‹ Les Beaux-ArtsChapitre 66 sur 204 · NICOLAS POUSSIN · texte numérisé non relu

NICOLAS POUSSIN

(Suite.)

' est à cesétudes, suivies avec cette furia dont parlait Marini, que Poussin employa les premières années «le son séjour à Rome ; et e’esl a celle rude école qu’il acheva de former son goût el de développer son talent , tout courbé qu’il était encore sous le joug de l’adversité. La première lettre que nous possédons de lui, et qui est adressée en italien au commandeur dcl Pozzo. qui l’avait déjà assisté plus d’une fois dans sa détresse, en lui faisant laire des dessins d’après l'antique, nous le montre réduit aux [dus pénibles extrémités, abattu par la maladie, et, comme il le dit lui-même, n’ayant pour oiore que le. truotiil de ses mains; et l'on jugera de ce qu’il gagnait a ce travail, parce que rapportent ses biographies, qu il vendit pour sept crus deux tableaux de batailles, et pour deux reus seulement , une figure de prophète de grandeur naturelle, dont la copie, faite parmi peintre médiocre du pays, fut achetée le double sous ses yeux. Fl qu'on ne croie pas «pie cette triste situation d’un grand homme, en proie a tous les besoins et a tous les dégoûts, et soutenu contre l’injustice du sort par la seule force de son caractère, ait été de courte durée. Poussin habitait Rome depuis six ans, et il y avait déjà produit bien des tableaux , perdus pour sa gloire . mais non pas pour son instruction, quand ilexécula.en 1 050, pour le sculpteur Matteo , son tableau de la Peste des Philistins, qui lui fut payé quarante écus. C’était pourtant la un de ses chefsd'œuvre , un tableau que le duc de Richelieu acquérait quelques années plus tard au prix de mille écus, et qui fait aujourd’hui l’un des principaux ornements de notre musée du Louvre, que dis-je! l’une des plus belles propriétés de notre pays. Ainsi donc, Poussin, qui était déjà un grand peintre, n’était encore qu’un artiste pauvre ; et ses ouvrages, qui faisaient la fortune des marchands et l’orgueil des princes, ne pouvaient l'arracher a la misère.

Qu’on me pardonne d’avoir insisté sur ces details, qui montrent sous un jour si respectable le caractère «le ce grand homme, toujours si fidèle a sa vocation et si digne

de lui-même, toujours si supérieur à sa destinée et h son siècle; et qu’on me permette d’y voir moins encore un sujet d’éloge pour lui, qu’un motif d’émulation pour les autres. Quoi de plus puissant, en effet, pour affermir les vocations vraiesdans les rudes épreuves qui les attendent, que l’exemple de Poussin , arrivé si péniblement il la gloire, et ii une gloire qui fait l’éternel honneur de son pays , par l’étude el par le travail , sans autre appui que lui-même, sans autre protection que son génie, et continuant, au sein de la célébrité, celle vie laborieuse et modeste, invariable condition «lésa dignité d’homme eide sa liberté d’artiste 1 .le continue à tirer de celte histoire si instructive et si belle quelques leçons utiles ; car il est bien juste que le malheur de Poussin profite , autant que son génie, à son art el à son pays; et si son exemple peut servir a sauver du découragement d’habiles artistes inconnus, et à mettre en garde contre leur inexpérience les hommes appelés a décider du sort des talents , c’est encore un service que ce grand homme . vainqueur de l’adversité par le travail , et si bien vengé parla postérité de l’injustice de son siècle, aura rendu à Part et à la France. C’est par ce motif que je demande à l’Académie la permission de l’entretenir encore de deux circonstances de la vie de Poussin.

