‹ Les Beaux-ArtsChapitre 97 sur 204 · A W1LLE · texte numérisé non relu

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Bonne femme de Normandie

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a National Galien/ es! un J de ces horribles pastiches grecs qui poussent, de tontes paris, sons le ciel brumeux de Londres. Parallèle à la Tamise, elle étale lourdement sur Trafalgar-Square son double perron , ses grosses colonnes, que leur oisiveté semble engraisser chaque jour, car elles portent sans peine aucune leur éternel fronton a trois angles, espèce de delta magique où l’architecture semble définitivement enfermée.

Pour ajouter à tant de grâce naturelle, la prévoyance municipale ou académique, — les académiciens et les maires puisent souvent à une source commune la même ingénieuse inspiration, — cette prévoyance, dis-je, a disposé sur les degrés du Temple des Arts deux agréables galeries couvertes, en bois bien blanc, qui s'avancent poliment jusqu’aux dalles du trottoir, et reçoivent les belles

Juillet I8tr>.

dames a peine descendues de leurs calèches. Complétez cet ensemble plaisamment renouvelé du l’a rthénon par l’impassible maintien de deuxgrenadiers, écarlates de la ceinture au bonnet à poil, et blancs de la ceinture aux talons.

Maintenant , selon l'humeur qui vous domine , prenez à droite ou à gauche, allez dans la Galerie Nationale proprement dite, ou bien dans les salles ouvertes chaque année à l’étalage des travaux contemporains. Entre ces deux expositions, la foule n’hésite pas. Pour l’une comme pour l’autre, il faut laisser son schelling à la porte; et quel calculateur avisé payerait un schelling la vue de sept à huit tableaux admirables, quand il en peut voir sans plus de frais onze cent cinquante qui ne valent rien ?

Par une raison qui n’est pas tout à fait la même, nous suivrons cette foule silencieuse, étonnée, indécise, qui s’en va , par mode et par ennui, tâcher de comprendre quelques idées d’artiste. La foule elle-même est ici un tableau mouvant, qu’il faut regarder avant les autres, car il les explique.

Lorsque s’ouvrent, à Paris, les portes du Musée, vous savez ce qui se passe : quels Ilots de curieux, quelle rage de curiosité ! comme ou se presse, comme ou se coudoie, et quels regards avides, et quelle attention intelligente! Le peuple est là, vous le sentez; c’est lui qui vous marche sur les talons et vous brise les cotes, sans brutalité, mais sans pitié ; c'est lui dont le souffle haletant fatigue votre oreille ; c’est lui qui a faim et soif de voir, lui qui s’impatiente et s’irrite, non pas du supplice auquel son empressement le condamne, mais des delais qui lui restent encore à subir; c’est enfin lui qui, poussé par un admirable instinct, va tout de suite se grouper autour des belles pages qu'il devine, autour des grands noms qu’il sait par cœur, autour des noms nouveaux qu’il s’entend à retenir, quand ils ont de vrais titres à sa mémoire. Ce peuple, entendons-nous, n est ni celui des boutiques, ni celui des faubourgs. La rue Saint-Denis n’est pas pressée; la rue Saint-Antoine n’est pas libre de venir si tut au salon. Mais l’étudiant. de Paris , mais la jeunesse du barreau, celle de l’ amphithéâtre et celle de l’atelier se donnent rendez-vous à celte première eL formidable épreuve. Puis le flâneur intrépide qui veut, coûte que coûte, avoir son mot tout fait avant le journal du soir; puis le journal lui-même, écoutant plus qu’il ne regarde, et cherchant de l’esprit tout fait plutôt que de l’esprit à faire; que dire enfin, et pourquoi décomposer cet aréopage intelligent pour vous qui le connaissez si bien? En somme, rappelez-vous combien ses arrêts sont vite rendus, et décisifs, et rarement cassés.

A Londres, au contraire, le premier jour de l’exhibition ressemble au second, et celui-ci au troisième, et le dernier à tous les autres. Cette énorme métropole ne nourrit pas, entre ses deux millions d’habitants, de quoi défrayer un salon d’enthousiastes. Peut-être les trouverait-elle , à la rigueur, dans la classe trés-respectable des dilettanti qu'effraye la dépense d’un schelling. Mais alors que deviendraient ces belles banquettes de velours rouge disposées sur huit rangs au milieu de chaque salle?

