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En me liant, à la scène la ballade populaire de Bürger, les auteurs du drame qu’on vient de représenter au théâtre de la Porte-Saint-Martin semblent s’être attachés surtout au pathétique du sujet et n'avoir cherché «pie l’émotion et les larmes dans une fable où la terreur et l’élément, fantastique paraissaient devoir jouer le principal rôle. Tout au rebours de la ballade, le drame de Lénore vit et se meut sur la terre, les passions qu’on y rencontre sont des passions humaines et réelles; et si l’effroi par moments intervient , si , à la dernière scène du quatrième acte, l’arrivée du cavalier funèbre jette tout, à coup l’épouvante dans la salle, le surnaturel n’y est pour rien et le prodige finit toujours par s’expliquer. Certes il y avait une autre manière de comprendre la pièce; au lieu de s’en tenir, dans un pareil sujet, à côtoyer le fantastique, on pouvait y entrer à pleines voiles, au lieu de nous laisser entrevoir à tout instant le surnaturel pour l’escamoter presque aussitôt par des situations plus ou moins ingénieuses, mais toujours rattachant le drame à la vie réelle. On pouvait, dés le troisième acte, se lancer a corps perdu dans les régions vaporeuses du rêve, dans le domaine de la vision, et jusqu’au dénoùment ne le plus quitte]-. De la sorte, les choses, au lieu de se passer dans le récit, se passaient dans l’action, et le terrible galop fantastique allait son train; de la sorte aussi, tout un monde nouveau, monde mystérieux, étrange, poétique, où flottent el se croisent comme autant d’illusions et d’ombres errantes, la plupart, des idées de l’Allemagne superstitieuse et mystique, se déroulait aux yeux du spectateur, et le drame y gagnait sinon du côté de I émotion , du moins pour l’appareil théâtral et la curiosité de la mise en scène. I)u reste, le meilleur argument à donner en faveur de notre observation, c est que le jour de la première représentation de Lénore, avant (pie le rideau se fût levé, la salle tout entière s’attendait au merveilleux, au fantastique; on n imaginait pas que la ballade de Burger put «dre traitée autrement qu’à l’allemande, c’est-àdire avec toutes les franchises, toutes les privautés que hi poésie a le droit de prendre en certaines occasions exceptionnelles. Et. le dirons-nous, le nom du disciple de Codifie par excellence, du pocte de la lantaisie s il y en eut, le nom de M. Henri Blaze qui circulait dans la salle, semblait pleinement devoir justifier d’avance cette opinion. Aussi est-ce peut-être a celte attente générale du public qu’il faut attribuer l’espèce de désappointement qu’on a res¬
senti au cinquième acte en voyant revivre le pâle fiancé de Lénore, et. se relever au soleil de l’amour heureux cette tige douce et. languissante du jardin d’Allemagne, que chacun dans la salle s’attendait a voir broyer sous le talon éperonné du cavalier fantastique. Le public des premières représentations ressemble un peu aux héritiers de tous les temps et de tous les pays, il n’aime pas que ceux dont il a pris la mort au sérieux reviennent tout de bon a l’existence ; passe encore pour leurs fantômes! Quand le public s’est livré de bonne foi à une émotion dramatique puissante, quand il s’est attendri sur la mort d’un personnage, il ne consent pas volontiers à ce qu’on le lui montre de nouveau; et s’il voit reparaître un personnage plein de vie et de santé, il en éprouve un certain mécompte, soit que le caractère d’une situation constamment pathétique durant quatre actes le prépare mal aux émotions toutes contraires dp ce qu’on appelle au théâtre un dénoûment heureux, soit qu’en ne se reconnaissant qu’à la fin dupe des fictions dramatiques il en ressente a son insu un certain dépit dont souffre ce petit amour-propre d’auteur en secret inné dans chacun. Nous ignorons jusqu’à quel point M. Henri Blaze doit être regardé comme responsable du mécompte qui a pu survenir à cet endroit; mais il nous semble, tout au contraire, que si la chose eût dépendu de lui. le jeune traducteur de Goethe n’était pas homme a reculer devant la hardiesse d’une situation. On connaît l 'histoire de ce drame de Lénore. Il y a quelques années, M. Henri Blaze écrivit en Allemagne une sorte de poème dialogué et en prose sur la ballade populaire, qui, quoi qu’en ait pu dire un certain critique fort à cheval sur son érudition en matière de littérature allemande, ne date pas de Bürger et se perd dans la nuit des temps; et cette pièce écrite sans aucune prétention théâtrale , toute de fantaisie comme Margarine s-, comme liosemomle et les autres poèmes de M. Henri Blaze, a servi de thème aux variations qu’il a plu aux auteurs du drame de la Porte-Saint-Martin d’y introduire pour le succès d’une œuvre dramatique à jouer devant le public. Et sur ce point, le penchant au fantastique, où inclinait avec tant de complaisance le public de la première représentation, pourrait bien avoir tort devant la masse. Chose étrange ! cette poétique simple et sentimentale à laquelle pas un n’eût préféré le premier soir les émotions d'un drame purement fantastique, est justement ce qui fait aujourd’hui le succès de la pièce.
