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qui. j<> i aimais il y a un an. ('.‘est parce que tout est fini.
LES BEAI X-ARTS.
entièrement . complètement fini . que je te l’ai dit avec tant de franchise.
» — Tu prends donc a tâche de me convaincre que lu ne m’aimes plus ?
— Fritz , la plus grande preuve en est que je t’écoule, car s'il y avait dans mon cœur le plus petit reste d'amour pour toi, après les aveux réciproques que nous venons de nous faire , je ne serais pas restée une minute de plus auprès de loi.
— Cependant . autrefois . lorsque lu m’aimais, tu ne me fuyais point.
— Autrefois je ne savais pas qu’il put y avoir du danger à rester seule avec celui qu’on aime. A présent je le sais, et tu vois que je reste: ainsi, tu dois avoir perdu
tout espoir . Mais (pie dis-je, espoir ! Mon Dieu!
espoir de quoi ?... de réveiller en moi un sentiment qui troublerait mon repos et me rendrait méprisable a tes propres yeux !
— Rertbe, ce ne sont la que des mots qui ne veulent rien dire. — L’amour n'est pas un crime. Tu luttes contre ton propre cœur.
Madame Meyer regarda son cousin avec étonnement, et d’un ton de froide autorité :
— Et si j’en aime un autre?... Si j’aime mon mari!
— Tu crois l’aimer. Reri lie . mais tu joues un rôle vis-à-vis de lui, de moi et de toi-même... Prends garde de ne pas l’en repentir lorsqu’il sera trop tard.
— Ecoute, dit Rertbe, non-seulement j’aime mon mari mais il sait que je t’ai aimé.
— Tu le lui as dit? demanda Fritz.
— Je le lui ai dit. Et c’est lui-même qui m’a fait garder tes Heurs.
— Que moi, je te prie à présent de vouloir bien avoir la. bonté de jeter, riposta Fritz d’un air vivement piqué.
— Et que je ne jetterai pas; répondit sa cousine , car elles sont pour moi un souvenir de l’ami de mon en- fanee. Mais j’espère au moins que tu ne doutes plus de mon amour pour mon mari.
— Je ne me le permettrais certainement pas, madame ! dit Fritz d’un ton de mépris.
— Alon pauvre ami! ajouta Rertbe avec douceur, pendant que tu courais après mon ombre, moi je t'échappais , et pourtant . dans ce temps là je t’aimais bien.
Deux jours après, M. Meyer et sa femme étaient à déjeuuer, lorsqu’on annonça Fritz.
— Je viens vous faire mes adieux , dit celui-ci avec une gravité extraordinaire, je pars dans quelques heures pour. Paris.
— Déjà! dit Rertbe fort tranquillement; mais il me semble que c’est une détermination un peu soudaine! Fritz la regarda à peine . et se tourna vers son mari. Dans ce moment la porte s’ouvrit et une femme entra, portant dans ses bras un enfant tout enveloppé de mousseline et de drap rose. A peine M. Meyer l’eut-il vu qu’il quitta Fritz, et s’élança vers la nourrice. L’enfant étendit ses petits bras gros et ronds et fit entendre un de ces sons inarticulés que les mères seules savent comprendre.
Rertbe prit l’enfant dans ses bras, et le couvrit de baisers , puis s’en alla en sautillant par la chambre, et parlant à la petite ce langage mystérieux que les mères ont inventé pour s’entretenir avec leurs enfants. Elle s’arrêta tout d’un coup devant son mari, qui la suivait des yeux . et lui tendit la petite fille.
M. Meyer se baissa pour embrasser l’enfant, et en même temps prenant sa femme par la taille, lui donna un baiser sur le cou ; puis se tournant vers Fritz .
— Ramène-nous donc une jolie petite femme. Fritz, lui dit-il ; lu ne sais pas combien on est heureux quand on a un intérieur comme le nôtre !
— Adieu! dit Fritz; il faut que je parte , je suis très pressé.
M. Meyer l’embrassa, et Fritz était déjà à la porte, quand Frantz le rappela :
— Eh bien ! tu pars sans embrasser ta cousine?
Fritz revint sur ses pas, et embrassa froidement la joue fraîche que Rertbe lui tendait.
— Adieu, Licier] lui répéta M. Meyer : et si tu trouves une femme comme ma Rertchcn , épouse-la si tu le peux!
Fritz ferma la porte avec violence, et, descendant l’escalier, se dit :
— Elle est bien prosaïque, ma cousine Rertbe !