A cette époque de la jeunesse, où nous venons de le voir à Rome, soutenu par le seul amour de son art au milieu de toutes les privations de la vie, un grand peintre expiait, à Rome aussi, dans les douleurs de la maladie et dans les terreurs de la persécution , le sort d’une légitime renommée : c’était le Dominiquin. Le Guide se trouvait alors dans toute la vogue de son talent; ses élèves étaient nombreux , scs protecteurs puissants ; et , comme il faut toujours au public une victime, en meme temps qu’une idole, pendant que le Guide était poité en triomphe, le Dominiquin était réduit a cachet sa globe, pour sauver sa vie. Tout ce qu’il y avait de peintres à Rome affluait dans la chapelle de Saint-André de l’église de Saint-Grégoire , pour y étudier d’après la fresque du Guide, représentant le Martyre du saint, et personne ne jetait les yeux sur la fresque qui sert «le pendant a Cellelà, dans la même chapelle, cl qui a pour sujet la Flagellation de saint Indre, un des chefs-d’œuvre du Dominiquin. Poussin . inconnu à Rome et étranger aux que-

relies qui s'y agitaient, vint a son tour clans celle chapelle; mais au lieu de suivre la foule , il s’arrêta , seul d’abord , devant celte fresque du Dominiquin : il en admira la noblesse de la composition, la pureté du dessin, la vérité, et la vigueur de l’expression, et il se mit a exalter avec l’accent d’une conviction entraînante , celte peinture, objet d’un dédain universel. Rien lot, les artistes romains furent ramenés par son exemple et retenus par son enthousiasme devant cet ouvrage, qu ils avaient méprisé jusqu’alors, et le bruit en vint jusqu’au Dominiquin , qui était si bien oublié ou si bien caché a Rome, que Poussin lui-même le croyait mort. Legrand peintre se fit porter il Saint-Grégoire, malade qu’il était , pour entendre ce jeune Français, cet artiste étranger qui avait le courage de proclamer tout haut la supériorité de son ouvrage, en face de celui du Guide, et en présence de scs fanatiques adorateurs. Il eut la satisfaction de recueillir de la bouche même du jeune artiste, qui l’admirait, sans le connaître, des paroles qui étaient à la fois pour lui une vengeance bien innocente et une réparation bien légitime, et, lorsqu’il ne put plus maîtriser son émotion, il se nomma, en se jetant dans les liras de Poussin. Quel tableau que celui de ces deux grands artistes, l’un obscur et pauvre , l’autre méconnu et persécuté, se relevant ainsi a leurs propres yeux par l’estime l’un de l’autre, et reprenant dans la conscience de leur mérite la force de braver les jugements des hommes ! Quel tableau, je le répète, et quel exemple pour les artistes, et quelle leçon pour le monde!

Son voyage en France est la seconde circonstance de la vie de Poussin que je veux encore rappeler a l’attention de P Académie, parce qu’il y a quelque chose d’utile a en retirer pour nous-mêmes. La France s’était enfin souvenue de Poussin , quand il était devenu célèbre, et cet homme, qu’on eût laissé mourir de faim à Paris , on ne voulait plus le laisser vivrea Rome ; car c’est ainsi qu'est fait le monde, toujours se passionnant pour la gloire qui lui arrive toute faite, et n’admirant qu’après le succès, et toujours adorant la fortune jusque dans le mérite. Le cardinal de Richelieu , qui avait tous les genres d’ambition, voulait procurera son pays la gloire des arts, la seule qui lui manquait encore. Il fit adressera Poussin, d’abord par son ami M. de Chantelou, puis par le ministre de Noyers, de ces sollicitations qui pouvaient passer pour des ordres, surtout accompagnées comme elles l’étaient d’un brevet de peintre ordinaire du roi , signé de Louis \ 1 1 1 et conçu dans les termes les plus flatteurs. Poussin, avec sa fermeté et sa modestie ordinaire, résista durant plus de deux années a une volonté qui faisait tout, fléchir en France. Il tenait a celte existence laborieuse et paisible qu’il s’était procurée a Rome par son travail ; il aimait a vivre libre , dans sa petite maison du Pincio, au sein d’une famille française, où il avait trouvé une compagne et des élèves ; il se défendit longtemps avec ce mot italien : Chi sla bene , non si muove, contre I impatience de Richelieu; et M. de Chantelou s’étant rendu a Rome pour l’en arracher, il ne céda qu’entraîné par l’amitié, plus encore que soumis par le devoir ou vaincu par l’autorité.

