X-ARTS
ralisatrices; que le poêle a suffisamment rempli son devoir quand il a exactement réfléchi les travers, les inconséquences, les maladies du cœur humain , et qu il est utile par cela seul qu’il est vrai. Admettons tous ces axiomes, bien vieux déjà et puissamment réfutés avant nous, ce qui nous dispense de les discuter de nouveau ; M. Hugo n’en restera pas moins au-dessous de sa tâche ainsi réduite. Nous l’avons trouvé historien inexact, philosophe nul: comme observateur et peintre des passions, il est encore plus fautif, s'il est possible.
La vengeance d’abord, — ensuite 1 amour, le remords, et L honneur chevaleresque, tels sont les sentiments mis enjeu dans les diverses péripéties de ce drame étrange. Pas un n’est vrai, car pas un ne donne sa mesure exacte dans scs manifestations extérieures.
Et en premier lieu , les lois du temps sont absolument méconnues dans le personnage deGuanhumara, qui personnifie la vengeance. Quelque idée que l’on se fasse d’une rancune corse, la plus longue, la plus irrémissible la plus envenimée qui soit, il est difficile d’imaginer qu’elle ne soit en rien atténuée parle travail destructeur des années. L’outrage dont se plaint Guanlnimara , le meurtre de son amant égorgé sous'scs veux, ne remontent pas a moins de soixante et dix ans. Elle le dit elle-même
Los hommes de cent ans en avaient alors trente.
Alors jeune et superbe, elle est presque centenaire au moment où elle parle ainsi. Elle a subi, depuis, toutes les vicissitudes d’une existence errante ; esclave, elle a gémi sous le fouet de vingt maîtres ; Bohémienne, elle a fait plusieurs fois le tour du monde, et l’on veut que sa soif de vengeance subsiste encore, ardente comme au jour du déshonneur; on veut, de plus, que cette passion si vive ait été contenue pendant soixante et dix ans; ou veut que pour la préparer plus terrible, cette femme, dévorée de haine, ait pu s’exposer, et s’exposer autant à la perdre. Mais qui donc, connaissant l'instabilité de la \ ie. donnera cinquante ans de répit à son ennemi ? Qui donc comptera sur les chances d’imc existence presque merveilleuse? Où vit-on jamais — comme dans la pièce nouvelle de M. Hugo. — cinquante ans après un outrage, l’offensé voulant et pouvant se venger, ajourner encore a vingt ans de là, Y offenseur plus qu'octogénaire. Gomment concilier tant de passion cl tant de longanimité?
De tous cotes, dans le drame, dos inconséquences pareilles. Un jeune franc-archer élevé dans le respect de la foi jurée, s’engage solennellement envers sa mère adoptive, et en échange d’un service important, à tuer, quel qu'il soit, l’homme qu’elle lui désignera. Elle exécute ce qu’elle a promis, et cc qu’elle a promis est de guérir la maîtresse du jeune homme. La condition est à peine remplie que ce dernier s’apprête à fuir au loin avec sa bien-aimée, sans prendre le moindre souci de la vengeance a laquelle il est désormais associé.
l’Ius tard, placé entre la nécessité d’assassiner un vieillard qu il vénère ou de voir expirer sa maîtresse à scs yeux, le môme personnage est sur le point de s’arrêter a ce dernier parti ; que dis-je, il s’y décide ; et s'il change d avis, c’est que le vieillard en question se dénonce à