— 11 est un peu fou , ton cousin! dit M. Meyer à sa femme, quand Fritz fut parti.
. Fritz entra dans la cour des
Trois Couronnes avec un de ses amis : la diligence était prête à partir.
— Tu as le n° 2 dans l’intérieur, n’est-ce pas? dit son ami.
Et sur la réponse affirmative de Fritz : — Alors mon cher, ajouta-t-il, je te porte envie; car le n° 5. ton vis-àvis, est une des plus jolies femmes qu’on puisse voir : je
LES BEAUX- \KTS.
vais demander au conducteur si elle va a Pal is, ou si elle
doit s’arrêter avani.
— Cela m’est parfaitement indifférent, dit Fritz dédaigneusement en allumant sa pipe ; je déteste les femmes ! elles n’ont point d élévation dans I esprit, elles manquent de poésie dans les idées : Mahomet
avait raison, elles n’ont pas d oint: ! Vous avez Beau valoir mieux qu’un autre , votre rival heureux peut être le plus grand imbécile de la terre! Il ne s’agit nullement de votre propre mérite, il s’agit d’être le premiei à leur dire — Je t'aime, — voila tout!
UlTHL’K IhiDl.KY.
Vl i: |)K NANTES , PAH M, I.ODSON
Si vous demandez a un homme de lettres ee qu’il pense lu peuple français dont il a l’honneur de faire partie, il \ous répondra : Mais, c’est le peuple le plus éclairé de la if‘i i e , .1 un négociant, aun banquier, a un administrateur, a chacun des membres de cette nation de trente-trois millions de citoyens, chacun d’eux vous répondra * Mais, '•est le peuple le plus éclairé de la terre. Ce peuple, '•n eflet . laisse aux autres nations leurs richesses, leurs "très, leur marine, leurs colonies, leur industrie, pourvu qu’il soit la nation la plus éclairée de la terre, l'renez-lui son commerce , sa langue . ses modes , ses rois mêmes, il ne vous dira rien; mais gardez-vous de
toucher a sa réputation de peuple le plus éclairé de la terre.
or , ce peuple le plus éclairé de la terra qui fuit fa M'S chemins de fer par des Anglais , qui va chercher s Imgc damassé a Bruxelles, ses châles dans l’Inde, sa I l ‘Mature dans les vieux livres grecs et latins, vient commettre ces jours derniers un acte peu digne ,1e ‘errent de lumière dont il est la souree. S'il s'était pa,
en Angleterre, nous dirions: Voila bien F Angleterre 1 feignant d’aimer les arts parce qu’elle les paie en belles guinées, mais, au fond, restée toujours l’icte . Pelle et barbare. S’il avait eu lieu en Italie, on aurait dit : Qu’a cela d étonnant f. y a-t-il encore une Italie depuis Léon A et Michel-Ange / Enfin , il n’est pas de pays où ce fait odieux se fut passé qui u’efil été flétri par la presse parisienne , celte admirable presse qui flétrit depuis une aube a I autre, qui flétrit de toutes niaiusavec le fer chaud de son beau style.
Hem eusemenl ou malheureusement il s’est passe a Paris, parmi le peuple le plus éclairé de la terre, a deux p.is de I Opéra, a deux pas de là deuxième mairie de I ai is , a deux pas de l’hôtel Laffitte, le fondateur du Lhamp-d Asile , a cinq minutes des Tuileries, a <li\ du ministère de I intérieur, eu plein soleil du printemps, comme tout ce qui est permis . légal , reconnu . honorable.
Qui s en est ému? personne! on songeait ee jour la celui-ci au mariage de je ne sais quel prince: celui-ci
LE s I5K V l X-AlUS.
.1 aller éreinter un drame dont il n’écrirait pas une virgule ; celui-ci a écouler un prédicateur annoncé la veille ii un franc la ligne dans les grands journaux : personne, dis-je, n’a crié, n’a pleuré au coin de la rue Grange-Batelière , n’est mort de douleur et de désespoir près de la Morne.
J’ai examiné ce jour la le peuple le plus éclairé de la terre, et j’ai vu qu’il était, comme de coutume, gai, riant, chevalier de la Légion-d’Ilonneur.
J’oublie : il y avait un attroupement au coin de la rue B range- Batelière : mais savez-vous pourquoi ? pour savoir quel candidat on nommerait lieutenant ou capitaine de la garde nationale. J’ai jeté mon cigare au ciel !
