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REVUE DES CONCERTS

De Ions les chanteurs qui se sont produits dans les concerts de cet hiver, le plus remarquable, sans contredit, est le ténor Révial : voix puissante, étendue , sympathique et d’une souplesse admirable; méthode large et sévère, intelligence musicale de l’ordre le plus élevé , lien ne manque a cet artiste éminent. Léchant de Révial a été une des nouveautés, une des surprises de la saison. On se racontait, dans les salons où il s’est fait entendre, qu’après avoir quitté l’Opéra-Comique . il y a six ans, il était allé chercher en Italie l’induence magique de ce climat privilégié qui fait les belles voix et aussi les grands talents , et qu’il n’était revenu en France que lorsque son inexorable conscience d'artiste le lui avait en quelque sorte permis. On se demandait en même temps comment il se faisait que . dans l’état d’appauvrissement incroyable où le personnel chantant de nos scènes lyriques est tombé , les directions ne s’empressaient pas de s’attacher un talent qui se révélait , avec tant d’éclat. La voix de Révial, une des plus étendues que nous ayons entendues, embrasse deux octaves pleins (Y ut en ut. Elle est riche, abondante, naturellement douce et touchante , au besoin forte et vibrante, mais, par-dessus tout, d’une égalité , d’une justesse des plus remarquables. Ce qui caractérise le talent de Révial. c’est qu’il dit avec le même succès le chant large , dramatique, et les vocalises italiennes les plus ardues, les plus scabreuses. Révial nous semble eu outre destiné a donner une impulsion décisive a la réaction qui se fait enlin sentir contre l’école de la force exagérée, école si populaire en France depuis quelques années, et si fatale aux voix ; même dans ses accents les plus dramatiques, les plus passionnés, notre jeune ténor, en effet, ne cesse point de chanter, et vous ne saisirez jamais chez lui ces efforts violents de poumons et de poitrine familiers a quelques artistes en renom, et qui ne sont pas moins pénibles pour le public que funestes pour l’artiste.

Révial n’a point donné de concert, mais, comme nous venons de le dire, il s’est fait entendre dans quelques sa¬

lons, notamment chez madame la duchesse Decaze, h chez madame Borain. où il a chanté, avec un succès d’enthousiasme. les morceaux célèbres des partitions italiennes modernes, et fait applaudir de ravissantes mélodies d’un jeune compositeur de talent . M. \llyre Bureau.

Le succès de Ronconi a été plus bruyant . mais, lui tons-nous de le dire, non moins mérité. Ronconi est un grand artiste , il dispose avec une admirable facilité- de toutes les ressources de l'art; mais son talent ne s'applique avec succès qu’au chant dramatique , ce qui obligera la direction des Italiens a sacrifier pour lui la plus grande et la plus fructueuse partie de son répertoire ordinaire. Ronconi est un baryton bas qui possède un certain nombre de notes rf'mi éclat , d'imc force et d’un timbre admirables. Son chant est irréprochable, son goût sévère et son intonation incomparablement juste. — M. Lac est un ténor dont le chaut laisse deviner son maître, M. Duprez. C’est faire pressentir sa manière • beaucoup d’efforts pour des résultats souvent douteux. Les notes élevées de AI. Lac. sont belles; mais il les a travaillées exclusivement au grand préjudice des autres registres de sa voix ; il ne paraît pas d'ailleurs s'apercevoir qu’il exagère l’émission du son . et que le désir de montrer une grande puissance de moyens lui fait souvent sacrifier la justesse. M. Lac, nous assuret-on, est un ancien commissaire-priseur de la province, qui s’est réveillé un beau matin en s’écriant : Inrh’io sono cantore , et qui s’est empressé de vendre sa charge pour venir travaillera Paris. Ou annonce ses prochains débuts a l’Opéra-Comique. — M. Ponchard... M. Ponehanl est un homme malheureux; M. Ponchard n’a pas d’amis. Si M. Ponchard possédait un seul ami, et que cet ami lui fût sincèrement et courageusement dévoué, il (l’ami) lui donnerait le fraternel conseil de laisser intact a ses enfants cet héritage d’une belle et légitime réputation de chanteur qu’il a acquise par d’honorables travaux. AI. Ponchard a le tort de se prodiguer, de croire

LES BEAUX- A RTS.

h l’éternel printemps de sa voix et de son talent ; nous pensons , nous, que le moment est venu pour lui de rester exclusivement ce qu’il est en ce moment, un fort ingénieux et fort habile professeur, dont les préceptes font autorité ; ceci soit dit a l’occasion des trop nombreuses romances chantées par AI. Bouchard au concert de M,ne Sa Initier. — M. Roger, l’cx-ténor de l’Opéra-Comique, mérite de sincères éloges pour ses travaux consciencieux, pour les progrès sensibles que sa voix et son talent ont faits , enfin pour la noble ambition qui l’a conduit a abandonner une position enviée, et a aller demandera la solitude et à la réflexion les qualités qu’il sent lui manquer encore. Il a dit avec sensibilité et intelligence, au concert de madame Sabatier, la scène de la Pâques, de la Juive. Nous l’avertissons cependant qu’il a besoin de travailler ce difficile morceau, pour y introduire ces demi-teintes, ce chiaro obscuro , ces mezzi suoni, qui sont le triomphe des grands ténors. AI. Roger doit chercher en outre à donner plus de correction, de netteté a son chant, plus de distinction et de variété a son style.