Nous possédons, dans le recueil des lettres de Poussin le récit fidèle et naïf des circonstances de son séjour a Paris, et c'est la que nous pouvons a la fois apprécier ce grand homme et juger ceux qui l’employaient. La faveur avec laquelle il avait été reçu, d’abord a Ruel par le cardinal de Richelieu, puisa Saint-Germain par Louis XIII entouré de toute sa cour, devait naturellement exciter l’envie. I n mot imprudent, échappé a Louis \lll : Voilà Vonrt bien attrapé, devenait naturellement aussi le mol de ralliement de tout ce qu’il y avait de talents médiocres en crédit a la cour ; jusque-là , tout se passait suivant le cours ordinaire des événements. Le grand tableau de l’ Institution (le la cène peint pour la chapelle de Saint- Germain, et exécuté en moins de trois mois, avait obtenu un succès qui réduisait au silence les détracteurs de Poussin; et le tableau du Miracle de saint François- Xavier , qui succéda peu de mois a près a cclui-la , avait porté au comble la vogue du peintre et l’animosité de ses rivaux ; la encore , il n'y avait rien que de très-commun cl de très-naturel. Poussin avait dû s’attendre a cela . et il avait en lui-même de quoi irriter et aussi de quoi confondre ses ennemis , par le nombre et le mérite de ses ouvrages. Mais les dégoûts, qui devaient bientôt priver la France de ses talents , vinrent de ceux-là même (pii étaient chargés d’en diriger l’emploi, et qui ne savaient pas en faire usage. On l’excédait de travaux futiles et d’exigences absurdes. En même temps qu’on lui demandait un tableau pour Fontainebleau, un autre tableau pour l’église de Saint-Louis, et une Vierge pour M. de Noyers, on lui faisait faire des dessins d’une suite des Travaux d' Hercule en stuc pour la galerie du Louvre, des cartons d’après des sujets de l’Ancien Testament, qui devaient être exécutés en tapisserie, et ou ne lui laissait pas le temps de terminer des ouvrages dont on ne lui avait pas laissé le choix. U faut l'entendre se plaindre lui-même . dans les lettres qu’il écrivait a son ami de Rome, le commandeur del Pozzofl) : « Je travaille sans relâche, tantôt «a une chose, tantôt a une autre. Je supporterais vo- « Iontiers ces fatigues , si ce n’est qu'il faut, que des ou- « vrages, qui demanderaient beaucoup de temps, soient « expédiés tout d’un trait. Je vous jure que si je demeu- « rais longtemps dans ce pays , il faudrait que je de- « vinsse un véritable .s7/vYywcco//c(barbouilleur). comme « ceux qui y sont. » Et dans la même lettre , parlant de son tableau de Saint François-Xavier, (pii est un grand ouvrage , où il y a quatorze figures plus grandes que nature, il ajouta : « C’est celui qu’on veut (pie je finisse en « deux mois. « Mais tout cela n’est rien encore auprès de ce que nous lisons dans une autre lettre au commandeur del Pozzo (2) : « La facilité que ces messieurs ont trouvée « en moi, est cause que je ne puis me procurer le temps,

(1) Lettre du 20 septembre toit , extraite du recueil de bottari, où elle.se lit en italien, et traduite en français dans la Cotti clion detlvUres île Pout$în (Paris, 1824, in-S°), p. G3-64.

(2) Lettre du 4 avril 1G42 , même collection , p. 80. Voici le texte italien de la lettre de Poussin qui répond à la dernière phrase de cette citation : « Di maniera che pare non sappiano in rota impiegarmi, avendomi faltovenire senza ditegno. bottari. inter. Piller., etc. t. I , pl 393.

LFS BEAUX-ARTS.

« ni de me satisfaire moi-môme , ni de servir personne, « étant employé continuellement a des bagatelles, comme « dessins . frontispices de livres , ou projets d’ornement « pour des cabinets , des cheminées , des couvertures de h livres et autres niaiseries. 11 semble en vérité qu’ils ne « sachent a quoi m’employer, et qu’ils m’aient fait venir « sans avoir rien d’arrêté sur mon compte. » Voila donc pourquoi on avait appelé Poussin a Paris , pourquoi on lui avait fait quitter sa laborieuse retraite de Home, où il avait déjà produit la première suite des Sept sacrements, et vingt autres chefs-d’œuvre ; et tandis qu’on prodiguait a ce qu’il appelait des niaiseries, son temps et son génie, on le laissait livré sans défense a la merci de toutes les médiocrités de l’école et de toutes les cabales de la cour. Il sentit bientôt que celte situation n’était pas faite pour lui ; il saisit, pour retournera Home, le prétexte d’y aller chercher sa femme; et une fois revenu a Home, il n'en sortit plus. Il avait laissé pour adieu a la France son tableau du Temps fjui délivre la J érltèdu joug de la Haine et de l’Envie, et </ui la rend à F Eternité ; c’était la seule vengeance qui fût a son usage ; mais ce n’est pas la seule leçon qui ait été donnée par son art et perdue pour son pays.