Un homme intelligent , actif, ambitieux comme tout ce qui a une âme grande, un noble Castillan , charmant dans la vie privée, généreux a l’excès dans la vie discrète , aimé de Rossini , aimé de tout le monde , avait sur d’immenses gains prélevé chaque jour quelques sous d’or pour se former un cabinet de tableaux. V force de magnilicenee envers l’art, il avait fait oublier qu’il était banquier. L’abordait-on avec un paysage a la main, avec une statuette, il souriait et disait a son caissier: « Payez! nous admirerons demain. » Sans doute il s’est trompé souvent , sans doute ou lui a vendu plus d’un mauvais tableau pour un bon , mais a qui le tort, a qui la faute? Son or était bon, son caractère était noble: le coupable,
;i votre avis, était-ce lui? Il n’y a d’ailleurs que ceux qui achètent qui se trompent. On ne vous trompera jamais, vous qui achetez des meubles en bon bois d’acajou, des secrétaires en bon bois de noyer, du velours a tant le mètre et pas un tableau. On ne vous vendra jamais un Lancret pour un Walleau, ni une copie de Velasquez pour un Murillo. Soyez sûrs que vous n’éprouverez pas de mécomptes. Votre galerie s’arrête a la gravure, quand elle va jusque la. Ordinairement elle se compose de lithographies représentant de ces jolis sujets qui vous plaisent tant : la Sultane au bain, Don Juan et l laide. Jeunes Filles cueillant des cerises avec des mollets de femmes de trente ans. Non , vous ne serez jamais trompés (pie.... par vos épouses; par vos tableaux jamais, Mécènes de la Chaussée-d’Antin !
Ce grand seigneur était trop heureux pour vivre longtemps : d’ailleurs il avait été tourmenté de mille manières par des hommes auxquels il avait cent fois pieté sa bourse, et qui ne lui avaient jamais donné un tableau. Ce protecteur des arts avait un château et un parc sur le bord de la Seine; on lui prend le parc pour faire un chemin de 1er, et on lui laisse le château a (in qir il puisse voir tous les jours qu’on lui a amputé les deux jambes. On serait mort â moins.
Knlin il meurt, et l’on vend ses maisons, ses jardins, sa galerie de tableaux ; sa succession n'échappera pasàce niveau terrible qui fauche les familles. Nous avons perdu les majorais, a la faveur desquels un grand bien, un immeuble, un château, une galerie, passait à l’aîné sans sortir de la famille, et nous n’avons [tas les avantages d’une constitution purement républicaine. Tout s’en va pour n’aller â personne. Dans trente ans, non-seulement on partagera une maison, mais un arbre, mais un cheval, I
nu
mais un tableau. Un jour Taine montera le cheval, un autre jour ce sera le cadet; un tableau sera pareillement divisé: un enfant aura le sujet, un autre le fond, un autre le cadre.
Mais les affiches sont posées aux quatre coins de Maris : la belle galerie de M. Aguado est à vendre , à vendre comme une petite maison de campagne a Suresne et une usine aBelleville. A vendre Velasquez ! Murillo. Libéra, Goya et vingt autres grands maîtres, plus grands que tous ces grands d’Espagne pour qui ces tableaux lurent peints autrefois, plus grands que Philippe il. Que reste-t-il de Philippe II ? M. Espartero. Que reste-t-il de Libéra? Libéra.
Cette affiche devait faire affluer tout Paris vers P Opéra. Bah! Poullier ne chantait pas ce jour-fa : pourquoi aller de ce coté? Ah ! si, par exemple, l’affiche eût annoncé la vente , non pas de chefs-d’œuvre du Tinloret , d Andrea del Sarte, de Zurbaran, de Morales, mais la vente de tous les vins de la cave de M. Aguado, de toutes ses batteries de cuisine, il n’est pas un rentier du faubourg Saint-Honoré, pas un banquier de la rue de Provence qui eût manqué d’envoyer son intendant ou de venir en personne acheter les vins de la cave de M. Aguado. On ne plaisante pas avec des bouteilles de Xérès, d’Oporto et de Château-Margaux , première tête ! Six francs la bouteille! Non, dix francs i douze francs! Adjugé douze francs! Mille bouteilles â Monsieur, milleautres bouteilles à Monsieur! En une demi-journée la vente était finie: on aurait pu danser dans la cave.
