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dessinateur à qui rien n’échappe, Giraud en personne, et cette année encore témoin son beau portrait de M. Alexandre Dumas pour cette année ) il a agrandi sa collectionnle portraits d’une singulière façon. Mais écoulez-nous, et ceci est une grande nouvelle! — \oici venir dans cette lice du pastel, nouvellementoiiverte, un rude et habile jouteur, un artiste emiuent a plusieurs titres : Antonin Moine, pour tout dire. Celui-là, vous le savez, il excelle a reproduire toutes sortes d’œuvres excellentes qu’on dirait échappées à quelque habile Florentin du XVIe siècle. C’est à lui que l’église de la .Madeleine doit ses deux admirables bénitiers , c’est à lui que nous devons toutes ces belles statuettes d'un si parfait travail, que même le gamin qui passe les salue avec respect. Eh bien ! Antonin Moine, tout-puissant par la forme et par la grâce, gagnait à peine de quoi vivre alors qu'il demandait la vie au marbre, à la pierre, au bronze, jusqu'à ce qu’eiilin il se soit avisé de dessiner au pastel. Alors tout d'un coup cet excellent artiste s’est mis à gagner beaucoup d’argent. Les plus grands seigneurs, les plus jolis enfants, les plus belles personnes se sont fait un honneur de venir poser dans l’atelier d'Antonin Moine. Mais aussi que de beaux visages! que de nobles tètes ! que de vives et pétillantes images qu’on ne peut se lasser de regarder ! Voilà donc une fortune d’artiste faite tout d'un coup et de la façon la plus élégante. Au reste, vous assisterez bientôt à cette révélation toute noufCÏÏe du talent d’Antonin Moine qui ne s’est pas encore repenti, Dieu merci! d’avoir quitte le marbre , qui est éternel , pour le pastel qui brille un jour.

En fait de portraits au pastel, on cite encore quatre frais et charmants essais de M. Vidal : le portrait de Mmc Nathan Treilhet, le portrait de M. boubou celui -la aussi il a exposé une belle Vue du Havre que lui a commandée M. le ministre de l’intérieur), et enfin le portrait d une odalisque, vive et brillante, une véritable odalisque de Paris !

Sans compter les hommes et les œuvres que nous oublions, Gigoux, Steinhcl, Hiesener, Gotireau, aimable talent, Biard, un homme qui rit trop et trop souvent, M"‘c veuve Lavallard , qui s est inspirée du roman de Georges Sand : André, et ces deux paysagistes génevois Ca-

laine et Didav , et Amaiirv Duval , mais on n’est pas sur qu’il expose cette aimée, et Dubufle, car nous acceptons méineM. Dubufle. Et en effet pourquoi donc ne pas lui rendre la justice qui lui est due, à cet homme heureux qui a conquis tant de suffrages? Pourquoi donner ce cruel démenti à tant de beaux visages qui n’ont voulu être peints que par M. Dubufle? Nous savons très bien tous les dédains que soulève la verve docile de M. Dubufle' parmi les grands peintres, nous savons que c’est à qui en rira de pitié, mais cependant il faut bien tenir compte à un homme, quel qu’il soit, de sa popularité, de son succès, une popularité de dix ans, un succès de tous les jours; sans valeur on ne réussit pas ainsi.

Tant que M. Pradier sera de ce monde, tant que Duret, son ami, et Jouffroi, l’auteur de la Jeune Grecque , qui confie son secret à Vénus, — le secret des jeunes cœurs, — l’auteur du beau fronton des Jeunes Aveugles, auront des travaux dignes d’eux, tant que M. David trouvera à reproduire, dans les villes et dans les villages de la France, quelque grand homme inconnu, tant que F. Simart, l’auteur énergique de / Or es te, pourra se livrer à cette précieuse étude de 1 antiquité qui l’a si bien inspiré une première lois, tant que Mlle de Fauveau, avec une patience de ciseleur, retrouvera dans une aine bien inspirée les beautés des élégances de 1 histoire et. des croyances d’autrefois, tant que Fratin et son camarade Barye pourront tout à l’aise faire rugir les lions et les tigres, tant que Klagmann, le florentin, à qui nous devons l’admirable fontaine de la place Richelieu, à qui M. le comte de Paris devra sa première épée, restera le maître de l’ornement et du goût architectural, tant que M. dcTriquctyse souviendra des chefs - d œuvre d’André de Dise et de Lorenzo Lbibcrti, vous pouvez être assuré que la sculpture ne manquera jamais à la France.

