‹ Les Beaux-ArtsChapitre 150 sur 204 · C GRIOT · texte numérisé non relu

C GRIOT

KA A-PIERRE C-Oll TOT

est mort à Paris, le I ô oo ûl I S 55. C'était l ui) des meilleurs statuaires que nous eût légués l'école impériale.

Quoiqu’il s'attachât presque servilement à réluile de la forme antique , il avait un genre spécial et nettement caractérisé; il était original en imitant. Travailleur infatigable, il a enrichi de ses sculptures les principaux édifices de Paris. Il ne vivait «pie pour son art, et sa biographie, comme celle de la majorité des artistes, se réduit presque à la nomenclature de ses ouv rages.

.Ne en I7S7, il eut l’honneur d’être lils d'un homme sans fortune, d’un simple débitant de tabac:

car c'est, un honneur réel que d'être issu d'une famille obscure, lorsqu'on laisse un nom illustre. Il apprit le dessin à l’école gratuite, sous la direction de M Befresue; puis il entra dans batelier de Bridan (ils, sculpteur assez médiocre, tristement connu par le massif éléphant de la Bastille. Gortol remporta le second grand prix, en 1800, pour une figure ronde-bosse de Philoctcie à Lnunas, et b* premier grand prix, en 1809, pour un Marins inclinant sur les ruines de Carthage. Pensionnaire du gouvernement, à Borne, il persévéra dans la direction gallogrecque, que tous les artistes prenaient à l'euvi . sous l'influence des idées de la révolution. Depuis I7S9, l'hellenisinr avait tout envahi; tandis (pie les réformateurs politiques évoquaient les souvenirs de Sparte et d’Athènes, les architectes , en haine du clergé, rompaient tout pacte avec le style gothique, les peintres marchaient sur les pas de David , et les héros grecs , les allégories grecques, alimentaient

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exclusivement la plastique. Goriot, génie sage, mais peu inventif, ne songea point à se soustraire aux réminiscences païennes. 11 suivit la route tracée et commença, à Rome, où il passa huit ans, un N arrisse et une Pandore. 11 exécutait en même temps un Xapoléon; mais les événements de 181.') ayant remis Louis XYlll sur le trône, le jeune statuaire renonça à la statue impériale pour travailler à un Louis ÀV11I, qui décore la salle principale de la villa Méd ici . Le Narcisse et la Pandore furent exposés en 1810, avec un Eccc homo , commandé par le préfet de la Seine pour l’église de Saint-Gervais. Ce début mérita à l'artiste le prix décennal de dix mille francs; mais, par une louable modestie, il le partagea avec M. Bridan, son maître, qui avait exposé un Epaminondas en marbre. Le Narcisse couche est actuellement au musée d’Angers. La Pandore, achetée par le ministre de l’intérieur pour le musée de Lyon, est restée le plus remarquable ouvrage de Goriot, dans le genre gracieux, 11 l’avait, ébauchée nue et de grandeur naturelle; mais, d'après les conseils de M. Ingres, il en réduisit les proportions et couvrit d'une draperie la partie inférieure du corps. La tète, le torse, la main droite qui tient une boîte, sont d’une exécution presque irréprochable, mais les ajustements sont, trop épinglés. Cortot adopta depuis une manière plus large et démentit les assertions de ses premiers biographes, qui, le jugeant sur sa Pandore, disaient : « Les compositions héroïques ou sévères conviennent moins au genre de talent de ce statuaire que les sujets qui demandent avant tout de l’élégance et de la grâce (1). » Son aptitude à la sculpture monumentale se manifesta, en 1825, dans un bas-relief peu connu, dont l’histoire se lie aux circonstances politiques du temps. Le conseil municipal de Paris, voulant offrir une fêle à l’armée d’Espagne, le 13 décembre, commanda des tableaux et des sculptures pour la décoration des salles de l’hôtel de ville. Abel de Pujol peignit /’ Allarfiic du Trocadéro; Stcuben, la Capitulation de la Corogne. Lafitte, premier dessinateur du cabinet de Louis XV I II, tira le plan d'une marche triomphale qui fut exécutée en plâtre, à raison de 120 francs le pied, par MM. Ramey fils, Raggi et Cortot. Celui-ci représenta l’Infanterie de la garde royale, dans un bas-relief de dix pieds de long sur deux pieds trois pouces de large. M. Raggi fut chargé des Canonniers de la garde royale, et M. Ramey fils de l'artillerie et du train. Ce bas-relief, offert par la ville au duc et à la duchesse d’Angoulème, fut déposé au château de Villeneuve-l’Étang , près Saint-Cloud.

