‹ Les Beaux-ArtsChapitre 55 sur 204 · IC.'i · texte numérisé non relu

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boa ucou |> aime, Gardons-nous donc d’accuser ces cœurs ardents; plaignons-les plutôt; car au fond de l'amour qui maudit, il y a de profondes souffrances et d’irrémédiables douleurs. (Iliaque philosophe boit saciguë, chaque prophète porte sa croix.

Nous avons jusqu’ici fait la part de la critique. Dans notre examen consciencieux . après nous être montré sévère comme l'amitié doit l’être, nous ne craignons pas d'être suspect en rendant hommage aux incomparables beautés que renferme le nouvel écrit de M. Lamennais. Pourquoi d’ailleurs serions-nous moins juste dans l’éloge que dans le blâme? Pour donner une idée complète des mérites d’un livre où manque l’unité d’action, il faudrait pouvoir multiplier les citations , et certes ce serait un grand charme pour ceux qui aiment la noble poésie et les sublimes accents d’un langage pur et majestueux.

< iliaque fois que les Vmschaspands sont en scène, on s’étonne des richesses nouvelles d’un style qui se soutient aux hauteurs «l’une inspiration divine. Que d’éclat et de variété dans la forme ! que de tendresse dans l’expression !

«I lie d'harmonie dans le rhytlmie ! et surtout que d’ineffable bonté dans la pensée! Ah! jamais un méchant n'aurait pu formuler d’aussi admirables enseignements, ni verser dans les cœurs d’aussi douces consolations.

D’où vient cependant «pic cet écrit a jeté en de cruelles indécisions, même les esprits les plus disposés a y puiser des leçons? t'.’est que la conclusion s’y laisse difficilement apercevoir, etqu’il faut un certain effort pour y découvrir au juste ce qui , dans nos douleurs actuelles, doit nous apporter de nouvelles craintes ou nous permettre d’inattendues consolations. Kt cependant cette conclusion s’y trouve, et c’est une conclusion toute «le foi et d’espérance. Voici les douces paroles qu’un bon génie fait entendre a un de ses frères :

« Ne désespère jamais des hommes , loi qu’Ormuzd a chargé de les bénir. La pensée d’Ahriraan passe sur la Création comme une ombre fugitive, comme un nuage «pi’emporle la tempête.

« La vie circule dans le corps immense dont chaque être est un élément, par des pulsations successives, par un mouvement rhythmé , conditions de l'harmonie des choses. Tout dans l’univers est alternatif : après le jour, la nuit ; après les douces saisons et les brises fécondes , l’hiver stérile «pii change en suaire le riche vêtement de la nature, et de sa froide haleine tue ce qu’avait animé le printemps.

« Un germe tombe sur la terre, il se développe et croît, et produit ses (leurs et ses fruits , après quoi la plante épuisée se dessèche et meurt. Ce germe, c’est une portion de la vérité infinie , qu’Ormuzd dépose dans l’esprit de l’homme ; cette plante est ce qu’il nomme religion : mais la mort n’en est qu’apparente , elle renaît toujours , se transformant chaque fois selon les besoins de l’humanité dont elle suit le progrès et dont elle caractérise l’état.

« Combien de civilisations différentes n’as-tu pas déjà vues périr ? Qu’en est-il advenu? Le genre humain a-t-il cessé de vivre? Non, après une époque de langueur maladive, de vertige et d’assoupissement, revenu a lui- |

même, plein de vigueur et de sève, il est , poursuivant sa route éternelle, entré dans les voies d’une civilisation plus parfaite. Ces révolutions périodiques, assujetties à des lois identiques au fond avec les lois universelles du monde, offrent, en particulier, ceci de remarquable, que, s’accomplissant dans une sphère toujours plus étendue, elles ont une relation visible h l’unité vers laquelle tout tend, a laquelle tout aspire.

« Rien ne périt, tout se transforme. Vous me demandez, «’> Sapandomad, ce que l’avenir cache sous son voile, si c’est un berceau , ou un cercueil ? Fille d’Ormuzd , ignorez-vous donc que le cercueil et le berceau ne sont qu’une même chose? Les langes du nouveau-né enveloppent la mort future ; le suaire du trépassé enferme dans ses plis la vie renaissante.

