‹ Les Beaux-ArtsChapitre 13 sur 204 · MORILLO · texte numérisé non relu

MORILLO

UÎS BEAUX- ARTS.

Étant un jour, tout seul, à la fenêtre,

Il m’apparut tant d’objets merveilleux ,

Que, pour beaucoup, j’eusse désiré d’être Avec quelqu’un , n’en croyant pas mes yeux, le vis d’abord une blanche gazelle Sortir d’un bois. Sur l’herbe encor nouvelle ,

Sur les buissons , le gentil animal Triait les Heurs ; moi , sans songer à mal ,

.le l'appelai : mais une affreuse, bête Vint à sa place, et, redressant vers moi Les yeux hagards de sou énorme tête ,

Me répondit d’un menaçant aboi Qui me remplit de tristesse et d’effroi .

Je vis ensuite une voile dorée Qui sur la mer glissait obliquement ,

Et ressemblait, par la brise échaucrée ,

Au blond croissant qui vogue au firmament.

La nef montrait de grands rebords d'ivoire Epanouis sur sa carène noire ,

Et des agrès aux joyeuses couleurs ,

Comme eflilés d’une étoffe de Heurs, le saluais son heureuse venue ,

Lorsque, soudain, dégorgea de ses flancs ,

V bruit sinistre, une poudreuse nue Qui se roula sur mes membres tremblants ,

Et m’imprégna de miasmes sanglants.

Sur le bosquet qui coiffe la colline Un beau laurier suspendait ses rameaux Le vent faisait de l'aigrette argentine ,

Sous le soleil, pétiller les émaux ,

Et m’apportait, mêlée à la musique Des oisillons, une odeur balsamique Qui me ravit. Et je dis en mon cœur :

Arbre divin, bienheureux le vainqueur Dont les bourgeons tresseront la couronne !

Hélas! hélas ! ce n’était plus déjà Qu’un tronc brisé , gluant et qu’environne Un noir serpent qui vers moi s’alongea :

D'où mon plaisir en horreur se changea.

D’un rocher vert clairement égouttée ,

Une eau d’argent filtrait sous le gazon ,

Éparpillant à la rive abritée

Ses fleurs d’azur et sa fraîche chanson .

Les ehèvrepieds turbulents ni les pâtres Ne hantaient point ces retraites bleuâtres : C’étaient toujours des groupes ingénus ,

Des chœurs dansants de nymphes aux bras nus. Mais, quand j'allai pour m’asseoir sous l’ombrage ,

Je ne trouvai qu'un marécage infect .

Des joncs velus, une fange sauvage D’où m’observait quelque reptile abject ;

Et je m'enfuis à ce hideux aspect.

Du haut des airs descendait sur ses ailes Cet oiseau d’or qui naît au Paradis ,

Et Ton eût dit , à voir les étincelles Qui frémissaient sur ses flancs arrondis,

Que du soleil quelque habitant splendide Venait toucher à notre terre aride.

Béni sois-tu, céleste messager !

Viens te poser sur ce bel oranger Dont les parfums rappellent ta patrie.

Viens... Mais, grand Dieu ! le phénix n'était plus Qu’un hibou lourd, tournoyant et qui crie : Présage sombre à troubler les élus ,

Qui me laissa jusqu’en l’âme perclus.

Voilà qu'enfin passe une belle dame Dans la vallée où nichent les oiseaux.

Parmi les fleurs et l’herbe qui se pâme Ses petits pieds semblent deux tourtereaux , Lorsque, amoureux, tour à tour ils se suivent.

Son ample jupe, où ses formes décrivent Des arcs moirés, est un tissu changeant De neige et d'or ; un long voile d’argent Flottant plus haut, dérobe son visage.

O doux zéphyr ! ton autel aura tort,

Si tu ne viens écarter ce nuage.

La brise alors, soufflant un peu plus fort.

Me montra... quoi ? La face de la Mort.

O ma chanson, certes, tu peux le dire , Fidèlement, dans ces six visions La muse aidant, j'ai décrit le martyre Qu’a fait subir à mes illusions Un monde amer plein de déceptions.

Le comte Ferdinand deGramoixt

BORDS DE l.OINC. . l»AR M . ANDRÉ GIKOIX.

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