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LE DUEL DU COMTE D ARTOIS ET EL" DUC DE BOURBON

prince espiègle s'amusait partout, à Versailles et à Paris, à la cour et à la ville, au jeu du Pharaon et aux courses de chevaux, aux bals de la reine et aux bals de l'Opéra.

Maintenant, transportons-nous au théâtre, dans cette salle du Palais Royal dont nous avons parlé à l'occasion de la querelle des gluckistes et despiccinistes. On était dans la nuit du ioau 1 1 mars 1778. Le carnaval finissait par un de ces bals de mardi gras qui faisaient la joie des Parisiens, et dont les grands seigneurs s'amusaient autant que les bourgeois. La salle de l'Opéra était étincelante. Les masques, aux costumes bariolés, dansaient avec transport. L'orchestre jouait ses airs les plus entraînants. La reine était venue. Cachée sous les plis de son domino, elle se promenait, donnant le bras, tantôt à son beau-frère, Monsieur, comte de Provence, tantôt à une dame du palais. Suivie à vue par un officier des gardes du corps, elle causait avec les personnes connues qu'elle rencontrait sur son passage. Le bal lui plaisait; elle y resta jusqu'à sept heures du matin.

Pendant ce temps, le comte d'Artois se promenait avec Mme de Canillac et le frère de cette dame. M. de Rocherolles donnait le bras à la duchesse de Bourbon. Tous quatre étaient masqués. Cependant les deux rivales se reconnurent, et il paraît que Mme de Canillac, ennemie acharnée de la duchesse, ladésigna malicieusementau comted'Artois. Quand les deux couples furent en présence, la conversation

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ne tarda pas pas à s'envenimer. S'il faut en croire la baronne cTOberkirck, Aime de Canillac avait prié le comte d'Artois d'être particulièrement désagréable à Son Altesse Sérénissime. « Bon petit cœur! s'écrie la baronne. Le prince est étourdi, chacun le sait ; il était des plus épris • il fit semblant de prendre Mme la duchesse de Bourbon pour une créature comme il s'en rencontre au bal de l'Opéra, et prononça les mots les plus incroyables. M'"e la duchesse, n'étant pas maîtresse d'un premier mouvement, arracha le masque du prince et celui-ci, furieux, lui écrasa Te sien sur le visage, sans cependant la démasquer. » D'après la Correspondance secrète, publiée par M. de Lescure, la duchesse, exaspérée des discours du frère de Louis XVI, lui aurait dit: « Il n'y a que M. d'Artois ou un polisson qui puisse me tenir de pareils propos. » C'est alors que le prince, piqué, la séparant du bras qu'elle tenait, lui aurait froissé le masque sur la figure. Le comte de Mercy-Argenteau va plus loin encore dans son récit. (Lettre à l'impératrice Marie- Thérèse, 20 mars 1778.' Au dire de l'ambassadeur, le comte d'Artois ne se serait pas contenté de froisser le masque sur le visage de la duchesse, il lui aurait appliqué un grand coup de poing. Cependant le comte do Provence, s'approchant, avait arrêté la dispute; et le bal était si animé, il y avait tant de conversations soit tendres, soit malicieuses engagées à la fois, que l'incident était passé inaperçu.

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