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COLLECTIONS PARTICl LIEUES DE PARIS.
\ général , les amateurs alléelionnenl spécialement un maître ou une école : M. le marquis Maison aime surtout Prudhon et AVatteau, M. MarcilleGreuze et Prudhon, M. Périer Cuyp et Iloliliema , M. Kalbrenner Wouvermans et Gérard Dow; M. lecomte d'Espagnac aime les Italiens et les esquisses, M. le comte de Gypierre le xvme siècle français et Bouclier, AL le marquis de Biancourt les portraits historiques, M. Quédeville les gothiques; M. Marcotte li a que Léopold Robert et M. Ingres ; M. de Rothschild et lord llertfort n’achètent, que ce qui est très-cher ; la plupart des amateurs aiment mieux ce qui est hou marché.
M. Benjamin Delessert. ne paraît pas avoir de prédilection exclusive. On trouve dans sa galerie Raphaël, Rubens, Murillo, lesOstade, Greuze et même les peintres modernes. Toutefois, lesFlamands et les Hollandais dominent. La collection de AL Delessert comprend environ cinquante tableaux choisis parmi les chefs-d’œuvre de ces deux écoles.
Le tableau le plus précieux et le plus extraordinaire, le plus introuvable, quoiqu'il y en ait vingt d'un plus haut prix dans cette galerie distinguée, est un intérieur de Peter de Iloog. Pour les vrais artistes, Peter de Hoog est entre les cinq ou six premiers peintres de l’école des Pays-Bas. Le musée possède deux tableaux de ce maître. On en a vendit deux à la vente de AI. Périer. Il y en a encore trois ou quatre autres à Paris. Nous avons vu les musées de Belgique et de Hollande, nous n’avons jamais rencontré un Peter de lloog d'une qualité supérieure à celui de M. Delessert. C’est un miracle de lumière et de couleur. (Lest un mélange des rares qualités de Rembrandt, de Murillo, d’Adrien Ostade et des plus lins coloristes. C’est spirituel comme Watteau, fantastique comme les effets de Rembrandt, chaud et vaporeux comme Murillo, aère comme Velasquez, ferme comme le Tintoret. Lue
dame et un cavalier assis près d une table couverte d'un tapis devisent galamment. Le corsage de la femme est jaune, le manteau de l'homme est noir. Son chapeau est jeté par terre au premier plan. Le soleil joue dans ses longs cheveux et scintille sur la physionomie animée delà dame. I ne autre femme, debout, verse a boire. Elle porte un corsage rouge en velours et une robe verte. De l'autre cote de la table, un cavalier \étu de blanc, coiffe d'un chapeau noir et tenant une pipe. A gauche, la lumière jaillit par une fenêtre dont le store supérieur e>t levé. A droite, un lit enveloppé de rideaux sombres. Au fond, deux tableaux, un paysage et un portrait d'homme sont accrochés au lambris. Les étoiles blanche, jaune, rouge verte et noire reçoivent des éclats de soleil, et toutes ces nuances de haut ton se fondent dans une merveilleuse harmonie.
M. Delessert possède un autre Peler de Hoog. mi effet iY extérieur en pleine lumière. Il représente une cour de ferme. Une femme accroupie lire d'une marmite un poisson cuit ; une autre femme debout et vue de dos est enveloppée d'une mante en velours noir. Peter de Hoog a presque toujours peint des effets d’intérieur où il excelle. Nous ne connaissons de lui que trois scènes en plein air, celle-ci , le Jeu de houle, de la vente Périer, et mie hèle dons un Pare, qui orne la galerie de AL Van der lloop a Amsterdam. Mais comme la qualité de Peler de Hoog est justement le sentiment de la lumière et du clan obscur, ces trois tableaux sont des chefs-d'œuvre, aussi bien que ses tableaux d'intérieur.