« Ainsi , quel «pic soit l’abaissement . la dégradation de l'homme, votre regard maternel discerne en lui, comme en un sanctuaire inaccessible aux (ils d’Ahriman, les sacrés symboles de sa céleste origine, les semences de bien, qui, n’en douiez pas, croîtront un jour et fructifieront.

« Il descend, il est vrai; mais savez-vous s’il existe d’autre route pour arriver au but qui lui est assigné? Maintenant il se traîne sur un sol fangeux : bientôt il remontera la pente, et, purifié dans une eau limpide, il s’avancera sur l’herbe en fleurs vers le sommet du mont.»

Assurément, cette rassurante doctrine qui est toute la pensée «lu livre, ne témoigne chez l’auteur ni haine ni méchanceté. M. Lamennais voit nos souffrances actuelles; il les décrit en poète, avec toute la verve «l’une âme sympathique; il n’en dissimule ni la profondeur, ni l’amertume. Il s’en plaint hautement, il s’en irrite même, il en ressent de violentes émotions. Mais , après la sombre peinture du présent, dout on voudrait en vain cacher toutes les douleurs, il trace avec amour le tableau consolant des joies dej’avenir; aux ardentes tempêtes d’une vertueuse colère, succèdent les rayons bienfaisants d’une sainte espérance. Il sait que le mal ne conservera pas toujours sa puissance; mais il en veut abréger le règne en le combattant, en l’accablant de ses foudroyants anathèmes. Est-ce donc une si grave matière h reproche ? Fit-on jamais un crime a Molière d’avoir sanctifié

. Ces haines vigoureuses

(lue doit donner le mal aux Ames vertueuses.

Mais M. de Lamennais' a mis en scène des pei-son nages vivants, et les a livrés au fouet mordant d’une sanglante satire! D’accord; et nous aimerions mieux qu’il ne l’eut pas fait. Car introduire la politique actuelle dans l«>s hautes régions philosophiques, c’est lui faire beaucoup trop d’honneur; et certains personnages mêlés a la discussion, ne méritent vraiment pas la colère d’un homme comme M. Lamennais. 11 y a telles représentations «lu mal qu’il est de bon goût de ne pas apercevoir. Nous l’avons déjà dit, la partie critique de l’ouvrage nous paraît de beaucoup inférieure a la partie dogmatique. La satire du temps présent est exprimée en termes bien moins heureux que sa révélation de l’avenir. C’est surtout dans les magnifiques inspirations du génie propre-

tique que M. Lamennais étale toute la puissance de son imagination, toutes les richesses de son style. Mais ce qu’il y a de mieux, c'est que ses belles paroles doivent adoucir bien des amertumes et relever bien des courages. Oui, nous en acceptons l'augure, illustre vieillard, le radieux avenir va bientôt se dégager des ombres qui le voilent. L’humanité, dont la défaillance n’est qu’apparente, va sous peu renaître. Elle ressemble a ces fleurs qui replient leurs corolles pour accomplir dans l’ombre l’acte mystérieux qui renouvelle la vie. Saluons donc avec vous la terre promise que vous nous faites apparaître aux extrémités de l’aride désert où nous a si longtemps retenus le doute. Poursuivez votre œuvre, sans

vous laisser émouvoir par les clameurs et les agitations impuissantes des ennemis qui se jettent en travers d< votre passage. Mais ne vous mêlez point au tumulte de* vaincs discordes, à la lutte bruyante des partis en présence; ne vous laissez pas envelopper dans la poussière de l’arène. Lorsque les Hébreux combattaient, Moïse priait sur la montagne. Demeurez comme Moïse dans les hautes régions. Votre musc est mal a l’aise dans le monde inférieur, et s’amoindrit a critiquer. Sa mission est de chanter les gloires de l’infini, et de nous révéler les hautes destinées de l’avenir.

