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LETTRE IV

Du même cm même.

Hanaruru sur O-Wahu, le \'l décembre ISiS.

Non, je ne suis point un rêveur ! Il y a des pressentiments. des pressentiments qui ne trompent pas. Edouard, je suis l'homme le plus fortune de la terre, je suis a l’apogée de l’existence! ! Mais comment vous faire partager mes transports, mes inexprimables délices ? je vais me recueillir, et tâcher, s’il est possible, de raconter avec calme ce qui s’est passe.

Non loin de Hanaruru, résidence du roi Teimotu, est un bois charmant, où je me suis rendu hier à l’heure du crépuscule. Je voulais essayer de prendre un papillon, dont le nom ne vous importe guère, et qui commence sa course vagabonde après le coucher du soleil.

Le temps était lourd, et les parfums qui s'exhalaient des plantes inspiraient la volupté.

En pénétrant dans le taillis, je sentis je ne sais quelle douce inquiétude ; de mystérieux frissons parcouraient mon corps; ma langueur s'épanchait en vagues soupirs. Le lépidoptère nocturne que je cherchais voltigeait, auprès de moi; mais mes bras, paralysés, étaient sans force pour le saisir. Tout à coup je fus entraîné, comme par des mains invisibles, dans un bosquet dont les murmures et les bruissements me semblaient autant de paroles d'amour. A peine y suis-je entre, que vois-je? ô ciel1 Sur de moelleuses plumes de pigeon était étendue la plus jolie, la plus belle, la plus ravissante des insulaires quej'aie jamais rencontrées ! Quelques-uns de ses contours indiquaient seuls qu’elle était née dans ces parages, car elle di lierait de ses compa-

, unes par la couleur, la forme, et même par l’ensemble; 1 ^a joie, la stupéfaction me suffoquèrent. Je m’approchai avec précaution de la petite; elle paraissait dormir. Je la pris et l’emportai.... Le plus beau trésor de l’ile était a moi !..

Je l’ai nommée Ilaïinatocare; je l'ai mise dans une jolie chambre, tapissée de papier doré ; je lui ai fait un lit de ces mêmes plumes de pigeon sur lesquelles je l'avais trouvée .. Elle semble me comprendre, elle semble deviner combien elle m’est chère!... Pardonnez-moi, Edouard, je vous dis adieu ; il faut que j'aille voir ce que fait ma gracieuse créature, mon Ilaïmatocare ! J’ouvre sa petite chambre; je la trouve étendue sur sa couche ; elle joue avec les plumes brillantes et bariolées. O ilaïmatocare! — Portez-vous bien, Edouard.

I John M en zi es.

LES B E A U X - A H T S

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