On remarque en première ligne dans la collection de M. Delessert deux Terlmrg, une Jeune femme qui boit, peinture d’une linesse et d’une pureté exquises. et un Cavalier, une Femme et un Page, composition plus importante, mais un peu retouchée dans les fonds; deux Wouvermans, la Fontaine: un cavalier caresse une femme qui puise de l'eau; un cheval blanc est arrêté prés de la fontaine, et une Italie de trompettes; deux Adrien Ostade, le Ménétrier , avec
île nombreux personnagesqui dansenl et qui boivent ; tableau de premier ordre, et vu Portrait tic vieille femme; deux Greuze,une Tête de jeune fille delà plus belle exécution, et une Scène de famille; le père fait la lecture, entouré de deux jeunes tilles agenouillées, d'un jeune garçon debout et de plusieurs petits entants; un Paul Potier, tleu.r Vai lles dans une prairie; un Karel Dujardin, Femme et Animaux dans un pansage; un Métzu, intérieur, deux figures; un Gérard Dow, Vieille femme it une fenêtre; un Adrien Van Velde, femme, moutons, vaches, et un cheval qui boit; un Guillaume Van Velde, marine; deux Backuysen, deux ou trois Jean Steen, deux Isaac Ostado, un Miéris, unNetscher, deux beaux Teniers, deux Peter-Neefs , un Vanlluysum, Grand boiu/uet de fleurs; deux Van der Ileyden, plusieurs Berghem de première qualité; un Ruysdael, paysage avec une cascade; un Ilobhéma, un Both d’Italie, tout doré de soleil, plusieurs excellents Vynants, un Vanderneer, un Van Goyen, un Pinaker, un Rembrandt, peu orthodoxe, un Dietrick et un Van Staveren ; ajoutons encore les noms de Miel, Lingelback, de lleuscli, Ochterweld, Omegang, Vandermeulen et .Mignard.
On voit qu'il ne manque guère à la collection de M. Delessert qu’Albert Guyp, Gonzalés Coques, Branwer et Craesbeck, et quelques autres.
Mais voici deux petites toiles couvertes de pierreries étincelantes, une esquisse de Rubens, la Suinte Famille, Jésus, la Vierge, Joseph et sainte Anne; et une esquisse de Murillo, lu Suinte Futaille; Jésus est debout entre la Vierge et saint Joseph ; le Père éternel et les anges apparaissent dans le ciel. Ces deux prodigieux coloristes n’ont, jamais été plus lins, plus abondants, plus onctueux, plus variés et plus riches. Le Murillo est de la qualité de la petite Vierge dans une gloire, vendue 17,1)00 francs chez M. Aguado. Le Bubons est de la qualité des Filles de Lotit, du musée. Ces deux pendants feraient à merveille aux deux côtés delà petite Vierge de Raphaël, que 31. Delessert a payée 27,250 francs à la vente Aguado.
Il est bien triste de passera la peinture moderne après cette belle peinture des anciens maîtres. M. Delessert a cherché les artistes contemporains qui se rapprochent le plus des Hollandais et des Flamands. Madone réuni quelques ouvrages de M. Verbodioven et de M. Schaendel, de Drolling, de Berré, de M. Wickenberg, etc. Je n’ai pas eu le courage de regarder ces imitateurs imparfaits, qui sont heureusement relégués, pour la plupart, dans un petit salon à l'extrémité de la galerie. M. Wickenberg après Ostade, M. Yerbœkoven après Paul Potier , Drolling après Peter de Hoog !
Déjà l’ombre étend sa robe Sur tou front vermeil,
Et déjà je me dérobe Au joug du sommeil.
Consumé dans tout mon être D’un amour sans fruit,
Belle enfant ! sous ta fenêtre Je viens chaque nuit.
Je contie au ciel d’ébène
Mes pleurs, mes combats ;
Je chante ma longue peine,
Mais tout bas, tout bas!
Je crains que ma voix qui pleure Dans ce coin obscur,
N’aille éveiller avant l’heure Tes beaux yeux d'azur.
Calme, heureuse, inallentive, Dors!... dors jusqu'au jour, Sourde à ma chanson plaintive, Sourde à mon amour.
Dors sous l'aile d'un doux rêve!
Moi j’ai mon linceul.
sonnet.
J’en ai tant vu couler de ces larmes altières.
Plus fortes que la honte et que la volonté ;
J’en ai tant vu fléchir de ces âmes guerrières Qui portaient au péril un courage indompté.
Comme le clair de lune imprime sur les pierres Un éternel sillon pendant les nuits d’été.
L'amour resplendissant fait fondre à ses lumières Le cœur dans sa cuirasse et dans sa fermeté.
Voilà pourquoi mes yeux, au travers de la fêle. Suivaient avec terreur chaque jeune conquête Dont vous railliez les vœux blessés et résolus
De longs jours ont passé dans l’absence muette; Aujourd’hui près de vous je reviens, inquiète. Hélas! et je comprends que vous ne raillez plus!
Moi je souffre, hélas! sans trêve ;
Je souffre... et tout seul !
Tu n’as point d’accès moroses;
Tous les jours sont beaux.
Ton sentier semé de roses N'a point de tombeaux.
De doux bals et de vendanges Rêve et beree-loi !
Rêve du ciel et des anges.
Mais jamais de moi !
Comme un glaive, sur ma tête Pend le lendemain,
Et le char de la tempête Creuse mon chemin.
L’ombre du malheur s'attache Toujours à mes pas.
Dors, ô colombe sans tache.
Et ne m’aime pas !
Lot is Dkla.tr k.
Lausanne. INI."
Physionomie Parisienne.
Marie Nodier - M en nessïer.
Flânerie.
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Imp BsrUuls
LKS li E A U X - A R T S.