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Au rayon vacillant d’une lampe blafarde,

Les coudes sur la table, assis dans sa mansarde, Serre-chaude l’été, l’hiver ouverte au vent,

Penseroso frappait son front hâve en rêvant;

Auprès de lui bâillait une vaste écritoire,

Et, sous ses doigts crispés, l’instrument aratoire Du serf nommé poète , écrivain , écolier ,

Labourait du vélin à sillon régulier.

Sous le prétexte vain que ces lignes jumelles Se traînaient pas à pas à peu près parallèles,

Par le plus court chemin joignant deux points divers, Ce bon Penseroso les appelait des vers 1 Et, comme dans la plaine un escadron chevauche, Parti du même but et parti de la gauche Pour faire halte à droite à douze pas comptés,

A douze pas delà, plus ou moins arrêtés,

Ses vers, pauvres conscrits peu faits à la manœuvre, S’exercaient au métier de devenir chefs-d’œuvre.

« C’est un triste métier que tu fais là, mon cher !

« Il ne rapporte rien, mais il coûte fort cher,

« Expert o Roberto crede ... » Parla croisée Un gnome qu’encadrait une vitre brisée,

Ainsi qu’un perroquet juché dans un cerceau,

Jetait ce bon conseil à don Penseroso.

Mais il n’entendait rien, autour de ses oreilles Les rimes bourdonnaient sous la forme d’abeilles,

Et, tout bas, lui chantaient leur plus douce oraison : Or, quand la rime chante au diable la raison !

Blondes illusions ! o sirènes! sirènes !

Du peuple songe-creux voluptueuses reines,

.le sais que sur l’écueil où vous chantez, la mort Attend celui qui va vous demander un port ;

.le sais que votre bouche et vos lèvres charmantes Ne doivent leur corail, ô perfides amantes !

Qu’à la pourpre du sang dont vous vous enivrez. J’aime à rêver pourtant à vos chants adorés Et je ne voudrais pas au prix de l’Odyssée,

Avoir fermé mon âme à la voix cadencée « Qui m’emporte au hasard vers le monde inconnu « Où la mort qui m’attend dort sur votre sein nu ! »

Qui n’a fait ou chanté cette oraison chérie Dont le Penseroso berçait sa rêverie ?

Il était sous le charme et le pauvre lutin Vit bien qu’à le prêcher il perdrait son latin

Pourtant il lui fâchait de voir un bon jeune homme, Honnête, intelligent et qui pouvait, en somme,

Faire tout comme moi, non ! mais tout comme vous Son chemin dans le monde, être bon père, époux. Avocat, député, rénovateur peut-être,

Ou bien n’importe quoi que je voudrais bien être,

Il lui fâchait de voir, dis-je, un garçon de bien Prendre ainsi le plus court pour n’arriver à rien.

Ce lutin dans le fond était un bon génie,

Car l’autre monde en a ; pour guérir la manie,

Qui tenait au cerveau son jeune protégé,

Voici comme il s’y prit, ayant beaucoup songé :

Les rimes, disions-nous, autour de ses oreilles En chantant éclataient comme un essaim d’abeilles : Sa tête était la ruche où ces filles du ciel Deux à deux, tour à tour, allaient faire leur miel. Mais toutes cependant, excepté les jumelles,

Ne se ressemblaient pas parfaitement entre elles : Les couples variaient de forme, de couleurs Et n’allaient point sucer au sein des mêmes fleurs. Le nectar embaumé, la goutte d’ambroisie Principe essentiel du miel de poésie ;

Or, quand l’une à la ruche arrivait sans sa sœur,

Le nez en l’air d’abord notre pauvre penseur Cherchait, clignant de l’œil, l’absente dans l’espace, L’invoquait, l’appelait, la priait à voix basse ;

Elle capricieuse et folle en sou essor,

Luciole brillante , en arabesques d’or ,

Elle bigarrait l’ombre, auréolait sa tempe,

Jouait comme un phalène au globe de la lampe. Alors Penseroso, gobe-mouche savant,

De sa main fauchait Pair et la gobait souvent.

