‹ Les Beaux-ArtsChapitre 43 sur 204 · IU · texte numérisé non relu

IU

lient que l’on peut écrire une comédie le pinceau il la main, et pour peu qu’une idée soit plaisante ou grotesque, vite notre homme se met à l’œuvre, sans se demander où donc il veut en venir? Merveilleux effets du baume de fier-àbras, b la bonne heure : et de rire. L'eau bénite, l’Attente, le Péché caché, la Noce de Village, toutes sortes de petits tableaux bons à graver par M. Jazet et dont les gravures se vendront à merveille dans les foires de village. La leçon detnusicjue est une bien charmante bouffonnerie dans ce temps du théâtre italien, de ténors épuisés et de bouffons payés à cinquante mille francs chaque année. Bref, par le nombre et par la variété piquante de ses aimables petites compositions , M. Guillemin a fondé une rude concurrence à M. Duval Lecamus. Celui-là aussi ne manque pas d’esprit dans sa peinture. Il s’imagine qu’on peut , tout à la fois, être drôle et être un grand peintre. Pire, rire, el toujours rire, la devise de Désaugiers, pourrait être au besoin la devise de M. Lecamus. Après M. Bayard, l’entrepreneur des vaudevilles du théâtre du Palais-Royal, nous ne savons pas de vaudevilliste plus fécond que M. Duval Lecamus. Le Premier pas, l'Orage , l'Ermite y lionne sainte Vierge , jrrolégez-le! tels sont les ouvrages que M. Duval Lecamus a l'honneur de représenter devant nous. Que vous applaudissiez ou que vous n’applaudissiez pas, l’auteur s’en moque comme de ça! Il s’en bat l’œil et il a bien raison , tout est vendu à l’avance, bien vendu, bien reçu , et par-dessus le marché, nous avons, pour nos menus plaisirs, une demi-douzaine de petits portraits en pied dont l’heureux peintre a l’entreprise, pendant que M. Guillemin jeune, ingénieux, plein de feu, plein d’imagination et d’entrain, en est encore à marquer tous ses tableaux du fatal signe*, ce qui veut dire Tableau à vendre : à peu près comme le bouchon de paille attaché à la queue d’un cheval.

M. Duval Lecamus le tils est beaucoup plus sérieux que son père. A force d’avoir entendu rire à ses oreilles quand il était un tout jeune homme, il s’est mis à peindre tout d’une pièce ; on dirait qu’il veut expier, par la sévérité de sa peinture , la gaieté un peu profane de son père. Cette Délivrance de saint Pierre est une chose qui vaut qu’on l’étudie, mais ce¬

pendant, que c'est là un sujet difficile quand on pense au tableau de Haphaèl, dans les loges du Vatican.

M. Geffrov est, à coup sur, un homme bien doué pour les arts de l’imitation. Son intelligence se prend à toutes les choses auxquelles elle peut se prendre. S’agit-il de jouer un rôle de comédie? il est tout prêt. Faut-il se revêtir du manteau tragique? il ne demande qu'un instant. S’il joue le drame, vous le remarquez bien vite à l’exactitude scrupuleuse de son costume, à la vérité de sa pose; c’est toujours un homme de sang-froid ; toujours il esta sa place,

sincère et vrai avant tout. Certes son tableau de

l’an passé, le Foyer de la comédie française, était une œuvre pleine de goût, d’esprit, de vraisemblance, de bonne grâce. Celte année, M. Geffrov a exposé un Molière , des Odalisques et plusieurs jeunes portraits faits avec beaucoup d’art et de goût; tant il est vrai que , dans les arts, il y a une certaine hauteur à laquelle tous les bons esprits peuvent prétendre. On n'est pas médiocre, on n’est pas excellent, et, ma foi! heureux encore celui qui peut arriver là.

L’absence des grands paysagistes, — JulcsDupré , qui redoute les luttes de chaque année; Marilhat, qui se repose; Maréchal de Metz, qui achève ses vitraux pour la cathédrale; Louis Cabat, le rêveur, le poète, si triste et si grand! Paul Huet, refusé, — l’absence de tous ces noms aimés, que nous avons en vain appelés à notre aide, ne s’est, pas fait trop sentir , grâce aux paysagistes que nous avons nommés, et à ceux que nous pouvons nommer encore ; M. Jules André n’a pas été plus loin que Meudon pour rencontrer son plus beau paysage; M . Brunet nous a montré, à la source du Loiret, de jeunes filles qui se baignent : ah! si M. Brunet savait que l’eau est froide à la source du Loiret ! Un beau paysage, qui sent l’Italie d’une lieue, nature sereine, mais un peu triste, recommande le nom de M. Adolphe Lessieux. On peut citer madame Empis pour le merveilleux instinct qui lui a lait, reproduire un des paysages les plus descriptifs du Nouveau -Tes taillent, ce lac de Génézarel.h et ces Ilots soulevés par la tempête pendant que le Christ dort du sommeil des justes et des tout-puissants. Francesco, connaissezvous ce nom-là? Francesco, de qui, Francesco, de quoi ? Toujours est- il que c’est là un

LES B 12 A [ \- \ BTS.

IMS

lio ni iuo habile , non pas encore habile à composer un tableau complet, mais à nous en montrer les diverses parties. Le grand cadre dans lequel M. Francesco a exposé toutes sortes de petits morceaux sans suite et sans lien 1 un avec l'autre, est une chose pleine d’intérêt; c’est un pêle-mêle ingénieux et sans façon de tous les éléments dont se compose le paysage : des ruines, des terrains fouillés dans tous les sens: l’eau qui tombe, l’eau qui dort, un vieux chêne, un jeune plan à la verdure naissante, un louillis très frais et très épanoui de toutes sortes de petites fleurs ramassées dans les champs , les membres épars d'un beau poème à la louange du printemps ; voilà ce qui compose les quinze fragments de ce beau cadre. Je sais plus d'un peintre de paysages qui s’estimerait fort heureux de posséder, dans son atelier, les belles et vives études de M. Francesco. Plus, une très jolie fille de M. Guet, la tille court sous de très beaux arbres. — Le château du pape à Avignon, par M. Paul Huet; mais son plus beau tableau a été refusé cetteannée. — Des indications très exactes de M. Lebreton , peinture d’architecte, vue d’architecte, vaisseaux de constructeur de navires. — Un assez joli petit morceau de la Brie, par M. Ledieu. — Les Faucheurs, de M. Loubon, vérité, bonne grâce, belle campagne, chaud soleil. — De belles ruines de M. Pernot. — Des bœufs sauvages, des bœufs romains, de M. Sabatier. — L’abbave de Saint

Wandrille, par M. Séhron , un homme qui excelle à reproduire les vieilles pierres d’au- I celui s ; et enfin n’oublions pas quelques belles compositions de M. Hostein, et le Cimetière arabe d un peintre de beaucoup de conscience et de soin, M. Léon \ init , voilà pour le paysage. Le paysage n’est pas en progrès cette année, mais cependant on ne peut pas nier toute la facilité élégante de ces heureux voyageurs

Page 1