L’expérience que Poussin avait faite de la cour de France lui profita pour tout le reste de sa vie. Redevenu maître de lui-même par sa propre volonté, et rendu tout a fait libre parla mort de Richelieu, sitôt suiviede celle de Louis Mil, il ne voulut conserver avec la France d’autres liens que ceux de l’amitié, ni travailler, même en France, que pour les personnes de sa condition, telles que Stella, peintre comme lui. l’architecte Le Nôtre, l 'honnête M. Cerisiers , I a bon M. Pointel (c’est ainsi qu’il les désigne dans ses lettres), le digne et noble M. de Chantelou, tous gens qui l’avaient connu et aidé dans la disgrâce, et qu’il admit au partage de sa renommée, par l’emploi qu’il lit pour eux de ses talents. On éprouve une douce satisfaction "a voir Poussin replacé dans sa petite maison de laTrinité-du-Mont, pour ainsi dire comme une statue grecque dans un musée ; et, en le contemplant dans cette dernière période de sa vie, il semble qu’on ait véritablement devant les yeux quelqu’une de ces ligures antiques que nous connaissons par les Vies de Plutarque. Désormais assuré contre le besoin, aussi bien que contre l’envie, il se livre tout entier h son art, avec toute la liberté qu’il puise a la fois dans l’indépendance de son esprit et dans la médiocrité de sa fortune. 11 s’y perfectionne, a mesure qu’il avance dans sa carrière; il redouble de soin dans tout ce qu’il exécute, en même temps qu’il ajoute a sa réputation ; il étudie toujours, comme s’il avait tout à apprendre; et son dernier ouvrage, le tableau qu’il termine d’une main défaillante, a soixante et onze ans, son Déluge , est regardé comme son chef-d’œuvre. L’homme se soutient constamment a la même hauteur que l’artiste. Il ne se laisse pas plus séduire par la fortune qu’il ne s’était laissé abattre par l’adversité. Sa fermeté, sa raison, sa modestie, brillent dans tout le cours de sa conduite, comme dans la composition de ses ouvrages ; et, proclamé le peintre des philosophes, c’est peut-être le seul homme qui ait mis autant de philosophie dans sa

vie (jue dans sa peinture. Si on lui demande quel fruit il a retiré dans.scs longues épreuves, il répond : C’est de savoir bien vivre avec tout le monde. Quand le cardinal Massimi, qui était venu un soir lui faire une visite, et qu’il reconduisait sa lampe a la main , lui disait , en le quittant : Que je vous plains de n’avoir pas un seul domestique; et moi . Monseigneur , lui répondit-il, (/ne je vous plains d'en avoir autant ! Tout ce que ses biographes nous rapportent de lui est marqué au même coin d’esprit et de raison, de dignité et de modestie. Mais ce qui le caractérise, surtout, c’est cette simplicité d’habitudes . c’est cette modération de désirs qu’il conserva dans toute la jouissance de ses facultés et dans tout l’éclat de sa renommée. Comme il ne peignait guère que pour des amis, ce qui était en quelque sorte ne travailler que pour luimême , il mettait toujours un prix modeste a ses ouvrages, et, si on lui donnait quelque chose de plus, il le rendait. C’ctait la peinture qu’il aimait surtout dans la peinture , et non le profit , ni la gloire même, qu’elle lui rapportait ; c’était l’art qu’il honorait, en le pratiquant, bien loin de songer â l’exploiter ; et son désintéressement était si sincère, si naturel, qu’on se ferait scrupule de vanter en lui une qualité dont il n’aurait pas souffert lui-même qu’on lui fit un mérite. Tel était donc, à cet égard . comme dans tout le reste , cet homme a la fois si simple et si grand, qu’on ne sait comment le louer, sans courir le risque que ce ne soit contre son propre sentiment , ou bien aux dépens de quelqu’un , et qu’il n’est pas un trait de son caractère, dont on n’ait également â craindre de faire un éloge pour lui, ou une satire pour d’autres.

