plantées convenablement.
Dans une maison où il lit une visite dans la journée, une femme lui dit : On raconte que vous faites planter un jardin ?
Non, dit-il, c’est simplement que je fais mettre dans la terre douze tulipes que m'a envoyées M. Bernard.
Quel Bernard?
Bernard de Lille.
Oh! mais alors ce doit être quelque chose de beau, il passe pour un grand amateur ; d’ailleurs on n’envoie pas douze tulipes quand ce ne sont pas des plantes rares et précieuses.
Je n’en sais rien.
Comment se fait-il donc que vous n’ayez pas un jardin depuis longtemps?
Je n’y ai jamais pensé.
Vous n’avez jamais vu celui de M. Dulaürier?
Jamais.
C’est un jardin charmant ; nous y sommes allées, ma sœur et moi, avant-hier.
Vous êtes allées chez M. Dulaurier ?
Pourquoi pas ?
Mais M. Dulaurier est garçon, et...
C’est bien différent, nous n’irions pas faire une visite à M. Dulaurier, mais nous allons voirson jardin
Ab ! Et si j’avaisun jardin, vous viendriez le voir?
'Près-probablement.
Arnold rentre chez lui très-préoccupé; depuis longtemps il avait remarqué cette femme, mais la sensation désagréable qu’il avait ressentie enapprenantsa visite chez M. Dulaurier l’avertit qu’il s'intéressait à elle plus qu’il ne l’avait cru jusque-là. Le jardinier préparait les rayons pour ses douze tulipes, Arnold l’arrête et lui dit : — Pensez-vous qu’on puisse faire un très-beau jardin dans cette cour?
Impossible, monsieur, votre cour est grande comme la main.
C’est vrai; je voudrais pourtant bien avoir un beau jardin.
Donnez-moi du terrain , monsieur , et |(. ,n>n charge.
Je n’ai que cette cour.
La maison que monsieur habite lui appartient
elle?
Oui.
Pourquoi alors monsieur n'acbéle-l-il pas ce grand enclos qui sépare la maison de monsieur de celle de M. Durut, et que M. Punit veut vendre? ou dit que ce sera vendu pour rien.
Voyons l’enclos.
En effet, l’enclosestgrand, quelques parties même sontdéjà plantées, un beau rideau de peupliers le séparé du jardin de M. Durut. On va chez le notaire, on vend fort bon marché. Arnold achète et paye, et b* jardinier se met à l’œuvre; on remet dans sa cour le chien qui pendant trois nuits n’a pas un instant dis continué ses hurlements.
Aurai-je un beau jardin? demandait quelquefois Arnold à son jardinier.
Certainement, monsieur, répondait celui-ci, vous aurez des choses qu’on ne voit nulle part ; vous aurez des roses vertes, et des roses noires, et des roses bleues.
Vraiment!
Oui, monsieur, j’ai la recette pour les faire dans un vieux livre que je tiens de mon père.
Et c’est très-beau d’avoir des roses vertes, bleues et noires ?
Oui, monsieur, personne n’en a.
Arnold ne quittait plus le jardin ni le jardinier ; il faisait planter et déplanter, il fallait que loin lût prêt pour le printemps prochain. M. Durut, son vendeur, lui lit une visite, puis une autre. Bientôt chaque fois que de sa fenêtre il voyait Arnold au jardin, il y venait le trouver.
Heureusement, pensait Arnold, quand les peupliers auront des feuilles, il ne pourra plus voir si j’y suis. M. Durut était un homme de cinquante ans, invariablement vêtu d’une redingote verte râpée, et d’un chapeau crasseux, qui était en guerre avec tout le voisinage, et se ruinait à suivre des procès entés les uns sur les autres. Comme il était fort préoccupé de ses procès, il en parlait sans cesse et en ornait le récit de toutes sortes d’invectives et de malédictions contre ses adversaires; en outre, il n’avait pas l’air de se rappeler qu’il avait vendu son enclos. Quand il en parlait, il disait toujours mon jardin, et blâmait tout ce qu’on y faisait ; c était bien mieux de son temps. Comment, vous déplantez ceci? Comment, vous plantez cela? Mais vous gâtez tout. Arnold était un homme doux, mais l’ennui le rendait féroce. Un jour que M. Durut lui en avait donné une dose plus forte que de coutume, il dit à Pierre : Quand M. Durut viendra, je n’y serai pas. Le lendemain, M. Durut aperçut Arnold par la fenêtre et vint sonner chez lui; Pierre, d’après les ordres de son maître, répondit qu'il était sorti. Comment, comment sorti ! je viens de le voir dans mon jardin. Et M. Durut entra. Arnold était furieux et se contint à peine. Cette fois, il ne se dérangea pas, et au moyen d’une précaution oratoire consistant. en un « vous per niellez, » il continua à aider le jardinier, quoique celui-ci eût six ou sept garçons autour de lui. Quand M. Durut s’en alla, Arnold dit à Pierre :
Qu’est-ce que je t’avais dit? de ne pas laisser entrer M. Durut!