Nobles banquettes- et qui en disent aussi long qu’elles. Là viennent s’asseoir paisiblement un nombre raisonnable de gentlemen posés, rasés, brossés, gantés, et qui se mirent avant d’entrer dans le brillant miroir de leurs bottes vernies. Là viennent aussi ces belles personnes au teint brillant, aux yeux limpides, toutes sereines et reposées, qui ne hasarderaient pas un jugement téméraire sans avoir consulté le catalogue, et deux fois plutôt qu’une. Venus pour voir ce qui est là pour être vu, et après s’être tendu les civilités qu ils se doivent, ces méthodiques examinateurs s’assurent du numéro I , vérifient l’ordie dans lequel lui succède le numéro 2, et, sans rien omettre, sans s’étonner de rien , sans improbation ou approbation manifeste, poursuivent ainsi leur rigoureux pèlerinage. Partis du Moulin (jallois sur le

DoUfarey (premier salon East-Boom, à droite eu entrant), ils arrivent aux Beautés rivales de l'ancien et du nouveau monde ( salon des miniatures, à gauche en sortant) , et peuvent affirmer, fût-ce devant un jury présidé par un coroner, que pas une des I toi toiles exposées ne s’est soustraite à leur étude, egalement soigneuse pour chacun de ces travaux.

Quant à nous, dût cet aveu nous perdre dans l’estime de nos lecteurs, nous conviendrons qu’une pareille tâche nous a paru et nous paraît encore au-dessus des forces humaines. La critique exigeait peut-être que, sauf à y périr, nous l’entreprissions sans hésiter; mais celle sévère déesse nous a trouvé rebelle, celte fois comme bien d’autres, à l’examen des œuvres qui ne sont ni à peu près belles ni tout à fait ridicules.

C'est à ce dernier titre que nos regards s’arrêtèrent d’abord sur un ciel noir, rouge et blanc, dont les couleurs criaient dans un magnifique cadre ciselé. Sous ce ciel bondissait une mer bleue , et un roi lilas était assis, couronne en tète, sceptre en main, sur un escabeau jaune, entre une femme verte et plusieurs gaillards de nuances variées. .1 en demande pardon aux partisans de l’ordre arithmétique, mais ce tableau, que je voyais le premier, porte le n» 582. Il est de Martin et représente le grand roi Canut ou Knut, expérimentant l’obéissance des Ilots pour faire honte à ses flatteurs. Vous connaissez sans doute cette vieille chronique. Les courtisans grossiers de Canut vantaient sa toute-puissance. Il lit porter un siège au bord de la mer et feignit de croire que la marée lui obéirait , s’il lui ordonnait de reculer. Le vieil Océan n’en mouilla pas moins les pieds du monarque et lui servit à démontrer que le lu n'iras pas plus loin ! appartient à Dieu seul.

Le plus superficiel coup d’œil donné à cette toile bariolée suffit pour attester la décadence de Martin, et prouve que, son genre épuisé, il lui esta peu prés impossible de se créer de nouvelles ressources. Par égard pour un passé qui ne fut pas sans gloire, nous n’insisterons ni sur cette caricature des elfets sublimes auxquels le peintre biblique est quelquefois arrivé, ni sur son Christ apaisant les tempêtes , ni sur trois ou quatre insignifiants paysages jetés ça et là dans quelques coins de l’exhibition.

Mais si Martin décroît , que dire de Turner? Turner, encouragé par le fol engouement de quelques adeptes et par un long caprice de la mode, s’est envole sur les ailes de cette folle chimère dans les régions ultra-fantastiques d'un idéal jaune citron. Ses tableaux, chatoyants, dorés, resplendissants comme il les faisait, pouvaient caresser l’œil ébloui. On retrouvait dans les rêves qu’on avait pu rêver ses villes d’or, scs rochers d'opale et d’agate, ses collines d’émeraude et les flots d’ocre où il trempait ses nuages. Mais un plat d’œufs brouillés n’eut jamais grand charme pour personne, et je l’atteste dans toute la sincérité de ma conscience, j’ai cru tout de

LKS H K AUX- A U T S.

bon à la reproduction littérale de ce travail culinaire, lorsque je me suis trouvé en lare de la page bizarre intitulée : Lumière et couleur , barbouillage inouï où il n’y a, pour parler franchement, ni couleur ni lumière, mais bien , dans une gigantesque goutte d'eau , un petit bonhomme transparent, accroupi sur un mât de cocagne. Ce petit bonhomme est .Moïse, écrivant le premier livre de la Genèse: — Que la lumière soit , et la lumière fut ! — Or, à celte parole du créateur, les sept couleurs prismatiques se séparent, et, s’il vous plait, suivant les lois théoriques imaginées par Goethe. Le livret est formel à cet égard.

J’avais à peine eu le temps de m’ébahir du tableau d'abord, puis du sérieux avec lequel passaient et repassaient devant lui les juges méthodiques dont je vous ai parlé, quand un autre éblouissement me réveilla de ma stupeur. C’est encore une toile jaune, encore un platd’œufs. Celui-ci a été préparé en l’honneur du roi de Bavière, et représente l’Ouverture du 1 alliai la , en 1812. Le Valballa est un joli temple en cristal bleuâtre, dont le soleil transperce les colonnes lumineuses. An pied du mont doré qui supporte ce monument féerique, roulent des Ilots de brouillard citron, et dans ce brouillard nagent plusieurs centaines d’animalcules serin, qu’on est amené à reconnaître, après imïr examen , pour des nymphes et des génies. Un gentleman, à côté de moi, les regardait à la loupe et cherchait à comprendre. Cour ma part, j’y renonçai tout aussitôt, tant ces lolies m’attristaient.