Nous ne savons guère ce que la sculpture tient en réserve pour le salon de cette année, mais notre bonheur a voulu qu’un soir, aux flambeaux, nous ayons vu passer devant nous une belle et grande et Itère lroyennc, toute remplie de force, de grâce et de majesté. Sa tète était haute, son regard inspiré; elle avait le port et le.geste d’une déesse. Quelle étaitcette femme, où allait-elle ainsi, par cette nuit profonde,

a la lueur des pâles flambeaux, d’un pas si ferme et si solennel ? Cette femme, c’était la Cassandre d Homère et de Virgile, un des types les plus complets que la poésie antique ait inventés. — Que de courage ! que de patience! que de malheurs!

Voilà tout ce que nous avons pu recueillir sur la prochaine exposition du Louvre, ne tenez pas compte, nous vous en prions, de ces notes fugitives, prenez-les tout au plus pour ce qu’elles sont, des ouï-dire, des souvenirs incomplets, des apparitions d'une minute, des souvenirs confus, un pêle-mêle incertain de toute sorte de noms propres et d’œuvres sans nom, dont nous ne pourrons sortir que le jour du grand jour où le Louvre sera ouvert.

Nous sommes assez heureux pour pouvoir donner dès aujourd’hui deux dessins des plus jolis paysages de l’exposition.

UNE VUE PRISE A Al M ALE,

Peinte parM. Lege.ntil.

UN PASTEL, ParM. Flers,

P. S. Nous apprenons a l’instant môme un nouveau refus que jamais nous n’eussions cru possible. Cet artiste, si plein de conscience et de talent, si sévère à lui-môme.

LES BEAUX -A RTS.

si consciencieux travailleur, dont nous vous annoncions avec tant de joie l’œuvre nouvelle, l’œuvre de tout une année, la mort île Messulim: , el) bien ! le jury, ou plutôt la commission militaire séant au Louvre, a refusé le tableau de Boulanger! Voila donc l’œuvre d’une année lotit entière réduite a rien. Voila un grand esprit loutà-fait découragé, voila a quoi cela vous mène, pauvres amoureux de la forme et de la couleur, d’ôlrc jugés par des architectes, par des musiciens et par des graveurs. Parmi les refusés on nomme encore M. Baron et surtout le sculpteur Préau ; mais celui-là, c’est son lot de chaque année. Entre lui et le jury, c’est un duel a mort: plus il compose de statues et plus on lui en refuse, et certes il sera bien étonné le jour oii il apprendra qu’on lui a accordé enfin la faveur de six pieds cubes dans celte affreuse cave où se morfondent les Vénus, les Hercules, les Fleuves, les Zéphirs, les Apollons el les Amours.

MM A SS’ÉIPMœ.

Voila encore, mon ami, un charmant voyage que lais sans changer de place. Quand vous êtes en baleai il semble que le bateau est immobile et que les dci rives fuient de chaque coté en déroulant à vos yeux leu rivages , leurs peupliers, el leurs saules, et leurs fieu diverses, elles maisons qui les bordent: c’est une clioi qu’on a remarquée cent fois ; mais les gens sont si décid. a ne voir que ce qu’ils ont lu, que je n’ai jamais vu coi signé nulle part que si les bords du rivage paraisse! marcher eu sens inverse du bateau, cette illusion n s’étend qu’ii une certaine distance, et que s’il se trouv plus près de l'horizon d’autres arbres et d’autres bâti moûts, ceux-ci semblent au contraire suivre le sens di Imlcau, et que ces Jeux ligues d’arbres el de maison SC croisent d’une marche simultanée en sens opposé.

!' me semble f'Uc 10 )»"« ‘l'une illusion semblable i celle qu on éprouve en voiture et en bateau ; lorsque i, vois les fleurs paraître cbacuucaleur tour autour de moi. je crois presque voyager. Il paraîtrait en effet que l'on cliauge de place, tant l’on voit changer de décors cl J arleurs la scène, quelque petite cl resserrée qu’il me

plaise de la choisir. Il n’y a pas un acteur qui paraisse avant son tour; ils semblent sortir chacun de la terre ou de leur enveloppe a un signal ou plutôt a une réplique donnée. Asseyez-vous et voyagez :

Le vent aigre de l’hiver a balayé les feuilles; les troncs et les branches dépouillés des arbres ollrent des couleurs variées; le bois du cornouiller ai d’un rouge éclatant celui du frêne doré est jaune, les branches du //tv/"/ d î.s patine sont du verlde l émcraudc, le troue du bouleau est blanc, les branches qui ont poussé sur les tilleul* pendant l’été, sont d’un rouge violet; il y a un framboi sier que les jardiniers appellent a bois bleu, et qui esl d’un violet splendide; quelques érables ont leurs branches vertes; le noyer d' Amérique est noir. Mais les mousses végètent et fleurissent, clan pied d’un arbre, la rose de yoël , l'ellébore noir épanouit ses fleurs semblables a des roses simples , blanches ou rose pâle; le tussilage odorant, F héliotrope d’hiWr étale du sein d’un large feuillage scs houppes grises et roses qui re pandent au loin une suave odeur de vanille.

