‹ Les Beaux-ArtsChapitre 107 sur 204 · I.u fin n Kt prochaine lirntisuii · texte numérisé non relu

I.u fin n Kt prochaine lirntisuii

ks rêves ont troublé le sommeil de Lénore;

Triste, elle s’est levée avant Vauhe du jour :

« Es-tu mort ou parjure, 0 Wilhelm, mon amour?

Tarderas-tu longtemps encore?

De sombres visions l’agitent chaque nuit.

Car Wilhelm est parti le soir des fiançailles.

L’ingrat l’a délaissée, et maintenant il suit

dais Y\ illielm est absent ; c’est en vain que Lénore Cherche au milieu des rangs cet époux qu’elle adore, Et (pie, les parcourant d'un regard alarmé.

Elle crie : « Où doue esL mon Wilhelm bien-aimé? » On l’ignore, et pendant que s'éloigne la foule,

Lénore, échevelée et folle en ses douleurs,

Pâle de désespoir, se meurtrit et se roule Sur le sol baigné de ses pleurs.

F r f: i) fi n te n k t \ dans les batailles.

Mais la paix est conclue, et le bruit des chansons Succède dans la plaine au sifflement des balles : On entend retentir avec de joyeux sons Les trompettes et les timbales.

Sa mère accourt : « Enfant, que Dieu le soit en aide! Qu’est-ce donc? à les maux n’est-il point de remède? Ah! laisse au moins ta mère en prendre la moitié! » — Malheur à moi! malheur! il n’est plus, ô ma mère! Périssent l’univers, et lescieux, et la terre !

Le Seigneur n’a point de pitié.

Les soldats triomphants regagnent leurs foyers,

El d’épais bataillons, échappés an carnage.

S’avancent sur les ponts et le long des sentiers.

Le front couronné de feuillage *.

Et, pour les accueillir et leur donner la main,

Jeunes gens et vieillards sont là sur le chemin.

« Ma prière est enfin par le ciel exaucée !

Ami, sois bienvenu ! » dit mainte fiancée.

« Mon père est de retour, » dit maint enfant joyeux,

La gaîté dans le cœur et les pleurs dans les yeux.

On sait que les soldats allemands ont coutume d’orner leurs bonnets de rameaux verts.

— O ma fille, invoquons le Créateur suprême;

Ce qu'il fait est bien fait; il nous garde et nous aime...

— Et pourtant son courroux nous accable aujourd’hui ! A quoi sert d'implorer ses bontés souveraines?

A quoi sert de prier? les prières sont vaines,

Et ne montent pas jusqu’à lui.

— Ma fille, quel démon égare ta parole?

Connais mieux le Très-Haut, le Père qui console.

Et n'abandonne point ses enfants dans le deuil.

Le Très-Saint Sacrement calmera ta souffrance...

— Les sacrements sont faux, et n'ont point la puissance

D’arracher les morts au cercueil.

— Ecoute, mon enfant; en son humeur légère, Peut-être est-il au bras d’une femme étrangère : Il a rompu ses noeuds ; oublie un inconstant ;

Il expira bientôt ses coupables délices,

Et les démons pour lui préparent leurs supplices Dans le royaume de Satan.

— Non, ma mère, à ses jours le fera mis un terme; La tombe garde bien les morts qu’on y renferme ;

Le trépas seul pourra consoler mes ennuis.

Due maudite soit l’heure où je parus au monde :

O ma vie, éteins -loi dans une nuit profonde '

O malheureuse que je suis !

— Son cœur dément les mots que sa bouche profère, Seigneur! pour mon enfant, ne soyez point sévère, Ne la regardez point d’un œil trop rigoureux!

Ma tille, pense à Dieu, pense au bonheur céleste !

Qu importent les chagrins de la terre ? il le reste Encore un époux dans les deux.

t) ma vio, éteins— toi dans! horreur des ténèbres! Qu’est-ce que le bonheur? que sont ces lieux funèbres, Où le blasphémateur est, dit-on, châtié?

Le bonheur c’est Wilhelm, l’enfer c’est son absence... O ma mère, pourquoi m avoir donné naissance ?...

Le Seigneur n’a point de pitié !... »

C’est ainsi que Lénorc, en sa sombre imprudence, Méconnaissait de Dieu la sainte providence;

Son fougueux désespoir gémit jusqu’au moment Où dans l’obscurité les cieux s’ensevelissent,

Où les étoiles d’or étincellent et glissent Sur la voûte du lirmament.

Mais au dehors quel bruit se fait entendre? Trap! trap ! trap ! trap ! c’est le pas d’un cour Lu cavalier soudain vient d’en descendre Et de son sabre a résonné l’acier.

sier

Vrs le perron le voilà qui chemine;

Jusqu’à la porte il monte, il est monté !

El la sonnette à la voix argentine,

Kling ! gling ! gling ! gling ! a doucement tint.:.

« Holà! dit-il, ne sois pas alarmée ;

Que mes accents dissipent les frayeurs.

A ton Wilhelm, ouvre, ma bien-aimée ;

Te trouve-t-il dans la joie ou les pleurs?

— C'est loi, Wilhelm, à celte heure avancée !.. Lénorc, hélas! n’espérait plus le voir; D’affreux tourments assiégeaient sa pensée... D'où viens-tu donc avec ton cheval noir?

— J’accours ici chercher celle que j’aime; Suis-moi, Lénorc, et partons sans retard;

Mon cheval noir m'amène de Bohême.

— Mais pourquoi donc es-tu venu si tard ?

— Il est minuit; et ce n’est qu’à celle heure Qn'on nous permet de chausser l'étrier.

— Entre, Wilhelm, entre dans ma demeure ; Dans la forêt j’entends le vent crier.

Laisse le vent crier ; (pie nous importe? De ses fureurs n'ayons aucun souci.

Mon coursier gratte et hennit à la porte;

Ne tente point de m’arrêter ici.

Sur mon cheval saute en croupe, Lénorc ! Chausse-toi vile, et fuyons à l'instant,

Lar nous ferons deux cents milles encore Pour arriver au lieu qui nous attend.

— \ songes-tu ? deux cents milles encore ! Pourrions-nous donc les franchir celte nuit? N'entends-tu pas celle cloche sonore

Dont le battant vient d’annoncer minuit?

— Hourra ! les morts et moi nous allons vite; Pour nous la lune éclaire le chemin.

Kassurc-toi ; si loin que soit mon gîte,

Nous l’atteindrons, je gage, avant demain.

— Quel est l'abri vers lequel tu me guides? Qiud est le but de nos pas hasardeux?

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