Cortot fut décoré après l’exposition de 1824, où l’on vit de lui la Vierge et l enfant Jésus, groupe en marbre pour la cathédrale d’Arras ; Dnplmis cl Chloé, groupe en plâtre, qui, exécuté en marbre en 1827,

(*' Biographie des Contemporains. Levrault, 18ô4, iu-S", Ionie V, page 129.

a été placée au Luxembourg; l'Entrevue du duc d' Angoulême avec le roi d'Espagne, au pont Sainte- Marie, bas-relief pour l’arc de triomphe du Carrousel, exposé en marbre en 1827 ; Sainte Catherine placé en 1825 dans une chapelle de Saint-Gervais et la Pair cl l' Abondance, bas-relief qui encadre un œil-de-bœuf de la cour du Louvre. Il exécuta, la même année, la Résurrection de Jésus-Christ , groupe, eu pierre de cinq figures, de six pieds de proportion, pour le fronton de l’église du mont Valérie!» . Ces travaux importants le conduisirent à l'Institut, au mois de décembre IS25; il remplaça Diipatv comme membre de la quatrième classe et professeur à l’école royale des beaux-arts. 11 acheva depuis les modèles de son prédécesseur, le Louis NUI équestre de la place Royale et les groupes du monument du duc de Berry.

De 1825 à 1830, Cortot produisit le bas-relief du monument de Malesherbes ; la statue du ductleMonlebello, pour la ville de Lecloure; la statue de Pierre Corneille, pour Rouen; la Captivité de Louis. XVI, pour la salle des Pas-Perdus ; Maric-Antoincllc sonterme par la Religion, groupe en marbre, pour la chapelle expiatoire de la rue d’Anjou ; la Vierge cl l'enfant Jésus, statue exposée en 1827 et fondue en argent pour l'église Notre-Dame de la Garde, à Marseille; un Charles N, termine en six semaines, avec le concours de M. Caillouelte. Celte statue demeura, durant l’exposition de 1827, au centre du salon carré, jusqu'après la distribution des croix et médaillés; elle fut transportée ensuite à Dhôtel de ville, où elle a été démolie en 1850.

La révolution enleva à Cortot pour seize cent mille francs de travaux, mais elle lui fournit l’occasion de montrer son talent sous un autre aspect. En 183 5, on admirait au salon son Sol lut de Marathon annonçant la victoire. Ce marbre était le fruit d’un long travail, car il figure déjà nominalement sur le livret de 1822 Peut-être doit-on le regarder comme le morceau le plus complet de l’artiste; le torse est sévèrement étudié; la figure est pleine de mouvement cl d’animation ; la pose et le geste sont éloquents; les traits expriment à la lois la joie du triomphe et les souffrances de l’agonie. C’est une de ces rares compositions, où la correction de la forme s’allie à la noblesse de la pensée.

Les sculptures de Cortot se distinguent toutes par l’ordonnance, par la grandeur unie à la simplicité. 11 y faut moins chercher l’expression dans les tètes, la légèreté dans l’exécution, que la beauté majestueuse du dessin. Quoi de plus noblement conçu que la statue de Casimir Périer et les bas-reliefs du piédestal funèbre, l’Eloquence , la Justice ci la Force ’é Quel caractère de gravité antique dans Nantes et Brest, deux statues de la place de la Concorde? Nantes, assise sur un navire, le front ombragé de lauriers, tient de la main droite un caducée et delà main gauche un écusson au milieu duquel est un

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vaisseau. Brest, également couronnée de lauriers, tenant un gouvernail de la main droite, appuie l'autre, fortement contractée, sur la culassed’un canon. Si Lille cl Strasbourg, de M. Pradier, sont plus gra- (ieusemeut exécutées, Faut es et Brest surpassent assurément toutes leurs compagnes, sous le rapport monumental.

Cortol est railleur du beau groupe en bronze doré, lu Piété, qui surmonte le maître-autel de Notre- Dame de Lurette, et dont on voit le plâtre à Saint- Gcrvais, entre deux Anges en adoration, de Nautcuil. Il a fait, pour l'are de l'Etoile, le Triomphe (1810), trophée qui occupe le pied droit de gauche, du côté des Champs-Elysées. Napoléon est couronné par la Victoire; la ltenommée proclame ses exploits, que l'IIistoire consigne sur un registre. Des villes, la tète ceinte de couronnes murales, s’inclinent devant le vainqueur. Au second plan, un prisonnier dans les fers et un palmier auquel sont suspendues les armes des ennemis défaits. Celte composition est moins belle de détails, moins énergique d'exécution que celle de M. Rude, le Départ (1792). La nudité du personnage principal, le palmier, le captif enchaîné, nous reportent en deçà du dix-neuvième siècle et semblent caractériser un demi-dieu mythologique plutôt qu’un officier d’artillerie devenu empereur des Français. Néanmoins, par la sévérité des lignes, par l’habileté de l'agencement , ce groupe est celui qui s’harmonie le mieux avec les combinaisons architecturales de 1’édilice.