Mais décembre est liui , ces deux acteurs disparaissent au premier signal que donnent les gelées; voici janvier qui couvre la terre de neige, la gelée fend les arbres, c’est une scène nouvelle; le rouge-gorge s’approche des maisons en voltigeant, lecalycanlhe du Japon ouvre sui celles de ses branches nues qui sortent de la neige de petites fleurs pâles, jaunes et violettes, qui exhalent un doux parfum qui rappelle a la fois l’odeur du jasmin el celle de la jacynthe; c’est un long monologue, c’est h seule fleur qui s’épanouisse en plein air pendant les grands froids ; bientôt ses fleurs se dessèchent et ton» bent, ses branches grises restent nues; les feuilles ne se montreront qu’au printemps qui va paraître avec le mois de février. Les coudriers laissent pendre leurs longs cha tons jaunes et ouvrent leurs petits pinceaux carmin; le daphné l auréole dont je vous parlais tout-a-l’heure . esl bientôt suivi d’un autre daphné qu’on appelle bois gentil, et qui a des fleurs pareilles aux siennes, mais lilas rose ou bleuâtre ; l’hépatique ouvre ses petites roses doubles, roses ou bleu foncé; c’est une sorte de premier acte, une exposition où les personnages se sont présentés presque un à un , ou au plus deux à deux.

Mais en mars les arbres a fruits étalent leur riche parure; l’amandier se couvre de fleurs blanches rosées.

I abricotier de fleurs blanches , le pécher de fleurs roses: auprès de l’eau , le pas-d'âne ouvre ses houppes dorées : les primevères fleurissent sur la terre el les giroflées jaunes sur les murs'; les crocus ouvrent dans le gazon, parmi les étoiles blanches des pâquerettes, comme do petits lis, leurs corolles jaunes, violettes ou rayées de violet et de blanc; quelques violettes fleurissent sous les feuilles sèches tombées des arbres à l’au tomme ; puis tout cela disparaît comme d’un coup de baguette.

Lu jacinthe ouvre scs épis bleus, bleu-violet, roses, blancs ou jaunâtres, et toutes les fleurs qui l’ont précédée reconnaissent ce signal et disparaissent ; leur rôle est joué, elles reviendront l’année prochaine h une autre représentation.

Regardez-les bien, admirez leurs formes variées, leurs

LES BEAUX- A RTS.

couleurs fraîches ou éclatantes , respirez leurs parfums divers, vous ne les verrez peut-être plus; vous avez tout au plus a voir vingt ou trente représentations semblables.

Mais vous les voyez partir sans regret , elles sont remplacées par tant d’autres ! En effet, les fleurs seront bientôt si nombreuses, qu’il devient impossible de les compter; tout fleurit ou semble fleurir, arbres, herbes, papillons, mais chacun a son jour, chacun a son heure, aucun ne devance, aucune ne dépasse le moment prescrit. Le printemps et l’été s’écoulent, la foule s’éclaircit ; les reines marguerites, la vraie fleur de l’automne, sont remplacées par les dahlias, les dahlias par les asters, les asters se fanent a l’apparition des chrysanthèmes de l’Inde. 11 y a une variété de chrysanthème , h petites fleurs jaunes, qui paraît la dernière de toutes et ferme la marche. Et avec chaque feuille, chaqucfleur, naissent et meurent les insectes qui les habitent et qui s’en nourrissent et aussi ceux <pii mangent ceux-là; les fleurs sèment leurs graines, qui sont des œufs; les insectes pondent leurs œufs, qui sont des graines; après quoi refleurissent les ellébores elles tussilages et éclosent les insectes auxquels ces plantes appartiennent. Une fleur qui naît ou qui meurt, c’est un monde avec ses habitants.

Mais si vous ne voulez pas attendre toute l’année , ou si votre mémoire vous sert mal, restez là seulement une journée, voyez comme tout passe devant vous, voyez comme tout voyage pour vous montrer des objets nouveaux. Alphonse Karr.

