‹ Les Beaux-ArtsChapitre 44 sur 204 · JO · texte numérisé non relu

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qui s en vont cherchant incessamment les plus beaux petits recoins sous le soleil.

Quelques petits tableaux de genre ne sont pas indignes de cette attention de second ordre qui s attache a toutes les œuvres que l’on voit vu bloc et sans trop s’y arrêter. Jean Barl en lent , par M. Vetter ; le père de Jean Part vient «le mourir ; 1 enfant, plus furieux qu’attristé , serre les poings en s’écriant : les Anglais! les Anglais! c’est trop de colère pour un bon fils

qui devrait donner le dernier baiser à son pore — Des tableaux de.M. Sehlesiuger ; des hommes des femmes, des fleurs, de la soie, et comme tout ce monde-là rit follement! Le sont là cependant des tableaux qu’on regarde. — Fn Aaufrage , par M. Mozin. La mer était horrible , dit le livrel, et le livret dit juste, car M. Mozin a fait là une horrible mer; eu revanche, son Fort de Trouville est d’un bel aspect. — Moins modeste que M. Mozin, M. Modeste Leclerc nous a montré une sainte Madeleine éclairée par un rayon céleste; ou ne se dit pas ces choses-là a soi-même. — La Communion de la sainte Vierge , par M. Emile Lafon, est une bonne composition, bien comprise, bien ajustée, peinte avec soin, sans trop de charme. — Les Artistes en voyage, de M. Joimiault. Le sont les plus joyeux bandits du monde, allâmes, haletants, bons vivants, contents de peu et ne demandant au ciel que deux choses : de la bière et du tabac; quant au reste, nos hardis garnements sauront bien se le procurer... ou s’en passer. — Le vieillard qui voudrait bien ressembler a un moribond, et ces enfants qui l'écoulent d'un air passablement inatlentif, voilà ce que M. Henri a appelé les Derniers conseils d'un père. Si ce père a le bonheur, trop peu rare, de compter un peintre parmi ses entants, il doit conseillera son peintre de ne pas oublier la vérité, la simplicité , le naturel, et même un peu la boite osseuse de ses personnages, car ces tête smolles, fades et sans accent , sont déplaisantes au regard et au toucher. — M. Eugène Goyet a le grand tort d'aller trop souvent dans la partie du Musée qui contient V Ecole espagnole. Ecole espagnole , tant qu’il vous plaira, mais cependant, laissez de côté ces manteaux noirs, ces figures sombres, ces chairs livides, et rendez votre visite quotidienne aux beaux Italiens de l’Italie. Là, en effet, est la force, la beauté, la jeunesse; là est la vie, c’est-à-dire ce qu'il y a de plus beau, ce qu'il y a de divin , dans toutes les poétiques , dans tous les arts. Le père de M. Eugène Goyet est resté fidèle à ses petites toiles de l'école des toiles de Jouy ; seulement , il a adopté cette année la \ ierge et l’enfant Jésus pour leur faire les honneurs de ces aimables petites scènes d’intérieur qui lui ont toujours réussi. — Lui aussi , M. Achille Devéria , que l’on ne voit plus nulle part, pas

même chez les marchands (l images , il a voulu essayer si, après un si long temps, il pouvait faire de la peinture. Eli bien ! il n’a pas oublié son ancien métier autant (jue vous pourriez le penser. Ses petits enfants travestis sont très jolis; pour être popularisés, ils n'attendent plus que la pierre lithographique, et M. Devériane les fera pas attendre. C’est grand chagrin devoir à quel honnête néant peut arriver un homme bien doué pour son art, intelligent, actif, habile, . laborieux, ingénieux, quand il abandonne l'art pour le métier. Le portrait signé par M. Eugène Dcvéria est tout-à-fait indigne de l’auteur de la Naissance de Henri IV. Figurez-vous Paul Véronèse qui se fait peintre en bâtiments !

Le Christ de M. Cassel rappelle adroitement le premier Calvaire du même auteur, cependant il a quelque chose demignard et de gracieux qu’on ne s’attend guère à trouverdans une pareillecomposition. Le Christ est trop long et trop raide; la Vierge est couverte d’un mouchoir bleu trop chiffonné; la Madeleine, avec ses longs cheveux blonds, est trop jolie, trop blanche, trop mignonne ; ellcpose ; mais comme en fin de compte, ceci est de la peinture , on regarde avec intérêt le Christ de M. Cassel; ainsi fait-on pour le Juif de M. Couder, un riche juif, sur ma parole, si l’on en juge par l'admirable cabinet dans lequel le digne usurier cache son or.

