CONCOURS ANNUELS
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I/E COIE BOYA1E DES BEAUX-ARTS-
GRAVI UE EN MEDAILLES ET Slll PIERRES FINES.
ors aurons à examiner bienlot les travaux des élèves qui ont concouru pour les grands prix de Rome. Déjà l'on a exposé, les 6, 7 et S septembre, l’oeuvre de M. Merley, unique candidat au prix de gravure en médailles et sur pierres fines. Admis seul eu loge, où il est resté du 12 avril au 4 septembre, il a triomphé sans combattre ; mais l'Institut a pensé, sans doute, qu’en ne récompensant pas les efforts solitaires du jeune artiste, on découragerait ceux qui seraient tentés de se vouer à la glyptique. Si l’on n’avait couronné M. Merley, aucun aspirant n’aurait, brigué le prix futur; l’art de la gravure sur pierres fines, aujourd’hui dédaigné, mais honoré jadis par de grands maîtres, aurait fait un pas de plus vers l’agonie : or il mérite d’être conservé, ne fût-ce qu’à cause des égards dus aux vieux serviteurs invalides.
Cet art, aussi ancien que la peinture et la sculp-
turc, consiste à représenter les objets en en ciselant les contours dans l’intérieur d’une pierre ou d'un métal. La gravure en creux ne donne pas des effets aussi saisissants que les carnées, car souvent ou ne peut juger du mérite de ses produits qu'en en prenant une empreinte; mais elle a l’avantage de résister presque éternellement aux chocs extérieurs. Ou y emploie les onyx, les cornalines, les sardoines, les agates, les calcédoines, les améthystes; on se sert aussi de la nacre, du verre coloré et du cristal de roche. Cette dernière matière, creusée avec une admirable délicatesse, et repoussée par un fond d’or de manière à imiter le bas-relief, décore fréquemment les pièces d’orfèvrerie du seizième siècle.
La glyptique paraît avoir été inventée par les Égyptiens, et nous avons d’eux un grand nombre de pierres, où sont représentés Anubis , Sérapis, le scarabée sacré. Les Éthiopiens eurent des cachets gravés en creux; les Etrusques et les Toscans nous ont laissé «les pierres gravées, entre autres une grande cornaline décrite et dessinée par Winkel-
manu, et représentant l’assemblée de cin<| des sept chefs devant Thébes (1). Les Grecs excellaient dans la glyptique, qu'ils transmirent aux Romains. On a conservé les noms de Rolydore de Samos, de Solon, d’Allion, d’Agatangelos, d’Evode, de Teueer, de Ryrgotèlc, le seul ampiel Alexandre le Grand eût accordé l’autorisation de le représenter en relief. Rausanias et Cicéron font l’éloge de Rolycléte de Sicyone, qui vivait vers l’an 430 avant J. -C. (2). Mous possédons quelques pierres gravées de Rioscoride, artiste grec établi «à Rome du temps d’Auguste, et qui exécuta le portrait de cet empereur sur un cachet, dont les Césars, excepté Galba, se servirent successivement pour sceller leurs actes (5 . Les artistes grecs gravaient sur onyx, sur cornaline, sur calcédoine , au moyen d’une pointe de diamant attachée à une forte aiguille d’acier, et mise en mouvement par un tour (4). On peut juger de l'immense quantité de leurs productions par ce qui en reste dans les musées de l’Europe, et particuliérement de l'Italie. Elle était telle, que, soixante-douze ans avant notre ère, Rompée trouva deux mille tasses gravées dans le trésor seul de M ilhrida te (5).
Négligée au moyen âge , la glyptique reparaît au seizième siècle, sous l’influence rénovatrice de Laurent de Médicis. Toutes les villes principales d’Italie ont alors d'habiles graveurs sur pierres Unes. Louis Anichini , Ferrarais , fixé à Venise, donne de l'expression et du modelé à des ouvrages microscopiques. Florence est fière de Jean des cornalines , de Dominique des camées, du Caradosso, de Matthieu Benedetti, de Marc-Attio Moretti. Celiini, l'immortel orfèvre, ne dédaigne pas de graver des pierres dures, des médailles et des coins de monnaie. Valerio Yicentino cisèle la Rassion en dix-sept compartiments, sur un cofl'ret de cristal destiné à François Ier par le pape Clément VII : digne présent du chef de la chrétienté au plus puissant souverain de l’Europe. Ravenne cite avec orgueil Furius Sévère; Milan, Jean Antoine Rossi; Borne, Rierre- Marie de Pescia, et Micheliino, contemporains de Raphaël. C'était encore vers cette époque qu’Alexandre César i, surnommé il Greco, exécutait son beau camée de Rhocion l’Athénien, le portrait de Henri II sur cornaline, et. un Alexandre le Grand s'agenouillant devant le souverain pontife des Juifs , chefd’œuvre à la vue duquel Michel - Ange s’écria : « Quand l’art est parvenu à cette perfection, il est à craindre qu’il ne rétrograde. » Celte crainte était malheureusement fondée ; la glyptique passa rapi-
(1) Winkelmann. Histoire de l’art chez les anciens, liv. III, chap. n.