Les travaux qui s’exécutent en ce moment au Palais- <le-Justiee ont vivement excité l'attention des artistes, des antiquaires cl de tous ceux qui s’intéressent à l’embellissement de la capitale. Déjà plusieurs journaux ont annoncé que par suite de ces travaux, la Sainte-Chapelle allait être compromise, et la Commission des monuments historiques a adressé à M. le ministre de l’intérieur une réclamation que le Journal des Débats a publiée, pour protester contre un projet qui semble, sinon adopté, du moins approuvé parleConseil municipal.

La Revue des beaux-arts ne pouvait demeurer étrangère à l’examen d’une question aussi grave, et c’était un devoir pour nous de recueillir tous les renseignements et. de faire part à nos lecteurs des réflexions qu’ils nous peuvent suggérer.

Avant tout . nous rappellerons en deux mots la situation actuelle de la Sainte-Chapelle. Au nord , ses contreforts touchent au bâtiment qui forme l’aile gauche de la façade du Palais-de-Justice : à l’ouest elle communique à ce même bâtiment par une espèce de galerie construite

ir,

au-dessus du porche de la chapelle basse. L ancienne Cour des Comptes, placée du même côté, permet à peine au spectateur d’apercevoir la façade de la chapelle. A l’est, entre son chevet et le bâtiment parallèle h la rue de la Barillerie, il n’y a qu’un passage encore plus étroit. Ce n’est que la façade sud de la Sainte-Chapelle que le spectateur peut examiner à distance convenable, dans la cour de la Sainte-Chapelle. Celte cour autrefois s’étendait jusqu'aux maisons qui bordent le quai des Orfèvres.

Lorsqu’il fut question d’agrandir le Palais-de-Justice un imposa a l’architecte, comme l’une des conditions principales de son programme. /</ conservation de la Sainte-Chapelle. Ce mol de conservation signiliail-il seulement qn’on ne la détruirait point? Non sans doute, personne n’avait l’idée de pareil acte de vandalisme, mais on voulait que les dispositions nouvelles du Palais-de-Justice tendissent au dégagement de la Sainte-Chapelle, la tissent paraître sous l'aspect le plus favorable à son architecture. Tel est , personne n’en doutera, le sens du mot conserver pour un artiste.

Depuis longtemps les membres des Cours avaient demandé que la Sainte-Chapelle fût rendue au culte et affectée aux cérémonies religieuses auxquelles ils assistent en corps ; le gouvernement avait accueilli ce vœu avec empressement; il avait prescrit les réparations nécessaires; il y avait alloué une somme d’environ 500,000 fr. M. Dubau, spécialement chargé de ee travail, avait encore reçu du Ministre de l’Intérieur la mission de rechercher les traces de l’ancienne décoration , et d’étudier les moyens delà rétablir. Le talent de l’architecte, le résultat heureux de ses recherches, ne permettaient pas de douter que la pensée du Ministre ne se réalisât de la manière la plus exacte et la plus complète.

On voit que l’administration apprécie l’importance de la Sainte-Chapelle, et qu’elle n’hésite point 'a souscrire des sacrifices considérables pour lui rendre son ancienne magnificence.

Eu même temps que le Ministre de l’ intérieur s’occupait de faire restaurer cet édifice avec tous les soins convenables. AI. Iluyot présentait son projet pour l'agrandissement du Palais-de-Justice.

Ce fut en IS38 , je crois, que le premier examen de ce projet eut lieu dans le conseil des bâtiments civils, où avaient été appelés MM. le préfet de la Seine, le préfet de police, les présidents desCours et les procureurs généraux. Si nous sommes bien informés, plusieurs membres du conseil demandèrent dès lors que les constructions nouvelles s’étendissent jusqu’au quai, et qu’à cet effet on fit l’acquisition d'une Ne de maisons située à l'angle du quai des Orfèvres et de la rue de la Barillerie. 11 en résultait, pour la Sainte-Chapelle, l’agrandissement de la cour de la Sainte-Chapelle : pour le Palais-de-Justice. plus d'espace; pour la Préfecture de police , cri particulier, une sécurité plus grande; enfin, sous le rapport de l’art, il est inutile de remarquer les avantages obtenus parce développement du projet. Depuis la rnede llarlay jusqu’à la rue de la Barillerie, c’était une ligne d’architecture qui devait produire un effet grandiose.

.ES HE Al X-AlUS.

M. le préfet de la Seine, au nom de l'administration municipale, sans nier les avantages de celte proposition, objecta, dit-on, la dépense des acquisitions demandées , il croyait qu'elles pouvaient être ajournées. Tant de travaux étaient nécessaires en attendant, qu’on pouvait réserver celte partie du projet. Ec conseil n en lit point une condition, et le projet de M. Huyot fut adopté après un certain nombre d’amendements.