Car il faut bien, hélas ! le dire à pleine bouche,

Un poète, à tout prendre, est un vrai gobe-mouche.

Ce manège pouvait durer jusqu’au matin,

Et le gnome en riait dans sa barbe à lutin.

Eu riait de pitié ; — j’ai vu d’autres en rire,

Qui tenaient du lutin bien moins que du satyre.

Le voici tout à coup en bas de sou perchoir ;

Au milieu de la chambre il s’était laissé choir,

Si moelleusement sur sa patte pelue,

Que le Penseroso, d’ailleurs pris de berlue,

N’avait rien entendu ; le lutin s’approcha

Pas à pas, doucement , en sournois, comme un chat,

LES BEAI \- A H T S.

Et, par un soubresaut a hauteur de poète Il alla se percher au-dessus de sa tète Pauvre Penseroso ! vous l'eussiez pris de loin Pour un de ces bons ours sur qui troue un bahoin ; Encor n’osé-je pas dire qu un ours honnete Ne s'en fâchera point, ours passe, mais poète !

De son trône aérien, à quatre pieds du sol,

Le lutin aisément pouvait saisir au vol Toutes ces mouches d'or , abeilles poétiques, Essaim mélodieux qu’il traitait en moustiques .

Non point que cependant il les prît à la fois.

De l'œil et de la patte . il en faisait un choix Et sur deux sœurs jamais il n'en attrapait qu une Enlevant sans pitié chacune à sa chacune ,

Si bien qu’en un moment la moitié de I essaim Dans le fond d'un réseau recéleur du larcin Bourdonna prisonnier, semant en étincelles La poussière d'or fin qui pailletait ses ailes,

Et le gnome riait à voir Penseroso .louer en vain des mains et suer sang et eau Sans pouvoir jamais plus, victimes des victimes . Attachera ses vers une paire de rimes.

Enfin il y perdit la patience ; — mais

Il alla se coucher , se réveilla plus frais

Prêt à recommencer, — c'est ce qu'il allait faire.

Son bon ange le gnome avait prévu l’affaire. Aujourd’hui, comme hier, pas une mouche au ciel. I.e lendemain pas plus et partant plus de miel 1

Pauvre Penseroso ! par un beau clair de lune .

Un soir qu'il s’obstinait, martyr, mais sans rancune .

A chassera la rime, hélas! ingénument!

Le gnome, son ami , revint tout doucement ,

Portant le reseau plein comme une fourmilière ,

Dans lequel il tenait ses mouches en volière.

D'un bond, s'étant assis sur le bras d'un fauteuil.

Il ouvrit son filet, sourit, cligna de l'œil , ï prit avec sa patte une rime par l’aile,

En même temps au vol il goba sa jumelle,

Les lia toutes deux au bout d'un long fil d’or.

Et. tenant l'autre bout, leur fit prendre l’essor. Justement sous le nez de l'innocent poète....

« Je te liens cette fois, oh ! ma double coquette ! »

Cria Penseroso, tout fier de son butin :

Bouche et mouche , bravo ! bravo ! dit le lutin Car il faut bien, hélas ! le dire a pleine bouche.

Un poète à tout prendre est un vrai ç/obe~ mouche

xi so \ k ni ( h v \ i i i

M. le ministre de l’intérieur a acheté le tableau de fleurs que M. Saint-Jean a exposé cette année. Ce tableau est donné au musée de Lyon.

— Les peintures de la décoration de la chapelle de I institution des jeunes aveugles viennent d’être commandées a M. Henri Lebmann.

M. Isidore Francœur vient d’être nommé professeur de mathématiques a 1 école royale des Beaux-Arts . en remplacement de M. Cour liai décédé.

M. le ministre de I intérieur vient de donner au musée de Toulouse le tableau de M. E. Isabey, le Port de Boulogne, qui a été remarqué a l’exposition. Nous donnerons une reproduction de ce tableau.

— La chasse de Saint-Hubert , de M. Cottrau , vient d’être donnée au musée de Bourges.

Physionomie parisienne.

Jeunes artistes

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