LE CARACTERE DE MARIE-ANTOINETTE. HT
qu'elle fit le portrait de Marie-Antoinette , fut frappée de cette aménité vraiment exceptionnelle. «Je ne crois pas, dit-elle dans ses Mémoires, que la reine ait jamais manqué l'occasion de dire une chose agréable à ceux qui avaient l'honneur de l'approcher, et la bonté qu'elle m'a toujours témoignée est un de mes plus doux souvenirs. »
Comme l'a si bien remarqué M. Sainte-Beuve, « son caractère impérial, qui reparaissait aux grands moments, n'était pas celui de l'habitude, de son esprit, de son éducation et de son rêve; elle ne se retrouvait la fille des Césars que par saillies. Elle était faite pour être l'héritière paisible et un peu bergère de l'empire, plutôt que pour reconquérir elle-même son royaume; avant tout, sous ce front auguste, elle était faite pour être femme aimable, amie constante et fidèle, mère tendre et dévouée. Elle avait toutes les qualités et les grâces, et quelques-unes aussi des faiblesses de la femme. »
On la disait moqueuse, mais c'était là une calomnie. Si elle savait très-bien apercevoir les défauts et les ridicules, elle ne les critiquait qu'avec douceur et sans malice. L'attitude d'une de ses dames du palais, lors des révérences de deuil, quelques jours après la mort de Louis XV, avait été la cause de cette accusation contre la reine : a Mme la marquise de Clermont-Tonnerre, fatiguée de la longueur de la séance, et forcée, par les fonctions de sa charge, de se tenir debout derrière la reine, trouva plus commode de s'asseoir à terre sur
le parquet, en se cachant derrière l'espèce de muraille que formaient les paniers de la reine et des dames du palais. Là, voulant fixer l'attention et contrefaire la gaieté, elle tirait les jupes de ces dames, et faisait mille espiègleries. Le contraste de ces enfantillages avec le sérieux de la représentation qui régnait dans toute la chambre de la reine déconcerta Sa Majesté plusieurs fois ; elle porta son éventail devant son visage pour cacher un sourire involontaire , et l'aréopage sévère des vieilles dames prononça que la jeune reine s'était moquée de toutes les personnes respectables qui s'étaient empressées de lui rendre leurs devoirs ; qu'elle n'aimait que la jeunesse; qu'elle avait manqué à toutes les bienséances, et qu'aucune d'elles ne se présenterait plus à sa cour. Le titre de moqueuse lui fut généralement donné, et il n'en est point qui soit plus défavorablement accueilli dans le monde1. » Ce court mouvement d'hilarité, contre lequel une jeune souveraine de dix-huit ans n'avait pas pu se défendre, n'était pourtant qu'un péché tout à fait véniel.
Marie-Antoinette ne croyait pas non plus faire grand mal, quand elle laissait le comte d'Artois, son beau-frère, lui parler trop familièrement. Le comte de Merc}' écrivait à ce sujet, le 20 avril r yy5 : « Le comte d'Artois s'est mis sur le pied de faire ses confidences à la reine, et la conduite du jeune