Qu’on me permette une dernière réflexion, moins encore a la louange de Poussin qu’a l'honneur de la France. C’est la France entière (pii a vengé ce grand homme de l’ignorance de quelques courtisans et de l’envie de quelques artistes ; car, c’est dans le sein même de la nation que le génie de Poussin a porté tous ses fruits. L’Italie a beau se vanter du long séjour de Poussin a Home et des nombreux ouvrages qu’il y produisit ; elle a beau revendiquer son nom pour l’école romaine. Home n’a presque rien su garder de ses chefs-d’œuvre . elle ne lui a fourni aucun élève ; elle ne lui a donné presque aucun graveur ; et sa cendre même, dont il la rendit dépositaire, elle ne sait plus ce qu’elle en a fait. C’est la France, a laquelle il appartint par sa naissance, par ses affections et par la destination qu’il lit de ses travaux, qui a achevé de le reconquérir sur l’Italie, par tout ce qu’elle a produit de talents formés par ses leçons et inspirés par ses ouvrages. Stella, Mignard, Le Brun. Le Sueur surtout, avaient reçu ses conseils, et Le Sueur lui dut plus encore que des conseils ; Guaspre Poussin, Claude Lorrain ont été ses disciples ; et ce sont eux qui, avec Poussin a leur tête, ont formé l’école française. \ Homo même, la Villa Médias , où Poussin , entouré d’artistes et d’antiquaires, venait chaque soir se délasser des travaux de la journée et se préparer 'a ceux du lendemain, dans la contemplation des beautés de Rome et des merveilles de l’art, où il expliquait a de nombreux auditeurs, attirés par le charme de sa parole, le

LES BEAUX -A RTS.

secret d'étudier l’antique et d’imiter la nature , la Villa Medicis était déjà, grâce à lui, le berceau de cette école, dont elle est devenue le siège, grâce a la munificence d’un roi de France, comme Louis XIV, secondée par la haute intelligence d’un ministre Iranrais , comme Colbert. Ce sont aussi des graveurs français, les Dughet, les Poilly, les Mellan, les Stella, les Pesue , les brevet, les Edelinck , les Audran , les Desnoyers, qui ont répandu dans le monde entier l’âme et le génie de Poussin, et assuré â sa patrie la propriété de ses ouvrages contre l’or de l’Angleterre, qui suffit bien pour acheter des tableaux, mais non pas pour créer des talents. C’est enfin par des mains françaises que Poussin, oublié durant près de deux siècles a Rome, où il avait vécu et où il avait voulu mourir, a reçu les légitimes honneurs dus a son génie et a sa mémoire. En 1782, un Français qui , comme Poussin, passa la plus grande partie de sa vie a Rome, constamment occupé de l’histoire de Part et de l'antiquité, AI. d’Agincourt fit placer, a ses frais, au Panthéon, le buste de Poussin, à côté de

celui de Raphaël ; et en 1829, M. de Châteaubriand si digne de représenter la France h Rome, lit ériger dans l’église dé San Lorenzo in Lucina, où Poussin avait été inhumé, mais dans la fosse commune, sans monument particulier, un cénotaphe, où tout, l'architecture, l’i„. script ion, le buste et le bas-relief, est l’œuvre de talents et de cœurs français. C’est maintenant à la France h acquitter une dette d’honneur et de reconnaissance envers un grand artiste et un grand homme, qui attend encore un monument dans sa patrie, en retour de l’éclat qn’ü a jeté sur elle ; et sans doute que le soin des intérêts matériels n’a pas absorbé tout ce qu’il y ;1 (|ans ll()l|,(; pays d’enthousiasme pour les nobles idées, au point que le nom de Poussin n’y excite pas toutes les sympathies nationales ; et sans doute que, parmi tant de millions qu’on remue pour des chemins de fer, AI ne manquent pas un peu de bronze et un peu de marbre pour l'homme qui représente à lui tout seul une des plus belles parts du génie et du caractère français.

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