(2) Pausanias, Voyage historique de la Grèce, Cicéron, de Oratore , liv. II, chap. xxxvm ; liv. III, chap. xv.
(3) Mémoires de l'Académie des inscriptions et belleslettres, t. II, p. 2(>2.
ti) Pline, Histoire naturelle, livre XXXVI, chap. xv.
(5) Àppien, Histoire romaine.
dement des mains des artistes entre celles des artisans. De tous ceux qui s'en sont occupés depuis la Renaissance, il n'est guère que les deux Rikler (pii aient égalé les anciens. Le premier, né à Rrjxen en T y roi, le 12 janvier ITOO, tils et neveu de médecin, étudia d’abord la science d'Hippocrate. 11 fait rencontre d’un graveur bohémien, nommé Ziegler, ei le voilà métamorphosé. Il arrive à Naples, trouve pour Mécène un officier qui lui achète des outils grave sur pierres fines, et devient célèbre. Le chevalier Jean, son fils, le fut plus encore; dés l'âge de quatorze ans, il exécuta un Hercule vaint/ucur du lion de Année, et imita l’antique avec une perfection dont les marchands, exploitant sa jeunesse, profitèrent pour tromper le.s collectionneurs. Créé par Joseph 11, en !76'J, chevalier et graveur en pierres fines de l’empereur, il dut suffire à d’innombrables commandes. Il travaillait très-vite, avec une sûreté de main, avec une finesse de détails prodigieuses, et possédait au plus haut degré les ressources théoriques et pratiques de son art, qu'il définissait la miniature île la sculjilure (I).
De nos jours la glyptique se meurt. Si quelques artistes se plaisent encore à étudier les belles lignes, le dessin correct, le travail fin des gemmes grecques et italiennes, la majorité du public passe devant elles avec la plus glaciale indifférence. On sait a peine que celle branche de l’art existe, qu’elle est enseignée à Paris, qu'elle envoie des lauréats a la villa Medici. L’œuvre de M. Merley est restée inaperçue, et pourtant elle mérite sous divers rapports l’examen attentif des connaisseurs sérieux.
L’aspirant avait à exécuter un bas-relief en argile, la réduction de ce bas-relief en creux sur un coin d’acier, et la copie sur pierre fine d’un camée antique. Le sujet donné par l’école était : « Arion, précipité dans la mer, est reçu par un dauphin, et transporté au cap Téuare. « Singulier programme au dix-neuvième siècle! Idée bizarre d’exhumer d’Hérodote et de Strabon cette fable mythologique! L’allégorie peut être ingénieuse, mais n'en connaîton pas qui choquent moins la vraisemblance et la raison? Sommes-nous dans un âge où l’on attribue encore aux cétacés l'amour de la musique et del humanité? Doit-on condamner un malheureux homme de talent, qui a pu voir des dauphins véritables suspendus au plafond du muséum , à dessiner ces êtres fantastiques, au visage bouffi, à la queue recourbée, ([lie les peintres antiques nous présentent sous le pseudonyme de dauphins?
M. Merley n’a pas choisi le moment où le chantre de Lesbos est reçu par l’honnête mammifère marin. Son Arion vient d’échapper aux vagues; il repousse
(1) L’indication des ouvrages de Jean-Antoine Pikler se trouve dans Memorie degli intagliatori modérai in piètre dure, Livourne, 1" 43. La vie du chevalier Jean Pikleraéle écrite par J. -G. de Rossi, Rome, t"!)2, in-8".
«lu pied droit sa monture aquatique, et, du pied gauche, il escalade les rochers du rivage. Le bras gauche est étendu vers le ciel en signe de reconnaissance; le bras droit étreint une lyre, compagne inséparable de l'inventeur du dithyrambe. L'exécution du sujet en terre est correcte, mais un peu sèche.. Le sculpteur semble avoir pensé, d’après le programme, qu’Arion, tombé du navire, avait été immédiatement reçu parle dauphin, sans que l'économie de sa toilette en souffrît. Sa couronne de laurier, son manteau flottant, sa chevelure frisée, rien n'a été dérangé dans la chute. I)u reste, la draperie est d’un bon style et d’un ajustement habile. Nous avons entendu critiquer le tendu des muscles, du sternum, «les rotules, etc., mais nous croyons, après mûr examen, la figure irréprochable au point de vue myologique et ostéologique.
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La réduction en creux sur acier n’a guère que le mérite de la difficulté vaincue, ce genre de travail n ayant pas plus d intérêt que la matrice d’une pièce «le cinq francs. Quant à la copie du camée, elle manque de la finesse, de la netteté et de la précision nécessaires, ce qui tient peut-être à l’état fruste «lu modèle. M. Merlev, par ses ouvrages, démontre la décadence de la gravure en médaillés et sur pierres fines. Si on le considère comme sculpteur, il fait honneur à son maître, David d’Angers. Dans la gravure, dont il a reçu «les leçons de M. Galle, il déploie seulement les qualités d’un ouvrier intelligent.