‹ Les beaux jours de Marie-AntoinetteChapitre 32 sur 37 · LA MORT DE MARIE-THÉRÈSE. 2>^.J · texte numérisé non relu

LA MORT DE MARIE-THÉRÈSE. 2>^.J

où les politiques les plus habiles auraient échoué. Après l'accomplissement de sa tâche, on eût cru qu'elle pouvait se reposer en paix. Mais l'avenir de ses fuies la rendait inquiète. Son lit de mort était hanté par de sombres pressentiments. On eût dit qu'elle voyait déjà la Révolution, qu'elle connaissait déjà la destinée de sa chère Antoinette.

Si l'on veut se rendre compte de la perte que rît la reine en perdant sa mère, il faut se rappeler ce qu'avait été, ce qu'avait pensé, ce qu'avait prédit Marie-Thérèse. Quand on résume l'ensemble de sa correspondance, on comprend tout ce qu'il y eut d'esprit de suite, de science du détail, de ténacité, d'énergie, de talent gouvernemental chez cette femme, qui, suivant les expressions de son rival Frédéric II, exécuta des dessins dignes d'un grand homme. Une fois qu'elle avait adopté une idée, elle s'y attachait avec un véritable acharnement. Connaissant à fond le cœur humain, et pénétrant avec un coup d'œil admirable dans les secrets des chancelleries comme dans les mystères de la vie privée, elle saisissait et retenait en main les fils de toutes les affaires avec une patience et une dextérité prodigieuses. Son cabinet de travail était une sorte d'observatoire d'où elle avait les yeux fixés sur toute l'Europe. Du fond de la Burg, elle voulait diriger Versailles.

Ce qu'il y a de plus frappant dans la correspondance de Marie-Thérèse, ce sont les accents prophétiques, la seconde vue. Dès les premiers temps,

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elle prédit les imprudences de .Marie-Antoinette \ elle lui écrit en 1771 : « II Faut savoir jouer son rôle, si Ton veut être estimé. Vous le pouvez, si vous voulez vous gêner un peu et suivre ce qu'on vous conseille; si vous vous abandonnez, je prévois pour vous de grands malheurs. » En 1774, quelques jours après l'avènement de Louis XVI, à l'heure où la charmante reine est l'objet de l'enthousiasme universel, sa mère lui annonce que les applaudissements finiront vite. « C'est le monde, dit-elle, cela arrive à nous tous, plus tard ou plus tôt ; mais il faut donc se tenir dans une assiette telle que cela ne puisse arriver par notre faute. »

La même année, paraît à Londres et à Amsterdam le premier pamphlet contre la reine. On y trouve des phrases comme celles-ci: « Comptez que l'État est perdu si le roi ne prend pas contre l'ambition et |la coquetterie de sa femme toutes les précautions que la prudence, la religion et l'amour de la justice doivent lui inspirer... Puissent les princes espagnols, par leurs agents secrets, surveiller une princesse dont la première faute leur coûtera la plus belle succession du trône. » (L'auteur du libelle ne croyait pas à la valeur pratique des renonciations du traité d'Utrecht.) Le pamphlet développait cette idée, que Louis XVI ne pouvait pas avoir d'enfant, et que les héritiers du trône devaient se prémunir contre quelque criminelle intrigue.

Dès ce premier libelle, Marie-Thérèse recule d'horreur devant le flot de calomnies infâmes qui

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