LES 15 E \1 \-\UTS
ni: M.
KIT.KXE sri-:.
Cet ouvrage a eu tous les privilèges du scandale, privilèges immenses et difficiles a se donner dans notre pays et de nos jours. Il faut savoir les reconnaître comme il faut savoir les dédaigner. La critique n’a pas le droit de s'abstenir quand une fois l’opinion , de qui elle relève toujours a certains égards, s’est émue et prononcée n importe par quels motifs.
Ici, nous ne saurions nous y tromper, c’est en dehors de l'œuvre même que nous dcvonschcrclier la principale raison de son étrange succès. L’attention publique, ('veillée dès le premier chapitre . n’était pas accordée, que nous sachions, au mérite intrinsèque de ce début ; elle le lut a ce qu’il avait de hasardeux, aux révélations inouïes qu’il promettait, a l’horizon sanglant et boueux où il appelait nos regards. Elle le fut surtout au contraste frappant qui existait entre le roman nouveau et le recueil où il allait paraître. Le Journal des Déliais insérant les Mystères de Paris, le feuilleton méticuleux de Geoffroy , de Hoffmann , de Becquet , envahi tout-à-coup par les monstruosités du roman moderne sans autre transition «pie les folâtreries spirituellement excentriques decerlains jours, n'y avait-il pas là de quoi surprendre et faire jaser les oisifs? Ce résultat fut obtenu en vingt-quatie heures . en vingt-quatre heures une véritable populaiitéful acquise a un roman qui n’aurait pas eu cinq cents lecteurs s’il était né sur le terrain ordinaire de la librairie.
Nous entendez tous les jours, sans y prendre gardi le long des trottoirs, à l angle des carrefours , devant I 1,111 1 s rouges des cabarets, les divagations obscènes d’i buveur échevelé : mais , a coup sur, vous ouvririez grands yeux si, lorsque vous êtes paisiblement assis da "ne salle de la Sorbonne, le professeur, lourd de ripai! 1 1 de vin, trébuchant sur les degrés de sa chaire, la vu nique et le icgai d attendri, venait vous bégayer, en a
got, une chronique des bagues.
™ Cul l’effel produit su,- 1« abonnés du journal ari ocra„(|uo par celle effroyable entrée en matière , M. bugcnc Sue, qui les transportait do primo abord da, les tavernes de la Cité, au milieu des brigands et d prostituées, lîn les forçant à s’asseoir sur les bancs te
roux de ces infâmes repaires, h s'accouder sur les tables couvertes délié, pour écouter les mémoires d’une fille publique, l’écrivain ne pouvait manquer de faire sensation. Mais il fallait oser beaucoup, et ee n’est pas nous qui applaudirons au courage dont il lit preuve eu celle occasion.
Nous ne partageons pas cependant les scrupules immodérés qui se sont manifestés de toutes parts , et jusqu’au sein des assemblées législatives, à propos des Mystères de Paris. 1 1 est bon. avant lout.de nousexpliquer sur ce point
M. Eugène Sue n’est pas tut romancier moral. Pousse par de tristes instincts. — esprit faux néanmoins plutôt que pervers, — les fictions qu'il invente ont . d’ordinaire, une conclusion décourageante pour l'honnête homme, l’antôt c’est un nègre (Alar-lïullj qui gagne le prix Monihyon par une série d’épouvantables forfaits; — tantôt flisoz "" conte intitulé le Remords) c’est un jeune homme sur la vie duquel le souvenir d’une action vertueuse reste à ja mais comme mi sujet d'amers regrets: — mMuSalamaadre .
1 accomplissement héroïque des devoirs de sa profession conduit un militaire au désbonneuret au supplice; — là I Malh il de] une jeune femme, par ses mérites mêmes, son dévouemcnl. sa résignation, se trouve vouée h de longues infortunes : on dirait que l'auteur de tous ces romans a pris pour base de ses théories philosophiques . le bonheur du vice cl le malheur de la vertu ; le scepticisme étroit, la misanthropie bourgeoise pour conseillers littéraires; et, pour modèle, un écrivain fameux, dont les derniers blasphèmes s’exhalèrent a Bicêtre.
De pareils précédents nous mettent naturellement eu garde contre la tendance morale des ouvrages de M. Sue . aussi ne lui accorderons-nous pas de longtemps une ueanco illimitée, quand nous 1 entendrons prêcher la îéforme des lois dans un intérêt d’humanité, célébrer la ptobite qui meurt de faim sur un trésor, et prendre pour héros un de ces philanthropes dont il s’est tant moqué jadis. Il rirait lui-même de notre naïveté, si nous acceptions comme définitive cette conversion subite, et si, prenant au pied de la lettre les exagérations d’un zèle assolement fort nouveau, nous lui décernions la palme due a de longs services, à une conviction éprouvée.
LES li K Al X-AKTS.
D'un autre côté. pourquoi décourager, en le niant, un élan peut-être sincère? Est-ce un calcul? Si ce calcul amène le bien , pourquoi le blâmer ? Tant pis pour M. Suc s'il n affecte l'amour de ses semblables cju’afin de s’autorisera retracer dans toute leur horreur, dans toute leur nudité, les crimes où lamisèreles entraîne et les corruptions dont i Is sont quelquefois v iclimes. Tant pis pour lui s’il fait de la morale une espèce de passe-port à l’usage du vice, et s'il écrit de propos délibéré, entre les lignes d’une homélie. un de ces récits immondes qui partout ailleurs risqueraient la police correctionnelle. Ceci est affaire de conscience, et notre respect pour ce domaine sacré ne nous permet pas d’y porter une indiscrète investigation. Mais il est certain que sous d’affreux détails les Mystères de Paris recèlent plus d'une pensée louable, plus d’une unité salutaire : il est certain que de tous les écrits du même auteur, c’est le seul où il ait manifesté la volonté d'être utile, le seul ou il ait semblé prendre au sérieux les vérités éternelles dont il s’était joué jusquc-la, le seul <»ù les cœurs généreux et croyants puissent trouver quelques pages s\ mpalhiques. Il nous fâche donc que les reproches amers, la censure officielle, l’indignation des bonnes gens aillent frapper a côté du but; que l'intention de l’écrivain, — son intention manifestée, — soit a ce point méconnue, et qu’après de nombreuses fautes, demeurées a peu près impunies. M. Sue ail a repousser, innocent, des attaques inintelligentes.
A vrai dire, il peut s’eu accuser. Soit défaut d’habitude. soit que scs opinions nouvelles n'aient pas encore poussé de bien profondes racines, soit que la voie inusitée où il est entré, peut-être sans autre raison que les convenances du journal où son œuvre devait paraître, lui semble difficile et rude, — par une raison enfin , ou par une autre. — c’est un singulier prédicateur que M. Sue. Il nous rappelle, comme moraliste, la petite Rigolelle qui reste sage dans I intérêt de son travail, leprince allemand