Parmi les bas si cantanti, nous devons parler d'abord de AI. Tagliafico, dont le nom, si je ne me trompe, est peu connu du public parisien. AI. Tagliafico a eu un grand succès de salon; il n’a pas été loul-a-fait aussi heureux dans les concerts publics. Sa voix a des notes mordantes et bien timbrées, mais elle est limitée , surtout dans les cordes basses , qui sont faiblement indiquées. Cette voix d’ailleurs n’a pas acquis toute sa force, et nous pensons que AI. Tagliafico aurait pu retarder sans inconvénient ses débuts de deux ou trois années. Son chant d’ailleurs est correct et pur; sous ce rapport , ce jeune artiste est sur la bonne voie; qu’il lâche d’y rester.

— AI. Grardest un artiste consciencieux, qui a travaillé beaucoup depuis quelques années, et dont la voix a pris de la rondeur; son éducation musicale est fort avancée: nous lui voudrions pourtant . une intelligence plus vive et plus passionnée des morceaux qu'il interprète, et surtout quelque chose de plus original, de plus caractérisé.

— AI. Bolelli, que nous avons vu débuter sans succès à l’Opéra-Comique, n’a pas perdu courage; il a travaillé résolument, et bien lui en a pris, car il possède aujourd’huiune voix ferme, souple et bien accentuée. Le musicien, chez AI. Botelli , n’a pas fait moins de progrès que le chanteur; il a acquis notamment ce que nous regrettions lfeaucoup autrefois de ne pas trouver en lui, la justesse.

La reine des concerts, cet hiver, a été, sans contredit, madame Sabatier : voix fraîche, gracieuse, étendue, et d’un velouté exquis , agilité de vocalise, pureté, sentiment musical, figure charmante , élégance pleine de distinction ; voila madame Sabatier et son talent. Madame Sabatier s’est fait vivement applaudir dans plusieurs duos chantés avec Ponchard ; elle a dit ensuite avec bonheur les romances devenues populaires, grâce à (die , de Valette et Manette. — Madame d’ Hennin est un mezza soptano agréable ; elle chante juste, avec goût et vocalise sans effort. Elle a dit avec succès un duo du Mauvais Œil de mademoiselle Pugel; M. AA illcins d’IIennin, son mari, grand jeune homme pâle et mince, chantait avec elle. AI. d’IIennin est , dit-on ,

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l’élève de sa femme. Nous engageons madame d’Hennin â faire travailler beaucoup son mari. — Que dire de mademoiselle Lia Duport, sinon qu’il n’v a pas d’oiseau qui gazouille avec autant de grâce, d’abandon et de facilité. Celle jeune fille fait vraiment des tours de force surprenants, témoin cette terrible étude hérissée de difficultés, intitulée : Variations , et qu’elle a dite au concert de M. Goria, avec une pureté et une précision à défier les meilleurs instrumentistes. Alademoiselle Lia Duport s’accompagne elle-même et chante quelquefois, souvent, trop souvent peut-être, des romances de sa composition.

Patience, messieurs les instrumentistes, voici venir votre tour. Parlons d’abord des violons. L’école française de violon est la première du monde pour la qualité du son , l’expression et le goût; mais nous connaissons une école belge, line école allemande, et ça et fa. une ou deux obscures écoles italiennes qui nous envoient, par intervalles, des talents énormes, de véritables colosses, devant lesquels "il faut bien nous incliner. L’année passée, c’était Yieuxlemps; cet hiver, c’est AI. Sivori. AI. Sivori . moins heureux que Yieuxlemps, a soulevé des critiques très vives, et, pour notre part, nous avons attendu jusqu’il trois épreuves pour nous permettre de le juger. AI. Sivori avait contre lui le préjugé de l’imitation, et de Limitation paganinienne, c’était beaucoup. II l'a surmonté habilement , en prouvant qu’il possédait aussi une individualité très vigoureuse, très saillante. C’est bien décidément un talent hors ligne, plein de feu , d’énergie, au chant ardent, passionné,* et quand il abandonne la trace dangereuse de son maître, ayant tous les mérites des bons violons français, c'est-àdire la pureté, la sobriété et l’extrême justesse. Peu de violonistes sont plus maîtres de leur archet, et en ont plus étudié les ressources qu’Artot . et nous en connaissons peu qui chantent avec autant de suavité: Ses compositions, en outre, sont écrites avec goût et orchestrées avec originalité. Son rondo surtout est traité de main de maître. Il est vrai qu’on lui reproche de ne pas faire le staccato, connue on l’enseigne dans les méthodes.. . — Nous croyons qu’on a fait à Haumann une réputation exagérée; ses intonations sont douteuses dans les notes élevées, surtout quand il doit les attaquersans préparation : son chant est maniéré, prétentieux; sa méthode peu sûre et ses ornements d’un goût suspect. Que nous aimons bien mieux ce jeune homme de vingt-deux ans au plus, â la figure douce et candide, au maintien moflesle, qui se nomme Hermann. Quel charme : quel fini! quelle qualité de son! quelle justesse! Ou nous nous trompons fort, ou AI. Hermann, avant deux ans, sera le premier de nos violonistes français, n’en déplaise a Al. Allard . que des amis trop complaisants saluent déjà du litre de chef de l’école française, et qui fera bien de modérer cette furia franecsc, qui dénature souvent ses meilleures intentions, et lui fait prendre pour des effets piquants des sons criards et des grincements de corde. AI. Massa rd. son collègue au Conservatoire, est un talent beaucoup plus châtié, avec non moins de verve et de sentiment. AI. Dubois a les qualités solides de l’élève lauréat du

