‹ Les Beaux-ArtsChapitre 42 sur 204 · COUTURE · texte numérisé non relu

COUTURE

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Un. Trouvere

(iAVAKNI

Par Oavami

La Captive

de V.Hugo

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LES BEAL X-ARTS.

Voulez-vous encoreque nous parlions tableaux d’histoire, tableaux de genre, paysages, portraits? Parlons- en , mais je vous avertis que l’œuvre s’épuise ; déjà, des faibles hauteuis (b 1 "exposition de cette année, nous sommes tombés peu à peu dans les abîmes sans tond, quand tout manque au malheureux dans ces protondeurs, la terre et le ciel , l air, l eau , les aibres , le soleil. C’est bien là ce que dit le poète :

Facilis descenstis Avenu.

D’ailleurs la révolution inutile qui s’est opérée depuis huit jours dans les galeries du Louue a quelque peu dérangé nos combinaisons et nos projets. Peu de tableaux cette fois sont restés a leur place première; telle toile qui était exposer a tout l’éclat du plus grand jour, se cache maintenant dans une ombre funèbre; tel tableau qui vous apparaissait dans un lointain propice, trappe maintenant votre regard attristé. On s était dit : je reverrai ce tableau là, et quand je 1 aurai vu tout à l’aise, j’en parlerai... Le tableau a disparu ; à la place où vous l’avez laissé , vous rencontrez une horrible composition que vous savez par cœur et dont la livrée rouge du Louvre „e veut déjà plus; ce sont là toutes sortes de petits chagrins capables d'assombrir le Iront de

la critique la plus bienveillante comme est la no¬

tre, critique loyale, honnête, qui a peur de blesser et à qui on ne peut reprocher que son indulgence et sa pitié pour les mauvais chefs-d’œuvre. Nous l’avouons , un pareil reproche nous convient et ne nous déplait pas.

Cherchons donc au hasard les derniers tableaux qui manquent encore a la liste que nous avons dressée nous-mêmes. La vision de saint Hubert, par M. Cottrau , nous avait frappé tout d’abord. Nous nous demandions dans quelle salle du Muséum d'histoire naturelle devait être placé ce tableau tout remldi du plus beau gibier que puisse rêver un chasseur le jour de l’ouverture des chasses ? Si M. le due de Bourbon, prince de Coudé, vivait encore, à coup sur vous eussiez dit pour quel gentilhomme était fait ce saint Hubert, mais aujourd’hui nous ne savons guère à quoi bon cette vision au poil et à la plumequi passe au rang des fables et des anachronismes depuis que la révolution de juillet est venue arrêter dans leur essor innocent, à travers les forets bien peuplées, le roi Charles X, M. le Dauphin, M. le prince de Coudé, les derniers disciples du grand saint Hubert, le saint le plus fêté et le plus populaire de la légende dorée. Nous prêterons et de beaucoup a cette livrée, a ce clieuvi

LES BEMJX-AHTS.

à ce cheval , à tout oc fouillis, la jolie barque italienne dans laquelle, il y a tantôt doux ans, ce moine M. Cottrau avait embarqué les plus jolies et fraîches lillettos de 1 Italie. On eut dit les belles dames du Déeaméron de AN interhaltcr qui revenaient à Florence dans cette barque mollement portée sur l’Arno.

Ai-je donc parlé du ravin de Chariot ' Si j’en ai parlé en effet , je vous aurai dit que, mémo le pinceau à la main, c’est toujours le Charletdc ses beaux jours de gloire impériale. Sans nul doute le cravon va plus vileque le pinceau, on le tient d’une main forme à la fois et plus légère; armé de cette mine de plomb qui se taille d ellemême, vous restez votre maître et seigneur, mi , pour mieux dire , vous n’avez pas d autre maître que le caprice ot la fantaisie; sans nul doute aussi, cotte brosse ou plutôt cet amas de brosses qu’il faut tromper dans toutes sortes de couleurs différentes , cette palette chargée d’une suite infinie de tons et d’effets qu'il faut deviner comme on devine le soleil à sa chaleur, l'oiseau à son chant, la femme aimée aux battements de son cœur, n'est pas toujours un instrument très obéissant, très complaisant, très dompté, mais à tout prendre , même de celte difficulté sérieuse, Gharlet se tire avec bonheur. 11 dessinait tout-à-Fhcure au cravon, maintenant