Mais que voulez-vous que fasse de tableaux ce brave négociant qui , voulant économiser sur son propre poi trail à l’huile, s’informe s’il n’aurait pas meilleur marché â le faire faire au beurre : et celui a qui l’on offrait l’autre jour a celte même vente de M. \guado une vue de Venise d’une merveilleuse exécution. Je n’y ai aucun parent, répondit-il, pourquoi l’achelerais-je?
Ainsi , le peuple le plus éclairé de la terre n’a éprouvé aucune espèce de désir d’empêcher la galerie de tableaux de M. Aguado d’aller en mille endroits différents , pièce à pièce. Il a ouvert ses hôtels , prêté ses promenades, accueilli , comme une courtisane qu’il est, les deux ou trois mille étrangers venus a Paris pour assister â la vente de la célèbre galerie. Il leur a dit : Voulez-vous de la toile d’emballage? nous en avons d’excellente; voulez-vous des commissionnaires? prenez les nôtres, ils sont très adroits. N’oubliez pas nos maisons de roulage, s’il vous plaît.
Et un grand poète nous a dit un jour, il y a quelque vingt ans , que les Parisiens ont pleuré lorsque Canovu vint emballer pour les ramener en Italie les statues du Louvre conquises par Napoléon. Le Parisien a pleuré, dites-vous? C’est faux, poêle. Ce jour l'a il est allé dîner aux barrières afin de voir passer le convoi conduit par Cauova, et il est rentré ivre-mort dans Paris. Il a pleuré du vin à six, s’il a pleuré.
Savez-vous ce que vous aimez a Paris ? je vais vous le dire : l’Opéra-Comique , les restaurants â 2 francs . les drames sans style, les revues au Chainp-de-Mars, les eaux de Versailles, les tragédies, les colonels morts au
LES BEAl’X-ARTS.
cl, amp d’honneur, les romances sentimentales , des Heurs sur les croisées et des orgues de barbarie dans la
rue.
A la vente de M. Aguado . se trouvaient donc très peu de Français, encore moins de Parisiens. Ce jour-la, ils étaient peut-être au sermon , car , je vous annonce la bonne nouvelle, le Parisien croit en Dieu et a l’église depuis cinq ans. Sa religion a des dents, elle marchera bientôt seule. Oni.cc charmant alliée qui a écrit les Contes philosophiques et le Sopha de Crébillon , qui a condamné son roi a l’échafaud, qui a conduit au Panthéon toutes les charognes révolutionnaires, met enfin de de Peau bénite dans son vin. 11 ne lui manquerait plus, comme a don Juan, que d’être hypocrite.
Enfin, qu’il fût au sermon ou a la mairie, peu importe, il n’était pas a la vente des tableaux de M. Aguado.
Parmi les objets rares dont cette galerie abondait, (pioi qu’on en ait dit, se trouvait — la malheureuse ! lu .t/Wf/CTHe,deCanova.Le hasard l’avait amenée en France. Ce hasard s’appelait AI. deSommariva, un Italien cela va sans dire. Je vous demande un peu ce qu’elle venait faire dans ce pays de pluie , de vauxhalls et de grisettes, où il fait toujours nuit. 11 paraît qu’elle n’était pas au bout de ses pénitences après avoir été pardonnée. Sachant a quelle nation il avait affaire, le marquis deSommariva se garda bien de l’exposer au grand jour , lorsque sa pierre merveilleuse descendit ou plutôt monta dans ses riches appartements de la Chaussée d’Anlin. 11 l'abrita sous une rotonde mystérieuse ; il lui lit une atmosphère d’ombre et de silence, où nul ne pénétra sans sa permission. De même que certains millionnaires ont leur cabaret . leur bouchon, leur tonnelle, leur vide-bouteille, tous endroits qui disent assez ce qu’on y fait, de même il avait, lui. son sanctuaire où il Devenait prendre ni café ni liqueur, mais dire tout bas : Madeleine, que vous êtes belle! pourquoi n’avez-vous pas encore a vous faire pardonner ?— C était un véritable Italien : il n’y avait qu’un chef-d’œuvre h Paris, if Pavait.
Du reste, tout le temps qu’il posséda cette statue, mm de ses voisins millionnaires de la rue du Ah Mnnc ne fut tenté de la lui acheter, même pour le [ qu il l’avait eue, une faible somme, cinq ou six ni francs, je crois. Car en France, il faut le dire, la statuai et cela paraît impossible, est encore plus dédaignée < la peinture. C’est avec un véritable effroi que je m’in roge souvent pour savoir comment les sculpteurs f pour vivre. Qu’est-ce qui achète des Jupiter, des Baccl indien, des Méléagre ? Pouvez-vous vous figurer, moi renonce, — un courtier sortant de chez lui avec (h mille francs dans la poche pour acheter un Mcléagre?
