‹ Les Beaux-ArtsChapitre 49 sur 204 · I.KS II KM \-\RTS · texte numérisé non relu

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ans notre dernier chapitre nous vous parlions l’autre jour des montagnes de plâtre entassées par la fantaisie des artistes, la montagne envoyée au Louvre par M. Dieudonné représente Alexandre le Grand qui joue avec un lion. Le livret a beau dire que c’est un combat sérieux, le roi a plutôt l’air de jouer avec un brave homme de chien qu’avec un animal féroce. Ce lion ne ressemble1 guère aux tigres de Barye, c’est, tout simplement un des plus honnêtes animaux féroces du Jardin-des-Plantes. Sauf meilleur avis, Alexandre le Grand a grand tort de faire tant de mal à cet .1, innocentquadrupède. — Et cet Hercule, qu’en direz-vous? Il est gros, SL il est épais, il est massif, et pourtant il est amoureux comme un fou. La Déjanire , la digne maîtresse d’un pareil amant, est enlevée par le • centaure Nessus , Hercule reprend sa Déjanire, non pas sans avoir

percé d’une flèche le perfide Nessus ; la flèche est le plus terrible peru/: . i„ iiliW f r.nmmfi s’il n’v avait nas. sur

S&&& !/->'• Sonnae;e de ce groupe. Quelles idées! comme s’il n’y avait pas, sur la place du Grand-Duc, à Florence, l’ Enlèvement des Sabines , par Jean de V; ■ Bologne. Un vieux Romain, qui se connaît en belles personnes , emporte ^KrsilP ses épaules une belle et grande jeune fille de vingt ans, mais ce doux fardeau est enlevé par un fier jeune homme qui a son tour emporte la belle fille dans J * ses bras Voilà de l’art! voilà une idée poétique ! et un beau jeune homme , et un vieillard 1 mais Va centaure, mais la flèche, mais la Déjanire, mais l’Hercule, ces trois êtres ne tiennent euère l’nn à l’antre. 11 n’y a que la flèche qui tienne au cadavre de Nessus. Cette œuvre est pourtant l’œuvre d’un homme qui n’est pas sans avoir quelque talent, M. Jacquot.

M 1 (“rendre- lierai s’est fait précéder au Louvre par une immense statue du ministre Tuidestinée à laChamhredes pairs. Turgot porte l’habit noir habillé, la culotte etlesbasde so.e. le Couiier à boucles: il tient à la main un manuscrit dont il lit quelques passages avec la pue r,m pooto qui déclame ses vers, D'image est bien faite, elle do.t etre hdele, mats cependant

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qui nous assure que cet homme en marbre que vous appelez Turgoi , etque vous nous représentez sans doute dans le conseil du roi de France, n’est, pas plutôt Alexis Piron lisant la Métromanie à nos seigneurs du Théâtre-Français? I n peu de style et d’esprit, et quelques indications certaines, ne nuisent pas dans la représentation de ces grands personnages de l’histoire. Nous ne tenons pas à ce que chacun de vos modèles porte, «à sa main droite, les instruments de sa profession, mais encore est-il nécessaire que nous puissions reconnaître à certains signes l’homme que vous nous représentez. Le buste de M. Cranet, par M. Legendre-Héral , est d'une grande li nesse et d’une grande ressemblance ; nous n'avons rien à dire du buste de M. le duc d’Orléans. Tous les bustes du feu prince royal se ressemhlent, tous ces portraits se ressemblent, périrait fait de souvenir, dit M. Lépaulle. Hélas! le malheureux prince, les peintres et les sculpteurs vulgaires abuseront encore pendant un an ou deux de cette belle tète si jeune et si intelligente, après quoi on reviendra aux deux ou trois beaux portraits qu’on a faits de lui , en comptant le portrait de M. Ingres, bien que ce ne soit pas le meilleur des trois.

Voilà pour la statuaire historique, puisqu'aussi bien il y a la peinture d’histoire; quant a la statuaire de genre, vous pouvez penser que la sculpture ne manquera pas, non plus que sa *œur la peinture, de ces lâches complaisances qui mettent les plus grands arts à la portée de tout le monde. M. Bougron, d’une main délicate, a représenté une dame du XX lit siècle. C’est un joli marbre, mais la tète de la dame a été copiée sur quelque pastel tant soit peu renfrogné et un peu plus vieux, pour l’aspect, que les femmes de la cour du roi Louis XV. Cette dame, moins l>arée et moins court vêtue que les dames de la régence, ne peut nous donner qu’une faible idée de ce luxe de fleurs, d’épaules, de gorge nue, de dieveux poudrés dont les modèles les plus lascifs

Hui n’a pas vu , par exemple , dans les beaux salons de V ersailles, madame la duchesse de Berry, la lille du régent, et madame de Pompadour , et la courtisane par excellence, madame Dubarry ? M. Bougron, puisqu’il était en train de faire du dix-huitième siècle, n’a pas assez étudié » < s galants modèles. Mais quelle chose singu-

lière et quelle indigne révolution dans les arts de Limitation, passer de l'Apollon, de la Vénus, du Laocoou, de la Diane chasseresse, à >1. le régent au roi Louis \\ , aux courtisanes fardées de ces deux règnes prostitués qui n 'estimaient de la beauté humaine, que l’or, l’argent, la broderie, la dentelle, les velours, les brocards!

Un jour, au pied d’un chêne assez mal fait . le cerf de M. Dagand rencontra Diane chasseresse. La Diane était dans son heure d’ennui et de sommeil , et elle fut bien étonnée quand elle vit cet animal très-poli se jeter à ses pieds et la saluer de son bois de cerf! Le chien de Diane, couché derrière sa maîtresse, est tombé dans une profonde stupeur à l'aspect d'un cerf si hardi. Vivent à jamais les génies inventeurs!

La sainte Amélie de M. Dehay père, est une petite personne peu jolie, très-mal nourrie, la tète dégarnie decheveux, le front déprimé. Faites-nous donc aimer la vertu quand vous lui rendez hommage. N'allez pas louer vos saints et vos saintes du paradis à trois francs l’heure, meltez-y quelques centimes de plus pour avoir quelque chose de beau. Sainte Amélie, la patronne delà reine des Français, devrait s’attendre a pins de protection parmi nous. Lesquatre enfants de M .Jean Dehay représentent les Beaux-Arts, les Sciences, l’Industrie, le Commerce. Des enfants pour représenter ces quatre grandes choses, n 'est-ce pasun âge un peu bien innocent? Et encore si votre Commerce n’avait pas un air honnête et naïf ! si votre Industrie ne ressemblait pas à une bonne petite fille qui va faire sa première communion! M. Dehay fils ne se doute pas que le Commerce, c’est Mercure, le dieu voleur, le dieu malicieux; le dieu ami du prince , une vraie canaille, pour parler comme une tragédie de M. Hugo. Quant a F Industrie, que voulez- vous qu'elle fasse de cette robe blanche ? Une bonne robe de bure, les manches retroussées, le tablier bien tombant, le mar. teau à la main, au milieu du feu, de la fumée, du gaz, delà vapeur, des machines, des haut-fburncaux, des chemins de fer, à la bonne heure, et je vais reconnaître, à ces signes , la mai tresse du monde. Pour désigner les Arts et les Sciences, la sculpture leur a donné une couronne d'étoiles, singulière coiffure pour M. Arago et pour M . Casimir Delavigne. L’autre jour encore nous détestions de toutes nos forces l’allégorie, à propos du plafond de la Chambre dos pairs , et certes les

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