Conservatoire; c'est un artiste amoureux de son art , qui sait ce qui lui manque, et travaille a l’acquérir : l’avenir lui est réservé.

Après Sivori, et au mémo rang que Sivori, Servais , le violoncelliste, a partagé les honneurs de la saison. II faut entendre ces traits vifs , rapides, hardis , éblouissants, exécutés d’uue main dont la vigueur et la légèreté sont sans égale; il faut entendre ce chant pur, tendre, mouillé de larmes , qui vous émeut comme la plus belle voix humaine. Nous ne connaissons d’ailleurs qu’à cet artiste l’art de donner à la corde une vibration profonde et prolongée, à l’émission du son une largeur et une force et en même temps une égalité extrêmes. Quel dommage qu’avec de si éminentes qualités, M. Servais n’ait pas une attitude plus calme et plus retenue, une pose plus simple et plus naturelle! — M. Fran- Hiomme n’a pas la fougue, l’entrainement de Servais; il ne chante pas avec le même amour, il n’attaque pas la difficulté avec autant d’audace, mais nous n’hésitons pas à lui donner le premier rang après le virtuose belge. M. Batta est toujours le plus charmant violoncelliste de salon que nous connaissions; c’est plus que jamais ce chant nuancé, perlé, celte grâce, cette coquetterie d’exécution qui l’ont fait applaudir tant de fois. M. Cosinaim joue avec charme et intelligence; ce jeune artiste promet beaucoup. M. Offenbach a droit aux mêmes encouragements. M. Rignault a, comme soliste, de la mollesse et de la froideur, et nous craignons que ces déhuits. qui tiennent à son organisation, ne soient incu¬

rables; mais on assure, en revanche, que comme itc pagnateur il ne mérite que des éloges. La précision T netteté caractérisent le talent de M. Chevillard .,r)’ ' plein de zèle cl musicien excellent. M''

M. Dorus... Qui n’a pas entendu parler de la nûto de M. Dorus? M. Dorus sauverait la flûte, si la flûte po,.vn,i être sauvée, tant il a doublé les ressources de ce frêle roseau, que nos compositeurs modernes, hélas! tendent à reléguer dans le coin le plus obscur de l’orchestre Nous en dirons autant de ce guitariste , plein d’âme et ,|, feu , qui lutte avec une si grande constance contre l’in, popularité de son instrument, M. Coslo. M, Coste ne se distingue pas moins par le charme et l’éclat de ses Coinpositions , que par sa belle et chaleureuse exécution.

Nous voici aux pianistes, et , malheureusement, nous sommes a bout d’éloges et d’admiration. Que faire? qn,. dire ? comment parler convenablement de cette imumique dynastie qui compte pour roi régnant Thalberg, pour héritiers en ligne directe Wilmers et C.oria, pour princes du sang, llallé, Dreyschock, Henri Herz, E. Prudent?!,, tâche est décidément trop difficile, et nous ferons comme ce peintre qui, dans une scène de désolation et de larmes, ayant épuisé sa couleur et son expression sur les personnages secondaires, et ne sachant plus que fane pour son héros, lui mit un voile sur la tête. Un voile donc sur tous ces glorieux noms que nous venons de

citer jusqu’à ce que nous puissions le lever dans un article spécial.

LKS BEAUX-ARTS.

Sur l'épine ou sur la rose Vivons calmes en tout lieu .

Notre vie est une chose Qu'il faut laisser faire à Dieu.

Que le jour meure ou renaisse, Kn hiver comme en été , Éternisons la jeunesse Par l’éternelle gaîté.

Cueillons des heures chéries .

Sans souci de la saison ,

Kn été sur les prairies ,

Kn hiver près d’un tison.

Donnons-nous des couleurs vives.

Donnons-nous le teint vermeil .

1æ jour, avec des convives , ha nuit, avec le sommeil.

Laissons ouvrir notre porte .

Tranquilles dans la maison .

Qu’un messager nous apporte L’ambroisie ou le poison.

Si du sort qui sur nous veille.

Nous ignorons le chemin , Fesons-nous toujours la veille .

Le bonheur du lendemain.

C’est au hasard qu'il faut vivre .

Or . vivons insoucieux ;

Notre existence est un livre Qui nous tombe écrit des cieux.

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