La mort de M. Iluvot. survenue avant qu'il eût fait 1rs modifications demandées, lit remettre a M. Duc la direction des travaux du Palais-de-.lustiee. Nous ignorons quels changements cet architecte a faits au projet de M. Huyot : on nous assure que jusqu’à présent il trou a communiqué aucun au conseil des bâtiments civils . et son intervention ne s’est manifestée que par la démolition de quelques maisons donnant sur la cour de la Sainlef.liapclle, et par des travaux d’appropriation dans te, bà-> liment de la Cour des Comptes. .M. Duc passe pour un homme de talent; il a du travailler d’après les idées de M. Huyot et d’après les siennes : d’où vient donc que l’on ne sache pas encore a quoi s’en tenir sur V ensemble des constructions qu’il doit diriger?

Mais, en ce qui concerne la Sainte-Chapelle, on a déjà des indices alarmants tic la manière dont on entend la traiter. Loin de réserver la question de l’acquisition des terrains a l’angle de la rue de la Harillerie et du quaides Orfèvres, on garait vouloir la trancher tout d’abord. L'administration municipale vient de décider l'ouverture d’une rue parallèle au quai. Entre cette rue et la cour de la Sainte-Chapelle doivent s’élever, a une hauteur considérable, les bâtiments affectés aux tribunaux de police 'correctionnelle et a la préfecture de police. On bâtit donc dans la cour de la Sainte-Chapelle; on la réduit d’un tiers; on obstrue le seul côté par où la Sainte-Chapelle était encore dégagée.

Ce n’est pas tout : on veut augmenter la largeur du bâtiment qui donne sur la rue de la Harillerie; c’est encore iéduire la cour de la Sainte-Chapelle, empiéter sur le passage déjà si étroit , qui sépare ce bâtiment du chevet de la Sainte-Chapelle.

Enfin, l’on parle d’une galerie, ou de je ne sais quelle construction , qui viendrait s’appuyer a l’Ouest sur la Sainte-Chapelle.

Ainsi, de tous les côtés, le monument de Saint-Louis serait resserré, disons mieux, emprisonné, privé d’air, de lumière, de moyens d’écoulement pour les eaux. La cour de la Sainte-Chapelle deviendrait une espèce de puits: les bâtiments qui renfermeraient au Sud se développeraient sur une rue étroite, ou plutôt sur une impasse , ayant pour vis-à-vis des cabarets et les plus sales maisons de file.

Nous laissons de côté tout ce qu’il y a de mesquin, de ridicule et d inconvenant dans un tel projet; nous n’avons a nous occuper ici que du préjudice qu’il porte à l’un des plus beaux monuments du moyen âge. Quoi ! ce serait au moment où l’on fait de grandes dépenses pour restaurer la Sainte-Chapelle, qu’on l’enfermerait ainsi par des constructions nouvelles'. Le ministre qui a compris qu’un monument aussi original devait recouvrer

son antique splendeur, ce même ministre détruirait d'une main ce qu'il restaure de l'autre! nous ne pouvons le croire. Pareille pensée ne peut être discutée sérieusement.

D'après les rapports qui nous sont communiqués par des personnes bien informées, c’est de 1 administration municipale que viennent toutes les didieullés. La tjues [ion d'économie est mise en avant ; ou sait quelle est toute puissante aujourd’hui. De la part d'un bourgeois de Paris qui se fait bâtir une maison, l’on conçoit de l'hésitation à faire un sacrifice qui momentanément lui imposera quelque gène. L’avantage qu'il retirerait de son sacrifice n’in téresse que lui seul ; sa jouissance n'a «pie la il tirée de s;i vie. L'administration municipale au contraire doit se préoccuper de l’avenir. Elle ne travaille pas pour elle-même, mais pour un être immortel, qui est la ville de Paris. Les considérations d’économie sont bien faibles lorsqu’il s’agit de convenance, de dignité, de grandeur, de respect poulies souvenirs du passé. Si l’on exécutait le projet contre lequel nous réclamons , dans quelques années d’ici qui penserait à l'économie obtenue par l'administration municipale? Mais tant que durerait la Sainte-Chapelle, tant que dureraient les constructions mesquines du Palais de-Jusliee, on dirait que la capitale de la France a été administrée. en une certaine année, par des hommes qui ne comprenaient point leur grande mission.

LES BU 11 G HAVES,

Trilogie par H. Victor liuto.

Première représentation.

Une grande douleur, pour tous ceux qui savent combien est rare la faculté poétique, c’est de la voir se perdre en bizarres caprices, se dépenser au service de systèmes éphémères, de théories inconstantes et mal digérées, Ce

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