LE CARACTÈRE DE MARIE-ANTOINETTE. I I
prince prête à trop d'aveux indécents pour que Sa Majesté puisse se permettre de les écouter. Elle espère toujours ramener M. le comte d'Artois à la raison , ou diminuer l'effet de ses fautes, quand elle en est instruite, et ce seul motif l'entretient dans Tindulgence qu'elle continue au jeune prince, lequel, de son côté, est toujours au moment d'en abuser. »
Marie-Antoinette est bonne partout, est bonne toujours : elle est bonne pour sa mère, dont elle accueille respectueusement les éternelles remontrances, et pour qui elle professe un véritable culte; elle est bonne pour son mari, dont elle n'est certes pas amoureuse, mais à qui elle témoigne autant d'estime que d'attachement-, elle est bonne pour sa belle-sœur, la comtesse d'Artois, dont elle pourrait cependant être jalouse, car la comtesse d'Artois a des enfants, tandis qu'elle a la crainte de n'en jamais avoir; bonne pour toutes les personnes de sa maison; bonne pour cette cour ingrate et frivole, qui la lîatte tout haut et la critique tout bas, pour cette société inconséquente, légère, souvent même cruelle, qui redit sans cesse, comme Basile, la tirade de la calomnie; pour cet entourage brillant, mais dangereux, dont elle connaît l'égoïsme, l'esprit d'ambition, de coterie et d'intrigue, mais à qui elle pardonne, avec un excès d'indulgence.
Le cœur, chez Marie-Antoinette, est au-dessus de l'esprit. Mais on se tromperait fort si l'on s'imaginait que la reine manque d'intelligence. Son
éducation n'a pas été très-approfondie, mais elle parle également bien le français et l'allemand, elle cause avec charme, elle comprend facilement les choses, elle écrit avec naturel et avec facilité. Comme le remarque Sénac de Meilhan, « il y a en elle quelque chose qui tient à l'inspiration, et qui lui fait trouver au moment ce qu'il y a de plus convenable aux circonstances, ainsi que les expressions les plus justes. C'est plutôt de l'âme que de l'esprit que partent alors ses discours et ses réponses. »
Sans doute sa conversation habituelle n'a ni la méthode d'un logicien, ni la gravité d'un penseur, ni le sérieux d'un homme d'État. Comme le dit le baron de Besenval, c'est souvent « une conversation décousue et sautillante, qui voltige d'objets en objets. » Mais, de bonne foi, peut-on demander à une jeune et jolie femme de parler comme un recteur d'académie?
Marie-Antoinette, dans les premières années du règne de Louis XVI. tenait à honneur de ne point exercer d'influence politique, et de ne pas s'occuper de questions pour lesquelles elle avouait son incompétence. Cette femme, qu'on a si souvent accusée d'un amour excessif pour la domination, ne devait être que bien plus tard obligée, malgré elle, à se mêler du gouvernement. « Je puis sans hésiter, a dit le comte de La Marck , nier la prétendue influence que la reine aurait exercée sur le choix des ministres du roi, à l'exception du marquis de Ségur.