LE CARACTÈRE DE MARIE-ANTOINETTE. IOQ
ront de point en point. Le prince de Ligne écrira plus tard à propos de la reine : « Sa prétendue galanterie ne fut jamais qu'un profond sentiment d'amitié, et peut-être distingué pour une ou deux personnes, et une coquetterie générale de femme et de reine pour plaire à tout le monde. »
Le comte de La Marck, dans sa Notice sur Marie-Antoinette, se résume ainsi : « La reine était bien supérieure à son entourage. »> Peu de femmes de la cour avaient, en effet, sa générosité, sa grandeur d'âme, son élévation de sentiments. « Lorsque Dieu forma le cœur et les entrailles de l'homme, a dit Bossuet, il y mit premièrement la bonté, comme le propre caractère de la nature divine, et pour être comme la marque de cette main bienfaisante dont nous sortons. » La réflexion du grand évêque sur le cœur humain en général, on l'appliquerait tout particulièrement au cœur de Marie-Antoinette. Elle était foncièrement et profondément bonne. Écoutons le comte de Tilly, qui fut l'un de ses pages : « Marie-Antoinette , nous dit-il , traitait avec une bonté particulière tout ce qui lui était attaché ; elle était adorée de son service intérieur... Elle me traita, à mon arrivée, comme tous les jeunes gens qui composaient ses pages , qu'elle comblait de bontés, en leur montrant une bienveillance pleine de dignité, mais qu'on pouvait aussi appeler maternelle, en ce qu'elle y joignait une politesse digne et affectueuse qui la rendait, s'il est possible, plus respectable, en la faisant plus aimer. »
Voici maintenant le témoignage de Mmc Campan, sa première femme de chambre : « Tous ceux qui connurent les qualités privées de la reine savent qu'elle méritait autant d'estime que d'attachement. Bonne et patiente jusqu'à l'excès dans les détails de son service, elle appréciait avec indulgence toutes les personnes qui lui étaient attachées, s'occupait de leur sort, et même de leurs plaisirs. Elle avait parmi ses femmes des jeunes filles sorties de la maison de Saint-Cyr, et toutes fort bien nées; la reine leur interdisait le spectacle, lorsque les pièces ne lui paraissaient pas d'une moralité convenable. Quelquefois, lorsqu'on représentait d'anciennes comédies, sa mémoire se trouvant en défaut pour les juger, elle prenait la peine de les lire dans la matinée, et prononçait ensuite si les demoiselles pouvaient aller au spectacle, se regardant avec raison comme chargée de veiller aux mœurs et à la conduite de ces jeunes personnes. »
Laissons à présent la parole à un des familiers du Petit-Trianon, au baron de Besenval, dont les appréciations ne sont d'ordinaire rien moins que bienveillantes. « Son caractère, dit-il, en parlant de la reine, était doux et prévenant. Facilement touchée par les malheureux, aimanta les protéger, à les secourir en toute occasion, elle montrait une âme sensible et bienfaisante, et réunissait deux qualités assez rares à rencontrer ensemble : celle de se plaire à rendre service, et de jouir du bien qu'elle avait fait. » Mmo Vigée-Le Brun, toutes les fois