‹ Les Beaux-ArtsChapitre 82 sur 204 · F K E DÉ H I C G I NT M KH · texte numérisé non relu

F K E DÉ H I C G I NT M KH

LES BEALX-ARTS.

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v personnalité des mitions est aujou rd’hui développée a nn si liant point, que malgré les communications établies par les journaux et par les voyages, les peuples demeurent, sous beaucoup de rapports, étrangers les uns aux autres. Qu’un événement politique se passe aux extrémités du monde, il est aussitôt proclamé, commenté, examiné sur toutes ses faces, et inspire de longues et fastidieuses dissertations aux rédacteurs des premiers- Paris. On prend également soin de nous informer des découvertes scientifiques ; l’académie est la pour les enregistrer. L’univers apprend rapidement, grâce à elle, qu’un savant naturaliste a disséqué des entozoaires ou anatomisé des cloportides; mais ce qui concerne les arts reste inconnu â la masse du public. Pour que le nom d’un artiste parvienne jusqu’à nous. il faut qu’il ait parmi ses compatriotes une réputation colossale, et sa célébrité ne franchit les frontières de son pays que lorsqu’on commence a l’\ oublier. Overbeck, Cornélius, Thorwaldsen, si fameux en Ulemagnc et en Italie, avaient déjà dépassé la maturité. quand la France s’est occupée d’eux. L’Italie, cette contrée privilégiée, cette mère patrie des arts, produit encore aujourd’hui une foule de peintres et de sculpteurs recommandables, sur lesquels aucun feuilletoniste n'a daigné attirer notre attention. Il y a la une lacune que nous essayerons de combler; nous dirons la vie et les œuvr’es des artistes contemporains; nous tâcherons de les populariser hors de leur patrie, d’établir ainsi des relations entre les beaux-arts de toutes les parties de l’Europe, et défaire cesser un état d’isolement, dont tous les bons esprits s’affligent. Nousdébulernnsaujourd’hui dans cette voie, par la biographie d’un jeune sculpteur italien, d’autant pins digne d’estime que. si la nature l’avait doué des talents les plus élevés, le hasard delà naissance l’avait placé dans une condition défavorable à leur développement.

Giovani Duprè est né à Sienne, le 2 mars I S 1 7 , de Francesco Duprc, sculpteur en bois, et de ViUoria Lambardi, qui exerçait l’humble métier de repasseuse. Son père ayant été appelé a Florence pour y sculpter quelques ornements danslepalaisBorghèse, amena son fils avec lui. V vaut de retournera Sienne, il confia l’enfant à un sculpteur en bois de ses amis. Pendant toute la durée de son séjour â Florence, Giovani Duprc ne s’occupa que d’admirer les chefs-d’œuvre dont celte ville est remplie, et de dessiner tous les objets d’art qui se présentaient â ses

veux. V l’âge de dix ans, il fut rappelé auprès de son père, et placé a l’académie de Sienne, pour \ étudier le dessin et l’ornement.

En 1829, Giovani revint a Florence, et entra dans l’atelier du sculpteur en bois Sani. Sans négliger ses occupa lions habituelles, il modelait de temps en temps des figurines qu’il allait montrer au sculpteur Magi. Il exécuta en argile, puis en bois, une statuette de sainte Philumène. qui fut achetée par un voyageur anglais.

En 1 8 îO, Giovani Duprè, soutenu des conseils du professeur Carabi, concourut pour le prix triennal, et le partagea avec un autre jeune artiste. Encouragé par ce succès, il résolut de se vouer a la sculpture, et n’étant pas assez riche pour louer un atelier, il s’établit dans une écurie. Le râtelier renversé lui servit de table, et il commença une bacchante de grandeur naturelle. Mais la nécessité de s’adonner à des travaux lucratifs lui lit négliger son œuvre; l’argile abandonnée se dessécha, et la statue tomba par morceaux.

Duprè ne se décourage point. Il s’était marié, il avait cinq enfants ; il lui fallait pourvoir à la subsistance de sa famille, mais son énergie s’accroît en proportion des obstacles; il donne quatorze heures par jour a son métier, et sept heures a la sculpture. Il loue un misérable atelier près de l’église de Saint-Simon, et entreprend une statue iV.-tùrl mourant. Bientôt les frais de modèle épuisent ses ressources ; sa femme manque du nécessaire et le presse de cesser d’inutiles efforts; Duprè persiste: quelques amis généreux lui viennent en aide, et en 1812, il porte son . Ibel â l’exposition de Florence.

Cette œuvre a été généralement admirée. La critique meme qu’on en a faite peut passer pour un éloge, car on a prétendu qu’elle était moulée sur nature: mais l'opinion publique a prononcé que l’Italie comptait un grand artiste de plus.

Le succès a changé la condition et déterminé l’avenir de Duprè. Aujourd’hui la Toscane entière répète sou nom. Installé dans un atelier spacieux, il reçoit les visites des artistes les plus éminents, des hommes les plus distingués. Il achève un Caïn et une statue de Giotto, que le gouvernement lui a commandée; et toutes les personnes qui ont été admises a en contempler les modèles, s’accordent â dire qu’ils égalent les plus sublimes compositions des grands maîtres. Honneur à l’artiste qui a supporté les privations et la misère pour accomplir sa mission! Honneur â l’homme qui . né dans la classe inférieure, a trouvé en lui une force d'ascension suffisante pour monter an premier rang , et qui . s’il justifie les prévisions unanimes de ses concitoyens , rendra â l'Italie Canova !

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