PARTIE DE CAMPÀOKB
- LUCIE. — Oh! papa. C'est surtout ça qui me fait plaisir à moi, la voilure et le cheval I Mais un plaisir I Voilà si longtemps qu'on le désirait tous...
MADAME BOLEAU. — Le rôve de ma viel {A Lucie.) Tu es trop petite pour pouvoir te rappeler... Mais quand nous avons fondé la maison, ton père et moi, ça n'allait pas fort.
M. BOLEAU. — Non.
MADAME BOLEAU. — Nous u'avious même pas les moyens d'avoir un garçon de magasin.
Désiré n'est venu que bien après. Si on nous avait dit dans ce temps-là que nous aurions un jour la voiture.
LUCIE. — Et quelle voiture 1
M. BOLEAU. — Elle est un peu chic, hein?
LUCIE. — Oh 1 oui.
MADAME BOLEAU. — Moi, je n'ai pas très bien pu la voir, l'autre jour, dans la remise où elle était, chez le marchand, mais elle m'a paru tout de même bien jolie... avec son petit toit^ ses rideaux de cuir...
M. BOLEAu. — C'est le genre tapissière...
mais coquet, et à la mode. Et puis, à la fois élégant et pratique I Ça nous rendra de grands services pour notre mouvement d'affaires. Et puis, surtout.,, l'effet moral... Dans tout le quartier, l'arrondissement... pas idée, mes enfants I (Il baisse la voix.) On ne parle que de ça.-. La voiture des Boleau. Ça prend des proportions... Y en a qui ragent.
MADAME BOLEAU. — Les Vcrroux?
M. BOLEAU. — Les Verroux, les Porilleux...
les... Tous. « Une voiture 1 Déjàl Ils vont vitel » Je te crois que nous allons vitel surtout quand je conduis, vous allez voir ça! Je conduis de première, moi, comme Montjarret.
MADAME BOLEAU. — Sois prudcut, papa.
LUCIE, à son père. — r Connais-tu bien ce cheval, au moins ?
M. BOLEAU. — C'est un beau cheval, bigre!
LUCIE. — Ça oui I
MADAME BOLEAU. — Nous ne l'avous vu qu'à l'écurie.