Je le sais bien, mais il avait vu monsieur dans le jardin, et il est entré malgré moi.
C’était une raison de plus pour ne pas insister, il aurait dû comprendre «pie je voulais être seul. Si tu le laisses entrer encore une fois, je te renverrai.
Mais, monsieur, alors ne vous montrez pas dans le jardin.
Arnold alors se livra â une sortie éloquente : Comment , j’ai acheté le terrain de ce vieux scélérat , et je ne pourrais m’y promener librement! M’a-t-on averti que la propriété était soumise à l’intolérable servitude d’y souffrir sans cesse sa présence? Le jardin esta moi, je l’ai payé, j’y suis chez moi, je ne veux pas le payer une seconde fois, et mille fois plus cher par l’ennui que cet infatigable plaideur m’y apporte chaque jour. J’avais espéré avoir la patience d’attendre que les peupliers eussent des feuilles; mais tu entends, Pierre, je ne veux plus le voir. M. Durut se présente dès le lendemain: même réponse de Pierre, même insistance de M. Durut.
Mais Pierre , je sais bien qu’il y est, je viens de le voir dans mon jardin.
C’est possible, mais c'est monsieur qui m’a dit lui-même qu’il n’y était pas.
Alors, Pierre, allez lui dire que c’est moi.
Monsieur, c’est inutile, il n’y est pour personne.
C’est égal, allez lui dire que c’est moi.
Monsieur, je n’irai pas, monsieur me renverrait. M. Durut retourna chez lui, et de sa fenêtre appela Arnold. Ohé, voisin! Arnold lit semblant d’être trèsoccupé et. ne répondit pas. Mais M. Durut ne se décourageait pas pour si peu. Ohé, voisin! criait-il, ohé, monsieur Arnold. Arnold aurait voulu le battre. Ohé, jardinier! cria M. Durut, dites donc à M. Arnold que je l’appelle. Arnold quitta le jardin. Les feuilles sont bien lentes à pousser, disait-il en soupirant. Le lendemain, M. Durut vint le voir, trouva chez Pierre la même obstination, et, retourna à sa fenêtre appeler Arnold. Celui-ci lit un peu la sourde oreille, mais enfin la patience lui échappa.
Mais, monsieur , je vous entends bien, répondit-il.
Ab! à la bonne heure, répondit M. Durut, c’est Pierre qui me soutient que vous n’y êtes pas; j’ai beau lui dire que je vous vois dans mon jardin, il s’obstine à ne pas me laisser entrer.
Pierre a raison, monsieur, je n’y suis pas.
Comment, voisin, qu’est-ce que cela veut dire ?
Cela veut dire, monsieur, qu’il y a des momentsoù j’aime â être seul ; que, pour être bons voisins, il ne faut se gêner ni l’un ni l’autre.
C’est-à-dire, monsieur, que je suis consigné à votre porte ?
C'est-à-dire, monsieur, que vous me ferez plaisir de me venir voir de temps en temps, mais qu-’il faut que chacun soit libre chez soi.
Je vous entends, monsieur, je ne vous dérangerai plus.
C’est ce que je demande, monsieur.
Très-bien , monsieur.