Le marquis vécut doue et mourut avec sa Madeleï qif U! *ussi resPectée chez lui qu’un dictionnaire Cop " Ia b,bl,0'l>èquc du roi. Elle aurait peut-ôlrc ôté oblh 'le « meure nourrice sur place, si M. ra,u.,,uis
^^noroûtü^derahjocti.noùc,.^,,
tomber. Soixante nulle francs de plus ou de
O étant r, en pour sa colossale forlunc, il la liiporler el
, 011 on m continua les honneurs auxquels elle cl habituée. In Espagne, succédait à un ,Leu dl„s
possession de ce chef-d'œuvre, vendu a Paris, en plein Paris, en face des Tuileries.
S’il est un fait humiliant, honteux, pour une nation, ce n’est pas de ne pas produire de grandes choses; les mitions ont des siècles d’abattement, comme les hommes ont des an nées de souffrance ; d’ailleurs un gouvernement iû-m pas responsable de la stérilité d’une époque ; mais ce qui l’avilit, l’efface, l’annule, c'est de laisser prendre aux sujets la grandeur que l’Etal seul devrait avoir et maintenir.
Pourquoi est-il mort, ce généreux cœur castillan dont presque tous les artistes français ont connu les largesses ? Sa Madeleine ne serait pas coueliéeaujourd’liui dans une caisse de sapin , sur un lit de paille, et cousue dans une toile comme une morte.
Elle nous quitte ; un autre Italien l’a achetée. , un ligueur génois. Il \ a encore des seigneurs génois! quelle belle et vivace Italie! I n seigneur génois donc s’est dit Ali ! l’on vend un chef-d'œuvre h Paris ! Allons à Paris à petites journées — nous arriverons toujours ii temps. En effet, il s’csl présenté en temps opportun : muni de son catalogue, il a attendu le jourel l'heure, et, après avoir déjeuné , il s’est rendu a l'hôtel Aguado. Il a demandé : Combien ceci ? — Soixante mille francs. — Les voilà. Aous enverrez la Aladcleine a Cènes, dans mon palais.
Si tous les artistes qui sont à Paris avaient seulement donné dix francs chacun, moins même, car ils sont plus de six mille à coup sûr, la Madeleine ne quittait pas Paris, où ils auraient toujours eu la ressource de la montrer
pour quarante sous dans quelque salon de Curtius. U*
l'ont laissé vendre; ils la laisseront partir. Si pareil Liii avait eu lieu à Berlin, tous les étudiants auraient assommé a coups de leurs pipes les milliers assez hardis poui poser sur leur ignoble charrette l’œuvre de C.anova.
Eu France , a Paris , les artistes sont ou des vieillards comme les rédacteurs du Constitutionnel, ou de très j' unes gens énervés par les refus du jtirv, ou enfin des hommes offrîmes de soumission , qui voudraient tour palette pour un bout de ruban. 11 y a des exceptions, sans doute, mais ce n est pas avec des exceptions qu’on fait de 1 eneigie. Il faut tout le monde pour la guerre.
Quoi qu il en soit , la statue de Canova est déjà emballée, elle se rend a Gènes, d’où elle ne sortira plus, car les lazz.uoni de ce pays verseraient plutôt leur sang que de la laisser partir quand ils la tiendront. Chez ces bons peuples, 1 ait est passé dans la religion, et la religion dans le sang. Ils sont toujours païens, Dieu merci ! de ce côté-là.
Mais vous, vous êtes au-dessous de la République . xous êtes au-dessous des Sphinx de la campagne d’Égypte, au-dessous des têtes de lion du Directoire ; la République, le Directoire, l’Empire ne savaient pas écrire, mais ils savaient conquérir (tranchons le mot, ils savaient 'oki . A mis ne savez pas même voler). Eux avaient enlevé, 'olc , 1 a 7 / ansjlgu ration , /’ Apollon , lu Vénus, cent autres dufs il œuvre; vous, qui n’avez pas même su les garder, qui n avez pas meme eu 1 audace secondaire de les receler, vous venez de laisser partir la Madeleine de Canova, Aous êtes des infâmes ! — Mais que fallait-il faire? La bnser. On eût parlé de vous du moins !
Léon Gozi.an.
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