Si, du même artiste, je n’avais vu que ces deux toiles et. le Soleil de Venise allant à la mer (mer et soleil désespérément iclériques) , j’aurais rapporté ici des inquiétudes sérieuses sur le compte de sa raison. Par bonheur, un paysage me restait à examiner, où l’invraisemblance n'a pas dépassé certaines limites, cl où l’on retrouve le charme étrange de ces perspectives lointaines que Turner seul sait reculer à ce point. Je veux parler d’une marine vénitienne qui porte le numéro 551 , et que mon compagnon de voyage s’est obstiné à prendre pour une vue du pont de Londres. Ceci vous prouve que le paysage de fantaisie, tel que Turner l'entend, agit un peu suivant l'intention, comme le chocolat de madame de Sévigné. Avec un peu de bonne volonté, chacun y peut voir ce qu’il aime.

Ceux de Stanlield ont un autre mérite plus sérieux et plus incontestable. 11 n’accorde à la poésie que sa juste et. légitime influence. Mais l’eau reste de l’eau, avec lui ; les murs solides et blancs renvoient les rayons d'un vrai soleil, et ses horizons lumineux , sans me transporter au pays des fées, me consolaient par leur chaleur des brumes étendues sur la capitale des trois royaumes. Clarkson Stanlield , si j’en crois mes impressions, restera le représentant du paysage anglais plus longtemps (pie Gainsborough et Wilson lui-même, bien qu'il soit moins naturel

qu eux et parle moins fréquemment aux souvenirs de ses compatriotes. Son Golfe île Venise (Mazorho et Torcello, sous le numéro 57) , son Château d' Ischia l(J2), ses Colonnes de Saint-Mare, sa Gindeccael sa Vue de la Medway rivalisent d’éclat, de grâce et de solidité avec tout ce que peut revendiquer en ce genre notre école française, maintenant si riche.

Il faut nous bâter de le remarquer ici, de toutes les branches de l’art, c’est décidément le paysage que les Anglais entendent le mieux et dans lequel ils se montrent le plus généralement supérieurs. A côté de Stanfield, 'vous pouvez ranger Copley Fielding, qui, tout entier à l’aquarelle, n’avait rien exposé celte année dans la A7 alloua! Galien/. Vous pouvez aussi compter Thomas Creswick, dont cinq toiles attestent l’heureuse fécondité. David Roberts en a exposé le même nombre; mais, avec des qualités d'un ordre supérieur, il a moins de sûreté dans l'exécution, moins d'égalité dans le succès. Ainsi, son Entrée dans la Crypte de Rosshjn C/iapel est un admirable morceau , où la lumière joue comme sur une toile de Grand , et dont l’architecture gothique, enveloppée de mousse, rongée par la pluie, les gros pilastres verts et. moisis vous donneraient le frisson par la plus chaude journée d’aoùt. Mais les Ruines de Philoe n'ont d’autre mérite (si elles l'ont) qu’une Fidélité mal entendue. Les sables et les rochers de Nubie peuvent affecter ces plans droits, ces cassures rigoureuses et plates , ces tons uniformes et poudreux; mais â quoi bon alors les transporter sur la toile? De même, préféreriez-vous de beaucoup la Porte d’une mosquée du Caire (210) à celle du f/rand Temple de Balbec. Parmi les toiles de Greswick, au contraire, vous ne trouverez guère de préférences ou d’antipathies marquées. Seulement, selon que vous serez ou réaliste ou plus acquis à la fantaisie, vous vous arrêterez devant le Vieux chemin [OU! fool-rûad) ou devant la Terrasse. Le premier plan de ce tableau est d’une vérité sans prix, le second d'une invraisemblance adorable. Le Glen du pays de dalles semble une transition de l’un à l’autre. La profondeur de l’étroit vallon, son obscurité, les formes abruptes des rochers qui l’encombrent â droite et â gauche, volontairement exagérés, le rangent parmi les œuvres d’imagination ; en revanche, la Iraîcheur des herbes, la transparence des feuillages, la noire ondulation des eaux marbrées, ainsi (pie la rigoureuse exactitude de certains détails amoncelés sur le premier plan, appartiennent au travail purement reproducteur. Ge parfait équilibre dans les facultés , qui met sous le joug de la raison les entraînements de l'imagination capricieuse, me semble caractériser le talent de Creswick, talent modérateur, sans parti pris violent, que l’élude et la conscience ne laisseront jamais s’égarer comme celui de Turner.

Huit toiles de P.amsay Richard Reinagle : quatre paysages et quatre portraits. Aucune ne justifie le rang que 1 on assigne ici a ce rapide et facile impio-

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