‹ Les beaux jours de Marie-AntoinetteChapitre 14 sur 37 · LE CARACTERE DE MARIE-ANTOINETTE. ICO · texte numérisé non relu

LE CARACTERE DE MARIE-ANTOINETTE. ICO

préféré, c'est son éventail, et l'élégance lui semble supérieure à la majesté.

Elle est religieuse, mais elle n'est pas dévote. Pour bien comprendre toute la sublimité du christianisme, elle n'a pas eu assez de douleurs. Chez les individus, comme chez les peuples , la piété augmente avec les souffrances morales et physiques. Ce sont les nations et les âmes malheureuses qui sont le plus portées à la religion. Dans la prospérité, l'on ne songe pas beaucoup à Dieu, mais les yeux, remplis de larmes se tournent instinctivement vers le ciel.

Marie -Antoinette, élevée dans des sentiments très-chrétiens, garda toujours la foi. Elle ne manqua jamais de faire ses Pâques d'une manière édifiante. Le comte de Mercy-Argenteau écrivait à l'impératrice Marie -Thérèse , le i5 juin 1776: « Sacrée Majesté, depuis le 16 du mois passé jusqu'à ce jour, tout a été à Versailles dans une si grande tranquillité, en tant que cela regarde la reine, que je me trouve aujourd'hui hors d'état d'exposer à Sa Majesté des détails du genre de ceux qui forment communément la matière de mes trèshumbles rapports. La cause de cette disette d'événements provient de la résolution que la reine a prise, dès le mois passé, de remplir les devoirs pieux qui ont été prescrits pour gagner le jubilé. Sa Majesté a fait presque journellement les cinq stations de règle dans les principales églises de Versailles, et, dans cet intervalle de temps, elle

s'est interdit la fréquentation des spectacles, les promenades ordinaires à Paris, et même toute espèce d'amusement d'une apparence trop publique, tels que le sont les courses de chevaux ou les chasses au bois de Boulogne. » Marie-Antoinette n'a que des paroles de soumission et de respect pour l'Église. Elle est catholique dans le cœur. Mais sa piété ne deviendra véritablement ardente qu'au temps où la croix sera son unique refuge contre les persécutions. Auparavant, elle sera religieuse à la manière des femmes du monde, qui unissent trop facilement les choses profanes aux choses sacrées.

« Pour ce qui est de la conduite morale, ont dit MM. d'Arneth et Geoffroy dans l'introduction de leur recueil si intéressant1, Mercy et d'autres attestent sans cesse, et il est tout à fait évident que Marie-Antoinette n'a pas ouvert son âme au vice. Elle jouait par amour de la dissipation et du mouvement , par pure légèreté , par crainte de^ l'ennui. C'étaient les mêmes motifs par lesquels elle accueillait trop facilement des amitiés qui auraient du Lui être suspectes ; mais il n'y a nulle trace d'avilissante conduite. S'il faut descendre à discuter encore et à écarter de tels soupçons, ne remarquerat-on pas que ses favoris sont admis plusieurs ensemble, et non pas chacun isolément et à son tour? Ne

i . Correspondance secrète entre Marie- A ntoinette et le comte Mercy- Argenteau, avec les lettres de Marie-Thérèse et de Marie- Antoinette. 3 vol. chez Firmin Didot.

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