.Nous avons déjà cité les quelques beaux portraits de cette exposition. Nous avons dit les habiles efforts de M. Guignct, la malencontreuse assurance de M. Lépaulle, les chances heureuses deM. Lehmann, le noble et précieux et ingrat travail de M. Cliassériau, la verve de M. Couture, l’absence de M. Wintcrhaltcr et de M. Champmartin; il nous reste à parler des charmants portraits de M. Alophe. Certes les modèles de M. Alophe n'ont pas à se plaindre; il sait le respect que l’on doit à la grâce, à la beauté, à la jeunesse des femmes, même quand la jeunesse est un peu loin. — Le portrait de madame Charles Reybaud, par M. Angclin, est d’une ressemblance trop exacte. L’esprit de cet œil vif et brillant, l’animation de cette bouche éloquente, la fermeté de ce front où l’idée abonde et aussi la passion, disparaissent quelque peu dans le travail du peintre. — Dans son portrait, par madame Deaudin, M11*- de Fauveau, l’habile et excellente artiste

florentin, nous apparait un peu solennelle, un peu empêtrée dans sa gloire, mais cependant son visage est resté mâle , son air inspiré, c’est bien elle-même rêvant encore à quelques-uns de ces petits chefs-d’œuvre que la duchesse d’Etampes aimait tant. — M. Belloc est toujours un bon peintre de portraits. — M. Berthon est bien heureux d’avoir eu à reproduire les traits si lins, si bienveillants, si bons, si calmes, de Reschid- Pacba, ce Français de l’Orient, ce Parisien de Constantinople, bel esprit à Paris, poète en Orient, homme d’état quelquefois, homme excellent toujours.

Oui encore ? Un très joli portrait de Jean Valentin, très lin, très étudié, par M. Dauvergne ; un portrait bien fait et bien dessiné de M. F orey (son tableau de Marthe et Jésus est sans contredit une bonne peinture). Et, pour le reste, regardez ces bonnes figures! — Ces gros messieurs aux cheveux grisonnants. — Ces petites dames à la bouche pincée. — Naïves ligures qu’on ferait bien de laisser à la maison. Et pourtant ces hommes si laids, ces femmes difformes, ces enfants mal vêtus, ces gardes nationaux et ces chevaliers de la Lcgion-d'IIonneur, c’est la moisson véritable du peintre de portraits. Tout ce qui se fait en deçà ou au delà du laid, des vices , du ridicule, de l’inconnu, du trivial, de l'actualité, c’est de l’ouvrage en pure perte, c’est le prospectus élégant de ces abominables physionomies. Et, juste ciel ! comme ii faut plaindre ces malheureux artistes obligés de vivre de si peu !

Quant à M. Dubuffe, le héros, le roi, le dieu du portrait, depuis tantôt quinze ans, hélas! M. Dubuffe en est venu à n’êtrc [dus que l'ombre de lui-même; il a vécu ce que vivent les marchandes de modes et les tailleurs; de toute la gaze qu'il a chiffonnée, de toutes les fleurs artificielles qu'il a employées, de tous ces nœuds de rubans, de toutes ces dentelles, de tous ces chiffons adorés ; bas à jours, ceintures relâchées, jupons’ courts, robes sans nom , peignoirs du matin, simples parures de la nuit , hélas! rien n’est resté, pas un lambeau, pas un souvenir. Babet la bouquetière n’a pas disparu plus vite, elle et scs fleurs, que M. Dubuffe. Maintenant le voilà seul au milieu de ses chiffons, au milieu de son néant. Que s’il eût fait en sa vie, une tète , une seule tète bien mode-

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lée, s’il eut dessiné, mais là, véritablement dessiné , une seule main bien nette et bien vraie, M. Dubuffe vivrait encore; il n’eùt pas été dévoré tout cru par M. Winterhalter , qui lui-méme sera dévoré par M. Lehmann pour peu que la chose amuse M. Lelnnann. O peintres des petites choses ! peintres éphémères des rubans, des fichus, des corsets , des bracelets, des bijoux, du tard, de toute la menue monnaie de la beauté parisienne, peintres de crinoline Dubuffe ou Oudinot, instruisez-vous en contemplant M. Dubuffe.

Cruel retour! à ce point que la semaine passée le chef-d’œuvre de M. Dubuffe, ce portrait blond qui lui avait attiré, il y a cinq ou six ans, tant de félicitations et d’hommages, la figure et la personne de cette jeune femme de la cour des Tuileries, qui en étaient si fières, ce tableau signé Dubuffe..., il a été vendu, vendu par le

modèle lui-méme, vendu au prix de quelques louis d’or, vendu et acheté, mm pas même |>;ir un homme, juste ciel! mais acheté par une femme russe, qui ne se commit pas en tableaux! M. Dubuffe lui-méme, lui qui ne douta de rien, en a pleuré de douleur.

Afin que coite parole du prophète lût accomplie : Vous avez semé les Heurs, les sourires, les fausses dents, les faux cheveux, les belles robes de Delille, les peignes d’ceaille, les souliers (h* satin, les modes les plus nouvelles, vous recueillerez les ricanements publies, quand toutes res modes seront passées. Kn fait de portrait, il n\a qu’une chose qui reste toujours, ce u’esl pas l'habit, c’est la tète de l’homme. La singulière fantaisie ! des corsages sans poitrine, des robes sans tète, des vêtements auxquels rien ne manque sinon le corps qui devait les remplir!

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