La manière de notre artiste, sacrifiant les détails à l'ensemble, négligeant la partie pour le tout, s'inquiétant moins du caractère spécial de chaque physionomie que de l’effet général des lignes, ne pouvait convenir qu’aux grands monuments. On la trouve, avec scs qualités et ses défauts, dans le fronton de la Chambre des Député s, découvert en 1841, et dont il fut récompensé par le grade d’oflicicr de la Légion d’honneur. Au milieu est assise la Loi appuyée sur les tables de la Charte, que soutiennent la Foire et la Justice. A gauche, la Paix ramène le Commerce ; à droite, les Sciences et les Arts escortent / 'Abondance. Les données abstraites de ce bas-relief s’accordaient avec les idées de l'artiste ; aussi est-ce là qu'il a déployé toute la vigueur d'un talent parvenu à sa maturité.

Guyot de Fére, dans i Annuaire statistbpie des Artistes français (F), cite de Corlot « beaucoup de bustes importants. » Nous ne connaissons de Corlot que deux bustes d'amis, un buste colossal d' Emtache de Saint-Pierre, pour la ville de Calais, et le buste du comte de Guébriant , qui est au musée de Ver¬

sailles. Outre les ouvrages que nous avons indiqués, il en a produit un grand nombre d’autres, dont les modèles existent seuls. 11 avait fait, pour le monument de la ci-devant place Louis XVI, ce roi debout sur des nuages, la palme du martyre à la main, les yeux levés au ciel, et quatre ligures, de trois mètres de proportion, qui devaient orner les angles du piédestal. H exécuta en plâtre la Ville de Paris , statue de huit mètres de haut, pour la fontaine de l’Eléphant; la Justice, destinée aux assises du palais delà Bourse et exposée en 1827, et l'Immortalité, dont le plâtre figura à la porte de la Chambre des Députés pendant la cérémonie de la translation des cendres de l'empereur. Cette statue, de quinze pieds de liant, est déposée au Panthéon, dont elle était destinée à orner la lanterne. Peu de temps avant sa mort, il avait ébauché en argile une Ariane abandonner, qu'il brisa de ses propres mains.

Cortol souffrait depuis longtemps d'une maladie cruelle qui avait nécessité de douloureuses opérations. Un médecin, M. Tourot de Beauregard, lui conseilla les eaux de Vichy. Là, malgré les soins dont on l'entourait, il sentit les atteintes d'une hydropisie symptomatique, qui lui laissait peu d’espérance de salut. A la nouvelle de celte complication , le peintre Drolling, son ami, quitta Paris en toute hâte et v ramena le mourant, qu’il n'a quitté qu’aprés l'agonie.

Les funérailles de J. -P. Cortol ont eu lieu le M» août; le service funèbre a été célébré a I église Saint-Germain des Près, en présence de l'élite de nos artistes. Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Bosio, Blondel, Banni Boclietle et Jarry de Mancv. Les regrets les plus vifs et les plus louchants ont été exprimés sur la tombe du défunt, au cimetière du Père-Lachaise, par MM. Haoul Rochette, secrétaire perpétuel de 1 Académie, et par M. Emerj, ancien libraire, beau-frère de Corlot, qu il n avait pas quitté depuis quarante-sept années. M. Juji> de Matiey, professeur d’histoire a 1 école des beaux-ai ts, a lu d’une voix émue un discours composé par M. A.-L. Dumont, secrétaire perpétuel de l'école des beaux-arts, qu'une grave indisposition empêchait de se trouver au convoi de son ami. Nous sommes heureux de pouvoir reproduire ici 1 élégant panégyrique que M. Raoul Rochette a prononcé; les judicieuses appréciations qu il renferme compléteront cet article nécrologique, et achèveront de donner à nos lecteurs une idée exacte des qualités morales et intellectuelles d’un artiste dont les titres de « loi re sont écrits sur nos édifices en ineilaçables caractères.

(1 ) 1830, in-8*’.

Emii.e i»e la Bédoi.lierre.

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