Et. M. Durut ferma sa fenêtre avec violence. Arnold était bien délivré; mais, de ce jour, les épluchures de légumes, les os de viande de la maison Durut, furent irrévocablement envoyés par-dessus le mur dans le jardin d’Arnold. Je ne veux pas parler d’autres immondices. D’abord Arnold les lit enlever sans se plaindre ; mais cependant un jour que la chose avait été plus grave (pie de coutume, il aperçut M. Durut à la fenêtre et l’appela. M. Durut ne répondit pas ; Arnold appela une seconde fois; M. Durut celte fois consentit à l’entendre, et dit :
Monsieur, je n’y suis pas.
Allons donc , monsieur, il ne s’agit pas de plaisanter.
Monsieur, chacun doit être libre chez soi.
C’est bien, monsieur, mais je ne veux plus que vous jetiez ainsi vos ordures dans mon jardin.
Ta, ta, ta, ta, ta.
EtM. Durut quitta la fenêtre. Arnold ordonnaderejeter par-dessus le mur, chez M. Durut, tout ce qu’à l’avenir on enverrait de chez lui. M. Durut alla chez le maire se plaindre que M. Arnold fît jeter des or-
dures dans son jardin. Le maire manda M . Arnold cl lui lit des reproches; Arnold répliqua qu'il ne taisait que renvoyer ce qu'on lui jetait. Le maire n’en crut pas un mot. Arnold s’impatienta et s’aliéna l’autorité. Trois jours après, une sommation fut apportée parun huissier au domicile d’Arnold. Le roi. d'après la formule employée par les huissiers, qui prêtent ainsi au roi d’étranges choses et d'étranges mots pour les dire, ordonnait à Arnold d’avoir, dans vingt-quatre heures pour tout delai, a abattre les peupliers qui formaient un rideau entre les deux propriétés, le tout enjolivé des menaces les plus formidables. Arnold fut étourdi du coup et alla consulter un homme d’affaires; celui-ci vint visiter les arbres, et dit : Il faudra abattre, la loi est précise; les arbres ne peuvent pas être à moins de six pieds du mur mitoyen, et il n’y a que quatre pieds entre ceux-ci et le mur.
Mais c’est lui qui lésa plantés.
Cela ne fait rien , les deux propriétés étaient alors à lui ; il faut abattre.
Si je n’abattais pas v
Ou vous y contraindrait.
Les peupliers étaient magnifiques, couverts de jeunes feuilles d’un vert transparent, c’était la plus belle courtine verte (pion pût voir; Arnold était désespéré. Celle pour laquelle il avait fait le jardin lui avait promis de venir voir les tulipes aussitôt qu’elles seraient, en fleurs, cela ne pouvait tarder que quelques jours. Ce rideau abattu détruisait tout l’effet de son jardin; il appelle le jardinier et lui demande si l’on pourrait replanter les peupliers a six pieds du mur.
Certainement.
Et ils vivraient’!'
Non, parce que ce n’est plus la saison; il \ ,, un mois cela n’aurait pas souffert la plus petite difficulté.
Il retourna chez son homme d’affaires.
Arrangez-vous comme vous voudrez, j| faU| l)Ue je garde mes peupliers.
Cela dépend du voisin.
Allez le voir, offrez-lui de l’argent.
L’homme d’affaires fut très-mal reçu, cl M. Iinrut ne répondit à ces propositions que par une nouvelle sommation. Arnold alla la montrer à son homme d'affaires.
Pouvez-vous , par des ressources do chicane, uio conserver mes peupliers quinze jours’!
Oui , en faisant opposition a la sommation et eu citant votre adversaire pour s’entendre débouter; nous soutiendrons devant le tribunal que les arbres sont a six pieds et demi du mur; le tribunal nommera des experts et les enverra suites lieux : les experts feront leur rapport, et nonen aurons pour quinze bons jours ; mais cela vous coûtera cher, tous les frais seront à votre charge, et il faudra ensuite abattre les arbres.
Ensuite — ça m'est à peu près égal
L’homme d’affaires engagea la lutte , et il arriva comme il avait prévu ; seulement le temps s était refroidi, les tulipes n étaient pas ouvertes, et l'objet de tousees ennuis ne venait que pourses tulipes, il fallait abattre les peupliers. Quelqu'un conseilla a Arnold défaire peindre des arbres sur le mur, celait assez laid, mais en cette saison il n’y avait pas moveude rien planter.
\ i. e II o x s K K A II 11.