il dessine avec des couleurs, voilà toute la différence. A oilà pourquoi, au premier abord, son tableau est terne et triste, d’un aspect froid plutôt que sérieux; tout d'abord la vie ne s’y fait pas sentir; le mouvement et la passion s’y font attendre; mais bientôt, cette première confusion une fois passée, vous retrouvez tout entier le hardi et ingénieux troupierqu’on pourrait appeler le Gharlet de la grande armée. Oui, certes, voilà les bataillons qui défilent en masse, voilà les vieux grognards qui s'avancent comme autant de tours, mais comme des tours qui savent réparer leurs brèches, voici les fantassins hâbleurs, les cavaliers gens sérieux et tout d’une pièce, les.l eau-Jean naïfs, les vieilles moustaches, puis les vivandières qui versent à la fois Feau-de- ' ie etl amour. C est tout-à-fait l’esprit que vous sa\cz, un esprit prime-saulier, bon enfant, tant soit peu blagueur , culottcur de pipes, pour tout dire. Mv el Empereur! Nous sommes en pleine Allemagne, au beau milieu de Fan de gloire, de bombance et de conquête de 1800. La veille en¬

core nous avons gagné une bataille, voyez plutôt nos blesséset nos morts. Pendant que nos camarades sont restés là-bas sur le champ de misère, nous autres, l'avant-garde de la nouvelle victoire, nous traversons péniblement la ravine; autour de nous, tout fait silence; l’oiseau se tait, l’arbre est triste, le soleil est terne, nos charrettes sont remplies de pauvres diables qui souffrent sans se plaindre, mais la gaieté marche en tète du convoi, sous la ligure d’un tambourmajor et d'un colonel beau , sérieux, calme et lier. Voilà comment est faite véritablement la gloire des armes. Elle se paie comptant , au poids du sang et de la vie des hommes. Cherchez avec soin, autour des grandes batailles, même les mieux gagnées , et toujours vous trouverez [uelqucs-uns de ces héros mutilés dont les bulletins ne parlent guère plus que les faiseurs de batailles officielles. Heudons a Gharlet cette istiee méritée. Gharlet n'est pas de ces nouvellistes du Musée de A ersaillcs qui osent a peine, quand ils décrivent une bataille, jeter ça el la quelques cadavres dans les hautes limbes; Gharlet, au contraire, ne s’arrête pas, une fois qu’il est à se battre. Alort et damnation! sacrebleu ! il faut mourir. Au reste, vous vous rappelez son épisode de la llelruilc de llussic. IJue de douleurs amoncelées sur ce las de neige sanglante! Combien ces héros formidables étaient réduits à leur plus triste expression , le froid , la faim, la peur, el que c'est bien a vous, Chariot , de ne pas farder la gloire des armes et de ne pas nous la montrer plus belle qu elle ne 1 est en effet !

C’est grand dommage! M. Grosclaudc est un coloriste, ses tableaux, vus de loin, ont quelque chose de cet éclat velouté qui vous p lui t tant dans les têtes de Grcuze ; malheureusement la comparaison s’arrête là. M. Grosclaudc se dispense de mêler un peu d’esprit dans ces tableaux peints avec tant de soins et de peines. L oiseau mort. — La jeune femme. — A quoi bon , je vous prie , se mettre à la torture pour ôter sa vivacité à ce doux plumage, sa grâce ingénue à cette jeune fille ? Le malheur est que lorsque M. Grosclaudc fait un portrait, ce portrait-là ressemble tout de suite à Emule ses tableaux.

AL Guillcmin, tout au rebours, a bien de la verve et de l’esprit. Il est de ceux qui soutien-

u:s m: \tx-ARTS.

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